- il y a 3 heures
Des villes de plus en plus chaudes, des logements bouilloires, des embouteillages et des loyers qui explosent... Alors qu'en 2050, 65% des Français vivront dans une ville de plus de 100 000 habitants, cet avenir est-il évitable ? Dans ce deuxième numéro d'Agenda 2050, présenté par Marie Drucker, politiques, urbanistes, architectes et experts imaginent les villes de demain. Comment adapter celles que nous avons déjà construites ? Faut-il habiter autrement, laisser davantage de place à la nature, repenser nos déplacements ? Et jusqu'où la technologie pourra-t-elle transformer notre quotidien ? Avec des solutions très concrètes, Agenda 2050 explore les pistes pour faire de la ville de demain un lieu où il fera encore bon vivre. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Les bonnes idées méritent les bons financements.
00:04Agenda 2050 vous est présenté par la Banque des Territoires.
00:31Notre futur se décide aujourd'hui. Bienvenue dans Agenda 2050.
00:36Je suis ravie de vous retrouver sur Public Sénat pour ce nouveau numéro de cette émission qui nous plonge dans
00:40le futur.
00:41Alors pas si lointain puisque notre avenir se décide aujourd'hui en se fondant sur ce que projettent les scientifiques.
00:47Alors regardez où je vous emmène ce soir. Toulouse en 2050.
00:52La métropole vient tout juste de dépasser le million d'habitants.
00:55Elle craque sous la pression démographique. Les loyers ont explosé, les prix d'achat aussi.
01:00L'air est irrespirable. Sur la rocade, des embouteillages de 20 km.
01:05Les terres agricoles des alentours ont fait place aux immeubles et maisons individuelles.
01:10L'été, la température dépasse les 45 degrés.
01:14Voilà ce qui pourrait se passer dans 25 ans.
01:16Alors question densité, qualité de l'air, chaleur, pourra-t-on encore vivre en ville ?
01:20Que dit la science ? Que peuvent les politiques ? Que pouvons-nous faire, nous, citoyens, à notre niveau ?
01:25Les villes du futur, enfer ou paradis. Agenda 2050, c'est parti.
01:35Pour parler et débattre de ce vaste sujet, j'accueille sur ce plateau Christine Lamarde. Bonjour.
01:40Bonjour.
01:41Vous êtes sénatrice, sénatrice, sénateur ?
01:44Allez, sénateur des Hauts-de-Seine.
01:45Sénateur des Hauts-de-Seine, les Républicains.
01:48Vous présidez depuis 2023 la délégation sénatoriale à la prospective Kézako.
01:52C'est une structure très particulière qui n'existe qu'en France et au Parlement finlandais
01:57et qui a vocation à s'intéresser à des questions pour éclairer les décideurs politiques,
02:03mais aussi les citoyens sur des enjeux d'avenir.
02:06En face de vous, Sylvain Griseau. Bonjour.
02:08Bienvenue dans cette émission. Vous êtes urbaniste, fondateur de Dixit.net.
02:13Qu'est-ce que c'est Dixit.net ?
02:15C'est une structure de conseil qui fait à la fois des missions de conseil et de la prospective
02:20pour des structures publiques et des structures privées qui font la ville au quotidien.
02:25Président de l'association Transitions Urbaines également.
02:27Et votre dernier ouvrage s'intitule « Redirection urbaine sur les chantiers de l'adaptation de nos territoires ».
02:33C'est chez Apogée, c'est tout un programme.
02:35Et ça sera très intéressant évidemment pour nous.
02:38Quentin Guéquierre est avec nous également.
02:40Merci pour votre présence.
02:41Co-fondateur d'Adapt, c'est un cercle de réflexion,
02:45un think tank indépendant constitué en association.
02:48Alors vous, vous proposez des solutions d'adaptation au changement climatique.
02:53À qui vous adressez-vous et sous quelle forme peut-être ?
02:56On s'adresse à tous les décideurs publics, locaux comme nationaux,
02:59à travers des rapports, mais aussi des articles, des revues,
03:02pour passer de l'alerte à la responsabilité.
03:04Comment on passe d'un constat collectif à comment on adapte maintenant,
03:09quelles sont les solutions sur la table et comment on les arbitre ?
03:11Alors comment on passe de l'alerte aux solutions concrètes ?
03:14On va évidemment en reparler.
03:15Vous êtes juriste aussi de formation et co-auteur de « S'adapter ou mourir,
03:20co-exister avec le changement climatique ».
03:22On va dire qu'on va préférer s'adapter si c'est possible.
03:26À ma gauche, Eric, Eric Scholl, bonjour.
03:29Bonjour Marie.
03:29Alors vous allez être là tout au long de l'émission,
03:31mais tout au long des émissions à mes côtés dans l'agenda 2050.
03:34Vous êtes journaliste, directeur de la rédaction de L'Express.
03:39Et avec vous, on va avoir des analyses, des exemples, des chiffres.
03:44Oui, notamment celle des villes du futur,
03:46parce que vous savez, c'est un thème qui fait vraiment marcher l'imagination des architectes,
03:50des dirigeants du monde entier, avec des projets incroyables,
03:53comme celui par exemple d'Alato au Kazakhstan,
03:56des gratte-ciels de 272 mètres de haut,
03:58une ville qui n'existe pas encore mais qui accueillera 2 millions d'habitants.
04:02Simplement, les travaux n'ont pas encore commencé.
04:04Est-ce qu'elle verra le jour ? On verra.
04:06Et puis il y en a certains aussi qui décident de creuser sous terre,
04:09et ça je vous en parlais tout à l'heure.
04:11Vous habitez en ville, Eric ?
04:12Bien sûr.
04:13Qui habite en ville sur ce plateau ?
04:15Vous, vous habitez en ville, parce que vous habitez Boulogne-Biancourt ?
04:17Tout le monde habite en ville ?
04:18Oui.
04:18D'accord, donc vous êtes vraiment bien placé aussi pour nous dire les inconvénients,
04:23peut-être des villes d'aujourd'hui,
04:24et comment on peut penser celles du futur.
04:27D'abord, Sylvain Griseau, qu'est-ce qu'on appelle une ville ?
04:30Quand on s'est parlé pour préparer l'émission,
04:32vous avez été très très spécifique sur le lexique,
04:35ville, métropole, agglomération.
04:37Vous pouvez nous faire un petit cours ?
04:39On pourrait faire un cours,
04:40mais je vous propose qu'on évite de faire le cours justement
04:42et qu'on se dise où est-ce qu'on vit
04:44et comment est-ce qu'on perçoit ce qu'on vit, en fait.
04:47Si on parle d'urbain, c'est un peu plus clair.
04:49Finalement, l'urbain, des espaces urbanisés,
04:51on y voit un petit peu plus clair
04:53et on va retrouver des grandes métropoles.
04:54On va même retrouver Paris,
04:56qui est une des villes particulières en France,
04:58mais on peut trouver Nantes, Toulouse ou autre.
05:00On va retrouver des villes moyennes,
05:02mais aussi des villages.
05:03C'est des espaces urbanisés.
05:04Et la question, c'est, au-delà d'espaces urbains,
05:09on a des géographies.
05:10On voit bien là-dessus qu'on a des plus petites villes
05:12que d'autres, etc.
05:14Et puis des territoires qui vivent des choses différentes
05:16parce qu'ils sont plus ou moins ruraux,
05:18plus ou moins isolés,
05:19plus ou moins dépendants de la voiture, etc.
05:21Après, le fait est que l'essentiel des Français aujourd'hui
05:24vivent un mode de vie urbain,
05:25c'est-à-dire qu'ils sont dépendants des services,
05:27de la ville, des villages,
05:28de la ville moyenne d'à côté, etc.
05:30Donc, globalement, chacun définit où il habite.
05:35Et on a énormément de Français qui revendiquent
05:37le fait de vivre dans un territoire rural
05:39et qui ont un mode de vie qui est finalement un mode de vie urbain.
05:42Christine Lavarde, la ville est-elle suffisamment
05:45au centre des politiques publiques ?
05:48C'est une question.
05:48La ville devrait l'être,
05:50parce qu'en fait, il y a une grande partie de la population
05:52qui vit en ville.
05:53Et d'ailleurs, la ville produit un certain nombre de services
05:56pour la zone qui l'entoure,
05:58que ce soit la zone périurbaine ou plus rurale.
06:02C'est souvent là qu'on trouve les hôpitaux,
06:04les services publics spécifiques.
06:07Et d'ailleurs, toute la question est de se dire
06:08comment est-ce qu'on n'a pas l'impression
06:10de créer un clivage, une guerre entre la ville et la campagne ?
06:15C'est-à-dire que chaque lieu d'habitation
06:17présente ses avantages et ses inconvénients.
06:20Personne ne n'ira que la qualité de vie,
06:22dans le sens de la qualité de l'air,
06:24l'environnement qui nous entoure,
06:26est bien meilleur à la campagne.
06:27Mais en contrepartie, l'accès aux services publics
06:30est parfois plus difficile.
06:32Quand on a quelque chose avec la canicule cet été,
06:34on sent bien qu'il y a une espèce de mouvement collectif
06:36de vivre autrement.
06:38Comment on pourrait vivre avec les mêmes conditions
06:40agréables de la campagne, mais en ville ?
06:42C'est ça tout l'enjeu de l'avenir des villes ?
06:44Complètement.
06:44Et l'adaptation au changement climatique
06:46permet cette opportunité.
06:48Personne n'a envie de revivre l'été 2026,
06:50tel qu'il a été vécu.
06:51Et pourtant ?
06:52Et pourtant, il y a de fortes chances
06:54qu'on continue à le vivre
06:55et que ça s'accentille, que ce soit de pire en pire.
06:57L'idée, c'est de se dire stop.
06:59Maintenant, il faut des politiques publiques ambitieuses
07:01à l'échelle de la ville,
07:02à l'échelle des zones urbaines,
07:04pour permettre de mieux vivre ensemble.
07:05Alors, on va faire un état des lieux de la ville,
07:08tel que nous la vivons,
07:09ou tel que nous vivons à l'intérieur.
07:11Aujourd'hui, c'est la première partie de cette émission.
07:13– Et comme à chaque émission, Éric,
07:19vous avez dégagé quelques grands chiffres,
07:22quelques enjeux autour de notre thème.
07:24J'en profite pour vous dire,
07:27à vous, chers téléspectateurs,
07:28que grâce au QR code qui s'affiche à l'écran,
07:31vous allez pouvoir consulter les sources,
07:33les informations, les chiffres que nous vous donnons
07:36dans l'émission.
07:37Alors, qu'en est-il ?
07:38– Je donne juste quelques chiffres
07:39qui vont bien résumer la situation.
07:40Aujourd'hui, un Français sur deux
07:42vit dans une agglomération
07:44de plus de 100 000 habitants.
07:45Et pour vous situer,
07:46ils n'étaient que 12% au début du XXe siècle.
07:49On compte en France 40 villes
07:52de plus de 100 000 habitants.
07:54Et il y a une seule ville
07:55qui dépasse le million d'habitants,
07:56c'est Paris.
07:57Cette urbanisation explique sans doute aussi
07:59pourquoi, paradoxalement,
08:01près de 4 Français sur 10
08:03rêvent d'avoir une maison à la campagne.
