- il y a 2 heures
À la mort de Franco, en seulement trois ans, l'Espagne est passée d'un régime dictatorial à une monarchie constitutionnelle et parlementaire, acceptée par une majorité écrasante d'Espagnols, ouvrant la voix à un avenir démocratique apaisé. Juan Carlos, l'héritier désigné, a-t-il été une marionnette de l'histoire, un opportuniste ou le véritable fondateur de la démocratie constitutionnelle espagnole ? Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:11La reine et moi, vous sommes reconnaissants pour votre accueil,
00:15mais surtout pour la loyauté que vous nous témoignez en étant ici tous unis.
00:26Cet homme acclamé par la foule est le roi d'Espagne, Juan Carlos Ier,
00:31successeur désigné de Francisco Franco.
00:34Il a su imposer le renouveau démocratique à la péninsule ibérique,
00:38à la mort de Franco, en 1975, après 36 ans de dictature.
00:44Mais qui est vraiment Juan Carlos ?
00:46Un démocrate convaincu ou un opportuniste éclairé ?
01:29En 1936, le général Franco mène un coup d'État qui plonge l'Espagne
01:34dans trois années de guerre civile sanglante.
01:38Le bilan encore contesté fait état de plus de 400 000 morts.
01:42L'Espagne est ruinée, un régime dictatorial violent se met en place,
01:47les exécutions sommaires y sont légions.
01:55Il y a désormais deux Espagnes, l'une victorieuse, qui veut imposer sa loi par une répression
02:03qui se perpétue pendant des années, et l'autre, une Espagne vaincue, qui est en partie exilée,
02:09et celle qui reste à l'Espagne subit une forte répression et n'a aucun moyen de s'exprimer.
02:15Et par conséquent, on est dans un état de guerre civile qui se prolonge.
02:22Contraint à l'exil avec sa famille depuis 1931, d'abord à Paris, puis à Rome,
02:28le roi Alphonse XIII décède en 1941.
02:31Son fils, Juan de Bourbon et Battenberg, est désormais le prétendant au trône.
02:37Proche des nationalistes pendant la guerre civile, il s'en éloigne pendant la Seconde Guerre mondiale
02:42et revendique le retour d'une monarchie démocratique en combattant la dictature franquiste.
02:48C'est un opposant.
02:50Lui, il revendique pas le pouvoir pour lui.
02:54Normalement, je serais le roi, dit-il, de tous les Espagnols.
02:59Je proposerais une réconciliation.
03:02Franco est convaincu que, pour le bien de l'Espagne, il doit régner jusqu'à la fin de ses jours.
03:11Il n'est donc pas question, dans l'esprit de Franco, de remettre le pouvoir à quiconque,
03:16et en particulier pas à la monarchie, qui continue à revendiquer son retour en la personne de Don Juan contre
03:25le Barcelone.
03:27Sanctionné dans l'immédiat après-guerre par une motion de l'ONU,
03:31la donne change dès 1947 pour Franco à la faveur de la guerre froide.
03:36Désormais, il apparaît comme un rempart au communisme et bénéficie du soutien des États-Unis.
03:42Dans ce contexte, le caudillo fait voter par référendum une loi qui lui donne le pouvoir de désigner son successeur.
03:50Fragilisé et isolé politiquement, Juan de Bourbon est contraint d'accepter, selon la volonté de Franco,
03:57que son fils Juan Carlos se rende en Espagne pour y être éduqué.
04:01Pourquoi Don Juan va accepter ?
04:03Parce qu'en confiant Juan Carlos à Franco, certes, il se sépare de son fils,
04:10parce que très concrètement, ça veut dire que Juan Carlos va vivre en Espagne éloigné de sa mère, de son
04:16père et de ses frères et sœurs,
04:17mais on le place dans une position favorable.
04:22On le fait véritablement espagnol.
04:31En décembre 1948, un train rallie le Portugal à l'Espagne.
