00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Hélène Roué.
00:04Vous écoutez Europe 1, il est 19h15, bonsoir et bienvenue si vous nous rejoignez.
00:07J'accueille mes débatteurs pour cette deuxième partie d'Europe 1 Soir.
00:10Alexandre Malafaille, fondateur de l'Institut Sinopia, bonsoir Alexandre.
00:14Bonsoir Hélène Roué.
00:15Ainsi que Jules Thorez, journaliste politique au JDD, bonsoir Jules.
00:17Bonsoir Hélène, bonsoir à tous.
00:18Nous accueillons François Pirat, fondateur de l'Observatoire Hexagone.
00:22Bonsoir.
00:23Avec vous on va décrypter les chiffres du jour, les chiffres qui sont tombés.
00:26Est-ce que la France est en récession ? Le PIB recule de 0,1% au troisième trimestre,
00:32après une stagnation au deuxième et une baisse de 0,2% au premier.
00:36Trois trimestres sans croissance, est-ce qu'on peut déjà parler de récession et à quel point on s'inquiète
00:41?
00:41Alors effectivement, on est à trois trimestres sans croissance et la plus grosse inquiétude,
00:46c'est que ce phénomène est un phénomène franco-français.
00:50En réalité, si on regarde sur 12 mois...
00:52Mauvais élève quoi.
00:53Aujourd'hui, si on regarde sur 12 mois, aujourd'hui Eurostat a publié les statistiques de croissance
00:59pour une quinzaine de pays de l'Union Européenne.
01:01Ils sont tous en croissance, sauf un, la France, alors qu'on a une croissance qui est même plutôt dynamique.
01:07Chez nos pays voisins, on a des croissances qui sont même proches de 3% en Suède et en Espagne.
01:13Mais alors comment on explique un tel décrochage ?
01:14C'est vrai, je reprends les chiffres.
01:15L'Allemagne qui est en pleine crise industrielle croit de 1,2%, l'Espagne de 2,7%, c'est beaucoup.
01:20Comment on explique un tel décrochage ? Pourquoi il n'y a que nous ?
01:23Eh bien, peut-être que l'explication se situe en partie dans un autre chiffre qui est sorti cette semaine.
01:29Le taux de prélèvement obligatoire.
01:31La France est aujourd'hui le pays le plus taxé d'Europe, avec des prélèvements obligatoires au sens d'Eurostats
01:36qui sont d'environ 46% du PIB, ce qui est colossal.
01:40Alors, il y a aussi un paradoxe qui est intéressant, c'est celui de la consommation.
01:45Les ménages consomment davantage, mais l'investissement recule pour le deuxième trimestre consécutif
01:50et les exportations plongent de 1,7%.
01:52Est-ce que les entreprises ont-elles cessé de croire en la France ?
01:56Les entreprises souffrent aussi d'une consommation qui continue à augmenter,
02:01mais qui augmente de manière beaucoup plus faible qu'auparavant.
02:04On a quand même en France une demande qui est très peu dynamique.
02:08Pourquoi ? Parce qu'on a une inflation en France qui est plus forte que les salaires.
02:13Et ça, ça pèse sur le pouvoir d'achat des ménages, ça pèse sur la consommation,
02:17ça n'incite pas les entreprises à faire des investissements,
02:19d'autant plus que le climat est incertain du point de vue politique, du point de vue fiscal.
02:24Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aujourd'hui la France est un pays extrêmement taxé
02:26et l'avenir ne laisse pas présager une amélioration à court terme.
02:30Alors, autre chiffre très intéressant qui est tombé, c'est celui du chômage.
02:34A 8,5%, la France affiche le troisième taux de chômage de la zone euro.
02:38Derrière nous, il y a la Grèce et l'Italie, que nous avons dépassé en mai 2026 et en 2023.
02:43Depuis fin 2024, notre chômage a pris un point, contre 0,2 en moyenne dans la zone euro.
02:48Le plein emploi promis par Emmanuel Macron est complètement enterré.
02:51C'est vrai que c'était un des seuls points qu'on lui accordait à peu près en 2017.
02:54Manifestement, on ne peut plus le dire aujourd'hui.
02:57Alors, on n'a jamais atteint ce plein emploi.
02:59On a effectivement eu un recul très fort du chômage jusque vers 2022-2023.
03:07Et ce recul du chômage, finalement, était à peu près dans la moyenne de l'Union européenne.
03:10On n'a pas surperformé, on n'a fait pas grand-chose de mieux que nos voisins.
03:14En revanche, depuis, disons, à peu près 2025, on a une tendance qui est très inquiétante.
03:20C'est que là où le chômage se stabilise dans la zone euro,
03:24il n'a augmenté que de 0,2 points depuis 2025.
03:28En France, il augmente fortement.
03:29On a pris un point de chômage, on est passé de 7,5 à 8,5.
03:33Et on vit en fait une situation qui, comme sur la croissance, est une situation d'exception.
03:38On est l'exception française, on est en train de déraper complètement vis-à-vis de nos voisins
03:41et de devenir le pays malade de la zone euro.
03:44D'ailleurs, les marchés financiers ne s'y trompent pas.
03:46On est aujourd'hui le pays qui emprunte le plus cher sur les marchés financiers en termes de taux d
03:50'intérêt.
03:51On empruntait à 4,97% aujourd'hui, donc on frise toujours les 5%.
03:55Alexandre Malafaille.
