00:00D'abord, Mathieu Bocoté, depuis dix jours, la violence raciste est devenue un grand sujet de la société française.
00:07Est-ce parce qu'elle frappe pour la première fois ?
00:11Ou sommes-nous plus sensibles à certaines violences racistes plutôt qu'à d'autres ?
00:15Posons-nous les bonnes questions.
00:17Alors, c'est un tourbillon. Depuis une dizaine de jours, effectivement, on ne parle que de ça.
00:21Et globalement, ça a éclipsé comme thème dans l'espace public
00:26les affrontements rituels programmés par l'ultra-gauche le samedi dans les rues.
00:31Donc, un sujet en a remplacé un autre dans la vie publique.
00:35Et c'est au nom de la lutte contre le racisme que, par exemple, la gauche totalitaire aujourd'hui veut
00:41fermer une chaîne télé.
00:43C'est au nom de la lutte contre le racisme qu'elle veut interdire, comme on dit, la théorie du
00:48grand emplacement.
00:49Nous comprenons bien, modifier les conditions de la liberté d'expression.
00:52C'est au nom de la lutte contre le racisme qu'on veut frapper d'inéligibilité les candidats coupables de
00:57propos racistes.
00:58C'est en son nom qu'on décide d'interdire un forum et un colloque.
01:01C'est en son nom qu'on mobilise quelquefois les forces de l'ordre pour peut-être empêcher la tenue
01:06d'événements
01:06qui, dans le discours public, remettra en question l'idéologie dominante.
01:10Donc, on pourrait se dire que, globalement, la lutte contre le racisme mobilise la société française comme jamais,
01:16une réaction très vive à tout le moins une bonne partie de la classe politique.
01:20Je note d'ailleurs qu'on a immédiatement qualifié les événements de trappe de l'attentat raciste de trappe.
01:27Sans hésiter, il se trouve que c'est le cas, mais on n'a pas hésité à utiliser ce terme
01:31pour en parler.
01:33Est-ce que c'est la première fois qu'il y a un crime raciste ces dernières années
01:36où on veut flinguer quelqu'un ou tuer quelqu'un ou poignarder quelqu'un ou fusiller quelqu'un
01:41sur la base de sa couleur de peau ou de sa religion présumée, comme on dit?
01:46Pas exactement. C'est même assez récent et on va y aller par le dernier souvenir en date que nous
01:51avons,
01:51qui est très vif, même s'il y en aurait d'autres, Crépole.
01:5418-19 novembre 2023, on s'en souvient, une bande venue d'une cité décide de perturber une fête de
02:01village.
02:02Ses membres ont des couteaux, et c'est des couteaux qui ne sont pas là pour trancher du saucisson.
02:07Je le précise, on ne se préparait pas en gueuleton.
02:09Ils viennent pour attaquer, ils ne viennent pas seulement pour piller, mais ils viennent pour tuer.
02:15Ils veulent planter du blanc.
02:17Et on va reprendre certains des propos les plus connus associés à cette séquence.
02:20On est là pour planter des blancs, on est venus ici pour planter des blancs,
02:24on est là pour tuer des Français, tuer du blanc, on va vous crever des petits blancs,
02:29sale français de merde.
02:31On a entendu aussi des propos « vous les blancs, on vous baisse ».
02:33Bon, c'est plus soft, mais c'est quand même dans le même état d'esprit.
02:37Donc, sans ambiguïté, on pourrait dire que la dimension raciale,
02:41la volonté d'exécuter quelqu'un, d'exterminer quelqu'un sur une base raciale,
02:45elle est revendiquée.
02:46Et on n'était pas devant un loup solitaire à ce moment-là.
02:49On était devant une bande qui arrive armée.
02:52Puis moi, je le répète, si vous arrivez quelque part avec un couteau,
02:54avec une intention agressive, vous avez accepté la possibilité de tuer quelqu'un.
02:58Sinon, vous n'auriez pas un couteau avec vous sur un mode agressif.
03:00Vous avez accepté l'idée que vous pourriez l'utiliser,
03:02et ce n'est pas exactement non plus pour couper les ongles.