04:37Juan Carlos a 10 ans.
04:39C'est-il alors qu'il est l'otage de Franco ?
04:43Le projet de Franco, c'est tout simplement de se donner le temps de régner tout à sa guise.
04:49Il se débarrasse du père.
04:52Le père n'est plus vraiment un danger.
04:57Et surtout, il a un otage, la personne du petit Juan Carlos.
05:03Un otage, il traite d'ailleurs de manière très paternelle.
05:09Pendant six ans, Juan Carlos s'est éduqué loin de sa famille, sous la tutelle de Franco.
05:15En 1955, le cas Odillo et Juan de Bourbon conviennent que désormais, Juan Carlos suivra un cursus à l'Académie
05:23militaire de Saragosse.
05:25L'éducation militaire de Juan Carlos est un fait doublement fondamental.
05:29Il obéit à deux raisons.
05:33La première, c'est la tradition des Bourbons que de faire des rois soldats.
05:38Et l'autre atout énorme que ça va donner à Juan Carlos, c'est qu'il va accompagner ces jeunes
05:46officiers qui feront l'armée, qui sera son armée lorsqu'il sera chef d'État.
05:54Vous ne regrettez pas, enfin, de ne pas avoir été un jeune homme comme les autres ?
05:59Non, parce que je suis né prince.
06:05Ça a été moi, et d'une autre façon, ça aurait été...
06:09Peut-être que vous auriez pu être vous, je sais pas, c'est une question...
06:15Dieu qui a fait la famille, alors on vient un après l'autre.
06:23Face à ces images du jeune prince sportif et moderne, vitrine positive du régime franquiste,
06:29il est légitime de se demander si Juan Carlos n'est qu'une marionnette dans les mains de Franco.
06:34Un premier indice semble être apporté en mai 1962.
06:38Juan Carlos épouse la princesse Sophie de Grèce, sans consulter, comme cela lui est imposé, ni Franco, ni les Cortès.
06:47Le jeune couple va maintenant s'offrir aux acclamations au milieu des sonneries de cloches et des salves d'artirée.
06:52La foule n'en voit plus que l'éclat de leur bonheur.
06:56Véléité personnelle, manœuvre politique de son père,
07:00mis devant le fait accompli, Franco, en bon stratège, récupère cette union.
07:04Il accueille chaleureusement dès son arrivée à Madrid le jeune couple princier
07:09et met à sa disposition la résidence de la Sarsuelle.
07:12Il est certain que le mariage de Juan Carlos, il a alors 24 ans.
07:20C'est la vraie entrée dans l'âge adulte.
07:24C'est le moment où on lui accorde un peu plus d'indépendance, notamment dans ses déplacements.
07:30Là, il y a une évolution parce que Juan Carlos fond d'une famille, fond d'un foyer,
07:34il y aura très rapidement la naissance de l'infante Hélène, puis de l'infante Christine,
07:39et enfin en 1968 de l'infant Philippe.
07:42Ils vivent à Madrid, ils se sont installés au palais de la Sarsuela.
07:47Ils deviennent des personnages de la vie sociale, mais de la vie sociale de cette Espagne franquiste.
07:52Il y a incontestablement une forme d'éloignement entre le milieu familial qui reste au Portugal
08:00et la propre famille qu'il est en train de créer.
08:05Par ailleurs, Franco a avec lui des relations très proches,
08:10et Franco vieillit, donc se pose la question de la succession de Franco.
08:20En 1969, Juan Carlos rejoint pour les vacances sa famille au Portugal.
08:26Sous leurs airs complices, les relations entre le père et le fils se sont dégradées.
08:31Et dès son retour à Madrid, ces tensions vont atteindre un paroxysme
08:34quand Franco convoque Juan Carlos et lui offre d'être officiellement son successeur.
08:43Juan Carlos a hésité parce qu'il a dit qu'il fallait consulter son père.