08:05Et ce qui est important de noter,
08:07c'est que les centres-villes
08:08affichent des niveaux de densité
08:09très importants.
08:11Ça s'explique évidemment
08:12parce que dans les villes,
08:13on compte 75% d'appartements.
08:16La densité moyenne des villes en France
08:18atteint 4 000 habitants au kilomètre carré.
08:21Mais à Paris,
08:21elle dépasse 20 000 habitants au kilomètre carré.
08:24C'est énorme.
08:25Ce n'est pas le record mondial.
08:27Ça, c'est à Manille, aux Philippines.
08:29Mais en Europe,
08:30c'est tout à fait exceptionnel
08:31d'avoir une telle densité.
08:32Enfin, les villes sont de plus en plus chaudes.
08:35Un logement sur deux
08:36est une bouilloire thermique.
08:38Pendant la période de la canicule,
08:40l'écart de température
08:41entre la campagne et une grande ville
08:43peut atteindre jusqu'à 8 degrés.
08:45On comprend mieux, évidemment,
08:46pourquoi les citadins rêvent
08:48d'une maison à la campagne.
08:49Évidemment.
08:49Qui a décidé de la ville
08:52que l'on connaît ?
08:53Sylvain Griseau.
08:54C'est vous.
08:55C'est vous.
08:55C'est nos modes de vie.
08:56C'est la mobilité.
08:57Paris est très dense.
08:58Pourquoi ?
08:59Parce qu'on a eu à la fois Haussmann,
09:01mais on a aussi et surtout
09:02une densité de transport en commun
09:04qui fait que, quelque part,
09:05on a là un fonctionnement,
09:07on a une ville qui est certes dense,
09:08mais qui paraît beaucoup moins dense
09:10que d'autres espaces
09:11qui sont plus minéralisés, etc.
09:14et finalement moins habitables.
09:15Pourquoi ?
09:15Parce qu'on a un lien
09:17entre la mobilité
09:18et derrière la forme de la ville.
09:20Quentin Kekia ?
09:21Oui, effectivement.
09:23C'est une somme de décisions politiques
09:26qui ont lieu dans le passé
09:27et qui ont encore lieu aujourd'hui
09:28qui forment la ville d'aujourd'hui.
09:30Si je pense à la ville où j'habite,
09:32donc Fontaine,
09:32qui est juste à côté de Grenoble,
09:34il y a un quartier
09:34qui s'appelle le quartier olympique
09:35qui est né de nulle part
09:36de zone agricole
09:38et en 1968
09:39pour un mois de sport d'hiver.
09:41Et aujourd'hui,
09:42il y a encore des personnes
09:43qui vivent
09:43et qui finalement subissent
09:45cette urbanité,
09:46ce mode urbain,
09:49alors qu'il ne s'agit pas
09:50d'un quartier qui est adapté
09:51au climat qui a changé aujourd'hui.
09:53Et au nom de quoi
09:54ces personnes devraient souffrir
09:56aujourd'hui
09:56de décisions politiques
09:58qui ont eu lieu
09:59il y a 60 ans ?
10:01C'est la question.
10:01Mais est-ce que là,
10:02on n'a pas appris ?
10:03Parce qu'en 1968,
10:04on a les JO,
10:05on a bien vu.
10:06Quand on a refait
10:06les Jeux olympiques en 2024,
10:08j'ai eu l'impression
10:09qu'on a quand même
10:10pris en compte
10:10la dimension
10:11de ce qu'on appelait
10:12l'héritage,
10:13en particulier
10:13l'héritage des JO.
10:15Tout à fait.
10:16Mais la question,
10:16c'est qu'est-ce qu'on fait
10:17de cet héritage ?
10:18C'est-à-dire que oui,
10:19les JO de 2024
10:19ont été largement
10:20plus responsables
10:21que ceux qui ont eu lieu
10:22à Barcelone,
10:23que ceux qui ont eu lieu
10:23à Grenoble.
10:24Mais la question,
10:25elle va plus loin.
10:25C'est oui,
10:26mais maintenant,
10:26qu'est-ce qu'on fait
10:27de ces zones ?
10:28Je viens aussi
10:29du Nord-Pas-de-Calais.
10:30J'ai grandi entre
10:31Tourcoing et Roncq,
10:32donc entre zone rurale
10:33et zone urbaine.
10:34Et je voyais la différence
10:35quand je prenais le bus
10:35le matin pour aller au lycée
10:37entre ces zones
10:38qui se traduissaient.
10:39Alors qu'est-ce qu'on fait
10:40de ces zones ?
10:41Justement,
10:41on peut s'offrir le luxe
10:43de se dire
10:44mais pourquoi
10:44on ne changerait pas tout ?
10:45Si on a eu le pouvoir
10:47de le faire
10:47lors des Jeux Olympiques
10:50en 1968,
10:51lorsqu'on l'a pu le faire
10:52d'ailleurs
10:52lors du remembrement agricole,
10:53on a changé
10:54des zones entières,
10:54on a transformé
10:55des territoires entiers
10:56pour des intérêts
10:57nationaux majeurs.
10:58Aujourd'hui,
10:59excusez-moi,
10:59mais 7000 morts
11:00pour cette canicule
11:01et ce sont des chiffres
11:01temporaires,
11:02220 000 personnes déplacées
11:04à cause des incendies,
11:04la ville de Bordeaux
11:05menacée par ces incendies,
11:07excusez-moi,
11:07mais on doit s'offrir
11:08aujourd'hui le luxe
11:09de changer d'échelle
11:10et de voir ces choses-là
11:11à ces échelles-là.
11:11La bonne question,
11:12je trouve,
11:12Christine Lavard,
11:13c'est vrai qu'on est capable
11:16de se mobiliser,
11:17de mobiliser beaucoup
11:18de moyens
11:19pour construire
11:20une ville dans la ville
11:21au moment des Jeux Olympiques.
11:23Bon, après,
11:23il y a la question
11:23de ce qu'on en fait,
11:24mais pourquoi cette mobilisation
11:27est-elle si ponctuelle finalement ?
11:28On va dire que là,
11:30on sera tous d'accord,
11:31je pense,
11:31sur ce qu'il faudrait faire,
11:32mais c'est facile
11:33de le dire avec des mots,
11:34c'est beaucoup plus difficile
11:35quand il faut ensuite
11:36aller dans la rue
11:38détruire des habitations,
11:40ça veut dire reloger
11:41les personnes qui y habitent,
11:42il n'y a qu'à voir
11:43comment les chantiers,
11:45même pour d'aménagement
11:46de pistes cyclables,
11:48voilà,
11:48hérissent les populations
11:49parce que ça oblige
11:50à repenser les trajets.
11:52Alors, c'est peut-être possible,
11:53je ne sais pas si c'est là-dessus
11:54que vous voulez réagir,
11:55c'est l'un griseau ?
11:55Moi, je voudrais,
11:55cette émission,
11:56elle porte une date,
11:582050.
11:59Voilà,
11:59qu'on soit aussi clair,
12:012050, c'est loin,
12:022050.
12:04À l'échelle des politiques publiques,
12:05c'est demain.
12:05Mais c'est prêt.
12:06Moi, je suis urbaniste,
12:07en fait, c'est aujourd'hui 2050.
12:09C'est-à-dire qu'on est
12:10aujourd'hui en train
12:11de planifier,
12:12en train d'organiser
12:13l'aménagement
12:14qui serait à réaliser
12:15en 2050.
12:17On a au moins
12:17construit 80%
12:19d'ores et déjà
12:20à 80%
12:20de la ville de 2050.
12:21Donc, il y a des questions
12:22d'acceptabilité.
12:22Vous voulez dire que
12:23la ville de 2050,
12:25elle est déjà
12:25construite à 80% ?
12:26Bien sûr,
12:27la ville de 2050,
12:27c'est votre ville.
12:29C'est la ville
12:29qu'on vit déjà.
12:30Donc, on n'est pas
12:31en train de faire...
12:31Mais les 20% restants,
12:32c'est quoi ?
12:33C'est la marque de manœuvre
12:34qu'on a ?
12:34C'est le neuf.
12:35C'est ce qu'on va
12:36construire en plus.
12:36Et quand je dis
12:37construire en plus,
12:38c'est éventuellement
12:39démolir pour reconstruire.
12:40Et encore, c'est optimiste.
12:41On est sans doute
12:42plutôt à 90%.
12:43C'est-à-dire qu'on a déjà
12:44fait l'essentiel
12:45de ce qu'on est capable
12:46à faire.
12:47La ville, ça met du temps.
12:48La ville, ce n'est pas
12:49une décision qui est prise
12:51à un moment, etc.
12:52Là, on ne vient pas
12:53de parler de ville,
12:53on vient de parler de quartier,
12:54de morceaux de quartier.
12:55Les JO, c'est des petits bouts.
12:57Alors, parlez-nous de ville.
12:58Quand on doit parler
12:59de ville, en fait,
13:00quand on doit parler
13:00d'adaptation,
13:01puisque c'est notre enjeu,
13:03et quand on doit parler
13:03du cap de 2050,
13:05qui est déjà un rendez-vous
13:05assez distant,
13:06parce qu'on vient de se taper
13:08un été quand même compliqué,
13:09il n'y a pas de raison
13:10qu'on n'ait pas d'autres
13:12difficultés dans les prochaines années.
13:13C'est-à-dire que le rendez-vous
13:14de 2050, en fait,
13:15c'est le rendez-vous
13:16d'aujourd'hui.
13:17Il faut qu'on arrive
13:18à adapter l'essentiel
13:19de l'existant,
13:20alors qu'on n'est pas
13:21en capacité de dire
13:22bon, on arrête tout,
13:23on recommence
13:23si on fait la ville idéale.
13:25Donc, si vous voulez,
13:25moi, les questions
13:26sur la ville du futur,
13:27je les trouve absolument
13:27passionnantes,
13:28mais complètement théoriques.
13:29Notre vraie question,
13:30c'est qu'est-ce qu'on fait
13:31de la ville déjà là
13:32et comment on la ramène
13:33finalement aux besoins
13:34du quotidien ?
13:35Alors, quand on parle ville,
13:37on parle bien sûr
13:38habitat aussi.
13:39L'été dernier,
13:40on l'a rappelé,
13:40avec les différents épisodes
13:41de canicule,
13:42c'est comme si tout le monde
13:43s'était d'un seul coup
13:44rendu compte que nos logements
13:46étaient particulièrement inadaptés
13:48aux dérèglements climatiques.
13:50On va en parler
13:51avec vous, bien sûr,
13:51mais d'abord,
13:53de France, on y était cet été.
13:55On y était en pleine période
13:56de canicule
13:56et vous allez voir
13:57que la vie y était,
13:58comme dans beaucoup
13:59d'autres endroits en France,
14:00très compliquée.
14:02Une matinée de télétravail
14:03et pour Aurélie,
14:05en pleine canicule,
14:06toujours un oeil
14:07sur le thermomètre.
14:08Bon, aujourd'hui, ça va.
14:09On est qu'à 31.
14:11Donc, c'est assez cool.
14:14Ça peut monter
14:15jusqu'à 37-38 en journée
14:18et la nuit
14:20ou le matin,
14:21on va dire,
14:22aux heures les plus fraîches,
14:24on est à 33-35.
