00:00Allez, on passe à la culture dans le JTA de ce vendredi et ce soir, un artiste tchadien qui a
00:06d'abord conquis la scène Burkinabé au sein du groupe Hip Hop Yelen, fondé en 2000 avec son complice, le
00:11rappeur Smarty.
00:13Et depuis 2011, il mène une carrière solo, il fusionne rythme traditionnel gambay, chant des pleureuses, gospel, jazz, électro et
00:21reggae, chantant à la fois en gambay, en arabe, en français, en anglais et même en muré.
00:26Mandoé revendique une identité plurielle et engagée entre musique, sculpture, projet culturel au Tchad. Il met l'art au service
00:34du lien social. Merci Mandoé et bienvenue dans votre journal de l'Afrique.
00:38C'est moi qui vous remercie.
00:40Merci beaucoup. Vous avez commencé votre carrière, je le disais, au Burkina Faso avec Yelen, le groupe Yelen avec Smarty.
00:48Qu'est-ce que cette période a façonné dans votre identité artistique ?
00:52Ça m'a permis juste de comprendre que c'est possible de faire ce métier et puis surtout d'en
00:56vivre.
00:58Dès le début avec lui, parce que vous avez beaucoup tourné effectivement, vous mélangez des rythmes dans votre création artistique,
01:05des rythmes, je le disais, en gambay, dans cette langue, le rap, la soul, le gospel.
01:11Comment vous définiriez aujourd'hui votre style ?
01:13J'aime pas définir.
01:15Vous aimez pas les cases de toute façon ?
01:18Ça me permet d'être plus libre.
01:20Ça me permet d'être plus libre. Vous avez raison. Je propose d'ailleurs, pour être beaucoup plus concret, qu
01:24'on écoute un extrait de votre clip Les Masques.
01:27Et puis on pourra mieux comprendre, je pense, le téléspectateur pourra savoir qui vous êtes Mandoé. On écoute.
01:32Merci.
02:13Mandoé, justement, parlez-nous de ce clip Les Masques.
02:17J'étais parti pour le FESFACO et comme membre du jury.
02:21Donc à Ouagadougou.
02:22À Ouagadougou, comme membre du jury. Et puis j'ai rencontré les Siakawa ou Sawadougou. J'avais envie de renouer
02:29un peu avec ma famille là-bas.
02:31Et tout le monde se sont prêté à ce jeu-là avec un jeune réalisateur, avec un centre des handicapés.
02:36Tout le monde est rentré dedans. On a fait tomber les masques.
02:39J'ai fait beaucoup de plaisir.
02:40Fait tomber les masques.
02:43Effectivement, alors vous parliez des handicapés, tout ça, entre autres.
02:46Les thèmes sociaux sont très importants pour vous et sont toujours au cœur de vos albums précédents, d'Harry, etc.
02:53Pour vous, un artiste, il doit forcément être engagé ?
02:58Déjà, vivre en Afrique, c'est un engagement.
03:00Ah oui, ça.
03:02C'est sûr.
03:03Tu ne peux pas fermer les yeux sur tout ce que tu fais.
03:06Quand tu as un nom, c'est possible.
03:08Moi, c'est ce qui m'a obligé aujourd'hui à me dire, il faut que je mette mon talent
03:11aussi au service des enfants, au service des femmes.
03:14Qu'on permette aux gens de se prendre en main et puis surtout ramener les enfants à l'éducation.
03:19Et en 2021, est-ce que c'est ça qui a motivé votre décision de rentrer définitivement au Tchad ?
03:25C'est ça, je me suis engagé là-bas et on a créé des centres, on a essayé de dire,
03:31il est possible déjà pour un artiste de vivre de son art,
03:34ce qui le permet de se définir lui-même déjà, surtout d'exister dans la société, c'est très, très
03:39important.
03:41Donc, à côté de ça, on va beaucoup plus formation, création, en tout cas, on essaie de se prendre en
03:47main.
03:48Et alors, votre prochain, enfin, le festival dont vous avez le T-shirt, au nom de l'art, c'est
03:55la troisième édition, c'est au mois de mai.
03:57Racontez-nous comment est né ce festival déjà.
04:00Le festival même, il s'appelle Au cœur de l'art.
04:02Donc, au nom de l'art, c'est le projet qui prend tout.
04:05Et l'idée de créer ce centre de formation, de former des jeunes, donc une chose, c'est de créer,
04:10l'autre chose, c'est de vendre, acquis, de vendre.
04:12C'est là où on s'est dit, mais la musique, puisque moi je suis musicien, c'est de créer
04:17ce festival qui va mettre en lumière.
04:19Donc, c'est pourquoi on appelle Au cœur de l'art, c'est pour valoriser toutes les autres disciplines.
04:26Et comme ça, ça nous permet aussi de faire inviter les autres, d'inviter les médias extérieurs, d'inviter les
04:32grosses pointures de l'extérieur.
04:33Et cette année, on a la chance d'avoir Magic System.
04:35Magic System sera là.
04:38C'est important pour vous, d'autant plus qu'on a vu, le Tchad n'a pas souvent une actualité
04:45heureuse, c'est le moins qu'on puisse dire.
