00:00Rente-entretien spécial consacré au résultat du premier tour des municipales.
00:05Dans un instant, on va recevoir le député Rassemblement National de la Somme,
00:09Jean-Philippe Tanguy, puis le politologue Brice Tinturier
00:12pour tirer toutes les leçons de ce scrutin.
00:15Mais d'abord avec nous, dans ce studio, ce matin, le coordinateur de la France Insoumise.
00:20Bonjour Manuel Bompard.
00:21Bonjour, bonjour.
00:22Merci d'être au micro d'Inter.
00:24Chers auditeurs, rappelez-nous, posez-nous toutes vos questions,
00:27évidemment, au 01 45 24 7000.
00:30Et sur l'application Radio France.
00:32Manuel Bompard, d'abord une question d'ordre général.
00:35La France Insoumise, on l'a dit depuis ce matin, depuis hier soir,
00:39même réalise une percée dans un certain nombre de grandes villes.
00:42Paris, Toulouse, Lille, Limoges.
00:45Une élection dès le premier tour à Saint-Denis contre un maire sortant socialiste.
00:49Est-ce que c'est un résultat au-delà de vos espérances ?
00:53C'est une percée qui est une percée évidemment spectaculaire.
00:56La France Insoumise a fêté il y a quelques semaines ses 10 ans.
00:59C'est un jeune mouvement politique.
01:01C'est la deuxième élection municipale dans laquelle la France Insoumise était engagée.
01:05Et si on prend, par exemple, les listes qui avaient l'étiquette de la France Insoumise,
01:09nous avons multiplié par 11 notre score par rapport à l'élection municipale de 2020.
01:15Donc oui, c'est une percée spectaculaire.
01:17Et moi, je veux évidemment saluer l'ensemble et remercier l'ensemble des électrices
01:21et des électeurs qui se sont portés sur nos listes et qui, je pense, ont fait un choix
01:26qui a aujourd'hui une répercussion nationale.
01:29Qu'est-ce que vous dites du décalage entre cette campagne à laquelle on a assisté,
01:34ces polémiques suscitées par Jean-Luc Mélenchon,
01:37ces excuses pour les noms mal prononcés de Raphaël Glucksmann en meeting l'affaire de Lyon
01:43et ce résultat dans les urnes, est-ce que vous dites finalement
01:48le bruit, la fureur, ça marche ?
01:50Non, je crois que c'est un décalage qui peut-être vous apparaît à vous
01:55parce que c'est vrai que dans un certain nombre de médias
01:59et de la part d'un certain nombre d'instituts de sondage,
02:02les résultats que nous avons réalisés hier soir peuvent apparaître surprenants.
02:07Mais en l'occurrence, je pense que tout le monde devrait s'interroger
02:09sur le fait que ces polémiques absolument grotesques contre la France Insoumise
02:13ne correspondent évidemment pas à ce que pensent les électrices et les électeurs dans ce pays.
02:18Peut-être tellement grotesque M. Bompard que là, en l'espèce,
02:19Jean-Luc Mélenchon lui-même en est allé jusqu'à s'excuser.
02:22C'est vrai qu'il y a un décalage de parler de ça pendant dix jours
02:25alors qu'il s'est excusé d'avoir écorché un nom dans un meeting.
02:28Il faut qu'on parle de ce qui va se passer dans ce second tour, M. Bompard.
02:32Vous en avez appelé vous-même hier à la constitution d'un front,
02:35c'est votre expression d'un front antifasciste.
02:37Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu'est ce front antifasciste
02:41et à partir de quel moment vous considérez qu'un candidat,
02:44si je vous suis, est fasciste
02:45et qu'il doit donc justifier qu'un front s'érige contre lui ?
02:48D'abord, évidemment, ça concerne l'ensemble des villes
02:52où il y a un risque de victoire de l'extrême droite
02:55ou d'une droite qui de plus en plus se radicalise
02:58et se rapproche des idées du Rassemblement National.
03:01Par exemple ?
03:01Par exemple, je vais prendre un exemple.
03:03Quand vous entendez la candidate Mme Vassal,
03:07qui était la candidate du parti de M. Retailleau,
03:09reprendre à son compte le slogan qui a été le slogan de la collaboration,
03:13si ça ne vous paraît pas une dérive de plus en plus inquiétante
03:17de la droite française,
03:19sincèrement, c'est qu'on ne doit pas voir la réalité de la même manière.
03:22Non, mais c'est vrai que ce qui interpelle,
03:24c'est que quand on entend, par exemple,
03:25Sofia Chikirou, votre candidate à Paris,
03:27elle aussi utiliser cette expression de front antifasciste,
03:30quoi ? Rachida Dati, elle est fasciste ?
