00:00On s'interroge ce matin sur l'ampleur de la mobilisation contre la vie chère et ses conséquences politiques.
00:07Aujourd'hui, la mobilisation s'annonce importante à l'appel des syndicats.
00:11Bonjour Louis Ouzalter.
00:12Bonjour.
00:12Vous êtes journaliste politique au Figaro. Merci d'être avec nous ce matin.
00:15On a eu les lycéens, les étudiants, les manifestations contre la vie chère.
00:18Les syndicats entrent dans la bataille aujourd'hui.
00:22La convergence, c'est l'enjeu de la journée ?
00:24Oui, et l'enjeu de la journée pour les syndicats, c'est de savoir si eux,
00:27ils peuvent remettre la main sur une mobilisation sociale qui est réelle.
00:30C'est-à-dire que cette mobilisation, elle est protéiforme.
00:32Elle parle de la grogne des lycéens.
00:34Le gouvernement ne l'avait pas vu venir.
00:35Personne ne l'avait véritablement vu venir.
00:38Là-dessus, se sont agrégés les mouvements de gilets jaunes qu'on a vus ressurgir
00:42alors qu'ils n'étaient pas le plus ressortis depuis 2019.
00:45Et les syndicats sont-ils dépassés par tout ça ?
00:47Ou arrivent-ils à, eux, engendrer leur propre mobilisation
00:52et transformer leur appel à la grogne en succès ?
00:53C'est évidemment l'enjeu.
00:54C'est leur reprise en main.
00:55C'est important aussi pour le gouvernement
00:57parce qu'aujourd'hui, on saura si le gouvernement
01:00pourra parler à un interlocuteur qui est institutionnel.
01:03Les syndicats, c'est dans le cadre, quelque part.
01:06Ils connaissent.
01:06Et donc, il pourrait y avoir peut-être un débouché politique et syndical
01:09au terme de cette journée.
01:10La nuit dernière, le projet de loi de budget a été rejeté
01:14vraiment dans la nuit, en première lecture à l'Assemblée.
01:17Est-ce que ça met les manifestants en position de force ?
01:20Alors, ce n'est pas une surprise
01:22dans le sens où ce texte est devenu n'importe quoi.
01:24C'est-à-dire qu'au fil de la discussion à l'Assemblée,
01:26comme tous les députés savent qu'à la fin, il ne sera pas voté,
01:29que ce sera soit le 49-3, soit les ordonnances.
01:32Donc, dans tous les cas, un passage en force du gouvernement.
01:34Chacun se fait plaisir en mettant ce qu'il veut
01:35et en défendant ses positions dans le texte.
01:38Ça souligne la faiblesse du gouvernement.
01:40Il n'a pas de majorité.
01:40Il ne peut pas faire passer les textes qu'il veut.
01:42On le savait, on ne le découvre pas.
01:44Non, la question, elle est financière.
01:45C'est si le gouvernement veut répondre à des attentes des syndicats
01:49et notamment l'augmentation du SMIC,
01:51quelle marge de manœuvre financière va-t-il pouvoir trouver
01:53et comment l'inscrit-il dans ce budget,
01:55sachant qu'il doit trouver des économies
01:56et que, deuxièmement, la situation économique se tend,
01:58la croissance ralentit, l'inflation reprend.
02:01Bref, l'équation n'est évidemment pas simple.
02:02On va y revenir juste simplement sur l'enjeu pour les syndicats.
02:06C'est quoi ?
02:06C'est de transformer le mouvement en mouvement plus durable ?
02:08On sait que la CGT veut durcir,
02:10la CFDT veut entrer dans des négociations.
02:13C'est ça l'idée ?
02:14Oui, déjà, il y a le monde qui aura dans la rue.
02:16Même le gouvernement attend beaucoup de monde.
02:18Donc, il devrait y avoir une mobilisation assez suivie.
02:20Et puis, statistiquement, c'est le nombre de grévistes
02:21dans les secteurs qui sont appelés à faire la grève.
02:24Et ça, ça nous donnera effectivement une idée
02:26de la puissance des syndicats,
02:29de la façon dont ils peuvent remettre la patte dans ce mouvement.
02:32Ce qui caractérise aussi ce mouvement,
02:34c'est quand même sa durée.
02:35C'est-à-dire que de mobilisation lycéenne en semaine,
02:38en blocus, de samedi de mobilisation des gilets jaunes,
02:41en maintenant des journées plus classiques,
02:42comme aujourd'hui, qui est un jeudi de mobilisation
02:44avec des cortèges, donc plus classiques menés par les syndicaux.
02:48On a quand même, depuis plusieurs semaines,
02:49un mouvement qui, sous différentes formes, perdure.
02:53Et ce qui pourra encore perdurer sous l'impulsion des syndicats,
02:57c'est évidemment de ça que dépendra l'ampleur
02:59de la réponse du gouvernement.
03:00Il y aura une réponse politique.
03:01C'est inévitable.