03:05Une fois qu'on a ça à l'esprit,
03:07ah oui, j'ajoute une chose, chez eux,
03:09on voit au moment de Crépole que la haine du blanc et la haine du français se confondent,
03:15comme s'il y avait quelque chose comme un lien
03:16entre le fond ethnique de la société française et l'identité française.
03:20Donc, de leur point de vue, français et blanc, ça se ressemble.
03:23Gardons ça à l'esprit aussi.
03:24Donc, ça nous indique leur regard sur la société française.
03:28La chose était vite reconnue, on l'a su,
03:30mais ensuite, dans les médias, ça circulait, nous savions ces choses-là.
03:34Mais tout un dispositif s'est mis en place rapidement
03:37pour nous expliquer qu'on ne devait pas en parler.
03:40Et le véritable scandale à Crépole, très rapidement,
03:44ça consistait non pas dans les événements de Crépole,
03:47mais dans le fait de mentionner qu'il y avait du racisme anti-blanc à Crépole.
03:50Le vrai scandale, c'était de mentionner qu'il s'agissait,
03:54dirait-on avec les mots d'aujourd'hui,
03:55d'une agression raciste, meurtrière à Crépole.
03:59Est-ce que c'était la première fois qu'on traitait ainsi une information aussi troublante?
04:04Hélas, non.
04:05Pensons, par exemple, à ce qui s'est passé avec Lola.
04:09La petite...
04:10Oui, c'était bien ça.
04:11Le véritable scandale consistait à dire que la tueuse était OQTF.
04:16Ça, c'était le vrai scandale.
04:17Et il y a eu tout un reportage, rappelez-vous,
04:19qui était sur la scène de mémoire,
04:21pour dire que le scandale...
04:22On parle du fait que c'est une OQTF.
04:24Le scandale est là.
04:25Rappelez-vous, quand on a rappelé le parcours migratoire et géographique
04:29de celui qui avait violé et tué Philippines,
04:30le véritable scandale était là.
04:33Et rappelez-vous, quand on a affiché,
04:34des gens ont affiché à Paris,
04:35en disant « victime philippine »,
04:37pour raconter finalement ce qu'elle avait subi,
04:39ça glaçait le sang de figures politiques de référence.
04:42Donc, le vrai scandale, c'était de mentionner ce qui s'était passé.
04:47Tout comme, je peux me permettre,
04:49de manière plus soft, parce qu'on ne parle pas de meurtre,
04:52quand on rappelle la présence,
04:54la surreprésentation de jeunes Français issus de l'immigration dans les émeutes,
04:58le scandale n'est pas dans cette surreprésentation,
05:00mais dans le fait de le mentionner.
05:03Donc là, on est dans une séquence où,
05:04quand il y a des agressions racistes revendiquées,
05:09ça, c'est Crépol,
05:10on a tout un malaise à nommer ce racisme anti-blanc,
05:13et c'est un scandale de le nommer.
05:15Inversement, Trapp, il faut le mentionner chaque fois.
05:17Je ne conteste pas la nécessité de le nommer.
05:19J'essaie de comprendre pourquoi il y a cette asymétrie.
05:23Et là, on bascule évidemment sur ce qu'on sait depuis des années,
05:26c'est que dans l'esprit du discours public dominant,
05:30on le sait, le racisme anti-blanc n'existe pas.
05:32Dire qu'il y a un racisme anti-blanc, c'est comme dire 2 plus 2 égale 5.
05:35C'est une impossibilité théorique.
05:37C'est une impossibilité sociologique.
05:39C'est une impossibilité conceptuelle.
05:41Et c'est la définition qui est dominante à l'université.
05:45Alors, dans les médias, bien évidemment, ensuite, on relaie en disant,
05:47vous savez, les spécialistes du racisme à l'université nous disent que ça n'existe pas.
05:51Donc, ça n'existe pas.
05:53Et si on constate néanmoins quelque chose comme des préjugés,
05:57ratios, anti-blancs qui peuvent pousser au meurtre,
06:00eh bien, on va nous expliquer qu'en fait, c'est une forme de réflexe d'autodéfense
06:03contre une société qui persécute, qui fabrique des racisés.
06:06Rappelez-vous, soit dit en passant, dans la séquence de Crépole,
06:08on a trouvé des gens qui, globalement, dans le service public,
06:10je ne me rappelle pas qui, mais n'étaient pas loin de nous dire
06:12que globalement, Thomas avait donné des coups de ventre au couteau de son assaillant.