08:49Et Franco ne lui en a pas laissé le temps.
08:52Il a dit non, je veux une réponse tout de suite.
08:56Alors là, c'est une crise majeure au sein de la famille
08:59parce qu'il n'a pas la légitimité pour être roi d'Espagne.
09:03Le roi d'Espagne, ça doit être Don Juan, le comte de Barcelone, son père.
09:07Or, il accepte de devenir le successeur du général Franco.
09:11D'ailleurs, il ne porte pas le titre qui est normalement dévolu à l'héritier de la couronne d'Espagne,
09:16qui est celui de prince des Asturies.
09:18On va lui inventer un titre qui est celui de prince d'Espagne.
09:21Pour être désigné comme le successeur de Franco avec ce titre de prince d'Espagne,
09:26il a fallu que Juan Carlos assume un conflit de droit, de légitimité avec son propre père
09:35qui revendiquait cette succession.
09:38Et il se passe à cet égard une véritable rupture entre le père et le fils.
09:48Je suis dans la ligne du régime.
09:50Je n'entends pas tenir mon trône des droits dynastiques.
09:54Je reçois du généralissime Franco
09:56la légitimité politique issue du mouvement de juillet 1936.
10:04Cette désignation officielle comme successeur de Franco
10:07n'est pas synonyme pour Juan Carlos d'accession au pouvoir.
10:11En témoigne la nomination en juin 1973
10:14par le dictateur vieillissant
10:17de l'amiral Carrero Blanco
10:19au poste créé sur mesure de président du gouvernement.
10:23C'est désormais deux visions de l'Espagne
10:25qui s'affrontent au sommet de l'Etat
10:26entre la vieille arrière-garde franquiste
10:29et le jeune prince désigné.
10:31Ainsi, après 34 ans de pouvoir absolu,
10:34le caudillo, qui vient d'entrer dans sa 81e année,
10:37abandonne en partie la charge à cet homme silencieux, discret,
10:41mais autoritaires ennemis résolus du communisme.
10:43L'amiral Blanco, âgé de 70 ans,
10:46s'est toujours prononcé contre toute évolution politique du régime.
10:49L'amiral Carrero Blanco laisse complètement de côté le prince héritier.
10:55On l'informe, j'allais dire, de manière un petit peu académique.
11:01Il n'a absolument pas barre sur les décisions.
11:05C'est une époque où il est d'ailleurs très silencieux.
11:09Il a pour consigne de ne pratiquement jamais s'exprimer dans la presse.
11:13Il voyage, il se montre quand il est prince d'Espagne.
11:16C'est un sphinx.
11:18On ne sait pas ce qu'il pense.
11:20Franck Carlos a pu donner l'impression,
11:23avant la mort de Franco,
11:27d'accepter les conditions dans lesquelles on faisait de lui son successeur.
11:32Mais dans des déclarations qu'il avait faites
11:36avant son entrée en fonction.
11:41Au cours de voyage aux Etats-Unis,
11:43il était clair, il l'avait dit clairement,
11:46je rétablirai la liberté publique en Espagne.
11:50Cette parole informelle et démocratique
11:52illustre-t-elle une prise de conscience par Juan Carlos
11:55des mutations qui se jouent en Espagne ?
11:58Avec l'ouverture du pays au reste du monde,
12:00une classe moyenne est prise de changements à émerger
12:03et le pouvoir franquiste sourd à ce vent nouveau
12:06est contesté radicalement.
12:08L'attentat signé par l'ETA le 20 décembre 1973
12:12marque un pas dans l'escalade de cette violence.
12:19Avec la mort de l'amiral Carrero Blanco,
12:21le fidèle des fidèles,
12:22c'est l'un des deux piliers du régime franquiste qui s'écroule.
12:26Pour éviter toute possibilité de manifestation,
12:28le gouvernement espagnol a décidé d'enterrer très vite
12:31l'ancien chef du gouvernement.
