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  • il y a 16 minutes
Vendredi 6 novembre 2026, retrouvez Isabelle Job-Bazille (Directrice des Études Économiques, Groupe Crédit Agricole) et Jean-Marc Daniel (économiste) dans SMART ÉCO, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.

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Transcription
00:02Générique
00:07Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle émission de SmartEco,
00:11l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font l'économie,
00:14à retrouver tous les jours sur notre antenne, mais aussi sur notre site bsmart.fr
00:18et puis sur toutes vos plateformes d'écoute.
00:21Et aujourd'hui, place au grand débat éco consacré aux grandes actualités économiques de la semaine
00:26avec un sujet au cœur des préoccupations, le pouvoir d'achat.
00:29D'abord du côté des Etats-Unis, les élections de mi-mandat viennent de rebattre les cartes politiques
00:34deux ans après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
00:37Les Américains ont-ils sanctionné sa politique économique sur fond d'inflation et de hausse du coût de la vie
00:43?
00:44C'est notre premier débat.
00:45Et puis après, nous retournerons en France où le pouvoir d'achat est aussi au cœur
00:49des revendications des mobilisations du 5 novembre.
00:52Et selon une nouvelle étude de l'APEC, les cadres auraient perdu 3,6% de pouvoir d'achat en
00:58un an.
00:58Alors que les perspectives d'emploi se dégradent, comment relancer les salaires ?
01:02Ce sera nos deuxièmes échanges.
01:04Et enfin, après le rejet du volet recette du budget 2027 à l'Assemblée nationale,
01:09quelle marge de manœuvre reste-t-il pour soutenir le pouvoir d'achat tout en redressant les finances publiques ?
01:15C'est parti, c'est le débat éco.
01:22Le pouvoir d'achat au cœur des tensions économiques et politiques et ceux des deux côtés de l'Atlantique.
01:28L'élection de mi-mandat aux Etats-Unis, mobilisation sociale en France, débat budgétaire,
01:32donc autant d'actualités qui ont un point commun, les préoccupations autour du coût de la vie et du pouvoir
01:38d'achat.
01:38Pour décrypter ces enjeux, nous recevons deux économistes.
01:41Isabelle Jobbasi, bonjour.
01:42Bonjour.
01:43Vous êtes directrice des études économiques au groupe Crédit Agricole.
01:46Merci beaucoup d'être avec nous.
01:48Nous, Jean-Marc et Daniel, bonjour.
01:49Bonjour.
01:50Vous êtes professeur émérite à l'ESCP Business School.
01:53Et puis, vous êtes auteur de la dette publique.
01:55C'est Robin Desbois qu'on assassine aux éditions Odile Jacob.
01:59Alors, direction les Etats-Unis pour commencer avec les élections de mi-mandat.
02:03Isabelle, je me tourne vers vous tout d'abord.
02:07Quel bilan économique, en fait, est-ce qu'on peut dresser de ces deux premières années,
02:12enfin plutôt, de deuxième mandat de Donald Trump à la tête des Etats-Unis pour vous ?
02:17Alors, je dirais qu'il y a les promesses, les promesses non tenues,
02:21et puis aussi le bilan.
02:22Et c'est des choses un petit peu différentes.
02:24Si vous regardez les promesses, si vous vous rappelez au moment de la campagne présidentielle,
02:28ce qu'avait promis en direction des Américains,
02:30ce qu'avait promis Trump, c'est de faire baisser, dès le lendemain de sa prise de fonction,
02:35de faire baisser les prix et donc de se débarrasser de l'inflation,
02:43notamment faire baisser les prix à la pompe
02:46et également baisser le coût du logement, donc avec des taux d'intérêt plus bas.
02:50Et là, il a tout faux.
02:52C'est là où il est sanctionné par les électeurs,
02:54puisque l'inflation a accéléré.
02:56Elle est passée 3% en janvier 2025.
02:59On est à 3,7% en octobre 2026.
03:03Par ailleurs, si on regarde les prix à la pompe en particulier,
03:07on était à 3 dollars le galon.
03:10On est au-delà de 4, et c'est une moyenne.
03:13Il y a des États où c'est même plus élevé.
03:15Et puis, sur les taux d'intérêt, on a pris un point.
03:17On a, pour le taux moyen à 30 ans,
03:19c'est généralement la maturité pour les prêts immobiliers aux États-Unis.
03:23On est à 7%, là où on était à 6% au début de son mandat.
03:27Donc, de ce point de vue-là, voilà, c'est des promesses non tenues
03:31et qui ont été effectivement sanctionnées par les électeurs.
03:34Mais si on regarde plus globalement son bilan,
03:37le bilan économique n'est pas si mauvais.
03:39Le bilan macro, là.