03:02Alors, justement, deuxième grande question.
03:05Quelle réponse, quelle concession l'exécutif peut-il faire à ce stade ?
03:08Vous avez évoqué le SMIC.
03:09C'est une piste ?
03:10Oui, tout à fait.
03:10C'est une piste.
03:11D'ailleurs, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou,
03:13en a parlé.
03:13Le gouvernement est officiellement ouvert
03:15à un coup de pouce sur le SMIC,
03:17ce qui n'est pas arrivé depuis le quinquennat de François Hollande.
03:19Donc, ça n'est pas rien.
03:21Et puis, de manière générale,
03:22on sent bien qu'il y a la question des salaires,
03:23en fait, qui cristallisent tout.
03:25C'est un mouvement qui part de la lutte contre la vie chère.
03:28Et quels que soient les secteurs professionnels,
03:29que ce soit des gens qui sont au SMIC,
03:31que ce soit les cadres dont les salaires augmentent assez peu,
03:33tout le monde, aujourd'hui, a un problème de pouvoir d'achat.
03:35On a aussi la crise des carburants
03:37qui s'ajoute, évidemment, à cela.
03:39Donc, tout va se cristalliser autour de cette question des salaires.
03:42Le gouvernement, quelque part,
03:44si la journée d'aujourd'hui est un succès,
03:45je ne dis pas que ça l'arrange,
03:47mais quelque part, il aura un interlocuteur
03:48qui est institutionnel en face.
03:50Il pourra, sa stratégie,
03:52ce dont on est juste en ce moment dans les ministères et à l'Élysée,
03:54c'est de dire qu'il faut que la réponse politique
03:58soit adressée à des gens qui ne soient pas violents.
04:01C'est-à-dire que le gouvernement ne veut pas donner l'impression
04:03que c'est parce qu'il y a eu de la casse et des pillages
04:05qu'il cède aux rééducations,
04:06comme Emmanuel Macron avait cédé en 2018
04:08après des journées d'émeutes dans le mouvement des Gilets jaunes.
04:11Il avait lâché 10 milliards d'un coup
04:12lors d'une allocution présidentielle.
04:13Il ne veut surtout pas répéter ce précédent
04:16et il veut d'abord légitimer des manifestants non-violents,
04:19donc les syndicats.
04:20C'est à ce moment-là que s'ouvrira la discussion
04:23sur le débouché politique et donc,
04:25os du SMIC ou pas, voire d'autres mesures.
04:26Justement, vous aviez suivi les Gilets jaunes, vous, à l'époque.
04:29Et la manière dont Emmanuel Macron
04:33avait géré cette situation ou pas,
04:35n'avait pas forcément estimé,
04:38apprécié la grogne.
04:40Est-ce que l'Élysée a retenu
04:41les leçons des Gilets jaunes ?
04:43En tout cas, la journée du 17 octobre,
04:45on a un peu revu la même peur panique
04:48qui s'était emparée du pouvoir au moment des Gilets jaunes.
04:50Parce que les Gilets jaunes, c'était un mouvement
04:52complètement gazeux.
04:53Il n'était tenu par aucun mouvement syndical ou autre.
04:56Ça venait vraiment du terrain
04:57et de personnes que l'exécutif n'avait pas l'habitude
04:59de voir se mobiliser.
05:01Donc, il y a eu une vraie peur à l'époque du pouvoir.
05:02Et c'est aussi pour ça qu'Emmanuel Macron avait cédé.
05:05Et ça passait pour une réponse
05:07en réaction directe à la violence
05:09qui s'était abattue, notamment dans les rues de Paris.
05:11Le 17 octobre, on a retrouvé cette sidération
05:14pour des raisons un peu différentes.
05:15Mais les images de violence, évidemment,
05:16elles ont tétanisé tout le monde.
05:18Et le gouvernement n'a dit plus jamais ça.
05:19D'où l'importante mobilisation policière.
05:21Aujourd'hui, vous avez toujours beaucoup de policiers
05:23mobilisés sur le cortège des manifestations.
05:25Devant les lycées, il y a quand même une importante
05:28réponse politière de l'exécutif.
05:30Mais il y a aussi cette volonté de trouver un débouché
05:32et qui ne soit pas, comme à l'époque des Gilets jaunes,
05:34qui ne passe pas pour une réaction directe à la violence.
05:37Il y a une volonté, à la fois des syndicats,
05:39mais surtout de la part du gouvernement,
05:40d'institutionnaliser un peu le débat,
05:43de trouver un canal de discussion
05:45à un moment où le mouvement est débordé un petit peu de partout,
05:47par les casseurs, par les personnes violentes
05:49et aussi par des gens qui se mobilisent
05:51hors de tout cadre syndical.
05:52Le retour des Gilets jaunes, ça manifeste ça, évidemment.
05:55Merci beaucoup, le Président,
05:56d'être venu sur ce plateau ce matin.
05:58Merci.
05:58Merci.