03:56Ce qui est assez fascinant dans la séquence que l'on traverse,
03:59c'est que tout ça était anticipable et prévisible.
04:03Les dynamiques en matière économique, comme dans plein de domaines,
04:06on arrive quand même à avoir un peu les tendances.
04:09Et là, on a quand même eu un déni de réalité depuis des mois et des mois,
04:12des uns et des autres qui sont dans les affaires, en faisant des prévisions,
04:15en faisant des bases budgétaires qui étaient toujours plus hautes que la réalité.
04:20Et ce qui est, je crois, très inquiétant, c'est qu'on pensait jusqu'à l'été
04:23que quand même, malgré tout, il y avait différentes dynamiques qui étaient à l'œuvre,
04:26que quand même la France reste un pays touristique.
04:28Et là, quand on va voir l'impact sur la croissance du quatrième trimestre
04:31avec ce qu'on vit depuis le 17 octobre,
04:34je pense qu'on va se retrouver vraiment dans des chiffres très inquiétants.
04:38Et derrière, la problématique à laquelle on est confronté, vous l'évoquiez,
04:41c'est qu'il y a un niveau de défiance qui est en train de s'installer à tous les
04:44niveaux.
04:45Et pour les entrepreneurs, c'est catastrophique.
04:47Parce que qui a envie d'investir dans ce contexte ?
04:49Qui a envie d'investir dans le brouillard dans lequel on est plongé ?
04:52Que ce soit des étrangers ou des Français aujourd'hui ?
04:54Qui a envie de prendre le moindre risque ?
04:56On ne sait pas à quelle sauce on sera mangé avec les élections.
04:58Et alors, après, moi j'en terminerai là-dessus,
05:00juste pour faire ce commentaire et voir comment vous pensez-vous qu'on peut en sortir.
05:03Ce qui me fascine par rapport au bilan d'Emmanuel Macron,
05:06c'est que, bien sûr qu'il a planté des beaux arbres,
05:09en faisant croire que c'était la forêt, les Tchouz France, etc.
05:12On dit « Ah, superbe Tchouz France, etc. »
05:14Il y a des chiffres, etc.
05:15Mais dans la vraie vie, souvent, on se rend compte que derrière,
05:16c'était assez miséreux.
05:18Et ça, ça continue.
05:18Mais surtout, pendant les neuf années et demie qui se sont succédées,
05:21on n'a pas arrêté de saucissonner ce pays
05:24de règles, de normes, de décrets, de systèmes
05:27qui compliquent encore plus la vie entrepreneuriale.
05:29Donc, je veux dire, le pays est dans un état de paralysie
05:32dont je ne sais clairement pas comment on sort,
05:34si ce n'est par un grand coup de pied dans la fourmilière.
05:36Mais qui osera le donner, ce grand coup de pied dans la fourmilière ?
05:38Comment on simplifie ? Comment on relance la croissance ?
05:40C'est la question que je ne comprends pas
05:41comment on va pouvoir résoudre, alors qu'elle est clé.
05:44François Pira.
05:45Alors, je pense qu'il y a deux niveaux de réponse.
05:47Premier niveau de réponse, c'est que là, il va vraiment falloir
05:49prendre notre mal en patience et tenir
05:52jusqu'à ce qu'il y ait une nouvelle majorité
05:53à l'Assemblée nationale.
05:55Si majorité, il y a.
05:56Si majorité, il y a.
05:57Parce qu'aujourd'hui, on n'est pas dans un contexte
06:00où il peut y avoir une réforme structurelle.
06:02On a perdu beaucoup de temps,
06:03on aura perdu au total une décennie.
06:05Vous imaginez une décennie sans même
06:07mettre en œuvre une seule réforme des retraites
06:10qui représente pour 125% de la dépense publique
06:12et chacun sait que notre système actuel est déséquilibré.
06:16Donc, c'est une décennie perdue.
06:18On va encore perdre quelques mois
06:20et il faut espérer, et donc ça, c'est le deuxième niveau de réponse,
06:23que des réformes structurelles interviendront après.
06:25Il faut pour ça arriver au bon niveau
06:27de prise de conscience de la situation.
06:29On voit que l'exécutif actuel, en tout cas dans ses discours,
06:32ne semble pas encore avoir atteint ce degré de lucidité.
06:35Et puis, il va falloir aussi prendre conscience
06:38du fait qu'on ne peut pas continuer
06:39à toujours rajouter une taxe
06:42dès qu'il y a un problème.
06:43On parlait des pays qui ont une croissance plus forte que la nôtre.
06:46La Suède, qui approche les 3% de croissance,
06:49ce n'est pas arrivé par hasard.
06:51La Suède est un pays qui avait aussi 57% de dépenses publiques
06:54dans son PIB il y a bien longtemps,
06:56qui a réussi à bien diminuer ses dépenses,
06:58qui doit être aux alentours de 50%,
07:00là où on est à 57% aujourd'hui.
07:02C'est un pays qui a 1,5% de déficit public.
07:05Nous, on est à 5%.
07:06Et grâce à ça, ils peuvent baisser leurs impôts.
07:08Et donc là, ils ont par exemple divisé par deux
07:10la TVA sur les produits alimentaires.
07:12Ça a fait beaucoup progresser le pouvoir d'achat
07:14des ménages en Suède.
07:15La consommation locale a été relancée.
07:19Ça a redynamisé l'économie.
07:20Et aujourd'hui, on le voit,
07:21ils sont quasiment à 3% de croissance.
07:23Nous, on est en récession.