03:39Voilà, n'est pas si mauvais si on regarde typiquement la croissance.
03:43On a une croissance qui s'est maintenue au-delà de 2%.
03:46Elle a même accéléré, là, dernièrement au troisième trimestre.
03:49Sauf que cette croissance, elle se fait vraiment sur une base étroite.
03:53On parle beaucoup d'une croissance en cas, donc très inégalitaire.
03:57Et elle se fait sur une base étroite.
03:58Qu'est-ce qui tire la croissance aux États-Unis ?
04:01Essentiellement, ce cycle de la tech et le boom des investissements
04:04dans l'intelligence artificielle.
04:07Et par ailleurs, effectivement aussi la consommation.
04:09La consommation qui tire l'activité.
04:12Mais la consommation, en fait, elle est sur une base très étroite.
04:17Plutôt des ménages les plus aisés.
04:1920% des ménages les plus aisés font à peu près 50% de la consommation.
04:23C'est 30% en France, pour vous montrer à peu près l'écart.
04:27Donc 50%, sachant que comment elle se nourrit, cette consommation ?
04:33Eh bien, des faits de richesse.
04:34Et ça, c'est encore lié au boom de l'intelligence artificielle.
04:38On a des valorisations qui sont portées par les promesses de croissance,
04:43de gain de productivité liées à l'intelligence artificielle.
04:46Donc ça gonfle le prix des actifs.
04:48Et donc comme les ménages, et notamment les plus aisés, détiennent des actions,
04:52ils ont l'impression que leurs actifs épargnent pour eux.
04:55Donc on a une baisse du taux d'épargne.
04:56Alors certains puisent dans leur épargne, pour ceux qui en ont,
04:59parce qu'il y a des problèmes de pouvoir d'achat.
05:01Mais les plus aisés, ils puisent dans leur épargne.
05:03Ils consomment beaucoup.
05:05C'est eux qui soutiennent la consommation.
05:08Donc vraiment, la question, c'est une croissance inégalitaire
05:11et qui se fait sur une base très étroite liée au boom de l'intelligence artificielle.
05:16C'est ça.
05:16En fait, du coup, Jean-Marc Daniel,
05:18Donald Trump paye les conséquences d'une croissance des inégalités,
05:21tout simplement, au sein du pays ?
05:24Non, je ne crois pas. Je crois que les Américains, sur les inégalités,
05:26ce n'est pas leur souci premier.
05:28D'abord, sur la croissance, moi j'ai une lecture de la croissance.
05:32Alors, ce n'est pas uniquement dans ce cas des Américains,
05:35mais je considère que la consommation, c'est assez inerte en réalité.
05:38Ce qui est vraiment déterminant, c'est la façon dont la politique budgétaire est menée.
05:42Or là, on a atteint des niveaux de déficit budgétaire absolument.
05:46Faramineux, on a 2 000 milliards de dollars de déficit budgétaire,
05:48où l'on a le 6% du PIB.
05:50Alors que parmi les promesses, il y avait effectivement le redressement,
05:52avec l'introduction spectaculaire dans l'activité administrative d'Elon Musk,
05:57et qui devait couper dans les dépenses et tout ça.
06:00Et quand on regarde ces dépenses budgétaires,
06:03effectivement, ça distribue de l'argent,
06:04mais en regard, il n'y a pas la production.
06:06Et donc, la conséquence de ça, c'est que vous avez ce mécanisme de déficit jumeau,
06:09qui est la grande caractéristique de l'économie américaine.
06:12C'est-à-dire désormais, le déficit commercial
06:14est de 100 milliards de dollars par mois.
06:16Tous les mois, l'Amérique est à ça.
06:18Donc, ce déficit commercial, il part vers la Chine,
06:21qui est censé être le grand ennemi, le rival.
06:23Et donc, qui prend de plus en plus de place par rapport à leur concurrence.
06:27Et donc, effectivement, le bilan de Trump, c'est la croissance chinoise.
06:31C'est-à-dire, en partie, parce que la croissance chinoise, elle-même ralentit.
06:35Et puis, c'est la croissance européenne aussi.
06:38Le peu de croissance européenne qui reste, c'est effectivement,
06:40par les exportations et essentiellement vers les États-Unis.
06:43Et la deuxième remarque que je ferai, c'est que dans les promesses,
06:46qu'il y avait effectivement, il y avait la baisse des prix.
06:48Mais d'emblée, dans son discours, à partir du moment où il annonçait
06:51qu'il allait mettre des droits de douane, il ne pouvait pas à la fois dire
06:53qu'il allait faire baisser les prix et faire augmenter les prix
06:57par l'intermédiaire des droits de douane.
06:58Parce que les droits de douane, ce sont les Américains qui les paient.