03:31Non, mais il y a au second tour de l'élection municipale à Paris,
03:34il y a une candidate de l'extrême droite
03:36qui est qualifiée.
03:36Oui, qui fait un peu plus de 10% et qui n'est pas exactement en situation de gagné.
03:39Donc, jouez sur les mots si vous voulez.
03:39Mais nous, nous appelons partout,
03:41je vais vous expliquer, ça sera très simple,
03:43partout où la droite et l'extrême droite menacent de gagner,
03:46nous appelons à la constitution d'un rassemblement,
03:49d'une fusion entre les différentes listes
03:52pour battre la droite et l'extrême droite.
03:53Comme d'ailleurs, c'est la tradition à gauche.
03:56Depuis la nuit des temps,
03:58les listes se rassemblent pour empêcher la droite
04:00ou l'extrême droite de l'emporter.
04:01Donc, c'est la proposition que nous avons mise sur la table.
04:04Et j'entendais tout à l'heure François Hollande.
04:07Mais attendez, ça veut dire que François Hollande
04:09est devenu tellement irresponsable
04:11que le fait que la ville de Limoges
04:14soit dirigée demain par la droite ou par la gauche,
04:16ça lui est indifférent.
04:17Peut-être pour certains de nos éditeurs
04:18qui n'étaient pas là à 7h50,
04:19je rappelle ce qu'a dit François Hollande.
04:21Il dit pas d'alliance.
04:22Et concernant les villes comme Toulouse ou Limoges
04:24où la France Insoumise arrive devant le Parti Socialiste,
04:26il a dit soit vous vous maintenez,
04:28soit retrait, mais pas d'alliance, pas de fusion.
04:30Bah oui, mais donc le risque, s'il se maintient
04:33et même s'il se retire,
04:35c'est à la fin de ne pas avoir la mobilisation
04:38de l'ensemble des électrices et des électeurs
04:40des différentes listes de gauche au premier tour
04:42sur la liste arrivée en tête au second tour.
04:44Et donc, c'est le risque de voir ces villes
04:46soit rester à droite.
04:47C'est le cas de Limoges ou de Toulouse.
04:50Donc, c'est une position qui est une position
04:52d'une irresponsabilité absolue.
04:54Et moi, je veux dire que c'est la démonstration,
04:56la preuve qu'on ne peut pas faire confiance aujourd'hui
04:59à François Hollande et ses amis
05:00pour faire progresser la gauche dans ce pays.
05:02Mais au-delà du mot d'ordre national,
05:05est-ce que les discussions, elles ont commencé ?
05:07Est-ce qu'elles ont lieu au niveau local ?
05:08Oui, elles ont lieu.
05:09Cette nuit, il y a eu un certain nombre de discussions
05:11qui ont débuté.
05:13Ce n'est pas à moi ensuite d'annoncer
05:15si elles ont été conclues ou pas,
05:16mais je sais qu'elles sont en cours de discussion.
05:17C'est-à-dire que par exemple, à Toulouse et à Limoges,
05:19il y a eu des discussions dans la nuit
05:21pour proposer ce rassemblement
05:23et la fusion de la liste, par exemple,
05:25à Toulouse de François Picmal,
05:26de la France Insoumise qui est arrivée en tête,
05:28et de François Bréhension du Parti Socialiste,
05:31et à Limoges.
05:31Donc ces discussions-là sont en cours
05:33et j'espère qu'elles aboutiront sur un rassemblement
05:35parce que c'est la seule condition,
05:37la seule solution pour permettre de gagner ces villes.
05:39Et gagner une ville comme Toulouse
05:41ou gagner comme une ville de Limoges à gauche,
05:43je crois que personne ne peut y être indifférent.
05:45Donc Manuel Bompard,
05:46tout ce qui s'est passé pendant cette campagne de premier tour,
05:49la prise de position d'Olivier Faure en bureau national
05:51qui dit pas d'alliance nationale,
05:52les propos, moi j'ai en mémoire ce que disait
05:54M. Briançon, candidat socialiste à Toulouse
05:56qui exigeait pour une éventuelle fusion
05:58que François Picmal se désolidarise
06:00des propos qui avaient été tenus par Jean-Luc Mélenchon,
06:02tout ça s'est oublié, passé par perdre des profits.
06:04C'est à eux qu'il faudra poser la question.