14:26Je n'ai pas réussi
14:27à descendre
14:28en dessous de 35,
14:29même 33,
14:30c'était vraiment
14:31les meilleures journées
14:32jusqu'à hier.
14:33Cette lyonnaise,
14:34cadre dans une entreprise,
14:36vit dans un appartement bouilloire.
14:38Depuis plusieurs semaines maintenant,
14:39tous les jours,
14:41c'est système D
14:41pour avoir moins chaud.
14:43Donc là,
14:43je n'en sors que 2,
14:44mais j'en ai 4.
14:45Et les 4 sont dans mon lit
14:46toute la nuit.
14:51Vu que mon appartement
14:53n'est pas traversant,
14:55j'ouvre ma porte d'entrée.
14:56Donc, je le fais
14:57dès le matin,
14:58dès que je me lève
14:58pour maximiser
15:00les courants d'air.
15:01Et pendant la nuit,
15:02quand tu dors ?
15:02Ah non, non, non.
15:03Dès que...
15:03Non, non.
15:04Du moment que je dors
15:04ou du moment que je pars
15:05de l'appart,
15:06je suis obligée de fermer,
15:06bien entendu.
15:07Avec les températures
15:09record de cet été,
15:10Aurélie a même été obligée
15:11d'investir
15:122 ventilateurs
15:13250 euros
15:15et des filtres anti-chaleur
15:17à coller sur toutes les fenêtres
15:18à 50 euros l'unité.
15:20Pour vraiment,
15:21on va dire,
15:21faire le max du max
15:23pour éviter
15:25d'avoir trop trop chaud
15:27sur une prochaine vague
15:28de canicule.
15:30Tout ça assez frais.
15:32Aurélie paye déjà
15:33800 euros de loyer par mois,
15:34mais elle n'avait pas le choix.
15:36Là, ça commence à tirer
15:37que ça soit sur le corps,
15:39sur la nervosité,
15:41sur beaucoup de choses.
15:42Et oui,
15:43ça devient très, très fatigant.
15:44Mais ce qu'elle voudrait vraiment,
15:45c'est que son propriétaire
15:47fasse des travaux.
15:48Salut Aurélie !
15:49Ça va bien ?
15:49Oui, ça va bien et toi ?
15:50Je viens pour le diagnostic du goût.
15:52Et pour ça,
15:53elle a fait appel
15:53à une association.
15:55Je vais laisser ouvert ?
15:56Ouais, bah ouais,
15:57parce que sinon,
15:58ça ne fait pas courant d'air
15:58et il fait chaud.
15:59Aurélie demande depuis longtemps
16:00à son bailleur
16:01d'installer des volets
16:02sur ses fenêtres,
16:03sans succès.
16:04D'où la visite aujourd'hui
16:05de Loïc,
16:06ingénieur thermicien.
16:07Du coup, l'idée,
16:08c'est que maintenant,
16:08comme on n'a pas de réponse
16:09et que du coup,
16:10tu n'as toujours pas de volet
16:11et qu'il fait chaud,
16:13l'idée,
16:13c'est d'essayer
16:14d'objectiver les choses.
16:15Loïc va établir
16:16un diagnostic chaleur
16:17de l'appartement.
16:20Taille et isolation
16:21des fenêtres.
16:23Situation de l'immeuble
16:24dans le quartier.
16:25En gros,
16:25c'est jaune.
16:26En gros,
16:27là, il y a la courant intérieure,
16:28on ne le voit pas bien,
16:28mais il y a ta courant intérieure.
16:29Circulation de l'air
16:30entre les différentes pièces.
16:32Tout est mesuré.
16:33Il faut que ça tourne et tout.
16:34Mais par contre,
16:34ça marche bien avec ta porte.
16:35Même de là à là,
16:36tu vois,
16:37c'est compliqué.
16:37Bah oui,
16:38clairement.
16:39En fait,
16:39on peut toujours dire
16:39oui,
16:40il me faut des volets,
16:40mais après,
16:41les gens peuvent dire
16:41ah bah non,
16:42vous ne croyez pas,
16:43ça va,
16:43ce n'est pas si horrible,
16:44au final,
16:44vous êtes nord-est,
16:45ça va.
16:46Et en fait,
16:46ce diagnostic vient apporter
16:48la preuve que vraiment,
16:49il fait chaud
16:49et qu'on sait pourquoi
16:50il fait chaud
16:51et on le prouve.
16:53Car même si peu de gens
16:54le savent,
16:55la loi oblige les propriétaires
16:56à fournir un logement
16:57pourvu d'un système
16:58de régulation de chaleur
17:00fonctionnel et suffisant.
17:02Nous,
17:02on veut que cette loi
17:03soit respectée
17:03et que si les bailleurs
17:04ne les respectent pas,
17:05en fait,
17:05qu'ils aient des amendes
17:06des pouvoirs publics.
17:07C'est vraiment,
17:08l'idée,
17:08c'est qu'il y a une loi
17:10qui existe,
17:10on se base dessus,
17:11on la fait respecter
17:12et s'ils n'y allaient pas respecter,
17:14on met des amendes.
17:14On se base sur les DPE,
17:16clairement,
17:17basiques.
17:17Moi,
17:17je m'étais dit,
17:18je suis C,
17:18c'est bon,
17:19je suis bien,
17:20alors qu'en fait,
17:20pas du tout.
17:21Et je l'ai bien vu,
17:22là,
17:23cet été.
17:23Et ça permet aussi
17:24de faire des démarches,
17:25d'avoir plus de poids,
17:26de moins avoir peur.
17:27Si Aurélie espère des volets
17:29pour affronter
17:29la prochaine canicule,
17:31il faudra faire sûrement
17:32beaucoup plus à l'avenir.
17:34À Lyon,
17:34on prédit presque 48 degrés
17:36à l'horizon 2050.
17:40Et oui,
17:40parce que là,
17:40chez Aurélie,
17:41on n'était pas en 2050,
17:42on était cet été 2026.
17:47Il est assez poignant,
17:48au fond,
17:48ce reportage,
17:49parce qu'on se dit,
17:50mais on parlait
17:51d'inadaptation des logements.
17:53Là,
17:53c'est flagrant,
17:54c'est terrible.
17:55Quentin Guéquer,
17:56qu'a révélé cette canicule
17:57cet été ?
17:58Elle a montré,
17:59les sondages
18:00qui ont été publiés
18:01juste après le montrent,
18:03un rehaussement
18:03de l'inquiétude,
18:04de l'impuissance,
18:05beaucoup de sentiments
18:06comme la colère,
18:07la résignation.
18:10Et par conséquent,
18:11oui,
18:11on sent que
18:12s'il n'y a pas eu bascule,
18:13en tout cas,
18:13il y a eu une prise
18:14de conscience globale
18:15de l'échelle du problème.
18:16C'est-à-dire bascule ?
18:17Une bascule
18:18dans la perception interne
18:19et dans l'attente.
18:20Il faut quoi
18:21pour qu'il y ait
18:22une bascule ?
18:23Parce que là,
18:24on n'a pas atteint
18:24le point de bascule ?
18:25Il faut des solutions.
18:26Il faut qu'il y ait
18:27des choses qui soient proposées.
18:28Il faut qu'il y ait
18:28une mobilisation
18:29de la société civile.
18:30Là,
18:31il y a une association géniale
18:31qui s'appelle
18:32Locataire Ensemble
18:33qui a pour but justement
18:34de montrer le problème
18:35de l'inertie totale
18:36du système
18:38qui empêche
18:38les propriétaires
18:39d'adapter massivement
18:40les logements,
18:41ce qui est pourtant
18:41une question de vie
18:42ou de mort
18:42pour la plupart
18:43des personnes
18:44qui habitent en ville
18:45aujourd'hui.
18:45Ce n'est pas à moi
18:45qu'il faut dire ça,
18:46c'est à Christine Lavard.
18:48J'entends
18:48et c'est très intéressant
18:49ce qu'il dit.
18:51Là,
18:51on raisonne
18:52l'adaptation de la ville
18:53mais le problème
18:54c'est qu'on est
18:54dans un schéma politique
18:55assez complexe.
18:56Les propriétaires bailleurs
18:58aujourd'hui,
18:58il y en a de moins en moins.
19:00Pourquoi ?
19:00Parce qu'ils ont
19:01un système fiscal
19:02qui n'est pas vraiment
19:03très attractif.
19:04Il vaut mieux
19:04quand on a de l'argent
19:05à placer,
19:06il vaut mieux
19:06le placer dans autre chose
19:07que la pierre
19:08si on veut
19:08un rendement important.
19:10Il faudrait à ce moment-là
19:11aussi revoir
19:12toute la fiscalité,
19:13tout ce qui pèse
19:13sur les propriétaires bailleurs
19:15et je suis certaine
19:16qu'ils seraient incités
19:17parce qu'en fait,
19:18ils améliorent aussi
19:18leur patrimoine.
19:19Après,
19:20il y a des questions
19:21à se poser
19:21sur la manière aussi
19:22dont sont conçues
19:23les habitations
19:25et même les habitations
19:26récentes.
19:27Je connais des endroits
19:28qui ont été livrés
19:29là il y a quelques années
19:30et fenêtres d'architectes
19:32massives
19:33sans aucun volet
19:34avec du soleil
19:36entrant
19:37est-sud-est.
19:38En fait,
19:39c'est une aberration
19:39thermique.
19:40C'est comme
19:41on mettait un radiateur
19:42en permanence.
19:43Ça aurait dû être
19:44équipé directement
19:45de systèmes de volet.
19:47Donc,
19:47c'est vraiment...
19:48Mais cette mobilisation,
19:49est-ce qu'elle doit venir
19:50plutôt des autorités locales,
19:52des mairies
19:52ou au niveau national
19:54ou une pari de fiscalité ?
19:55La fiscalité,
19:55c'est le plan national
19:56et on sait déjà
19:57que nos finances publiques
19:59sont dans un État
20:00qui ne permettent pas
20:01nécessairement
20:01cette mobilisation.
20:02Les solutions,
20:03elles doivent être locales
20:05parce que chaque territoire
20:06est différent.
20:07Par contre,
20:08la question de la fiscalité
20:09qui n'est pas du tout
20:10des ressorts
20:11des collectivités,
20:12là,
20:12elle doit être nationale.
20:13Donc,
20:14il faut bien disposer...
20:14Mais est-ce que ce n'est pas
20:15une façon aussi
20:16pour le local,
20:16pour les collectivités
20:17de...
20:18Vous parliez de patate chaud,
20:20de refiler le problème
20:23à l'État ?
20:23Alors,
20:23je pense que les collectivités locales,
20:25elles sont en fait
20:25directement concernées.
20:27On vote avec les pieds,
20:28c'est bien connu.
20:29Donc,
20:30en fait,
20:30la première personne
20:31qu'on vient engueuler
20:32quand on n'est pas content,
20:33c'est son maire.
20:34Je ne suis pas sûre
20:34que quelqu'un ait écrit
20:35au président de la République
20:36pour lui expliquer
20:36que c'était horrible
20:38de vivre à Lyon,
20:39à Paris...
20:40Il a d'autres problèmes.
20:41...pendant la clinique.
