00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Hélène Roué.
00:04Vous écoutez Europe 1, il est 18h33, toujours avec mes débatteurs Charlotte Dornelas et Antonin André.
00:09Nous accueillons Florence Bergeau-Blaclair, docteur en anthropologie, chercheur au CNLS
00:13et présidente du Centre Européen de Recherche et d'Information sur le frérisme.
00:17Bonsoir.
00:18Bonsoir.
00:19Alors nous sommes toujours en train d'analyser cette journée du 24 octobre.
00:23Je le rappelle, 410 000 manifestants sur le territoire, dont 110 000 dans le cortège à Paris
00:27qui s'est déroulé dans le cam, il y a désormais des casseurs en revanche qui se trouvent
00:32au cours de Vincennes, il y a des premières tensions qui commencent dans la capitale, dans
00:36d'autres villes c'est un petit peu plus calme, notamment à Marseille où c'est plus en train
00:39de se calmer, nous ne sommes pas au bout de nos surprises, la soirée n'est pas terminée.
00:43Et alors Florence Bergeau-Blaclair, est-ce que vous avez quand même le sentiment, ça n'a
00:46pas la même ampleur en tout cas pour l'instant que celle du 17 octobre, est-ce que vous avez
00:49le sentiment que les autorités ont quand même pris la mesure de ce que vous appelez
00:52la composante qu'elles avaient sous-estimée ?
00:55Oui, oui, je pense qu'ils ont effectivement pris la mesure, d'abord moi j'ai pu voir
01:00un peu ce qui se passait dans une ville de province là où je suis, j'ai vu une foule
01:05de manifestants, de manifestants classiques, assez peu de slogans antifa, assez peu de
01:11drapeaux palestiniens, quelques jeunes là qui cherchaient un peu, savoir un peu où est-ce
01:16que ça allait se passer, mais un petit peu perdu, donc l'ambiance est moins chargée,
01:21moins électrique. À mon avis, ça s'explique par plusieurs choses, d'abord il y a une présence
01:26massive des forces de l'ordre qui s'est effectivement renforcée, des effectifs en hausse, peut-être
01:31aussi mieux équipés, plus adaptés, face à des manifestants qui, là où je suis, et puis
01:38j'ai regardé un peu à la télé ce qui se passe à Paris, dans le monde capital, beaucoup
01:42moins nombreux. Il y a des manifestations qui ont été interdites dans à peu près toutes
01:47les villes moyennes, celles où je suis par exemple, donc c'était très très cadré.
01:52Et évidemment, une émeute qui réussit, c'est une émeute qui prend tout le monde de court,
01:56qui va surprendre. Donc je pense que pour ces raisons-là, l'ultra-gauche, c'est-à-dire
02:01les casseurs, la partie politique, n'a pas vraiment mobilisé ses troupes. Finalement,
02:08ils ont obtenu après le 17 octobre une partie de ce qu'ils voulaient, en faisant trembler
02:14le pays, en instaurant une forme de terreur, en fait, qu'on a vu s'exprimer chez les
02:20commerçants. Ils ont aussi, et ça c'est important, annoncé d'autres manifestations
02:26jusqu'au... Et ça, ça va durer jusqu'au 5 novembre, en tout cas, pour l'instant.
02:31Voilà. Donc à mon avis, ce qu'on va voir jusqu'aux élections présidentielles, c'est
02:34une guerre d'usure. Et bon, du coup, alors si les casseurs ne cassent pas, bien...
02:41Ainsi, il y a l'autre partie, pardon, dont je voulais parler, c'est tous les
02:45palestinistes, les décoloniaux et autres islamistes. Ils ont eu ce qu'ils voulaient
02:50hier, en fait, avec ce crime présenté pour le moment comme raciste et islamophobe par
02:57le président Macron lui-même, alors que les éléments de l'enquête ne sont pas encore
03:02connus. On ne sait pas si l'auteur agit seul, s'il agit sur ordre. Bref, on ne sait pas
03:09grand-chose, mais immédiatement, le président s'est manifesté. Vous avez eu toute la
03:16frérosphère autour d'Ali Rabé qui s'est manifestée, avec, bien sûr, l'inénarrable
03:23Elias Dimzalène, qui a été vue.