06:17Dans un instant, on a en coulisses de Face à l'info,
06:21un jeune, il s'appelle Tanguy, il a été victime de racisme anti-blanc,
06:25il va venir témoigner pour nous, pour Face à l'info.
06:29C'est très rare d'avoir quelqu'un qui ose témoigner,
06:31il viendra dans un instant.
06:33Posons la question autrement, Mathieu Bocoté,
06:35le racisme est-il toujours aussi violent en France ?
06:37N'y a-t-il pas un racisme subtil, un racisme d'atmosphère ?
06:41Dirions-nous en paraphrasant Gilles Kepel.
06:45Alors, ça nous ramène à la question dont on parlait la semaine dernière,
06:48la définition du racisme.
06:50Qu'appelle-t-on racisme aujourd'hui ?
06:51La gauche, globalement, au sens large,
06:54donc de la gauche modérée mais militante,
06:56à l'ultra-gauche,
06:59comment définit-elle le racisme ?
07:01D'abord et avant tout, elle nous dit,
07:02la France, à cause de son aventure coloniale au 18e siècle,
07:06mais surtout au 19e,
07:07donc son aventure épérial,
07:09la France aurait dans son ADN le racisme
07:11parce qu'elle a cherché à dominer le monde
07:13à partir de sa civilisation.
07:16Donc, la France, aujourd'hui,
07:17pour parachever sa décolonisation,
07:19elle devrait déconstruire sa propre identité.
07:22Donc, tant que la France n'aura pas achevé sa déconstruction,
07:25l'idée qu'elle a une identité,
07:26l'idée qu'elle a un message pour le monde,
07:28l'idée qu'elle a une culture propre,
07:29la France serait raciste.
07:31Alors, la question qu'on peut se poser,
07:32c'est-à-dire,
07:32est-ce que la France ou l'Europe
07:33ont eu le monopole de l'impérialisme dans l'histoire ?
07:35Est-ce que, par exemple,
07:36les Arabes se sont déployés au Maghreb,
07:39qu'en pensent les Kabiles, par exemple, les Berbères ?
07:41Donc, est-ce qu'il y a une forme d'impérialisme arabe ?
07:43Est-ce qu'il y a une forme d'impérialisme turc ?
07:45Est-ce qu'il y a une forme d'impérialisme chinois ?
07:48Parlons-en aux Tibétains.
07:49Parlons-en aux autres.
07:50Donc, où est-ce que l'Europe a le monopole de l'impérialisme ?
07:53C'est une définition très léniniste de la chose.
07:56Ensuite, l'idée qu'il y a une identité française
07:58qui doit s'imposer comme culture normative,
08:01c'est vu comme du racisme.
08:02Et là, ça rassemble nos amis Marc et Charlotte,
08:05que ce soit l'identité version laïque,
08:09universaliste, républicaine, Marc,
08:10ou l'identité dans sa dimension,
08:11les mœurs, la culture, le mode de vie.
08:14Charlotte, dans les deux cas,
08:15ils ne définissent pas de la même manière exactement
08:17ce que veut dire la culture normative,
08:18mais ils ont cette idée qu'en France,
08:19il est normal que la culture française soit prédominante.
08:23Dans cet esprit, pour nos amis à gauche,
08:26ça, c'est du racisme.
08:27Voilà pourquoi ils s'en prennent sans cesse à certains symboles.
08:29Par exemple, le porc, on doit faire tomber le porc.
08:31Pourquoi ?
08:32Parce que cette norme culturelle française et gastronomique
08:34est une forme de discrimination à l'endroit de nos amis,
08:37issus de l'immigration, en particulier les musulmans.
08:39Ensuite, le constat de la diversité des cultures.
08:42Donc, la reconnaissance qu'il y aurait, par exemple,
08:43des Français de souche, comme des Marocains de souche,
08:45des Algériens de souche, des Sénégalais,
08:47faites la liste.
08:48Le simple fait de ce constat est vu comme du racisme.
08:51Donc, si vous le mentionnez, vous êtes raciste.
08:54Ou l'existence de disparités statistiques
08:56entre les gens de différentes origines.