12:35Aujourd'hui, le prince Juan Carlos reste seul.
12:38L'amiral Carrero Blanco aurait dû l'installer en douceur
12:40sur le trône d'Espagne après la mort de Franco.
12:43La courroie de transmission est donc cassée.
12:46Jamais depuis 20 ans on n'avait assisté en Espagne
12:48à l'occasion de ses obsèques à de telles manifestations franquistes.
12:52C'est dans ce contexte de crispation politique
12:55qui est nommé en décembre 1973 Carlos Arias Navarro.
12:59Surnommé le boucher de Malaga pour ses actes de barbarie
13:03durant la guerre civile,
13:04il a les faveurs de Carmen Polo, l'épouse du Caodillo.
13:08Alors que la santé de Franco décline,
13:11elle manœuvre en coulisses pour imposer son gendre,
13:14Alphonse de Bourbon-Dampierre, cousin germain de Juan Carlos,
13:17comme successeur de son époux.
13:22Dans ces années-là, la mort probable et prochaine de Franco
13:29inquiète la famille qui rassemble autour d'elle ses fidèles
13:33pour protéger au maximum les intérêts de la famille Franco.
13:37Et on va appeler ça le bunker, le bunker franquiste.
13:41Et à ce noyau familial viennent s'ajouter
13:46ceux qui tiennent à ce que le régime ne change pas
13:49et que le régime reste ce qu'il est, à savoir une dictature.
13:53Le général Franco se porte bien, ou presque bien.
13:56À 81 ans, il a surmonté sa maladie
13:58alors qu'on le croyait déjà à l'agonie.
14:01Même diminué, le dictateur ne renonce pas à exercer son pouvoir.
14:05Il coupe court aux ambitions de son épouse et du bunker
14:08quand, hospitalisé, il confie à deux reprises à Juan Carlos
14:12l'intérim de la présidence.
14:24À l'occasion de ce deuxième intérim du pouvoir,
14:28le prince fait preuve d'agilité politique
14:30en désamorçant la crise dite de la marche verte
14:33qui oppose l'Espagne et le Maroc sur la question du Sahara.
14:37Et pourtant, malgré ce succès diplomatique,
14:40personne en Espagne ne considère que Juan Carlos
14:43à la stature de succéder à Franco.
14:46Il apparaît un peu comme une marionnette du régime, bien sûr.
14:51Et puis les gens ne le connaissent pas,
14:52ils ne savent pas ce qu'il a dans la tête,
14:56ils ne peuvent pas le savoir.
14:58Ils ne savent pas non plus, a fortiori,
15:00quels sont les contacts qu'il prend à droite, à gauche
15:03pour assurer précisément une succession à la transition démocratique.
15:09Donc, il est mal vu, c'est très dur, il joue les imbéciles.
15:12Il le dit lui-même, il dit, c'est pas facile de jouer les idiots.
15:16Et j'ai été obligé de jouer les idiots pendant six ans.
15:20Derrière ce mutisme, Juan Carlos affine sa stratégie.
15:23Il reçoit secrètement, depuis plusieurs mois,
15:26les responsables politiques socialistes, catalans,
15:29mais aussi les syndicalistes.
15:30Il envoie un émissaire auprès de Santiago Carillo,
15:34le secrétaire général du Parti communiste en exil,
15:37et esquisse les lignes de sa future gouvernance.
15:40Mais Franco est toujours là, fidèle à son idéal.
15:45La dernière apparition publique de Franco,
15:48c'est le 1er octobre 1975,
15:50sur le balcon du Palais-Royal,
15:52face à une foule qui a été amenée là.
15:55Et là, pour le coup, on est dans un anachronisme spectaculaire.
15:58Vous avez une foule qui scande Franco, Franco, Franco,
16:02qui lève le bras en faisant le salut fasciste.
16:04Nous sommes en 1975.