07:02Et concrètement, il y a un économiste américain assez célèbre,
07:05qui est Nicolas Grégory Mankiw, qui dit, en plus, pour en revenir à la façon
07:10dont la population américaine interprète ça, il dit,
07:12quand on met des droits de douane sur les produits chinois parce que c'est l'ennemi,
07:14c'est ma secrétaire qui les paie.
07:16Parce qu'elle, elle achète des produits chinois.
07:18Il dit, moi, Nicolas Grégory Mankiw, je bois du Chablis, j'ai une voiture.
07:22Je peux acheter aussi des choses américaines.
07:24Il prend les droits de douane quand même, même sur le Chablis, il a dit, il y a des droits
07:26de douane.
07:27Je prends des droits de douane, je suis abigué par exemple.
07:29Non, mais sur les produits américains, en tout cas,
07:31de plus haute valeur ajoutée, en tout cas, il n'y a pas forcément autant de droits de douane.
07:35Mais lui, il dit, je n'achète même pas américain, moi, j'achète européen.
07:37Et donc, le véritable arbitrage qui s'est fait dans le pouvoir d'achat,
07:40c'est entre les droits de douane sur l'Union Européenne,
07:42qui s'adressent effectivement à la classe aisée,
07:46qui est donc, bois du Chablis, est habillé par Hugo Boss, Roland Daudi.
07:50Et puis, la secrétaire qui, elle, achète des produits chinois.
07:54Or, au nom du patriotisme, au nom de la nécessité d'être en rivalité avec la Chine,
07:59il a matraqué normalement les droits de douane sur les produits chinois.
08:03Et il a plus ou moins épargné, ça a été assez confus.
08:07Et la deuxième chose qui me frappe dans ces élections,
08:09c'est que quand on regarde au niveau local,
08:13les gouverneurs républicains s'en sont pas trop mal sortis.
08:15Oui. En particulier, il y a une conquête récente en Nouvelle-Angleterre.
08:21Le Vermont, un gouverneur républicain, c'est une...
08:23Le Vermont, c'est la quintessence de l'intelligentsia branchée américaine.
08:29Bon. Il continue à voter républicain.
08:31Et donc, là où les républicains ont perdu, c'est au niveau national.
08:36C'est-à-dire, c'est véritablement Trump qui a été désavoué.
08:40Et je pense que dans le désaveu, il y a la personnalité de Trump.
08:43Le personnage apparaît, effectivement, à la fois confus, à la limite du malhonnête,
08:47parce qu'il y a tout un tas d'activités qui sont des activités que l'on peut qualifier de
08:52tendancieuses.
08:53Et puis, à la limite, pas du dictateur, mais enfin, il essaie de faire des choses...
08:57Mais du népotisme !
08:58Du népotisme !
09:00En l'occurrence, c'est vrai que quand on regardait les priorités,
09:05il y avait effectivement les questions de pouvoir d'achat,
09:07mais aussi le rejet de Trump était lié à la corruption, et donc au népotisme,
09:10puisque les Américains se serrent la ceinture,
09:13et on voit un enrichissement à milliards des proches de Trump et de sa famille.
09:19Donc, il y a eu aussi toute la question autour du népotisme.
09:22Et là où Jean-Marc a raison, c'est vrai que le vrai problème des États-Unis,
09:26c'est les twins déficits, les déficits jumeaux,
09:30et ça veut dire que, simplement, les États-Unis vivent au-dessus de leurs moyens.
09:34Ils épargnent pas suffisamment, ils consomment trop.
09:37Et ça, pour le coup, Trump n'a pas résolu...
09:40Il pensait le résoudre avec des droits de douane,
09:42mais les droits de douane ne font en rien, ne relèvent pas le taux d'épargne des ménages américains.
09:47Et puis aussi, il paie les conséquences d'une politique internationale,
09:49dont les conséquences sont quand même...
09:51Exactement, bien évidemment.
09:52Il avait bien évidemment dit qu'il n'allait pas aller errer dans des guerres lointaines, etc.
09:57Et il a déclenché une guerre au Proche-Orient, enfin au Moyen-Orient.
10:00Et justement, sur cette droits de douane, c'est vrai que la promesse était qu'il y ait plus de
10:03production sur le territoire,
10:05une politique aussi industrielle, ça, ça n'a pas eu de conséquences positives, finalement.
10:09On ne voit rien du tout.
10:10Alors, ils aiment bien, ils portent...
10:12Là, il y a Audi qui a annoncé qu'ils allaient faire une usine aux Etats-Unis.
10:15Donc, il y a quelques éléments anecdotiques qui soutiennent.
10:20Mais franchement, quand on regarde les chiffres, non, on ne voit rien, absolument rien.