20:42Par contre,
20:42on a été voir son maire
20:43pour dire
20:43pourquoi l'école est fermée,
20:45pourquoi est-ce qu'il fait
20:46aussi chaud dans les salles de classe,
20:47pourquoi est-ce qu'on ne peut pas
20:48avoir accès à la médiathèque
20:49jusqu'à 23 heures
20:51parce que c'est un espace
20:52réfrigéré,
20:52climatisé.
20:53Donc,
20:53les solutions,
20:54elles sont locales.
20:55mais quand vous dites
20:55il faut qu'on pense,
20:57qu'on repense,
20:58j'entends moi cette phrase,
20:59ça fait un certain temps
21:00maintenant que je fais ce métier,
21:01j'entends cette phrase
21:02depuis des années et des années.
21:04Donc,
21:04c'est à chaque fois
21:05qu'il y a une crise,
21:06il faut qu'on repense.
21:07Mais au stade
21:08où on en est à repenser,
21:10c'est déjà trop tard,
21:11en fait,
21:11Sylvain Griseau.
21:12Oui,
21:12il faut qu'on repense,
21:13il y a beaucoup de choses.
21:14On a cité beaucoup de choses
21:16et je le disais tout à l'heure,
21:17la vie,
21:18c'est long à faire,
21:18c'est long à refaire,
21:19c'est long à transformer,
21:20etc.
21:21Entre nous,
21:22poser des volets,
21:23ça ne doit pas prendre
21:24la moitié du siècle,
21:25ça ne doit pas nécessiter
21:26une grande réforme fiscale,
21:27ni plier le bras
21:29de je ne sais pas quel code.
21:31Et aujourd'hui,
21:32sur ces questions-là,
21:33aussi pratico-pratiques,
21:34aussi légères,
21:36tout le monde va accuser
21:38pour l'un l'ABF,
21:39pour l'autre la copropriété,
21:40pour l'autre le cadre fiscal,
21:41pour l'autre le propriétaire,
21:42pour l'autre la mairie,
21:43pour l'autre l'architecte,
21:44etc.
21:46Le fait est qu'on a construit
21:47pour un climat
21:48et qu'on n'habite plus
21:49dans ce climat-là.
21:50On voit bien,
21:50en plus,
21:51que socialement,
21:52ça ne va absolument pas toucher
21:53de la même façon
21:54ceux qui ont les moyens
21:55à la fois de se payer une clim,
21:56des volets
21:57ou une maison à la campagne
21:58et ceux qui sont obligés
21:59de rester en ville.
21:59Oui, mais parce qu'il y a
22:01la canicule des riches
22:02et la canicule des pauvres,
22:03en fait.
22:04Comme toutes les crises.
22:05Comme toutes les crises.
22:06On a aussi vu,
22:07je vous demandais tout à l'heure
22:08Quentin Gekirsk
22:08qui avait révélé
22:09la canicule de cet été,
22:11elle a aussi révélé
22:14l'épuisement
22:16des systèmes, en fait.
22:17Tout à fait.
22:17Madame la sénatrice
22:18le dit très bien,
22:19il y a une complexité
22:20des décisions politiques
22:21qui sont faites,
22:22qui dépendent du coup
22:22de plusieurs acteurs,
22:23de plusieurs dynamiques
22:24de pouvoir.
22:25Je pense que,
22:26et là vous l'avez dit,
22:26la gravité de la situation
22:27exige qu'on aille
22:28beaucoup plus loin
22:29et qu'on mette tout le monde
22:30autour de la table.
22:31Vous disiez justement,
22:32il n'y a qu'à Faucon,
22:32d'accord,
22:33mais comment on fait
22:33pour changer de registre
22:34un petit peu,
22:35notamment dans ces milieux ?
22:37Justement, en fait,
22:38accepter le fait
22:38qu'on a changé de dynamique.
22:40Le climat n'existe plus.
22:42Donc, l'adaptation
22:43au changement climatique
22:44mérite un meilleur
22:45traitement politique.
22:46Quand on a construit
22:47les villes nouvelles,
22:49j'imagine qu'à cette époque,
22:50les urbanistes
22:50ou les architectes de l'époque
22:51avaient cette vision prospective
22:52et après,
22:53on s'est aperçu
22:54qui s'étaient peut-être trompés.
22:55Est-ce qu'aujourd'hui,
22:56on va refaire
22:57les mêmes erreurs ?
22:58Comment est-ce qu'on peut
22:59être sûr aujourd'hui
22:59de bien imaginer
23:00les besoins
23:01qu'il y aura en 2050 ?
23:02On ne peut absolument pas être sûr.
23:03On a des espaces
23:04qui ont été construits
23:05dans les années 50, 60, 70
23:07de façon absolument massive
23:08dans le cadre
23:09de différentes politiques publiques,
23:10y compris des nouvelles villes
23:12qu'on a construites
23:12complètement offshore, etc.
23:14On a fait plein d'erreurs.
23:15Je me mets avec,
23:16je n'y étais pas,
23:18pour être franc.
23:19Et on va faire plein d'erreurs.
23:21La vraie question,
23:22c'est en fait,
23:23aujourd'hui,
23:24comment est-ce que
23:25les choix qu'on fait
23:26sont des choix réversibles ?
23:28Et aujourd'hui,
23:28dans les politiques d'aménagement,
23:30c'est des choses
23:31qu'on anticipe, par exemple.
23:32Aujourd'hui,
23:33on ne peut pas supprimer
23:33des places de stationnement,
23:34très bien,
23:35mais on peut construire
23:36des places de stationnement
23:37sur lesquelles on prévoit
23:38dès maintenant
23:38le fait que demain,
23:40ou peut-être après,
23:41après-demain,
23:42on pourra désimperméabiliser
23:43et planter.
23:44Merci beaucoup,
23:44Quentin Guéquier,
23:45d'avoir été avec nous.
23:46On a parlé de la ville
23:48d'aujourd'hui,
23:49essayer de comprendre
23:50les enjeux actuels,
23:52mais qu'arrivera-t-il demain
23:53si on ne fait rien,
23:55Éric ?
23:56Écoutez,
23:56on a des projections,
23:57elles ne sont pas
23:57nécessairement très optimistes.
23:59Les deux tiers des Français,
24:00si on regarde 2050,
24:01devraient vivre dans une ville
24:02de plus de 100 000 habitants
24:04en 2050.
24:05La densité moyenne
24:06devrait passer
24:07de 4 000 à 8 000 habitants
24:09au kilomètre carré.
24:10Dans des villes
24:11où l'été,
24:12la température
24:13pourra approcher
24:14quasiment 50 degrés.
24:15Et les loyers,
24:16eux aussi,
24:16risquent d'exploser
24:17de l'ordre
24:18de 50 % d'augmentation.
24:19Je précise que
24:20toutes ces projections
24:21ont été faites
24:22avant la canicule.
24:24Alors,
24:24comment vont-elles évoluer ?
24:26Ce qui est certain,
24:26c'est qu'elles posent
24:27en tout cas
24:27la question
24:28de la rupture
24:29dans nos habitudes de vie.
24:31Et il reste à savoir
24:32comment on va se projeter
24:33dans nos vies de demain
24:34et imaginer
24:35nos vies de 2050.
24:36Eh oui,
24:37parce qu'il existe
24:38des solutions.
24:39C'est ce qu'on va voir
24:40maintenant
24:41dans la seconde partie
24:42de cette émission.
24:46Et voilà à quoi
24:47pourrait ressembler
24:48la ville du futur.
24:49Regardez,
24:49les immeubles ont grandi
24:51pour laisser la place
24:52au sol,
24:52à la nature,
24:53partout des arbres,
24:54des jardins,
24:55des îlots de fraîcheur.
24:57On a aussi construit
24:58des gratte-terres,
24:59des gratte-terres,
25:00des immeubles sous la terre.
25:01Peu à peu,
25:02le vélo
25:02et les transports
25:03en commun électriques
25:04ont remplacé
25:05la voiture.
25:07Les rocaves
25:08et périphériques
25:09sont désormais
25:10des fermes urbaines.
25:11Pour les trajets plus longs,
25:13eh bien,
25:13on utilise des drones-taxis.
25:14Voilà.
25:15Une ville
25:16où il fait bon vivre ensemble.
25:17Alors,
25:17est-ce que c'est une utopie ?
25:19C'est ce qu'on va voir.
25:20On va voir comment
25:21rendre cela possible
25:22avec un nouvel invité
25:24qui nous a rejoint,
25:26Vincent Calbeau.
25:27Bonjour.
25:28Merci beaucoup
25:28d'être avec nous.
25:29Bonjour, Marie.
25:29Alors,
25:30vous,
25:30vous êtes architecte
25:32bioclimatique.
25:32Faites-nous rêver.
25:33C'est quoi,
25:33cette profession ?
25:34En fait,
25:35l'architecture bioclimatique,
25:36elle existe depuis
25:38plus de 2000 ans.
25:39On construisait déjà
25:40en tenant compte
25:41du bio,
25:43du bios,
25:43de la biosphère,
25:44du vivant
25:44et du climat
25:45quand on a construit
25:47les temples des pharaons,
25:48quand on a construit
25:49en Iran
25:49les bagdirs,
25:50ces fameuses cheminées
25:52avant qui permettent
25:53de se rafraîchir naturellement.
25:54On construisait déjà
25:56bioclimatique
25:56au Moyen-Orient
25:58avec notamment
25:59les riades,
25:59avec les moucharabiers,
26:01avec les puits canadiens,
26:02les puits marocains.
26:03Et finalement,
26:04on savait également
26:05construire
26:05déjà depuis
26:06des millénaires
26:07avec des techniques
26:09traditionnelles
26:10et des matériaux
26:11ancestraux,
26:12avec de la terre,
26:13avec de la paille,
26:14avec du bois massif.
26:15Et toutes ces techniques
26:16de construction
26:17aujourd'hui
26:18sont mises
26:19à l'épreuve
26:20de l'innovation
26:20pour non seulement
26:21s'adapter
26:22aux dérèglements climatiques,
26:23mais surtout
26:24atténuer
26:25les causes
26:26de ce dérèglement.
26:26Je propose
26:27qu'on regarde
26:27tout de suite
26:28ce que vous faites.
26:29Comment,
26:29justement,
26:30vous construisez
26:31en tenant compte
26:31du fait
26:32qu'on a construit
26:32des immeubles
26:33pour des climats
26:34finalement
26:34qui n'existent plus ?
26:35Est-ce que vous pouvez
26:36nous commenter
26:36ce qu'on voit à l'image ?
26:37Depuis 2015,
26:38pendant cinq ans,
26:39on a travaillé
26:39sur le plan
26:40Paris 2050
26:42qui a pris
26:44le bottin
26:45de mille pages
26:45du plan
26:46Climat,
26:46Air,
26:47Énergie
26:47et qui l'a adapté
26:48en un urbanisme
26:49type Haussmann 2.0.
26:51C'est-à-dire
26:51Haussmann a adapté
26:52la ville de Paris
26:53pour des raisons sanitaires
26:54et des raisons de sécurité.
26:56Eh bien,
26:56aujourd'hui,
26:57il faut adapter
26:58nos villes
26:58pour des raisons
26:59climatiques.
