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Anne Fulda reçoit Alain Vircondelet pour son livre «Vivaldi, le voyage d'hiver» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres Alain Vircondelet.
00:03Alors on est ravis de vous recevoir, on vous connaît pour vos biographies.
00:08Vous avez écrit votre premier roman, c'est intéressant,
00:11qui était consacré à Venise il y a quelques années,
00:14et puis là on y revient à Venise, l'air de rien de façon détournée,
00:18puisque vous venez de publier Vivaldi, le voyage d'hiver,
00:21c'est un livre qui est paru aux éditions du Rocher,
00:24c'est écrit comme souvent, avec une très belle plume,
00:29vous mettez en lumière les derniers instants de la vie du musicien,
00:35alors évidemment connu mondialement pour ses quatre saisons,
00:40mais il n'y a pas écrit que ça, vous le montrez.
00:44Et c'est un livre qui est un peu différent, c'est vous-même qui l'expliquez à la fin
00:47du livre,
00:48différent de vos précédents, car vous ne l'avez pas écrit.
00:50Alors il ne s'agit pas d'intelligence artificielle, on vient de le dire,
00:54vous n'avez pas écrit comme les autres, en étant accrochés à des documents,
00:58des recherches biographiques, mais il s'est imposé à vous comme une forme de pensée magique.
01:03Vous avez construit ce périple grâce, écrivez-vous, à une démarche intuitive.
01:08Alors qu'est-ce que c'est ?
01:10Oui, ça peut paraître surprenant, effectivement.
01:12Vous étiez tellement pénétré du sujet qu'en fait...
01:14D'abord je le possédais depuis très longtemps,
01:16puisque comme vous l'avez dit, j'ai écrit en 92 mon premier roman sur Venise,
01:21qui s'appelait Amore Venetiano, et chez Stock,
01:24et donc je n'ai pas cessé après de travailler sur Venise,
01:28j'ai écrit cinq ou six livres, dont un grand guide de Venise.
01:31Et donc la ville, je la connais par cœur,
01:33et de fait tous les gens que j'ai biographiés, que j'ai essayé de comprendre,
01:39tous ont eu affaire à Venise, pour beaucoup d'entre eux,
01:43et particulièrement Marguerite Duras, qui a écrit beaucoup sur Venise,
01:46ne serait-ce que des personnages, Anna Maria, Guardi, etc.
01:50Et donc Venise a été toujours pour moi un objet, je dirais, un point de repère.
01:55Et travailler sur Vivaldi m'intéressait beaucoup,
01:58parce qu'en réalité, en allant à Venise,
02:00et en fréquentant la musique comme je le fais,
02:04je me suis rendu compte qu'en fait, on connaissait Venise
02:07de façon assez superficielle,
02:10et qu'évidemment tout le monde vous dit tout de suite,
02:13les quatre saisons, comme lorsque j'ai travaillé sur Saint-Exupéry,
02:16on me disait, moi j'ai lu Le Petit Prince.
02:18Mais il y a autre chose dans le Saint-Exupéry que Le Petit Prince.
02:22Et donc avec, ou Duras avec Laman par exemple aussi.
02:26Donc avec Vivaldi, les quatre saisons étaient intéressantes,
02:31mais il faut savoir que c'était une œuvre de jeunesse,
02:33qu'il avait écrite, composée 25 ans avant la date à laquelle je me suis intéressé,
02:39c'est-à-dire 40, 1740, 1741.
02:41Et entre-temps, il a beaucoup travaillé, il a fait beaucoup d'opéras,
02:46il a fait beaucoup de musiques sacrées,
02:47et en réalité, il était victime de sa propre, je dirais, de sa propre réputation.
02:54Prêtre rouge, comme on le disait,
02:58prêtre rouge, flamboyant, en fait,
03:01il m'est apparu que cet homme était beaucoup moins flamboyant qu'on ne le pensait.
03:06Oui, alors vous commencez le livre en 1739-1740, à Venise.
03:12On retrouve un Vivaldi qui n'est effectivement pas au sommet de sa carrière.
03:19Vous écrivez jamais à ce moment précis de sa vie,
03:21Vivaldi n'avait autant éprouvé la tyrannie du temps qui passe
03:24qu'en ces années de basse eau qui lui étaient données de vivre.