08:58Si vous constatez qu'il y a des disparités,
08:59la seule explication possible,
09:01c'est parce que la société est raciste.
09:02Sinon, ne le mentionnons pas.
09:06La question...
09:06Oui, juste une dernière petite nuance.
09:09De l'autre côté, une partie de la France,
09:11plus traditionnelle, pour en dire, oui, il y a du racisme,
09:13mais on le voit autrement.
09:14On dit, par exemple, que le peuple historique français,
09:17lorsqu'on ne mentionne pas, est-ce que ce n'est pas du racisme aussi?
09:19Est-ce que tous les peuples ont droit à leur racisme?
09:21On est les seuls à ne pas y avoir droit.
09:22Ou quand on ne le mentionne que pour la diaboliser,
09:24est-ce que ce n'est pas du racisme aussi?
09:26Quand on dit, votre histoire, c'est une connexion de tards,
09:28de racisme, de xénophobie, d'homophobie,
09:31de transphobie, de validisme,
09:32est-ce que ce n'est pas du racisme?
09:33Et quand on dit, la diversité est une richesse,
09:36parce que laissez à vous-même, vous êtes tellement ennuyant
09:38qu'il vous faut la diversité pour vous oxygéner,
09:40sinon vous suffoqueriez en vous-même.
09:42Est-ce que ce n'est pas une forme de racisme?
09:43Ces questions se posent.
09:45Et la question qui se pose n'est-elle pas simplement
09:47celle de la possibilité de la société plurielle,
09:50de ce fameux vivre-ensemble, Mathieu?
09:52Oui, Sotarelle posait cette question-là ce matin.
09:54Alors, il se trompe en disant qu'on ne la pose jamais.
09:56Elle traîne dans le débat public depuis 40 ans.
09:57Mais c'est ça, la vraie question.
09:59Dans quelle mesure des gens très différents culturellement
10:02peuvent-ils cohabiter dans une société?
10:04À l'échelle de l'histoire, ce n'est pas la norme.
10:06Les gens, globalement, je vais dire une horreur,
10:08mais les gens aiment s'assembler avec ceux
10:10qui leur ressemblent culturellement.
10:12Grégoire.
10:12Mais c'est normal.
10:14Moi, je vous le dirais là-là,
10:15quand je suis dans un quartier anglophone à Montréal,
10:17je ne suis pas heureux.
10:18J'ai envie d'être dans un quartier où la norme,
10:21ma langue est la norme,
10:22où je ne peux pas me justifier de parler français tous les jours.
10:24Je devine que ça s'applique à plein de gens sur Terre.
10:26Donc, quand vous faites une mixité,
10:28forcée, au nom d'une forme de vivre-ensemble autoritaire,
10:30vous ne créez pas le bonheur,
10:33vous créez des conditions de tension sociale.
10:35Donc, ça pose la question du poids de l'immigration massive
10:37qui déstructure la possibilité,
10:39peut-être même, d'une société cohérente.
10:41Je termine avec cela.
10:42On voit que les tensions ethniques,
10:44soit dit en passant, ça n'existe pas
10:45qu'entre blancs et pas blancs.
10:46Entre les différentes communautés issus de l'immigration,
10:48il y a souvent de grandes tensions ethniques.
10:50Donc, ça, ça repose encore une fois
10:51la question du vivre-ensemble.
10:53Est-ce qu'une société tient par les mœurs,
10:54la culture, des normes, une manière de vivre,
10:57ou est-ce qu'elle tient par des principes abstraits
10:59et un pouvoir autoritaire
11:00qui force tout le monde à vivre-ensemble
11:01parce que, laissé à eux-mêmes,
11:02ils n'ont pas envie de partager une société.
11:04Est-ce que le vivre-ensemble, je termine avec cela,
11:06n'est pas devenu une forme d'illusion,
11:07une forme d'illusion idéologique,
11:09et moins il est concret,
11:10plus on le matraque idéologiquement.
11:12On a détruit, au fil des ans,
11:13la condition de possibilité d'une société.
11:16On a détruit les conditions de la cohérence sociale.
11:18Et quand on le constate,
11:19nos amis de gauche nomment ce constat racisme.
11:21Sous-titrage Société Radio-Canada
11:24Sous-titrage Société Radio-Canada
11:27...