04:47Et on en rencontre malheureusement assez souvent dans le JTA.
04:50Pour vous, c'est important de montrer cette autre facette du Tchad ?
04:54Plus qu'important, parce que je suis né des années de guerre.
04:58Donc, moi, je n'ai plus envie de déléguer ça comme héritage à mes enfants.
05:02Je me suis dit, même en temps de guerre, il y a de l'art.
05:05Donc, il va falloir peut-être permettre aussi à une nouvelle génération de se dire, malgré tout ça, on doit
05:10se sentir fier d'être tchadien,
05:11que les enfants aient le droit d'aller à l'école, que leur place aussi est dans les centres d
05:16'épanouissement,
05:16qu'on n'est pas là seulement à se définir en tant que guerrier.
05:20Et vous soutenez des initiatives sociales importantes, comme les reines du Ghaoui.
05:26Vous travaillez aujourd'hui avec l'UNICEF.
05:29Comment l'art peut-il concrètement changer les mentalités ?
05:33On est sur le terrain, donc on le voit déjà avec les reines du Ghaoui.
05:37Là, on est sur des projets où on permet à des populations de se prendre en charge eux-mêmes,
05:43de construire des salles de classe.
05:45Et moi, tout ce que je veux, j'ai dit, vous avez déjà la terre, vous n'allez pas attendre.
05:49Donc, tout ce qu'on peut vous donner, moi, c'est juste de la lumière.
05:52Donc, je peux permettre à ce qu'on ouvre des comptes bancaires, mais qu'on puisse commencer d'abord.
05:59Donc, on est sur le terrain et on voit le changement.
06:01Et on n'est pas seulement au niveau des discours.
06:03Ce qui est intéressant, en cinq ans, on a pu asseoir ce centre-là.
06:08On a pu faire plus de 15 tournées dans les villes.
06:10Donc, on touche la réalité.
06:11C'est ce qui, moi, quand on m'a proposé d'être ambassadeur de l'UNICEF,
06:15je me suis dit, ça va me permettre encore de porter la voix de ces enfants-là.
06:19Pas seulement au Tchad, mais en Afrique, quoi.
06:22Et quel message vous avez envie de porter, d'abord peut-être aux jeunes qui nous écoutent,
06:27mais aussi aux décideurs politiques, que ce soit dans la société civile, les chefs d'entreprise.
06:32Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire, justement ?
06:35Déjà, aux jeunes, de ne pas attendre.
06:38Parce que, que ce soit aux États-Unis ou partout dans le monde,
06:42c'est que l'État peut créer des conditions.
06:45Mais vos situations sont personnelles.
06:47N'attendez pas à ce que ce soit un religieux ou un homme politique qui viendra vous définir.
06:50Ce n'est même pas possible.
06:51Moi, je ne crois pas en eux.
06:53Ce n'est pas que je ne crois pas en la politique.
06:55Mais je dis simplement que, parfois, on les utilise, on les manipule et puis on les laisse.
06:59Aux États, on ne vous demande même pas de venir changer les conditions personnelles.
07:02Et les gens, créez simplement des infrastructures.
07:05On a besoin juste des routes, des hôpitaux.
07:07C'est juste ça.
07:08Et cet argent, il est là.
07:09Je ne sais pas pourquoi vous ne le faites pas.
07:11Voilà quoi.
07:12Ben oui.
07:13Alors, si vous aviez un message aussi, j'allais dire, plus positif, plus personnel, artistique,
07:19les artistes se posent beaucoup de questions sur leur rôle, sur leur utilité.
07:23Vous, vous faites le chemin inverse.
07:25Vous décidez de rentrer, de vous installer, de créer tout ça et de créer les conditions,
07:29malgré les difficultés sur place qu'on sait énormes.
07:33Qu'est-ce que vous avez envie de dire aux autres artistes qui, peut-être, hésitent
07:36ou peut-être ne savent pas s'ils peuvent ou pas rentrer sur le continent africain ?
07:40Ben déjà, le plus souvent, quand on rentre, moi, j'ai échoué plusieurs fois.
07:44Donc, c'est ça qui m'a permis de comprendre.
07:45On rentre avec la prétention de vouloir venir changer les choses.
07:48Alors qu'on peut simplement venir se changer nous-mêmes.
07:52Moi, j'ai toujours dit, à défaut de changer le tchat, est-ce que je peux changer déjà ma vie
07:56?
07:56Le fait de changer mon entourage, de créer des modèles économiques autour de mon métier,
08:00pour moi, c'est ma façon de contribuer aussi à améliorer les choses.
08:04Ah ben, c'est le message qui est vraiment passé.
08:06Merci beaucoup, Mandoé, d'être venu ici, dans le Ginois de l'Afrique,
08:09pour nous parler de votre très belle aventure et de votre engagement.
08:13Merci beaucoup.
08:14C'est la fin de ce journal.
08:15Merci à tous ceux qui nous ont suivis partout dans le monde.
08:17Et ce soir, forcément, de Moundou à Ouagadougou, en passant par Niamena, forcément.
08:23Restez avec nous, car l'actualité continue sur France 24.
08:25Merci.
Commentaires