27:00Ce qu'on a vu,
27:01justement,
27:01ce sont des vues
27:03d'un Paris
27:03qui n'est pas
27:04un Paris imperméable,
27:05qui n'est pas
27:05un Paris gris,
27:06qui n'est pas
27:07l'une des villes
27:08les plus denses
27:08au monde.
27:09On voit une ville verte,
27:10une ville végétale,
27:12une ville qui n'est pas
27:12une machine,
27:13une ville qui ne dépense
27:15pas de l'énergie,
27:16qui ne dépense pas
27:16de la matière
27:17et qui a compris
27:18que nous vivions
27:19sur une petite planète bleue
27:20au territoire
27:21et aux ressources limitées.
27:23Et donc,
27:25ici,
27:25on imagine
27:26une ville écosystème,
27:27une ville
27:28qui produit
27:29une architecture
27:30contemporaine,
27:31qui produit l'énergie
27:32dont, par exemple,
27:33les bâtiments historiques
27:34ont besoin.
27:34Une ville
27:35qui propose
27:35de transformer
27:36le périphérique
27:38en 21e arrondissement
27:39de la ville de Paris
27:40pour créer véritablement
27:41un grand Paris
27:42à grande échelle.
27:43Est-ce que ce n'est pas
27:44déjà trop tard ?
27:46Bien sûr que non.
27:47Aujourd'hui,
27:48on construit
27:51la ville de 2050.
27:52Alors,
27:53pour faire parfois
27:54des belles images
27:55en IA,
27:55il faut entre 30 secondes
27:58et une minute.
27:59Mais pour construire
27:59ce type de bâtiment,
28:01il faut entre 5 et 15 ans.
28:02Ça veut dire
28:03que les bâtiments
28:03que l'on construit…
28:04Et combien d'argent ?
28:06Et combien d'argent ?
28:07Eh bien,
28:07moi,
28:07j'ai tendance à dire
28:08que l'architecture
28:09bioclimatique
28:10est toujours moins chère
28:11qu'une architecture
28:12qui ne l'est pas.
28:13Oui,
28:13parce que vous voulez dire
28:14qu'à l'arrivée,
28:14on fait des économies.
28:15Parce que combien va coûter
28:16une architecture
28:17qui est complètement inerte,
28:18qui ne produit pas son énergie,
28:19qui est incapable
28:20d'assurer le confort d'été,
28:22qui va faire exploser
28:23les factures d'énergie,
28:25soit pour se réchauffer
28:26en hiver,
28:27soit pour se rafraîchir
28:29en été.
28:30Et finalement,
28:31c'est cette architecture inerte
28:32qui va être habitée
28:33par les classes
28:34les moins aisées,
28:35pendant que les classes
28:36les plus riches
28:36pourront, elles,
28:37vivre dans des secondes résidences.
28:39Nous,
28:40on veut vraiment inventer
28:41un nouvel urbanisme
28:43qui est basé
28:43sur une densité raisonnée,
28:45pour lutter
28:46contre l'étalement urbain
28:47à l'horizontale
28:48et dire
28:49qu'on n'a plus besoin
28:50de résidences secondaires.
28:52Est-ce qu'il y a un exemple
28:52où vous l'avez fait
28:53dans le monde ?
28:54Cet habitat
28:55dans la ville idéale
28:56du futur,
28:57est-ce qu'elle existe
28:58déjà ailleurs ?
28:59Je pense qu'avec les urbanistes
29:01où on se rejoint,
29:01il n'y a pas de ville idéale.
29:03Une ville idéale,
29:04c'est une ville
29:04qui vient s'agréger,
29:06où on a différentes époques
29:08qui viennent raconter
29:09notre histoire.
29:10Et on a,
29:11par exemple,
29:12construit une tour
29:13qui produit
29:14sa propre énergie,
29:15qui recycle
29:15ses propres déchets
29:16en ressources
29:17et qui est recouvert
29:18de plus de 23 000 plantes,
29:20arbustes et arbres.
29:21C'est le projet
29:21Taozou Yinuan
29:22qui est implanté
29:23à Taipei.
29:24Ça, ça existe déjà,
29:25je précise.
29:26Ça, ça existe déjà.
29:27Ce n'est pas une image
29:28de synthèse,
29:28ce sont bien des photos.
29:30Et en fait,
29:30cette tour,
29:31elle vient s'inspirer
29:33directement d'une termitière.
29:34C'est-à-dire que l'air chaud
29:35à 42 degrés,
29:37chargé de 100 % d'humidité
29:38dans la ville de Taipei,
29:40passe sous les fondations,
29:41là où la température
29:42de la Terre
29:43est constante toute l'année
29:44à 16 degrés,
29:44avant d'être réinsufflée
29:46sans un seul kilowattheure
29:47par courant d'air naturel
29:48à l'intérieur des appartements.
29:50Ça veut dire
29:50que dans votre appartement,
29:52vous avez une température
29:53de 25 à 26 degrés.
29:55Et si vous utilisez
29:56la climatisation mécanique,
29:57c'est simplement
29:58pour faire en sorte
29:59d'arriver à 22 degrés.
30:02Ça veut dire
30:02qu'aujourd'hui,
30:03l'architecture bioclimatique
30:04fait en sorte
30:05d'éviter qu'un bâtiment
30:06ne surchauffe
30:07pour ne pas devoir
30:08le refroidir.
30:09C'est aussi dans cet immeuble
30:11que vous recyclez
30:12l'eau des douches
30:14et des cuisines ?
30:15Exactement.
30:15C'est ça par un système
30:16qui fait que quand les eaux
30:17s'évacuent,
30:18grâce à la végétalisation,
30:19etc.,
30:20elle est filtrée,
30:20elle est nettoyée
30:21et on peut la boire.
30:22Aujourd'hui,
30:23le but de ces bâtiments jardins,
30:25c'est de prendre soin
30:26de la ressource en eau
30:27qui est de plus en plus rare.
30:28On l'a connue cet été.
30:29Et donc, effectivement,
30:30l'eau des douches
30:31que les habitants
30:32prennent tous les matins,
30:33on va la récupérer.
30:34Elle passe dans une lagune
30:35de phytoépuration
30:35où des roseaux
30:36viennent filtrer les particules
30:38avant d'être réinjectés
30:39comme eau d'irrigation
30:40et éviter de mettre
30:41de l'eau potable
30:42dans les sanitaires.
30:43Christine Lavarde,
30:44Boulogneville en cours 2050,
30:45c'est comme ça ?
30:45C'est possible ?
30:46Vous y croyez ?
30:47Sérieusement ?
30:47En écoutant,
30:48la ville a soutenu
30:50une initiative
30:51d'un appartement
30:52complètement low-tech lab.
30:53Deux personnes
30:54ont vécu pendant plus
30:55de six mois
30:56en autonomie complète
30:57et avec des choses
30:58qui sont très...
30:59Alors, c'était
30:59dans le mode expérimental,
31:01mais effectivement,
31:02leur douche,
31:03sur les parois de la douche,
31:04ils avaient installé
31:05des champignonières
31:05qui grandissaient
31:07grâce aux vapeurs
31:08émises par la douche.
31:10L'eau de la douche
31:11était recyclée,
31:12repassée
31:13pour être réutilisée.
31:14Ils avaient construit
31:16eux-mêmes
31:16leurs propres matelas
31:17en allant chercher
31:18des matières naturelles
31:20et en cousant du tissu.
31:21Donc, des choses,
31:22en fait,
31:22je pourrais dire...
31:23Ça paraît quand même
31:24beaucoup plus artisanal que...
31:26C'est plus artisanal,
31:27mais nous, notre idée
31:27et l'idée,
31:28c'était de dire,
31:30en fait,
31:30ça, c'est très beau,
31:31mais ça nécessite
31:32soit de partir
31:33d'une feuille blanche
31:33et de construire,
31:35soit de raser
31:35quelque chose qui existe.
31:36Nous, notre idée,
31:37c'était de se dire
31:38est-ce qu'il n'y a pas
31:39des petites choses
31:39qu'on peut faire
31:40qui sont facilement réplicables
31:43massivement
31:43dans des logements
31:44déjà construits ?
31:45Là, vous nous parlez
31:46de deux personnes.
31:47Oui, c'est ça.
31:48Deux personnes.
31:49Quand est-ce que les 120 000
31:50vivent comme ça ?
31:51Ce qui est intéressant,
31:52c'est que ces deux personnes,
31:53en fait,
31:53elles se sont un peu
31:54inscrites en symbiose
31:55avec leur quartier
31:56puisqu'elles faisaient
31:58des projets collaboratifs
31:59avec les autres habitants,
32:00entre certains
32:01qui apportaient du mar de café
32:02pour justement permettre
32:03d'apporter du substrat
32:05pour les plantations.
32:06Donc, c'est un petit projet.
32:08Mais là, on parle
32:08de repenser la ville.
32:11Regardez comment on voyait
32:13la ville du futur
32:14il y a 55 ans.
32:16En 1971,
32:17un ingénieur français
32:18proposait de loger
32:18des milliers de personnes
32:19dans des immeubles
32:21semi-enterrés.
32:22Il appelait cela
32:23Compact City.
32:24Regardez.
32:25Compact City se présenterait
32:27comme une grande galette
32:28de 5 km de diamètre
32:29pour 145 m de haut.
32:32La lumière du jour
32:33ne pénètre pas.
32:34Il est entièrement
32:35air-conditionné.
32:36Il n'y a pas
32:37d'industrie bruyante
32:37à l'intérieur.
32:38C'est-à-dire que la vie,
32:39en fait,
32:39sera très agréable.
32:40Les aéroports,
32:41les industries de type chimique
32:43seront situées environ
32:44à une dizaine de mille,
32:45c'est-à-dire 15 km,
32:46disons, de la ville.
32:47Il y a un problème,
32:47c'est qu'on pense
32:48qu'un certain nombre
32:49de gens voudront voir
32:50le ciel bleu,
32:50ce qui est une idée
32:51somme toute acceptable
32:52à l'heure actuelle.
32:53Et donc, il y aura
32:54un certain nombre
32:55d'appartements le long
32:55de la périphérie de la cité
32:56également sur le dessus.
32:58Il y a un très grand
32:59parc naturel ici
33:00avec un bassin
33:01sur lequel on peut,
33:02pendant ses loisirs,
33:03faire du bateau
33:04ou bien aller se promener
33:05en famille.
33:07Il avait raison,
33:08ce monsieur,
33:09Vincent Calbeau ?
33:10Ça fait partie des utopies.
33:11Je pense que les utopies
33:12sont nécessaires
33:13pour se projeter
33:14à moyen et à très long terme.
33:16Mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
33:16pour revenir sur le cœur
33:17du débat,
33:18il s'agit de réadapter
33:20au climat du XXIe siècle
33:22le déjà-là,
33:23le patrimoine,
33:24notre héritage.
33:24Pour quitter Paris,
33:25moi, je voudrais vous emmener
33:26à Aix-les-Bains
33:27où on a une grande
33:28opération emblématique
33:29qui est la rénovation
33:29des anciens termes nationaux.
33:31C'est un bâtiment
33:32de 35 000 mètres carrés
33:33où on a des vestiges
33:34de 200 ans
33:35qui datent avant Jésus-Christ.