03:25Tout à fait. Les frères musulmans de France ont communiqué, donc c'est le canal historique,
03:32en fait, des frères musulmans de France, ont félicité le président pour ce qu'il
03:36avait dit, le président qui venait de terminer un voyage au Qatar. Bon, ils ont ce qu'ils
03:41veulent. On est, voilà, on a fait amende, enfin, le président a fait amende honorable
03:48et promet que des crimes islamophobes, il n'y en aura pas.
03:51Je précise, oui, qu'il y a des informations et des informations qui reviennent du monde,
03:55etc. Notamment, apparemment, il avait un livre de Mein Kampf, effectivement, chez lui.
04:00Il y a son entourage, aujourd'hui, qui a été placé en garde à vue et les informations,
04:04effectivement, qui remontent de l'Elysée, les informations qui remontent du ministère
04:07de l'Intérieur. Évidemment, le mobile raciste est invoqué.
04:11Alors, il est invoqué et c'est peut-être le cas. Je ne suis pas en train de dire que
04:14ce n'est pas le cas. Mais en fait, on n'en sait rien. Pour ça, il faut une enquête.
04:19C'est pour ça qu'on fait des enquêtes et c'est bien normal. Ça peut prendre des mois,
04:23parfois des années. On a vu d'autres exemples. Là, effectivement, parce que finalement,
04:28oui, on peut retrouver un Mein Kampf, mais après tout, quelqu'un peut l'y avoir mis.
04:34Il y a des tas d'hypothèses qui peuvent être soulevées. Si on est un enquêteur,
04:40on fait ça sérieusement.
04:41Je voulais vous interroger aussi ce que vous avez dit sur le maire. Justement, le maire
04:44de Trappes vous a exprimé sur Rix. Vous avez évidemment republié ces mots, en tout cas,
04:49le sien de Ali Rabet. Et ce que vous avez dit, c'est que ce qui est sûr pour l
04:53'instant
04:53à ce stade, ce que l'on sait, c'est sur les motivations du maire de Trappes à se précipiter
04:57sur la journée redoutée du 24. Et je voulais savoir pourquoi vous avez dit ça.
05:01Écoutez, de toute façon, ça, c'est vraiment quelque chose qui appartient aux fréristes
05:05en général. Vous savez que je distingue la confrérie des frères musulmans, qui est
05:09une confrérie secrète, où on rentre par serment, etc., à tous ceux qui sont un peu
05:16ses porte-paroles. Et ça peut être des élus, des avocats, qui, eux, ont intérêt à populariser
05:24cette idée d'islamophobie à faire, finalement, du Rassemblement national et de tout ce qu'ils
05:30appellent l'extrême droite leur premier ennemi pour pouvoir les combattre. Donc, pour le
05:36moment, toutes les occasions sont bonnes pour parler d'islamophobie, puisqu'ils se nourrissent
05:43de ça depuis 30 ans. C'est quand même une créature des frères musulmans, cette affaire
05:48d'islamophobie. Donc, on voit très, très bien, effectivement, les motivations qu'il
05:53y avait à sauter immédiatement sur la chose, avant même, finalement, qu'on ait tous les
05:59éléments de l'enquête.
06:00Eh bien, l'enquête se poursuit et les éléments arrivent au compte-gouttes. Florence Bergeau
06:04Blackler, je voulais revenir sur cette journée du 24 octobre. Votre analyse, effectivement,
06:09qui n'est pas forcément la même que celle de Jérôme Fourquet, m'intéresse. Jérôme Fourquet
06:14voit chez les casseurs un défouloir pulsionnel. C'est notamment les images qu'on a vues le
06:1717 octobre dernier, où on avait un beau sentiment que les casseurs, les pilleurs, ils agressaient
06:22sans discrimination, peu importe la boutique, que ce soit des très grandes marques ou le
06:26petit restaurateur du coin. C'est vrai qu'il n'y avait pas de discrimination. Et vous, vous
06:29contestez cette lecture et vous leur prêtez une conscience politique. Laquelle ?