10:23En termes de réindustrialisation liée à ces droits de douane, on ne voit rien du tout au niveau des chiffres.
10:28Ce qui est intéressant dans cette réindustrialisation, c'est que quand General Motors a rapatrié son usine du Mexique pour
10:34la Caroline du Sud,
10:36les gens m'ont dit, vous allez créer combien d'emplois ?
10:37Ben, zéro !
10:39Les gens de General Motors se sont dit, écoutez, mais dans une usine automobile, maintenant, c'est zéro, il n
10:44'y a plus d'emplois.
10:45Les seules personnes qui travaillent un peu, c'est les gens qui gardent le site pour éviter qu'il y
10:49ait, effectivement, des détériorations
10:51et qu'on porte atteinte à ces robots qui font la création de richesses.
10:54Mais il n'y a plus d'emplois derrière.
10:56Non, non, non. Aujourd'hui, pour des questions de compétitivité, souvent, lorsqu'ils rapatrient,
11:03compte tenu des niveaux de salaire, ils sont obligés de robotiser à fond.
11:07Et donc, oui, on peut rapatrier la production, mais on ne rapatrie pas les emplois.
11:12Cette nouvelle majorité démocrate, pour vous, ça va avoir un impact positif ou neutre sur l'économie
11:20et aussi les entreprises européennes qui peuvent avoir un échange ?
11:24J'ai l'impression que ça va être plutôt de l'immobilisme.
11:29Oui. Est-ce que ça change quelque chose pour l'Europe ?
11:32Alors, pour l'Europe, on ne sait pas, parce que de toute façon, il garde quand même,
11:37qu'il conserve au cours des deux ans, le président américain conserve beaucoup de pouvoir
11:41sur toutes les questions diplomatiques.
11:43Il s'est arrogé la politique commerciale, normalement, qui est de la responsabilité du Congrès.
11:50Mais on voit bien que dès qu'il peut bypasser le Congrès, au travers de ses exécutives ordres,
11:56donc ses décrets présidentiels, il peut continuer à agir de la sorte.
12:03En même temps, s'il a besoin de budget, il faudra que ça passe par le Congrès.
12:06Et là, le Congrès va voter contre.
12:10C'est ça, parce que ça pourrait avoir comme conséquence l'immobilisme aussi américain.
12:14Oui.
12:14C'est généralement pas très bon pour l'économie.
12:17Donc, ça ne va pas changer.
12:19Là où vraiment, il y aura probablement des choses qui vont être faites,
12:22c'est que le Congrès a un pouvoir d'enquête.
12:25Et on sent que là, il y a un peu de revanche.
12:27J'imagine, du côté des démocrates, qui ne vont pas se gêner pour faire un certain nombre.
12:32Je ne pense pas du tout à une mesure de destitution,
12:34parce qu'il faut la majorité des deux tiers au Sénat, ils n'en vont pas.
12:38Mais en revanche, le pouvoir d'enquête, notamment sur les affaires de corruption,
12:42de conflits d'intérêts, etc., oui, probablement qu'on va en avoir à foison.
12:46Oui, je pense effectivement que ça va être deux ans de guérilla à l'américaine,
12:52avec de la procédure, énormément de procédure.
12:54C'est un pays de chicanier, c'est ce que disait Janet Yellen quand elle a quitté la réserve fédérale.
12:59Elle a dit, je croyais que c'est un pays de pionniers, c'est un pays de chicanier, ce pays.
13:03Et donc, on passe son temps à faire des procès.
13:06Mais en revanche, il y a quand même deux choses qui peuvent avoir des conséquences.
13:10On le voit bien, le prix du pétrole a déjà baissé.
13:11C'est-à-dire, il y a cette idée que la politique extérieure américaine sera moins internationaliste
13:17et qu'on finira par trouver un équilibre, même bancal, notamment au Proche-Orient.
13:21Et donc, le prix du pétrole aurait vocation à se stabiliser.
13:25Et la deuxième chose, c'est que traditionnellement, les démocrates sont plutôt libre-échangistes.
13:28Alors, c'est historique.
13:30Lincoln avait été élu.
13:31Lincoln, le fondateur du Parti républicain, enfin, le premier président à porter l'éthique à la républicaine,
13:36avait un programme, avant tout, il était un programme protectionniste.
13:39Et les démocrates se sont opposés à ça jusque à aujourd'hui.
13:43C'est-à-dire, les derniers présidents démocrates ont été...
13:45Clinton était très libre-échangiste.
13:47C'est lui qui avait organisé, relancé, notamment, les accords de libre-échange au Atlantique.
13:52Obama aussi a essayé de relancer le libre-échange.