03:27Depuis déjà trop de mois, Venise ne le fêtait plus guère.
03:30Alors, vous avez choisi de vous consacrer au crépuscule de sa vie.
03:37C'est sa dernière année.
03:38Parce que c'est un personnage crépusculaire dès le départ.
03:41D'abord, il était souffrant toujours,
03:43il avait des étreintes physiques à la poitrine qui étaient très puissantes,
03:48à tel point qu'il ne pouvait pas dire la messe,
03:50parce qu'il ne pouvait même pas faire les gestes d'élévation.
03:54Donc, il avait renoncé à dire la messe,
03:56et on lui a prêté une réputation de coureur, de libertin,
04:01de prêtre qui y allait...
04:03Prêtre un peu corrompu, sa réputation, la réputation...
04:06Sulfureuse, hein, sulfureuse.
04:08Et en fait, il m'est apparu qu'il n'était pas du tout cela.
04:11Et donc, je me suis faufilé dans cette mélancolie
04:13que je perçois dans la musique qu'il a écrite
04:16au-delà des quatre saisons.
04:19Et je me suis intéressé à ce que je pourrais appeler la cinquième saison.
04:23Voilà. Et donc, la cinquième saison de Vivaldi, c'est 1740...
04:271741, on le chasse de Venise, il est endetté, il est perclus de dettes,
04:33il est en même temps poussé à la porte...
04:36Il y a cet amour impossible aussi.
04:37Il y a aussi un amour impossible, qui est d'ailleurs...
04:40Oui, à Nadjirou.
04:41À Nadjirou.
04:41C'est une relation documentée, hein, mais qui n'est pas...
04:46On n'a jamais su si c'était une relation physique ou pas.
04:49Et en tous les cas, elle était sa muse, on peut dire ça,
04:52et elle l'a beaucoup inspirée, et elle en a beaucoup joué elle-même.
04:57Et d'ailleurs, un an avant son départ, elle est partie dans les pays de l'Est,
05:02déjà partant avant Vivaldi lui-même vers le froid, vers le grand froid,
05:07et elle est partie dans une troupe de théâtre pour jouer la comédie
05:12et pour également jouer la diva, ce qu'elle a fait,
05:14et elle se prêtait à tous ceux qui voulaient composer pour elle.
05:17Donc elle a été un peu... elle l'a lâchée, si j'ose dire.
05:22Et il s'est retrouvé tout seul au moment de ce départ,
05:24et je le prends à ce moment-là.
05:26Donc ce départ pour Vienne.
05:27Il part pour Vienne.
05:28Donc c'est vraiment un changement d'univers.
05:30S'il y a deux villes qui sont vraiment différentes, c'est Venise et Vienne.
05:34Oui, mais pourquoi Vienne ?
05:35Parce qu'il y a 20 ans avant également,
05:37l'empereur Guillaume était venu voir Venise,
05:41et il avait rencontré Vivaldi qui était alors au fête de sa gloire.
05:45Et Vivaldi lui avait composé des musiques, des morceaux de musique.
05:52Et il lui avait dit, dès que vous pouvez venir à Vienne,
05:55vous venez et je vous ferai mon maître de chapelle.
05:58C'était resté dans sa tête.
05:5920 ans étaient passés, on connaît ce que valent les promesses
06:01des chefs d'État et des empereurs et des rois.
06:04Et il a cru naïvement qu'à Vienne, on l'accueillerait les bras ouverts.
06:09Et il entame ce que j'ai appelé, qui est intitulé, le voyage d'hiver.
06:13Le voyage d'hiver.
06:14Alors ces derniers mois, c'est vrai que ce sont terribles.
06:17Parce que déjà Venise, il est parti Peunot.
06:21Ce n'était plus la gloire d'antan, mais les splendeurs.
06:25Oui, parce que Venise est une ville très capricieuse.
06:27C'est une diva Venise aussi.
06:29Donc elle a été amoureuse des grands napolitains,
06:33de la musique napolitaine et des castrats.
06:35Et donc il n'était plus tellement à la mode.
06:37Mais il essayait quand même de tenir.
