Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 ans

Visitez notre site :
http://www.france24.com

Rejoignez nous sur Facebook
https://www.facebook.com/FRANCE24

Suivez nous sur Twitter
https://twitter.com/France24_fr#

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00 On accueille notre invité par Skype, Nicolas Tenzer, bonjour et merci d'être en direct sur France 24.
00:04 Vous êtes enseignant à Sciences Po, spécialiste des questions stratégiques et internationales,
00:08 et directeur de la publication de Desk Russie.
00:11 Vous disiez ce matin sur BFM que vous n'attendiez pas de grosses surprises à l'occasion de ce discours.
00:16 C'est vrai que Poutine garde là la même rhétorique, la dénazification de l'Ukraine,
00:21 la responsabilité de l'OTAN dans cette guerre.
00:23 Ce sont ces deux gros arguments pour justifier l'intervention ?
00:28 Oui, c'est-à-dire qu'effectivement on n'a pas eu de surprise,
00:31 c'est-à-dire qu'on a exactement le même discours que Poutine tient depuis le début.
00:36 Il invente une menace, évidemment fantasmée de l'OTAN,
00:40 il reprend son discours aussi abject que dénué de portée sur la dénazification de l'Ukraine,
00:48 il accuse l'Occident de tous les maux,
00:50 et il reprend sa rhétorique, elle aussi très ancienne,
00:53 sur la perversion de l'Occident, sur sa décadence, sur les valeurs morales.
00:59 Donc on a un Poutine en fait égal à lui-même,
01:03 qui est prêt effectivement, comme vous l'avez dit, à continuer le combat jusqu'au bout,
01:08 qui est prêt à sacrifier des centaines de milliers d'hommes s'il le faut,
01:11 un million d'hommes, je ne sais pas,
01:13 et qui effectivement n'abandonnera jamais,
01:16 quitte à détruire évidemment l'Ukraine, mais aussi son propre pays.
01:19 Parce qu'il a présenté dans ce discours des grands plans demandant des investissements extraordinaires,
01:26 un chemin de fer allant jusqu'à la Chine,
01:28 il a dit voilà, il faut que les capitaux reviennent, etc.
01:31 Mais on sait très bien que l'État russe est par ailleurs un État failli,
01:35 qui a les moyens de continuer un combat, peut-être,
01:38 avec des moyens aussi rudimentaires qu'ils soient,
01:41 il n'a plus les moyens de gagner,
01:43 mais surtout son pays va s'effondrer de manière encore plus forte dans les années qui viennent.
01:49 Revenons sur ce que vous disiez sur le fait religieux,
01:52 puisqu'il évoque la catastrophe spirituelle en Occident,
01:56 il a fait l'amalgame comme d'habitude entre la pédophilie et l'homosexualité,
02:00 ça c'est un argument qui fait mouche en Russie, il s'est adressé au peuple ?
02:04 Écoutez, je ne sais pas du tout si l'argument fait mouche,
02:07 parce que je pense qu'il y a d'abord une forte, disons, des affiliations religieuses des Russes.
02:14 Vous avez une église qui est, avec le patriarche qui rile complètement,
02:19 disons, inféodée au Kremlin,
02:21 la plupart des Russes ne sont pas véritablement religieux,
02:25 ils vont à l'église un peu comme en Occident,
02:27 comme des pratiquants statistiques, comme on dit,
02:30 mais je crois surtout que la population russe, finalement,
02:35 souffre de ne pas avoir d'autres choix, d'autres alternatives,
02:39 donc elle est passive, elle se réfugie en quelque sorte dans l'abstention,
02:43 elle suit sans véritablement suivre.
02:45 Vous savez, il y avait un philosophe, Alain Besançon, spécialiste du monde russe,
02:49 qui parlait, en quelque sorte, d'une croyance non crue à propos du communisme.
02:55 Je pense que cette idée peut également être appliquée au poutinisme.
02:58 On n'y croit pas, mais on a cette possibilité,
03:01 et c'est ça qui est absolument terrifiant pour la population russe.
03:05 Mais comment vous expliquez qu'ils mêlent autant le fait religieux et le politique ?
03:12 Tout simplement parce que Poutine a trouvé, depuis le début de son mandat,
03:17 une forme d'idéologie de substitution au communisme.
03:20 Le communisme ne marchait pas, il n'est pas communiste,
03:24 il reprend évidemment tout l'appareil sécuritaire du KGB, il glorifie Staline,
03:31 enfin il pousse en tout cas à cette glorification, comme on le voit,
03:34 et donc il est obligé de trouver une idéologie,
03:36 et comme cette idéologie, dans un État totalement mafieux,
03:40 dans un régime profondément mafieux, il n'y en a pas beaucoup à la disposition,
03:44 eh bien il va reprendre la religiosité,
03:47 pour essayer d'inscrire la religion orthodoxe selon son interprétation,
03:51 dans la longue histoire du peuple russe.
03:53 Et en fait, il y a une sorte de syncrétisme idéologique
03:56 qui met sur le même plan Staline, la grande guerre patriotique,
04:01 alors qu'on sait que beaucoup de personnes proches de Poutine sont véritablement nazies.
04:06 Il a lui-même d'ailleurs réhabilité un ancien nazi russe, Ivan Ilin,
04:09 dont il a fait revenir les cendres en Russie,