13:56Donc, on peut espérer que la partie strictement protectionniste, en tout cas théorisée comme étant la solution,
14:02va être mise en seconde, en retrait par rapport à ce qu'on a vécu pendant deux ans.
14:07Après, les démocrates peuvent essayer de la jouer fine.
14:11En l'occurrence, ils peuvent très bien proposer un certain nombre de législations
14:15qui vont dans le sens, justement, d'amélioration du pouvoir d'achat.
14:20Et donc, s'il y a un veto du président, parce qu'ils ont en ligne de bire, quand même,
14:26les présidentielles,
14:27donc c'est de dire, vous voyez, nous, on essaye, en fait, tant faire se peut,
14:30on essaye de vous redonner du pouvoir d'achat, de faire des mesures, etc.
14:33Mais il y a le veto.
14:35Et alors, du coup, pour s'opposer au veto, il faut une majorité des deux tiers, pareil au Congrès.
14:40Et à ce moment-là, ils peuvent mettre entre les mains des Républicains la responsabilité,
14:45si ces derniers ne votent pas, pour détourner, contourner le veto présidentiel.
14:52Et ça, ça peut coûter cher, à un moment donné, aux Républicains.
14:55Donc, ça va, exactement, ça va un peu des chicaneries, ça va être un peu tendu.
15:01Et on retourne en France, cette fois-ci, on parle aussi du pouvoir d'achat.
15:05Donc, dans les actualités de la semaine, c'est l'Association pour l'emploi des cadres
15:09qui publie aujourd'hui une étude révélant une baisse de 3,6% du salaire réel des cadres en un
15:15an.
15:16Donc, une rémunération brute médiane qui recule pour la première fois depuis 2010.
15:20Est-ce que ça, Jean-Marc Daniel, c'est nouveau que ça atteigne cette partie-là de la société,
15:27des cadres privés, que c'est vraiment une baisse du pouvoir d'achat
15:31qui touche une beaucoup plus large population qu'avant ?
15:34Oui, enfin, ce n'est pas tout à fait nouveau.
15:36C'est-à-dire que, quand vous regardez comment tout ça fonctionne,
15:38en réalité, c'est le salaire à l'embauche qui est moins important qu'à une certaine époque.
15:42Donc, aucun individu n'a subi une baisse de son salaire personnel.
15:49Non, c'est une rémunération qui n'a pas forcément été élevée.
15:53Elle augmente moins vite que l'inflation, donc on perd du pouvoir d'achat.
15:57On perd du pouvoir d'achat et en plus, les gens qui rentrent sur le marché du travail avec des
16:01diplômes,
16:01maintenant, sont moins bien rémunérés que les gens qui sont rentrés il y a 2-3 ans sur le même
16:07poste.
16:08Donc là, il y a une perte de valeur, non pas seulement de pouvoir d'achat,
16:11mais il y a une vraie perte de valeur affichée.
16:12Sauf qu'aucun individu ne s'en a fait à titre personnel.
16:15Simplement, on arrive par rapport aux espérances que l'on avait.
16:18Ce qu'il y a d'intéressant dans cette affaire, c'est qu'effectivement,
16:26le discours sur la formation, sur les diplômes, sur la nécessité d'améliorer le niveau de formation
16:31pour avoir la garantie d'avoir un pouvoir d'achat qui se maintient,
16:34se heurte à la réalité.
16:35Et donc, c'est en partie pour ça que les étudiants et les lycéens sont dans la rue.
16:41C'est-à-dire qu'indépendamment de leurs revendications qui sont en moyenne assez confuses,
16:45voire contradictoires, et dont on peut penser que ce n'est peut-être pas la peine
16:49de mettre le pays à feu et à sang pour améliorer la propreté des toilettes.
16:52Mais il y a derrière tout ça une angoisse, c'est-à-dire qu'il n'y a plus de
16:57croissance.
16:58Comme il n'y a plus de croissance, on ne peut pas distribuer du pouvoir d'achat.
17:02On a masqué ça pendant des années en distribuant du pouvoir d'achat par l'endettement.
17:06Et maintenant, on arrive à un moment où...
17:08Et en disant qu'il faut être plus formé pour avoir...
17:10Voilà.
17:11Finalement, on n'a pas les conséquences qui...
17:13Et puis un petit peu d'intelligence artificielle qui arrive aussi.
17:16On est dans le grand mensonge.
17:18On vous a dit...
17:19Alors, il y a l'intelligence artificielle qui arrive.
17:21Et alors, je pense que les gens n'en ont pas conscience,
17:23mais il y a une concurrence indépendamment de l'intelligence artificielle
17:26qui commence à battre avec les pays émergents,
17:28les pays du Sud.