06:06Nous, pendant toute cette campagne,
06:07on a mené des campagnes,
06:09on a dit nos désaccords,
06:10y compris parfois programmatiques
06:11avec les autres listes de gauche,
06:13mais nous on ne s'est jamais livré
06:14à l'insulte, à la calomnie,
06:16à la diffamation contre d'autres listes de gauche.
06:18Et donc je dois dire que
06:20cette stratégie qui a été la stratégie
06:22y compris du bureau national du Parti Socialiste
06:24est une stratégie absolument mortifère
06:26parce qu'elle risque de voir
06:27et de conduire à ce que des dizaines
06:29et des centaines de villes
06:30basculent à la droite et à l'extrême droite.
06:32Donc ça, ça doit s'arrêter.
06:33Il faut arrêter ça.
06:34Et au contraire,
06:36moi je ne vais pas utiliser mon temps de parole
06:37aujourd'hui comme l'a fait François Hollande
06:39pour handicaper les listes de gauche
06:41qualifiées au second tour de l'élection municipale.
06:43Donc moi j'appelle les électrices
06:45et les électeurs à se mobiliser massivement
06:47au deuxième tour dimanche prochain
06:48à Limoges, à Toulouse, à Lille, à Roubaix, partout
06:50pour faire en sorte qu'on confirme
06:52la percée spectaculaire qu'on a rencontrée
06:55au premier tour de cette élection municipale.
06:56On va prendre un cas concret
06:57qui vous concerne directement.
06:58C'est Marseille
06:59dont vous êtes le député.
07:01On a à Marseille
07:03le maire sortant Benoît Payan
07:05et le candidat du Rassemblement National
07:06Franck Alizio
07:07qui sont en tête au coude à coude.
07:10Loin devant Sébastien Delogu
07:12qui est votre candidat en quatrième position.
07:14Il a recueilli un peu moins de 12% des voix.
07:17Benoît Payan dit qu'il n'y aura pas de tambouille
07:19donc pas d'alliance ou de fusion des listes.
07:23Est-ce que votre candidat,
07:25M. Delogu, va se retirer
07:26pour éviter que la deuxième ville de France
07:28passe au RN ?
07:29Justement, pour éviter que la deuxième ville de France
07:31passe au RN,
07:33il ne faut pas le retrait unilatéral
07:35d'une liste de gauche.
07:36Il faut organiser le rassemblement.
07:38Pourquoi ?
07:39Parce que sinon, les électrices
07:41et les électeurs qui se sont portés
07:43sur la liste, par exemple là,
07:44en l'occurrence de Sébastien Delogu
07:46au premier tour,
07:47s'ils ne sont pas représentés
07:48sur la liste au second tour...
07:49Ils n'y iront pas ?
07:50Eh bien, peut-être pas tous.
07:51Et donc, c'est prendre le risque
07:52que l'extrême droite l'emporte.
07:55Et ce serait évidemment
07:56une position absolument irresponsable.
07:58Donc moi, j'invite sur ce sujet
07:59Benoît Payan à revenir à la raison
08:01et j'invite les Marseillaises
08:02et les Marseillais,
08:02je sais qu'ils ont prévu de le faire
08:03dans la journée,
08:04à se mobiliser pour demander
08:06le rassemblement des deux listes à gauche.
08:09C'est ça qui permet de garantir
08:10la défaite du rassemblement national.
08:12Sauf que là encore,
08:12pour de nouveau citer François Hollande
08:14puisque vous l'avez fait
08:14au début de cet entretien,
08:16est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe
08:17à dire qu'on veut un front antifasciste
08:19dans tout un tas de villes ?
08:21Là, vous avez un maire sortant
08:23qui dit « il n'y aura pas,
08:23je ne veux pas de faire de tambours,
08:24je ne veux pas faire d'alliances ».
08:26Ça veut dire très concrètement
08:27si Sébastien Delogu ce matin,
08:28il y a un vrai risque que le RN gagne.
08:30Est-ce que dans ce cas-là,
08:30il n'y a pas un principe
08:32de responsabilité à dire « on se désiste ».
08:33Benjamin Duhamel,
08:34d'abord faire un rassemblement
08:36entre des listes à gauche,
08:37depuis quand c'est faire de la tambouille ?
08:39Ce n'est pas faire de la tambouille.
08:40On prend l'expression de Benoît Payan.
08:42J'entendais Benoît Payan précisément
08:43hier soir à la télé dire
08:46« il faut que les... »
08:47J'appelle les Marseillaises
08:48et les Marseillais à se rassembler
08:50pour battre l'extrême droite.
08:51Il faut qu'il commence lui.