04:12 donc voilà, il essaye de faire une sorte de feu de tout bois,
04:18 et évidemment la religion, avec cette église soumise au Kremlin,
04:22 est un instrument de choix dans cette perspective.
04:25 – Parlons du terrain, puisque Poutine a dit qu'il était impossible finalement
04:28 de battre la Russie, on est un an après l'invasion russe,
04:32 il n'y a pas eu de victoire significative pour l'armée,
04:35 même dans l'Est de l'Ukraine,
04:37 l'armée russe n'est pas parvenue à achever la conquête des deux provinces du Donbass,
04:42 pourtant il est paru droit dans ses bottes, Poutine, il est certain de sa victoire,
04:46 pour vous il n'aura pas les moyens d'aller jusqu'au bout ?
04:52 – Je pense qu'il y a deux réflexions apparemment contradictoires à avoir,
04:56 d'abord effectivement il n'a pas les moyens d'aller jusqu'au bout,
04:58 il n'a pas les moyens de tout mettre complètement en Ukraine,
05:01 de reconquérir Kiev, de placer comme il le souhaitait au début,
05:05 une sorte de pantin à la tête de l'État ukrainien
05:08 en remplacement de Volodymyr Zelensky, ça ce n'est pas possible.
05:11 En revanche, on peut mener une guerre longue,
05:15 extraordinairement destructrice pour l'Ukraine,
05:17 pour le peuple ukrainien, aussi bien sûr pour la Russie,
05:21 et il se dit qu'à partir d'un certain moment, dans un an, dans deux ans etc.,
05:25 les occidentaux, les gouvernements d'ailleurs,
05:27 peut-être même plus que les populations,
05:29 vont se lasser et vont lâcher et vont essayer de chercher un compromis.
05:34 Et d'une certaine manière, si Poutine conserve,
05:37 ne serait-ce qu'une toute petite partie de l'Ukraine,
05:39 même ce qu'il avait obtenu avant le 24 février 2022,
05:44 avec l'annexion d'une partie du Donbass,
05:46 les régions de Luhansk et Nodezk en partie, la Crimée,
05:49 et bien ce sera encore d'une certaine manière une sorte de victoire,
05:53 ou en tout cas il le présentera comme une sorte de victoire.
05:56 Donc il y a toujours effectivement ce risque,
05:58 tant qu'on n'arme pas suffisamment les Ukrainiens
06:01 pour infliger sur le terrain une défaite cuisante à l'armée de Poutine
06:06 et faire en sorte que les forces russes quittent l'intégralité de l'Ukraine.
06:10 Et donc Poutine joue sur cette entre-deux des occidentaux
06:14 qui certes protège et défend l'Ukraine,
06:17 mais probablement pas encore autant qu'il le faudrait.
06:19 Est-ce qu'on sait si ce manque d'avancée sur le terrain, ça l'affaiblit ?
06:22 On entend toujours cette petite voix du chef de Wagner, Prigojine,
06:25 qui ne cesse de critiquer l'armée russe.
06:29 Écoutez, vous pouvez avoir des critiques internes bien sûr,
06:31 il y en a eu même dans les émissions de propagandistes.
06:35 En revanche, ça n'atteint pas la population.
06:38 La population, comme je le disais, est finalement très apathique, très résignée.
06:43 Elle n'est pas capable, ou en tout cas elle n'a pas la volonté de se révolter,
06:46 et ça je pense que Poutine le sait parfaitement.
06:49 Et d'une certaine manière aussi, l'appareil sécuritaire autour de Poutine,
06:53 les gens du SFB, ce qu'on appelle les "solidities",
06:55 sont capables de tenir, en quelque sorte, et de protéger Poutine.
06:59 Donc les scénarios que tous espèrent, bien sûr,
07:02 d'une sorte de révolution de parlai, ou d'une révolution populaire,
07:06 malheureusement ce ne sont pas des choses qui risquent d'arriver très prochainement.
07:10 Dernière question Nicolas Tenzer, à la fin de son discours,
07:13 Poutine a annoncé la suspension de la Russie de sa participation au traité New Start.
07:18 Il se dit prêt également à renouer avec les essais nucléaires.
07:22 Est-ce que cette menace que Poutine réitère à longueur de semaine
07:28 est une menace sérieuse, un risque à prendre en compte ?
07:32 Alors il ne faut jamais prendre à la légère, évidemment, un risque nucléaire.
07:36 Il ne faut pas le courtir non plus,
07:38 parce que Poutine utilise ce type d'argument depuis plusieurs années,
07:41 bien avant le 24 février 2022.
07:43 Donc il faut faire attention, garder la tête froide, contrôler, surveiller,
07:48 et c'est ce que font les services de renseignement, en particulier américains, bien sûr.
07:53 Mais il ne faut pas céder au prétexte que cette menace nucléaire larvée
07:58 est émise régulièrement par Vladimir Poutine.
08:01 C'est sérieux, oui, mais surtout pas d'affolement, gardons la tête froide,
08:04 et surtout ne cédons pas, parce que Poutine sait aussi que,
08:08 finalement l'utilisation de l'arme nucléaire se retournerait non seulement contre son peuple,
08:13 ce dont il nature, mais également contre lui-même.
08:16 Merci beaucoup Nicolas Tenzer, enseignant à Sciences Po,
08:19 spécialiste des questions stratégiques et internationales,
08:22 et je rappelle que vous êtes le directeur de la publication Desk Russie.
Commentaires

Recommandations