17:29La dernière Assemblée Générale de la Banque Mondiale,
17:33le président de la Banque Mondiale, a rappelé que d'ici à 10 ans,
17:37il y a 1,2 milliard de jeunes qui vont apparaître sur le marché du travail
17:41dans les pays du Sud.
17:42Et il dit, nous avons d'après nos projections,
17:45à peu près la certitude que l'économie telle qu'elle est à l'heure actuelle
17:48peut créer 400 millions d'emplois.
17:50Donc il y a 800 millions de personnes
17:51qui vont se déverser sur le marché mondial du travail.
17:55400 millions d'emplois sur le marché mondial du travail ?
17:57Pour ces gens-là, c'est-à-dire en face de 1 milliard de 100 millions de personnes
18:00qui vont arriver, essentiellement des jeunes qui quittent par exode rural
18:05les campagnes africaines, qui quittent les campagnes...
18:08Et dans l'éducation aussi, l'éducation...
18:10Et ces gens-là ont reçu une éducation entière,
18:13qui est de plus en plus développée, de plus grande qualité.
18:17Et donc, on le voit en Inde,
18:19c'est-à-dire qu'en Inde, le ministre de l'Éducation a démissionné cet été,
18:23parce qu'il y a tout un tas de jeunes diplômés indiens
18:25qui disent qu'on ne trouve pas de travail.
18:28Donc, nos jeunes diplômés, ils sont en concurrence
18:31avec l'intelligence artificielle,
18:33avec les diplômés de Megalore,
18:35et avec des diplômes dont, effectivement,
18:37ils sont eux-mêmes en concurrence avec eux-mêmes.
18:39Donc c'est une problématique mondiale, en fait.
18:43Cette inadéquation, éducation, salaire, et donc pouvoir d'agir.
18:47Oui, et donc la réponse serait de trouver le moyen
18:50de faire davantage de croissance, c'est-à-dire...
18:52D'augmenter le gâteau !
18:53D'augmenter le gâteau !
18:54Pour pouvoir le redistribuer, il faut d'abord qu'il augmente.
18:57Pour augmenter le gâteau, il faut être plus productif et travailler plus.
19:00Et là, Isabelle, c'est en fait le cercle vicieux,
19:01parce que forcément, si moins de pouvoir d'achat,
19:04c'est moins de capacité ensuite à consommer,
19:07les entreprises qui ont de moins en moins de clients,
19:10donc voilà, c'est un cercle vicieux qui est difficile à retourner.
19:13Alors, ça dépend.
19:14Si on travaillait plus...
19:23Plus !
19:24En France, si on regarde justement ceux qui ont perdu du pouvoir d'achat,
19:28plus ou moins suivant les catégories,
19:30en France, le SMIC est indexé à l'inflation.
19:34Alors, il n'est pas tout à fait indexé à l'inflation,
19:36c'est un calcul où vous prenez l'évolution des prix observés
19:41pour les 20% les plus modestes,
19:42puisqu'on sait que les paniers de consommation sont différents,
19:45notamment ils consomment plus d'énergie,
19:47ils consomment plus d'alimentation,
19:49donc si ces prix augmentent plus,
19:51on prend ça en compte.
19:52Voilà, donc c'est indexé à ça,
19:53et puis s'il n'y a pas d'inflation,
19:54on regarde plutôt les gains de pouvoir d'achat
19:56des salaires ouvriers et des employés.
19:59Mais en tout cas,
20:00si on regarde dans les différentes périodes
20:02de tensions inflationnistes ces derniers temps,
20:04donc on a eu post-Covid,
20:05et puis avec la guerre en Ukraine,
20:07et puis maintenant ce que l'on connaît,
20:09normalement, le SMIC conserve,
20:11enfin on maintient le pouvoir d'achat
20:13des gens qui perçoivent le SMIC,
20:16ce qui est à peu près 12% de la population.
20:20Après, ensuite, ce sont les entreprises qui décident,
20:24et il y a souvent un décalage d'ailleurs
20:25entre la remontée des prix
20:27et puis les hausses de salaire,
20:29parce que simplement,
20:30vous ne renégociez pas vos salaires tous les mois.
20:32Donc on verra ça au niveau des négociations collectives
20:35de fin d'année,
20:36ou au niveau de chacune des entreprises,
20:38les hausses de salaire ou générales
20:40ou individualisées,
20:44notamment pour les prix,
20:45mais on pourra faire le bilan.
20:47Aujourd'hui, ce que l'on voit,
20:48par exemple, pour les cadres,
20:49c'est effectivement,
20:50on a une inflation en moyenne sur l'année 2026
20:54qui va être autour de 2,2%,
20:59or, sur 2026,
21:01c'est des augmentations de 2025,
21:03et en 2025,
21:04il n'y a que ce qu'il disait,
21:05un cadre sur deux a eu une augmentation.