08:53Et pour commencer lui,
08:54c'est à faire l'acte de rassemblement
08:55que lui peut faire.
08:56Et cet acte de rassemblement,
08:58c'est de permettre
08:58le rassemblement de ces deux listes.
09:00Donc vous excluez tout à fait
09:01que Sébastien Delogu,
09:01d'ici demain à 18h,
09:03se retire ou se désiste ?
09:04Moi, je fais le maximum
09:04pour que d'ici demain à 18h,
09:08il y ait à Marseille
09:09une seule liste de gauche
09:10pour battre l'extrême droite.
09:12C'est une question de responsabilité.
09:14Et ceux qui prendraient
09:16cette décision absolument irresponsable
09:18de prendre le risque
09:19de la division au second tour
09:21porteraient sur leurs épaules
09:22une très très lourde responsabilité.
09:23Moi, je ne m'y résigne pas.
09:25Donc on va faire le maximum
09:26pour obtenir ce rassemblement
09:27parce que c'est la condition,
09:28vous m'interrogez
09:29sur la cohérence de notre combat antifasciste.
09:32La condition pour battre
09:33l'extrême droite à Marseille,
09:34c'est que l'ensemble des électrices
09:36et des électeurs
09:37qui se sont portés
09:37sur des listes de gauche
09:38au premier tour
09:39se portent sur la liste
09:40de rassemblement au second tour.
09:41Et pour ça,
09:42il faut que l'ensemble
09:43des forces politiques
09:44y soient représentées.
09:45Alors à Paris,
09:46votre candidate,
09:47Sophia Chikirou,
09:48est arrivée en troisième position.
09:49Elle dit qu'elle attend
09:50l'appel d'Emmanuel Grégoire,
09:51que sinon elle se maintiendra.
09:53Sophia Chikirou
09:54qui affirmait en décembre
09:55qu'il ne faut pas
09:56qu'un socialiste
09:57soit maire de Paris.
09:58Bah oui, elle a été candidate.
09:59Elle a changé d'avis donc.
10:00Bah non mais madame,
10:01quand vous êtes candidate
10:02à une élection municipale,
10:03j'imagine que c'est parce que
10:04vous avez l'intention
10:05de l'emporter.
10:06Alors Emmanuel Bompard,
10:06c'était pas ça sa phrase.
10:07Sa phrase était de spécifiquement
10:09dire que dans cette campagne,
10:10il fallait faire en sorte
10:10que ce soit pas un socialiste
10:11Non, ça c'est votre interprétation
10:13de sa phrase,
10:13mais ce n'est pas sa phrase.
10:14Et maintenant,
10:15si vous êtes surpris
10:16du fait que quelqu'un
10:17qui candidate à une élection
10:18candidate pour l'emporter,
10:20bah pardon,
10:20mais moi quand je candidate
10:21à une élection,
10:22quand mes amis candidatent
10:23à des élections,
10:24c'est pour l'emporter.
10:25Madame, soyons cohérents.
10:26Donc,
10:26Sophia Chiquiot,
10:27elle a dit quelque chose
10:28de très simple.
10:29Elle a dit,
10:29j'attends l'appel
10:30d'Emmanuel Grégoire
10:31et sinon ce soir,
10:32je déposerai ma liste
10:33et je comprends tout à fait
10:34qu'elle fasse ça
10:35puisque les électrices
10:36et les électeurs,
10:37enfin,
10:37je trouve quand même
10:38assez extraordinaire
10:39dans cette discussion
10:40que vous semblez oublier
10:41que si nos listes
10:42dans ces villes,
10:43Marseille,
10:44Paris,
10:44font plus de 10%,
10:45c'est parce qu'il y a
10:46des dizaines de milliers
10:47d'électrices et d'électeurs
10:48qui ont décidé
10:49de porter leur suffrage
10:50sur nos listes
10:50et vous trouvez anecdotique
10:52le fait de dire
10:53qu'ils puissent être
10:54représentés au conseil municipal
10:55demain.
10:56Mais ces personnes-là,
10:56elles ont le droit
10:57d'être représentées
10:58au conseil municipal demain.
11:00Donc,
11:00Sophia Chiquiot,
11:01si M. Grégoire
11:03refuse même d'envisager
11:04toute discussion avec elle,
11:06évidemment qu'elle déposera
11:07sa liste ce soir
11:08pour être présente
11:09au second tour
11:10de l'élection municipale.
11:10Eh bien,
11:11on vous a bien compris.
11:11Merci Emmanuel Gompard
11:13d'avoir été avec nous
11:14ce matin au micro.
11:15Dentaire.
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