06:33Oui, je ne dis pas qu'il n'y a pas de pillage d'opportunité. On en a vu. Mais
06:40que ces
06:41individus soient uniquement motivés par l'appât du gain, par la possibilité de s'enrichir
06:47immédiatement dans la jouissance, parce qu'ils parlent de ça aussi. Je n'y crois
06:51pas. D'ailleurs, aujourd'hui, on ne les a pas vus. Or, s'ils étaient complètement
06:56sans conscience et sans stratégie, on les aurait vus sortir. Non, là-bas, à ce moment-là,
07:03c'était le 17 octobre. C'était l'anniversaire de ce soi-disant massacre, on n'en sait rien
07:10là aussi, des Algériens à Paris. On ne sait pas exactement comment ça s'est passé,
07:14combien il y a eu de morts, mais on sait que l'Algérie a beaucoup communiqué là-dessus,
07:19a vraiment chauffé ses troupes. Donc ça, c'est quelque chose, même si on n'est pas
07:24algérien, qui touche la Houma, c'est-à-dire la communauté musulmane, et de façon plus générale,
07:31tous les décoloniaux. Et je pense que la question de la Palestine et du 17 octobre ont véritablement
07:38mobilisé le 17, alors qu'il n'y avait pas ça aujourd'hui. Ce qui donne, en fait,
07:43ce qui illustre quand même cette conscience politique, même si elle ne s'exprime pas
07:47par des partis, par des discours politiques au sens classique de la gauche.
07:51Merci beaucoup, Florence Bergeau-Blackler, docteur en anthropologie, chercheur au CNRS
07:55et président du Centre européen de recherche et d'information sur le frérisme d'être venu
07:59dans Europe 1 soir. Je rappelle que vous écoutez Europe 1, il est 18h41.
08:04Il y a évidemment, les chiffres, on vous les rappelle, 410 000 manifestants sur tout
08:08le territoire, 110 000 personnes sur le cortège parisien. Pour l'instant, il y a des dispersions
08:12qui sont évidemment en train de se dérouler à Paris. On sait qu'un camion à eau notamment
08:16a été déplacé également sur le cours de Vincennes. Il y a eu des milliers de manifestants,
08:22moins de manifestements, des interpellations en amont, un calme qui est quand même relatif.
08:26On a un peu le sentiment que l'État a retrouvé la maîtrise de la rue.
08:29Antonin André, je voulais rapidement vous faire réagir sur une réflexion en revanche
08:33sur un autre sujet de Jean-Luc Mélenchon. Il a alpagué BFM TV alors qu'il était en tête
08:37de cortège dans la manif. Et en prononçant cette phrase, et vous BFM, vous allez commencer
08:41à vous calmer, prise en partie en plein de manifestations. Les violences et les agressions
08:45continuent quand même contre les journalistes, notamment de la part de la France Insoumise ?
08:49Alors, Jean-Luc Mélenchon est coutumier du fait. C'est-à-dire que dès qu'il a l'occasion
08:53d'insulter un journaliste, ça fait partie de ses hobbies, de son loisir.
08:56Et ça fait partie aussi de la doxa de la France Insoumise, qui consiste à considérer
09:00que la presse est aussi une forme de travestissement de la réalité et d'adversaire.
09:07Et d'adversaire notamment parce qu'elle travestirait la pensée des insoumis, qu'elle participerait
09:12au narratif consistant à faire des insoumis des gens qui sont, ce qui est le cas, qui
09:17veulent renverser les institutions et remettre en cause l'ordre établi. Et les journalistes
09:22et les médias font partie de cet ordre établi, ciblé par Jean-Luc Mélenchon.
09:25Donc, dès qu'il en a l'occasion, évidemment, il fustige les journalistes. Et lui préfère
09:30avoir un réseau médiatique à sa main, son fameux média, où tout le monde pense comme
09:35lui et tout le monde applaudit chacun de ses discours. C'est évidemment beaucoup plus
09:38confortable, quand on est un homme politique, d'avoir un média à sa botte.
09:41– Bien sûr. Un grand merci Antonin André et Charles Dornelasson-Strauss. Dans un instant,
09:44on écoutera également Jean-Luc Mélenchon et je vous ferai réagir ma chère Charlotte.
09:48A tout de suite sur Europe.
09:50– Sous-titrage Société Radio-Canada
09:54– Sous-titrage Société Radio-Canada