21:08Donc de manière mécanique,
21:10il y a une perte.
21:11un peu plus gros que ce que vous l'avez sur l'autre...
21:15si on fait référence à l'épisode récent d'inflation,
21:19donc post-Covid,
21:21et donc au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine,
21:24donc on a une inflation, si vous vous rappelez,
21:26qui a plafonné autour d'un peu plus de 6% en France,
21:29je crois que c'était autour d'octobre 2022.
21:34Donc le SMIC,
21:35même comme on était dans une inflation qui accélérait,
21:39et bien il y a eu de manière même infra-annuelle,
21:41il y a eu des revalorisations du SMIC,
21:44donc le SMIC a bien suivi.
21:46En revanche,
21:48il a fallu plus de temps pour les autres salaires de suivre,
21:52et on a rattrapé au niveau global,
21:54on a rattrapé le niveau de salaire réel de 2019 qu'en 2024.
21:58Donc vous voyez, ça met un peu de temps.
22:00Et par ailleurs,
22:02pas toutes les catégories.
22:03Effectivement, les cadres ont été probablement ceux qui ont,
22:08enfin, ou il y a encore, en 2026,
22:10je crois qu'aujourd'hui,
22:11ils sont encore à un niveau légèrement inférieur en termes de salaire réel
22:15que ce qu'on avait en 2019.
22:16Parce que les entreprises ont plutôt fait des efforts
22:19sur les salariés les plus vulnérables à l'inflation,
22:24alors même qu'on sait que les cadres,
22:26normalement, ils ont plus d'épargne,
22:28ils peuvent puiser un peu plus dans leur épargne,
22:31pour traverser ces périodes un petit peu plus inflationnistes.
22:33Donc il y a eu des choix qui ont été faits,
22:35mais globalement, si on voulait que tout le monde regagne du pouvoir d'achat,
22:38le seul moyen, effectivement, c'est d'augmenter le gâteau
22:41et c'est de travailler plus.
22:42D'autant plus que dans l'inflation des années 60, par exemple,
22:46on pouvait considérer que c'était une partie du tissu économique
22:51qui prenait du pouvoir d'achat sur une autre partie du tissu économique.
22:54Alors que là, le pouvoir d'achat est ponctionné par l'extérieur.
22:58C'est-à-dire que le gâteau, non seulement le gâteau augmente très peu,
23:01mais en plus, la part du gâteau qui part à l'extérieur au travers du choc pétrolier,
23:04au travers de l'augmentation du pétrolier, ça croît.
23:06Donc le gâteau disponible pour les salariés et pour les Français,
23:10d'une façon plus générale, est plutôt en train de diminuer.
23:12C'est-à-dire qu'il s'accroît assez peu
23:13et la partie qui est ponctionnée par l'extérieur a tendance à s'accroître.
23:18Si on regarde dans la composante de l'inflation,
23:22donc les chiffres d'octobre, les hausses du prix d'énergie, c'est 24%.
23:26C'est ce qui fait l'inflation.
23:28Si on regarde les autres prix, non.
23:29Même les produits manufacturés baissent, on a des baisses de prix,
23:32mais on a 24% d'inflation sur un an sur les prix de l'énergie.
23:37Effectivement, la plus grosse part, on la paye aux producteurs.
23:40À l'extérieur, parce que quand on paye quelque chose à quelqu'un
23:43qui augmente ses prix, ce quelqu'un est content.
23:45Sauf qu'en l'occurrence, ce quelqu'un, il nous est extérieur.
23:48Donc, véritablement, le pays, là, souffre.
23:51Et donc là, plusieurs propositions de candidats, en tout cas,
23:58c'est de travailler plus, ça, ça semblerait être l'axe...
24:01Oui, oui, ce que je trouve intéressant dans le débat qui a lieu à l'heure actuelle,
24:05c'est que, un, il est à peu près admis qu'il va falloir travailler plus.
24:08Il y a un an, François Béroux disait qu'il allait falloir supprimer deux jours de congé,
24:11tout le monde allait pousser des cris d'orfraie.
24:13Je pense qu'il le dirait aujourd'hui, les gens ne seraient pas contents,
24:16mais ce serait un scandale moins net et moins clair.
24:18Plus audible.
24:19Plus audible.
24:19Il y a un certain nombre de gens qui commencent à dire,
24:21écoutez, le fait d'avoir reporté la réforme des retraites,
24:24la réforme a été une aberration,
24:26parce qu'il faut véritablement réfléchir à un départ vers 65, voire 67 ans.
24:32Et ce qui me frappe aussi, c'est que le discours sur ma priorité, c'est l'emploi,
24:37a totalement disparu.