16:06Et vous avez à côté de Franco,
16:08Juan Carlos et son épouse Sophie.
16:10Et on sent bien le malaise qui les habite tous les deux,
16:14parce qu'ils se rendent compte du caractère absolument désastreux de cette image.
16:28Le 20 novembre 1975,
16:31Franco décède,
16:33et deux jours plus tard,
16:34Juan Carlos devient roi.
16:35En nombre de las Cortes Españolas
16:38y del Consejo del Reino
16:42manifestamos a la nación española
16:45que queda proclamado
16:47rey de España,
16:50don Juan Carlos de Borbón y Borbón,
16:53que reinará con el nombre
16:55de Juan Carlos I.
16:58señores procuradores,
17:01señores consejeros,
17:03desde la emoción,
17:05en el recuerdo a Franco,
17:08¡Viva el rey!
17:09¡Viva!
17:10¡Viva España!
17:11¡Viva!
17:14La monarchie,
17:16à l'époque,
17:17n'était pas populaire en Espagne.
17:18La monarchie,
17:19les Bourbons,
17:20pour être clair,
17:22n'ont jamais été très populaires.
17:24D'ailleurs,
17:24on affume à ce moment-là
17:26Juan Carlos
17:27de toutes sortes
17:29de surnoms.
17:30On l'appelle Juanito el Brebe,
17:33Jeannot le Bref,
17:34car on lui prédit
17:37une très faible durée
17:39au pouvoir.
17:42Comme attendu,
17:44les premiers mois
17:45sont difficiles.
17:46La présence de Carlos
17:47Arias Navarro
17:48à la tête du gouvernement
17:49laisse entendre
17:50que le jeune roi
17:51s'inscrit dans la continuité
17:52de Franco.
17:54Pourtant,
17:54la réalité des faits
17:56est bien plus complexe.
17:58Juan Carlos
17:59ne s'entendait pas du tout,
18:01d'après ce que je crois savoir,
18:03avec Navarro.
18:04Mais il était
18:06dans une situation
18:08délicate,
18:09parce qu'il était tenu
18:11par les lois du régime
18:12que lui avait transmises
18:15Franco.
18:16Et d'après ces lois,
18:18il n'avait pas le droit,
18:20tout roi qu'il était,
18:22de destituer
18:23le chef du gouvernement
18:24et d'en nommer un autre.
18:27C'est auprès de Torquato
18:28Fernandez Miranda,
18:30son mentor
18:31et ancien professeur de droit,
18:33que Juan Carlos
18:34trouve une issue
18:34à son dilemme.
18:35respecter ses engagements
18:37envers Franco
18:38tout en réalisant
18:39des changements démocratiques
18:41dans une Espagne
18:42en ébullition sociale.
18:49Torquato Fernandez-Miranda
18:51saura
18:52calmer cette angoisse
18:54et lui dira
18:56« Mais ce que vous avez juré,
19:00c'est de respecter
19:01ces lois.
19:02Mais ces lois
19:03elles-mêmes
19:05contiennent
19:06des possibilités
19:07de révision,
19:08voire d'abrogation
19:09selon des procédures
19:11fort longues
19:12et complexes.
19:13Il suffit
19:14de les
19:16appliquer
19:17et d'arriver
19:18à de nouvelles lois.
19:19de la ley
19:21à la ley
19:22de la loi
19:23franquiste
19:24à la loi
19:25de la démocratie.
19:27De la ley
19:28à la ley,
19:30Juan Carlos
19:30en fait un leitmotif.
19:32Habilement,
19:33il isole
19:34Arias Navarro
19:35et le pousse
19:35à la démission.
19:37La terne
19:37est une liste
19:38de trois noms
19:39soumises au roi
19:40parmi lesquelles
19:41il doit choisir
19:41le futur chef
19:42du gouvernement.