06:39Parce qu'il a été un impresario pour lui-même assez puissant quand même.
06:42Alors il tente de s'en sortir quand même.
06:46Il vend ses compositions, mais en fait il va mourir dans la misère.
06:50Et il arrive à un moment malheureux,
06:52puisque quand il arrive, l'empereur agonise.
06:55Et il meurt et on décrète un deuil impérial.
06:59Et donc il n'y a plus de musique pendant un an.
07:01Et alors qu'est-ce qu'il fait ?
07:02Il attend, il attend la fin du deuil.
07:04Et puis entre-temps il pense que sa réputation vénitienne
07:08pourrait lui ouvrir quelques portes dans les véchets
07:11ou chez les nobles ou chez les diplomates.
07:13Et en réalité tout le monde le fuit.
07:16Tout le monde le fuit, il n'est plus à la mode.
07:18Et on le laisse périr et il s'isole.
07:20Il devient malheureux, désespéré et il meurt jeté à la fausse commune.
07:26Jeter à la fausse commune.
07:27Et alors quand même pendant longtemps.
07:31Oui, deux siècles.
07:33Oui.
07:34À Vivaldi, on ne le met pas sur un pied d'égalité avec Bach, avec Mozart.
07:39Bach qui par ailleurs l'a pillé totalement.
07:40Mais oui, mais c'est Bach qui...
07:43Oui, Bach a pioché énormément dans les quatre saisons
07:48pour composer les Bronte-Bourgeois.
07:49Donc il se retrouve dans un purgatoire qui est terrible, solitaire et nocturne.
07:58On ne parle plus de lui pendant deux siècles.
08:00Je dis bien, on ne parle plus de lui.
08:02C'est-à-dire que même les quatre saisons n'existent plus.
08:04Plus personne n'est au répertoire de plus rien.
08:06Oui, oui, parce que les quatre saisons c'est caricaturé comme ce qu'on met.
08:10Même les quatre saisons.
08:12Même les quatre saisons pendant deux siècles n'ont pas été jouées.
08:14Et sauf connues des musicologues bien sûr.
08:18Mais il arrive au XXe siècle.
08:19Et c'est au XXe siècle qu'il y a le coup de théâtre que je raconte dans le livre.
08:23Et alors, vous, pour quelqu'un qui ne connaît que les quatre saisons de Vivaldi,
08:29vous conseilleriez quelles œuvres ?
08:31Quelles sont-elles que tous les plus ?
08:34Il faut écouter, je dirais, la musique sacrée, bien sûr.
08:41La musique sacrée dans son intégralité est d'une force et d'une puissance incroyables.
08:46Et puis il y a des morceaux qui sont même tirés de musiques connues,
08:51comme par exemple la flûte, ou la nuit, ou la notée.
08:55Ce sont des moments de l'hiver même, des quatre saisons,
08:59qui sont d'une beauté mélancolique,
09:01qui permettent d'accéder à l'autre visage de Vivaldi.
09:06Et avec ce livre, vous avez voulu d'une certaine façon participer à une forme de réhabilitation ?
09:12Écoutez, c'est quelque chose qui s'est imposé à moi finalement.
09:15J'ai écrit sur Vivaldi.
09:17Comme j'ai toujours l'intention dans l'édition d'écrire sur ce que je veux,
09:21et tout d'un coup, je voulais écrire sur Vivaldi qui s'imposait à moi de longue date.
09:26Et je voulais lui rendre cette justice.
09:29Parce que, oui, c'est donc une réhabilitation quelque part.
09:32Mais en même temps, ça fait partie de ce grand processus
09:35que j'ai inauguré avec mes premiers bouquins, mes premières biographies,
09:39de personnages qui sont extrêmement mélancoliques,
09:42et de personnages qui sont en exil.
09:44Voilà. Donc, c'est une autre figure de l'exil.
09:48En tout cas, c'est toujours très bien écrit.
09:52Ça s'appelle Vivaldi, le voyage d'hiver.
09:54C'est paru aux éditions du Rocher.
09:56Merci beaucoup.
09:56Merci à vous.
09:57Merci.
09:58Sous-titrage Société Radio-Canada
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