33:36On a des bâtiments
33:38néoclassiques,
33:38des bâtiments art nouveau,
33:39des bâtiments art déco,
33:41des bâtiments modernes
33:42des années 60.
33:43On a décidé de garder
33:44le meilleur de chaque époque
33:45pour construire l'avenir.
33:47Ce nouveau belvédère,
33:49il est cadré
33:50par deux bâtiments
33:51qui accueillent 250 logements
33:53dont 30 %
33:55de logements sociaux.
33:56Et ces appartements,
33:57ils prôlent le concept
33:58de Skyvilla
33:59en disant
34:00aujourd'hui,
34:01on peut avoir
34:01des appartements
34:02où la moitié
34:03de la surface
34:04sont des espaces extérieurs
34:05transformés en jardins
34:06suspendus,
34:07proches des services,
34:08proches de la culture
34:09pour lutter
34:10contre l'étalement urbain
34:11à l'horizontale
34:11et venir refaire battre
34:13le cœur
34:13des bourgs
34:14et des petites villes françaises.
34:15Alors, on va retourner
34:16à Lyon.
34:17Depuis plus de 20 ans,
34:18un quartier se construit
34:20petit à petit
34:21avec cette idée
34:23d'être un modèle
34:25de ville du futur.
34:27Maxime Coltier
34:27est allé voir
34:28si le pari était tenu.
34:31Il est présenté
34:33comme un quartier modèle
34:33et un laboratoire
34:34de la ville du futur.
34:36Confluence
34:37sur la presqu'île
34:38de Lyon
34:38entre Rhône et Saône.
34:40Un projet pharaonique
34:41commencé il y a
34:42plus de 20 ans
34:43avec pour objectif
34:44d'allier Habitat Moderne,
34:45projet novateur
34:46et qualité de vie.
34:48Si 15 000 habitants
34:49y vivent déjà,
34:50de nouvelles constructions
34:51sortent toujours de terre.
34:53Alors peuvent-elles
34:54inspirer les villes
34:55de demain ?
34:55Nous sommes à les voir.
35:01Sur ce chantier,
35:02même le nom
35:03du futur bâtiment
35:04semble tiré
35:04d'un film
35:05de science-fiction,
35:07B305.
35:08Aujourd'hui,
35:08j'aurais souhaité
35:09qu'on regarde
35:09les plans de coffrage
35:11béton du plancher
35:12au rez-de-chaussée
35:12et puis qu'on regarde
35:13un peu,
35:13qu'on fasse un petit tour
35:14de la qualité des bétons
35:15si ça te va.
35:16Avec plaisir.
35:16Ok, bah allez, on y va.
35:18Aujourd'hui,
35:19Charles, l'architecte,
35:20présente l'avancée
35:20des travaux
35:21à Pierre-Henri,
35:21le promoteur.
35:23Ça, c'est le bâtiment,
35:25le fameux bâtiment
35:26à fourrer
35:27D305.
35:28Il va y avoir
35:29une espèce
35:29de grande cour intérieure
35:30ici.
35:31Et toute la difficulté
35:33qu'on a pu rencontrer
35:34sur ce projet,
35:34notamment sur le bâtiment
35:36D305,
35:36c'est que dans le petit gabarit
35:38qu'il représentait,
35:39on a quand même réussi
35:40à faire une cour intérieure
35:43qui va être
35:44vectrice de fraîcheur.
35:47L'objectif de Charles,
35:48et ce n'est pas l'été dernier
35:49qui lui donnera tort,
35:50c'est la fraîcheur.
35:51Le futur îlot
35:52de 300 logements
35:53sera organisé
35:54autour d'une cour intérieure
35:55végétalisée
35:56avec des arbres
35:57plantés en pleine terre.
35:59Pour que l'air circule,
36:00pas de couloirs,
36:01mais des escaliers extérieurs
36:02et des coursives.
36:04Et à l'intérieur,
36:05des matériaux utilisés
36:06spécialement
36:07pour garder
36:07les appartements frais.
36:10La fraîcheur du parc,
36:11parc 100% pleine terre,
36:13elle va pouvoir rentrer
36:14par ces petits clapets
36:16de ventilation
36:16dans les fenêtres
36:18et être captée
36:20par ces murs
36:21à forte inertie,
36:22notamment en terre crue
36:23pour les bâtiments 2
36:24et pour les bâtiments 6.
36:25Et cette terre crue,
36:26elle a l'avantage
36:27de capter la fraîcheur
36:28et de la restituer ensuite
36:29en journée
36:30au moment les plus chaud.
36:31C'est ce qu'on appelle
36:32un mur à forte inertie.
36:34C'est vraiment
36:34une technique ancestrale.
36:36Une fois construit,
36:37le bâtiment devrait permettre
36:38de vivre quasiment
36:39sans chauffage en hiver
36:40et sans clim en été.
36:42Ce projet pour ça,
36:43c'est justement
36:44un vrai démonstrateur.
36:45c'est la preuve empirique
36:47qu'on peut vivre sans machine.
36:49Habiter notamment ici,
36:50c'est pas chercher
36:51à dominer le climat,
36:52c'est plutôt apprendre
36:54à y appartenir.
36:57Si l'avenir de l'habitat
36:59se construit en partie
37:00grâce au passé,
37:01celui de la ville
37:02passe aussi nécessairement
37:03par plus de nature.
37:08Ça pousse bien,
37:09après 50 jours sans pluie,
37:11l'arbre est en forme.
37:13Les systèmes au sol
37:14fonctionnent bien,
37:15il a sa réserve d'eau.
37:16C'est quand même la preuve
37:17que travailler le sol
37:19est la base,
37:19en tout cas,
37:20de la vie.
37:21C'est la preuve aussi
37:22que Bertrand fait bien son boulot.
37:24Cet architecte paysagiste
37:25a la lourde tâche
37:26de transformer
37:26l'ancienne friche industrielle
37:28du quartier,
37:285 hectares,
37:29en laboratoire
37:30de la ville durable.
37:32Rien que ça.
37:33Pour s'acclimater,
37:35il faut multiplier
37:36les dispositifs
37:39et un des dispositifs,
37:40c'est de planter
37:42bien sûr des arbres,
37:42ça tout le monde le sait,
37:43mais il faut les planter
37:44dans des très bonnes conditions.
37:45Et ici,
37:46on n'avait pas de sol fertile,
37:47on n'avait pas de terre.
37:49Donc ici,
37:49le enjeu,
37:50ça a été de créer un sol.
37:52C'est la principale
37:54action du projet
37:55qui va recevoir
37:57un système boisé,
37:595 hectares de bois urbain.
38:01Une fois le sol créé,
38:02des milliers d'arbres
38:03ont été plantés.
38:04Plus de 20 espèces différentes
38:06qui vont pousser
38:07sans arrosage
38:07comme dans une vraie forêt.
38:09Certains pourraient atteindre
38:1020 mètres en 2050.
38:12Ils ne vont pas tous pousser,
38:13ils vont se concurrencer.
38:14Certains vont être sélectionnés,
38:16la diversité génétique
38:17et l'adaptation
38:18vont faire son travail
38:18comme dans les sèmes forestiers,
38:20sauf que ceux
38:21qui font rester,
38:22ils seront adaptés.
38:23Et eux,
38:23ils vont générer
38:25justement l'ombre,
38:27les vapotranspiration,
38:29la biodiversité
38:30qui va se mettre dedans.
38:31Donc ils vont être
38:31100% adaptés au lieu.
38:33Et ça,
38:33c'est vraiment l'avenir,
38:35ces systèmes de plantation.
38:36Selon Bertrand,
38:37les températures ressenties
38:39dans les villes en été
38:39pourraient baisser
38:40de 10 degrés
38:41grâce aux arbres.
38:45Des logements plus frais,
38:46des forêts urbaines,
38:47bref,
38:48une ville du futur
38:49où il fait bon vivre.
38:50Mais à quel prix ?
38:51Est-ce que cette qualité de vie
38:53ne serait pas réservée
38:54à ceux qui en ont les moyens ?
38:56Est-ce que vous savez
38:57quel est mon bâtiment préféré
38:58sur cette carte ?
39:00Nous sommes allés poser la question
39:01à Pierre Oliver,
39:03maire du 2e arrondissement.
39:04Le pavillon 52,
39:06je trouve que c'est celui
39:07qui est le plus réussi.
39:08Le programme actuel
39:09de construction du quartier
39:10comprend 40%
39:11de logements sociaux
39:12et 20% en accession
39:14à la propriété
39:15en bail solidaire.
39:16La mixité sociale,
39:17elle est extrêmement importante
39:19dans notre ville
39:20parce que moi,
39:20je suis convaincu
39:21qu'à partir du moment
39:22où vous intégrez tout le monde,
39:26vous avez un quartier
39:27qui fonctionne
39:28et une ville qui fonctionne.
39:29Et donc aujourd'hui,
39:30moi, je suis très fier
39:30de voir que sur certains îlots,
39:33vous avez une très bonne répartition
39:35entre les différentes catégories
39:37de logements sociaux,
39:38mais aussi,
39:39vous pouvez avoir
39:39les plus beaux penthouses
39:41qui existent à Lyon
39:42qui sont disponibles
39:45notamment sur la Tour Icône
39:47ou même le long
39:47des bâtiments de la Darce.
39:49Donc en fait,
39:49c'est vraiment
39:50ce mélange de population
39:52qui fait la force
39:54et l'attractivité
39:55de ce quartier.
39:56Aujourd'hui,
39:57le prix du mètre carré
39:58dans le quartier Confluence
39:59avoisine quand même
40:00les 5 000 euros
40:01au-dessus
40:01de la moyenne lyonnaise.
40:04Alors à quel prix,
40:05Christine Lavard,
40:06ce genre de ville ?
40:07J'ai envie.
40:08Alors à la question du prix,
40:09oui,
40:09mais en regardant ces images,
40:10me projeter aussi
40:11dans ce que nous,
40:12on a fait,
40:12c'est aussi
40:13à quelle modification
40:14des regards
40:15sur ce qui est beau,
40:16ce qui est...
40:17Parce que là,
40:18donc il parlait
40:19des forêts urbaines,
40:20mais aujourd'hui,
40:20les arbres quand même
40:21pour qu'ils vivent.
40:22La pleine terre,
40:23je veux bien,
40:23mais la pleine terre
40:24entourée de béton,
40:25je ne suis pas sûre
40:25que ce soit très bon
40:26pour l'arbre.
40:27On le voit d'ailleurs,
40:28dès qu'il y a des épisodes
40:29de fort vent là,
40:30tous les arbres parisiens
40:31sont tous décimés
40:32parce qu'en fait,
40:32ils ont...
40:33Donc,
40:34est-ce que ça ne veut pas dire
40:34aussi qu'il faut changer
40:35son regard
40:36sur ce que c'est
40:37que la ville ?
40:38Est-ce que demain,
40:38si on veut bien avoir
40:39ces canopées,
40:40il ne faut pas se dire
40:41qu'on ne marchera plus
40:41sur des trottoirs
40:42avec un enrobé
40:43de macadam,
40:44mais on marchera
40:45sur du paillage bois
40:46qui permettra
40:48de garder l'humidité ?