24:38C'est-à-dire, l'idée qu'il va falloir faire un effort,
24:42et en particulier, jusqu'en 2007,
24:46certains candidats proposaient pour lutter contre le chômage
24:48de réduire la durée du temps de travail.
24:50Plus personne n'arrive maintenant sur les plateaux politiques
24:53en disant, on va passer aux 32 heures pour réduire le chômage.
24:56Et donc là, on a encore 3 minutes et 30 pour parler justement
25:00de ce rejet à l'unanimité du volet recettes du budget 2027.
25:06Vous en pensez quoi encore à une incertitude budgétaire ?
25:11Ah non, non, c'est anecdotique.
25:12Les politiques politiques s'amusent, ils font plus de dépenses.
25:16Tout le monde sait bien que ce budget n'a absolument aucun avenir.
25:19Il sera totalement basculé, bousculé, remis en cause dans 6 mois.
25:24Oui, ça passera soit par les ordonnances, soit par le 49-3.
25:29Mais aujourd'hui, il s'amuse, quand on regarde les débats
25:33qui sont assez lunaires, où on rajoute de la dépense
25:36et on a plutôt tendance à réduire les impôts,
25:38alors qu'on a quand même des métriques budgétaires
25:40qui sont plus qu'inquiétantes avec un déficit.
25:43Il y avait un pape à propos de Napoléon qui disait
25:45« Comédiente, comédiente, tragédienne ».
25:51En tout cas, pour terminer, les mesures les plus urgentes,
25:55ce serait quand on parle justement de ce pouvoir d'achat qui baisse,
25:58ces possibilités aussi, ces perspectives d'emploi,
26:02ça c'est une des plus grandes craintes pour les prochaines années ?
26:05Je pense que la bonne solution, ce serait effectivement
26:07d'augmenter la quantité de travail,
26:09donc de réfléchir au fait que le chômage est en train de réaugmenter,
26:12donc de se poser la question « Pourquoi on n'est pas arrivés ? »
26:14alors que nos voisins ont plutôt réussi à réduire le chômage et atteindre...
26:17Et on avait réussi !
26:18On avait réussi !
26:19Il est en train de remonter, mais on avait bien rebaissé...
26:21Et puis se poser la question de sortir de ce débat sur les retraites
26:24qui est une espèce de...
26:25C'est le sparavant du capitaine-là,
26:27donc les retraites, on en parle, on en parle,
26:29on n'arrive jamais à s'en défaire,
26:30donc résoudre le problème une bonne fois pour toutes.
26:32Après, il ne faut pas nier le fait qu'il peut y avoir une urgence sociale
26:35en termes de pouvoir d'achat,
26:36et ce qui est bien,
26:37ce que l'on n'a pas fait au moment du précédent choc,
26:40on a fait des mesures généralisées,
26:42on avait fait ces boucliers tarifaires
26:43qui ont été sur l'électricité et le gaz,
26:46qui ont été extrêmement coûteux
26:47et qui ont coûté très cher aux finances publiques.
26:49Là, aujourd'hui, on voit bien qu'on fait des mesures,
26:51alors il faut les compenser aussi par des hausses de recettes
26:54ou des baisses d'autres dépenses,
26:56mais des mesures très ciblées
26:58sur les ménages les plus vulnérables à l'inflation,
27:01et en particulier à l'inflation énergétique.
27:03Et par ailleurs, si on doit dépenser un peu de sous,
27:06prenons des mesures de nature structurelle,
27:08c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
27:10ce que nous montre la crise que l'on vit,
27:13c'est une dépendance vis-à-vis des énergies fossiles.
27:16Et d'ailleurs, le signal prix fonctionne bien,
27:18c'est-à-dire que la consommation de carburant
27:22a fortement chuté sur l'année,
27:26et on a une augmentation des achats de véhicules électriques,
27:30même une très franche accélération.
27:32Donc c'est plutôt aller vers des mesures structurelles
27:35qui font qu'on va réduire nos dépendances des énergies fossiles
27:38pour aller vers une énergie décarbonée.
27:41Et là, l'énergie décarbonée, on l'a au travers du nucléaire.
27:44Du nucléaire.
27:44Isabelle Jebasi, merci beaucoup d'avoir été avec nous.
27:46Vous êtes directrice des études économiques
27:48du groupe Crédit Agricole.
27:49Jean-Marc et Daniel, professeur émérite
27:51à l'ESCP Business School,
27:53auteur de La dette publique.
27:55C'est Robin Desbois qu'on assassine chez Odile Jacob.
27:57Merci beaucoup à tous les deux d'avoir été présents
27:58pour notre grand débat éco.
27:59Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
28:01C'est des Smartéco.
28:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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