40:49Et donc,
40:50en fait,
40:50quand on a pareil
40:51nous décider
40:52dans notre éco-quartier
40:53d'être zéro phyto,
40:55on n'a plus
40:55des petits parterres
40:56avec des petites primes verts
40:58à côté de Jonquie,
40:59on a ce qui pousse en ville
41:00de manière naturelle.
41:01Donc,
41:02c'est un autre paysage
41:03et il faut au début,
41:05la population,
41:05c'est...
41:06Mais vous ne faites rien,
41:07vous n'entretenez pas.
41:08Et en fait,
41:09cette végétation
41:09qui pousse naturellement,
41:11elle est beaucoup
41:11plus résiliente,
41:12elle résiste beaucoup mieux
41:13aux différents épisodes
41:16climatiques
41:16qui se succèdent.
41:18Vu comme ça,
41:19on pourrait se dire
41:19que ce n'est pas beau,
41:20mais en fait,
41:21c'est la nature en ville
41:22et ça oblige,
41:23je pense aussi,
41:23un changement
41:24de regard des citoyens
41:25parce qu'on pourra mettre
41:26tout l'argent qu'on veut
41:27si derrière,
41:28les citoyens ne sont pas prêts
41:29à ces changements,
41:30la ville ne leur plaira pas.
41:32Il y a le côté esthétique,
41:33est-ce que ça leur plaira ?
41:34Est-ce que ça ne leur plaira pas ?
41:35Est-ce qu'ils sont prêts ?
41:36Est-ce qu'ils ne sont pas prêts ?
41:37Mais on se dit aussi,
41:38je reviens quand même
41:39à la question du prix,
41:40est-ce que ça ne peut pas
41:41donner lieu à des villes
41:42à deux vitesses ?
41:43Encore une fois,
41:44la ville des riches
41:45qui auront les moyens d'eux
41:46et la ville des pauvres
41:47qui seront…
41:47Mais c'est d'ores et déjà
41:48celle qu'on a.
41:49Oui, mais c'est un problème.
41:52et qu'on regarde
41:52la végétalisation aujourd'hui
41:54dans les quartiers
41:55les moins populaires,
41:56pour le coup,
41:57c'est là où on a
41:57le moins de végétalisation.
41:59C'est le cas à Lyon,
42:00c'est le cas dans tous nos territoires.
42:01Donc aujourd'hui,
42:02on a une asymétrie,
42:03on a une inégalité.
42:04Donc la question
42:05du projet urbain,
42:06c'est finalement
42:07l'occasion de faire.
42:08Et là,
42:09se pose la question
42:09de comment on fait.
42:11Alors c'est intéressant
42:11parce que la ville du futur
42:12du début du projet Confluence,
42:14ce n'est pas tout à fait
42:14la ville du futur
42:16d'aujourd'hui.
42:17C'est-à-dire que
42:17même le projet lui-même
42:19a évolué.
42:20Le jardin qu'on visitait
42:22n'était pas sur les premiers plans.
42:23On voit très bien
42:23que la pointe de Confluence,
42:25qui va être beaucoup plus plantée,
42:27sur laquelle se posent
42:27ces questions de sol,
42:28etc.,
42:29ce n'était pas
42:29le projet initial.
42:31Donc restons modestes
42:32par rapport à ce qu'il faut faire.
42:34Parce que finalement,
42:35on voit bien
42:35quand on regarde,
42:36ne serait-ce que 20 ans en arrière,
42:37on a changé d'avis.
42:38Mais quand même,
42:39on entend quelque chose
42:40dans le reportage.
42:40La végétalisation,
42:42c'est la possibilité
42:43d'avoir 10 degrés en moins.
42:45Oui, alors,
42:46je ne vais pas revenir
42:47sur le chiffre,
42:47en tout cas très clairement
42:48d'ABC.
42:50Et c'est là
42:50qu'on retrouve nos deux échelles.
42:53On ne va pas avoir
42:54des villes habitables
42:55si on n'a pas
42:55une architecture consciente,
42:57pertinente,
42:57mais une architecture
43:00bioclimatique
43:00posée au milieu
43:00d'un parking,
43:01ce ne sera pas habitable.
43:03Donc on a bien
43:03les deux échelles,
43:04l'échelle de l'espace public,
43:06les espaces ouverts,
43:07finalement l'échelle macro
43:08de la ville
43:08et l'échelle du bâtiment.
43:10Il faut qu'on soit très clair
43:11sur la question
43:11de la végétalisation.
43:13C'est massif,
43:14c'est massif
43:14et vous avez parfaitement raison,
43:16c'est-à-dire
43:17que ça change
43:17les façons de faire.
43:18Bertrand,
43:19que je salue par ailleurs,
43:21l'explique très bien,
43:22on travaille différemment
43:23les sols,
43:24le végétal,
43:24etc.
43:25Mais ça change
43:25complètement l'esthétique même
43:27de la présence
43:28de la nature en ville.
43:30Une vraie canopée,
43:31c'est un caractère massif,
43:32c'est un accès à la terre,
43:33donc ça veut dire
43:34qu'il y a du paillage
43:35mais il y aura aussi
43:36de la boue
43:36sur les pieds
43:37de nos enfants.
43:38Quand on dit
43:39la nature en ville,
43:39on imagine le végétal
43:41mais il y a aussi l'animal.
43:43Il n'y a pas que des écureuils,
43:45il y a aussi des rats,
43:46il n'y a pas que des abeilles,
43:47il y a aussi des moustiques,
43:48etc.
43:48C'est une autre façon
43:50de le vivre,
43:51il va falloir que ce soit
43:52vraiment expliqué.
43:52Moi, je suis mon chemin,
43:54c'est cher d'habiter
43:55vos immeubles,
43:56Vincent Calbeau ?
43:57L'architecture bioclimatique
43:58qu'on développe
43:59aujourd'hui en France,
44:00à chaque fois,
44:01elle intègre au minimum
44:0230% de logements sociaux,
44:04ça veut dire qu'elle commence
44:05à être accessible
44:06à tout le monde.
44:08À Montpellier,
44:09par exemple,
44:09nous avons livré
44:10le projet qui s'appelle
44:11Jardin secret
44:11et comme vous l'avez dit,
44:12c'est une architecture
44:13bioclimatique
44:14qui intègre des mouches arabiées,
44:15qui intègre des patios
44:18rafraîchissants,
44:18qui intègrent
44:19un grand cœur d'îlot
44:20en pleine terre,
44:21de la végétalisation
44:21à tous les étages,
44:22sur les toitures,
44:23des énergies renouvelables,
44:24le recyclage de l'eau grise.
44:26Mais surtout,
44:26ce bâtiment bioclimatique,
44:27il est mis dans un écoquartier
44:29où tout le système
44:31piéton et voiture
44:32a été inspiré directement
44:33du quartier de l'Écusson,
44:34le quartier historique
44:35de Montpellier,
44:36avec des petites venelles
44:38qui permettent d'avoir
44:39des passages piétons ombragés,
44:41qui permettent
44:42d'être massivement plantés.
44:43Parce que si vous mettez
44:44des volets, par exemple,
44:45sur un bâtiment haussmannien,
44:46mais que le trottoir
44:46reste complètement imperméable
44:48et noir,
44:49vous allez quand même
44:49subir les nuits tropicales.
44:51Et même si vous avez
44:52des murs intérieurs
44:53empisés à forte inertie,
44:55il n'y aura physiquement
44:57pas de fraîcheur
44:58pour venir le rafraîchir.
44:58Vous voyez que l'avenir
44:58n'est pas complètement
44:59dans le volet non plus.
45:00C'est vraiment
45:01la trame verte,
45:02la trame brune,
45:03la trame bleue
45:05qui permet la vie de demain.
45:07Alors nous,
45:07on aime bien se comparer,
45:09quand même,
45:09voir ce qui se fait ailleurs
45:10et savoir si on pourrait
45:11s'en inspirer.
45:12C'est ce que vous faites aussi
45:13dans cette émission, Éric.
45:15Vous nous parlez
45:16d'une initiative
45:16ou d'une politique
45:18menée à l'étranger.
45:20Et c'est notre chronique.
45:21Ailleurs,
45:22c'est déjà demain.
45:27Alors,
45:27je vous emmène
45:28au milieu du désert australien,
45:30à 850 kilomètres
45:31au nord d'Adélaïde.
45:32C'est une région aride,
45:34isolée,
45:35soumise régulièrement
45:36à des tempêtes de poussière
45:37et où le thermomètre
45:38dépasse très souvent
45:40les 50 degrés.
45:41C'est pourtant ici,
45:42dans ce paysage lunaire
45:43que résident
45:44les 2000 habitants
45:45de Coubert-Pédie,
45:47un village qui a été fondé
45:48en 1915
45:49lorsqu'on y a découvert
45:51des pierres précieuses.
45:52Depuis,
45:52Coubert-Pédie est devenu
45:53le premier centre
45:54d'exploitation d'opales
45:55au monde
45:56et la ville a cessé
45:57de se développer,
45:58mais pas à l'horizontale,
45:59plutôt à la verticale
46:00et même en profondeur.
46:01C'est d'ailleurs
46:02le sens même
46:03du nom de Coubert-Pédie
46:04qui signifie
46:05dans la langue aborigène
46:07l'homme blanc
46:08dans un trou.
46:09Des trous,
46:09la ville en compte
46:10des milliers,
46:11qui est rosée
46:11dans des mines,
46:12qui abrite aujourd'hui
46:13plus de la moitié
46:14de la population
46:14de la ville,
46:15installée à moins
46:16de 4 mètres
46:17de profondeur,
46:18sous terre donc,
46:19et aussi dans des habitats
46:20qui ont été forés
46:21dans toutes les collines
46:22environnantes.
46:23On y trouve
46:23des logements,
46:24des hôtels,
46:25des musées,
46:26des magasins,
46:27des salles de jeux,
46:29des églises,
46:30des galeries,
46:30tout ça éclairé
46:31par des puits naturels.
46:32Alors la vie sous terre
46:33est en réalité
46:34beaucoup plus agréable
46:35qu'à la surface
46:36puisque la température
46:38varie entre 21 et 24 degrés
46:40frais d'été
46:41et chaud l'hiver.
46:43Beaucoup plus agréable
46:44et c'est ma marotte
46:45et beaucoup plus cher ?
46:47Pas tout à fait.
46:49Vous allez comprendre pourquoi.
46:50Imaginez que le volume
46:50d'électricité qu'il faudrait
46:52pour climatiser la ville
46:53si celle-ci avait été construite
46:54entièrement à la surface
46:55et donc avec ses logements
46:57souterrains,
46:57les besoins en énergie
46:59de Coober Pedy
46:59sont en fait
47:00beaucoup plus modestes
47:01et en plus,
47:02bonne nouvelle,
47:03la ville est devenue
47:04quasiment autosuffisante
47:05en énergie
47:06puisqu'elle est alimentée
47:07par une centrale
47:08qui fonctionne à la fois
47:09sur l'éolien
47:10et sur le solaire.
47:11Si maintenant
47:12on parle du prix
47:13de l'immobilier,
47:14là encore,
47:14on ne va pas se ruiner
47:15en habitant à Coober Pedy
47:16si bien sûr
47:17on a envie d'y aller.
47:18Un appartement
47:18avec trois chambres
47:20coûte 50 000 euros,
47:21c'est-à-dire
47:22que c'est huit fois moins cher
47:23que la ville d'Adélaïde,
47:24je rappelle,
47:25à 850 kilomètres de là.
47:26Autre avantage,
47:27les sols qui sont
47:28en grès argileux
47:29ou en ciltite
47:30sont étanches
47:31et tendres.
47:32Si donc votre logement
47:33devient trop petit,
47:35c'est assez facile,
47:35il suffit de creuser
47:36dans la roche
47:37et puis vous avez
47:37une pièce supplémentaire.
47:38Vincent Calbeau,
47:39plus haut,
47:40plus large,
47:41sous la terre,
47:41est-ce qu'on acceptera
47:42de vivre sous terre ?
47:43Effectivement,
47:44on a compris,
47:45c'est normal
47:45qu'il faut s'adapter aussi
47:46à l'environnement.
47:47On ne construit pas
47:48forcément pareil
47:49dans la région d'Adélaïde
47:50qu'à Paris ou à Aix.
47:52Je pense que tout est possible
47:53en fonction du milieu,
47:54du climat,
47:55de la géologie,
47:55de la géographie,
47:56de la culture locale.
47:57Nous, on a dessiné
47:58des villes flottantes
47:58pour les réfugiés climatiques.
47:59On a dessiné
48:00des fermes verticales
48:01à New York
48:01qui pourraient produire
48:03l'alimentation biologique
48:04directement pour
48:06les habitants de Manhattan.
48:07On a également dessiné
48:10des villes souterraines.
48:12Ce qui compte,
48:13pour nous,
48:13les architectes
48:14qui avons les mains
48:14dans le cambouis,
48:15et comme vous l'avez dit
48:16durant tout le débat,
48:17c'est le prix.
48:18Comment est-ce qu'on arrive
48:19finalement à changer d'échelle,
48:20à rendre ces bâtiments
48:21écologiques enviables,
48:23désirables
48:23et accessibles à tous ?
48:25Pour moi,
48:25il y a trois possibilités.
48:27Tout d'abord,
48:27on peut assurer
48:28un bonus de constructabilité,
48:30c'est-à-dire que
48:31pour les promoteurs,
48:32les municipalités
48:33qui se veulent exemplaires,
48:34elles peuvent construire
48:35un ou deux étages plus haut
48:36pour équilibrer
48:36leur bilan économique.
48:38Ensuite,
48:38pourquoi est-ce qu'en France,
48:39on ne mettrait pas en place
48:40un bonus écologique ?
48:41Exactement comme on l'a fait
48:42pour la voiture électrique,
48:43en disant
48:44qu'elle pollue moins,
48:45la santé et l'air
48:46est plus respirable en ville,
48:48on pourrait le faire
48:48pour des appartements
48:50destinés aux primo-accédants.
48:52Et ensuite,
48:52aujourd'hui,
48:53ça, ce n'est pas
48:53demain en 2050,
48:55c'est aujourd'hui en 2026,
48:56on arrive à construire
48:57des bâtiments
48:58à énergie positive,
49:00c'est-à-dire des bâtiments
49:00qui produisent plus d'énergie
49:02qu'ils en consomment,
49:03grâce aux fermes éoliennes,
49:04grâce aux panneaux solaires,
49:06grâce à la géothermie.
49:08Et donc,
49:08ça veut dire
49:09que vos charges
49:09de copropriété
49:11descendent,
49:11étant donné
49:12que vous vendez
49:13l'énergie
49:13que vous produisez,
49:14par exemple,
49:15au bâtiment voisin
49:15qui est un bâtiment
49:16haussmannien,
49:17plus vulnérable
49:18au dérèglement climatique.
49:19Et bien sur ces trois piliers,
49:20finalement,
49:21on peut innover
49:21sur le plan économique
49:22pour rendre
49:23cette architecture
49:24bioclimatique
49:26déployable.
49:26J'entends tout ça.
49:28Pour pouvoir mettre
49:29tout ça en place,
49:30il va falloir aussi
49:30faire un peu de toilettage
49:31dans la réglementation
49:32parce qu'il y a
49:33beaucoup de choses
49:34qui, quand on regarde
49:35que la politique
49:35de l'architecture,
49:36oui, mais après,
49:37il faut aussi être
49:38compatible avec
49:39toutes les autres
49:41réglementations
49:41qui concernent
49:42la politique de la santé,
49:43la politique de...
49:44Donc, c'est pour ça
49:46que je dis, en fait,
49:46on a besoin d'une vision
49:47vers où on se projette,
49:48qu'est-ce que ça va avoir
49:49parce que tout à l'heure,
49:50quand on parlait
49:50de la question
49:51du financement,
49:52finalement, l'équilibre,
49:53on a regardé
49:53à l'échelle micro
49:54du logement,
49:55vous avez moins
49:56de chauffage,
49:57du coup,
49:57vos charges équilibrent.
49:58Mais il faut aussi voir
49:59ce que va apporter
50:00cette nouvelle urbanisation
50:02en termes de santé publique
50:03et qui dit
50:04moins de dépenses
50:05de santé
50:06est un bénéfice collectif.
50:07Aujourd'hui,
50:08notre vrai problème,
50:09c'est qu'on est
50:10en 2026,
50:11on a 3 500 milliards
50:12de dettes nationales.
50:15C'est comment est-ce
50:16qu'on va arriver
50:16à financer,
50:17parce que vous me dites,
50:19l'État,
50:19les collectivités,
50:20mais enfin,
50:20à la fin,
50:20c'est toujours
50:21la même personne
50:21qui paye,
50:22c'est le citoyen,
50:22c'est vous,
50:23c'est moi.
50:23Donc comment est-ce
50:24qu'on va être capables,
50:25nous, citoyens de 2026,
50:27d'accepter de payer
50:29aujourd'hui
50:30pour un bénéfice
50:31qu'on verra
50:31en 2050 ?
50:33Mais il faut accepter
50:34aujourd'hui
50:34de financer
50:35ce futur.
50:36Il y a une échéance
50:38politique nationale,
50:38l'élection présidentielle
50:39de 2027.
50:41C'est l'un des gros enjeux
50:42de cette présidentielle.
50:43Qu'est-ce qu'on peut
50:43en attendre ?
50:44C'est aux politiques aussi
50:45de nous,
50:46effectivement,
50:46citoyens,
50:47on peut payer
50:47puisqu'on paye
50:48des impôts,
50:49mais c'est la seule chose
50:51qu'on puisse faire.
50:51Donc comment vous allez faire
50:53pour nous faire
50:55mieux vivre demain ?
50:56Moi, je crois beaucoup
50:57à cette vision
50:58qui permettra
51:00d'accepter
51:01des sacrifices
51:02des uns,
51:02des autres.
51:03Il y a ceux
51:03qui payent,
51:04qui auront la vision.
51:05Il y en a qui ont besoin
51:06de payer,
51:07il y en a d'autres
51:08qui auront besoin
51:09entre guillemets
51:10de subir la nuisance
51:11du téléphérique
51:12qui passe au-dessus
51:12de leur jardin,
51:13mais il y a un moment
51:14où cette transition
51:15a un coût,
51:16que ce soit un coût financier,
51:18un coût de vision,
51:19de l'habitat
51:20dans lequel on vit.
51:21Nos enfants auront demain
51:22de la boue aux pieds.
51:24Il faut avoir le courage
51:26de le dire
51:26et de l'accepter.
51:28Je pense que les politiques
51:29ne sont pas responsables
51:32de tout.
51:33C'est-à-dire qu'il s'est
51:33à eux,
51:33effectivement,
51:34de donner cette vision.
51:35Chaque candidat
51:36à l'élection présidentielle
51:37s'entra sa vision.
51:38Ils sont aussi responsables
51:39de la vision.
51:40Ils sont responsables
51:41de la vision,
51:42mais derrière,
51:42il faut que cette vision
51:44arrive à embarquer
51:45les Français
51:46et qu'on arrête
51:47cette guerre
51:47de les riches,
51:49les pauvres,
51:49parce qu'on l'a bien vu.
51:50La ville,
51:51c'est un espace
51:52qui est commun,
51:52qui est partagé
51:53à tout le monde
51:53et on ne peut pas raisonner.
51:54La ville,
51:55c'est le lieu de la centralité,
51:56c'est le lieu des services publics.
51:57Elle doit rester accessible
51:59à ceux qui vivent
51:59aux portes de la ville.
52:00Donc,
52:02on pourrait en parler de la ville,
52:03tout le monde veut réagir.
52:04Alors,
52:05d'accord,
52:06d'accord,
52:06mais je veux bien changer
52:08la réglementation,
52:09mais vous dites un mot chacun.
52:10C'est le vin griseau
52:11et après Vincent Calabour.
52:11Moi,
52:12je pense que derrière la vision,
52:13il faut tout d'abord une méthode
52:14et c'est ce qui manque
52:14actuellement au gouvernement.
52:15J'espère qu'après
52:16les présidentielles de 2027,
52:18on aura enfin
52:19un ministère transversal
52:20de la résilience climatique,
52:22c'est-à-dire
52:22un ministère
52:23qui s'occupe des forêts,
52:24un ministère
52:25qui s'occupe de l'agriculture,
52:26un ministère
52:27qui s'occupe de l'urbanisme
52:28et de l'architecture
52:29et c'est en croisant
52:30ces disciplines
52:30qu'on aura une vision exhaustive
52:32qui ne sera pas un coût
52:34mais qui présentera
52:35une économie globale
52:36sur le moyen terme.
52:37C'est le vin griseau
52:38et après...
52:39Je pense qu'on prend
52:39le chemin exactement inverse
52:40et on est plutôt
52:41en train de diviser
52:43les ministères aujourd'hui,
52:44on est en train
52:44de réduire le fond vert,
52:46on est en train de taper
52:46sur les collectivités locales
52:48qui sont au premier rang.
52:49Donc aujourd'hui,
52:50la tendance n'est pas bonne
52:51et aujourd'hui,
52:51la vision politique
52:52qui est nécessaire,
52:53on a du mal
52:54à la percevoir
52:56aujourd'hui.
52:57Le fait simplement
52:58que la question
52:58de la vie quotidienne
52:59et de l'habitat
53:00soit à l'agenda
53:01des élections présidentielles
53:03est essentiel
53:04et ce n'est absolument
53:04pas gagné.
53:05Merci beaucoup
53:06à tous les trois
53:06d'avoir participé
53:08à Agenda 2050.
53:09Merci Eric.
53:10Alors nous,
53:10on se retrouve évidemment
53:11la prochaine fois
53:12pour de nouvelles aventures.
53:14Merci à vous
53:14de nous avoir accueillis
53:15chez vous.
53:16Vous pouvez nous retrouver
53:17en replay
53:17sur publicsénat.fr
53:19et sur nos réseaux sociaux.
53:20Je vous donne rendez-vous
53:21dans un mois.
53:22À très bientôt.
53:43Sous-titrage Société Radio-Canada
53:47Agenda 2050
53:48vous a été présenté
53:50par la Banque des Territoires.
53:51Sous-titrage Société Radio-Canada
53:52Sous-titrage Société Radio-Canada