19:44Torquato Fernandez-Miranda
19:46devenu président
19:47des Cortès
19:48y fait habilement
19:49inscrire
19:49le nom
19:49d'Adolfo Suarez,
19:51un outsider.
19:52Et contre toute attente,
19:54c'est cet inconnu
19:55du grand public
19:56que Juan Carlos
19:56désigne.
19:59Je ne sais pas
20:00si c'est le coup
20:00de génie,
20:01il m'appelle
20:01l'astuce,
20:02en tout cas.
20:03Sinon,
20:04le coup de génie
20:04de Juan Carlos
20:06à peine installé,
20:07on voit,
20:08ça a été
20:09justement
20:09de faire
20:11le changement
20:12politique
20:13de l'intérieur.
20:15La grande opération,
20:16c'est le vote.
20:17En novembre
20:191976,
20:20de ce qu'on appelle
20:21la loi pour la réforme
20:22politique,
20:24qui est une loi
20:24dans laquelle,
20:25en réalité,
20:26les institutions
20:27franquistes
20:27se font haracqueries.
20:29Mais il faut que ce soit
20:30voté par elle.
20:31Et donc,
20:31il y a un vote
20:32solennel des Cortès.
20:33Le roi a téléphoné
20:35un à un
20:37aux différents,
20:37on appelle ça,
20:38ce ne sont pas des députés,
20:39on appelle ça des
20:40procuradores,
20:40et il obtient une majorité.
20:43450 pour,
20:4459 contre,
20:45c'est un succès politique.
20:47Renforcé,
20:49Juan Carlos
20:49poursuit ses grandes manœuvres
20:51pour instaurer
20:51la démocratie en Espagne.
20:53Le pluralisme politique
20:55et la tenue
20:55d'élections générales
20:56sont annoncées.
20:58Affirmant sa volonté
20:59de voir aboutir
21:00une véritable
21:00réconciliation nationale,
21:02il désigne le 15 juin
21:04une commission
21:05constituante.
21:06On a confié
21:07la constitution
21:08à un groupe,
21:10on a demandé
21:10à un petit groupe
21:11où il y avait
21:12tous les partis,
21:14y compris
21:14les séparatistes,
21:16d'élaborer
21:17un projet de constitution.
21:18Et le résultat,
21:19c'est qu'on a
21:21une constitution
21:23que tous les partis,
21:24finalement,
21:25ont approuvé.
21:26Autonomie relative
21:27des diverses nationalités,
21:29abolition de la peine de mort,
21:30laïcisation de l'État,
21:32reconnaissance définitive
21:33des partis politiques,
21:34droits de grève,
21:35contrôle du roi
21:36par le Parlement
21:37et le président
21:38du gouvernement
21:39qui contresigne
21:40chacun de ses actes.
21:41Oui,
21:42les Espagnols
21:43croient rêver,
21:44éveiller et se rêvent.
21:45Ils ont décidé
21:46qu'il serait raisonnable.
21:49En décembre 78,
21:51avec un plébiscite
21:52de 88% des voix
21:53lors du référendum,
21:55la monarchie constitutionnelle
21:57parlementaire
21:57est adoptée.
21:59Juan Carlos
22:00s'est dépouillé
22:00de la plupart
22:01de ses prérogatives
22:02exécutives
22:03au profit du gouvernement
22:04et du Parlement.
22:05Et durant ce processus
22:07institutionnel,
22:08Don Juan
22:09reconnaît la légitimité
22:10de son fils.
22:11Il renonce ainsi
22:13définitivement
22:13au trône d'Espagne.
22:15Viva España,
22:16viva el rey!
22:18Après seulement
22:19trois ans
22:19d'exercice du pouvoir
22:21et contredisant
22:22tous ses détracteurs,
22:23Juan Carlos
22:24a réussi à instaurer
22:25une monarchie constitutionnelle.
22:27Pourtant,
22:28les événements
22:29du 23 février 1981
22:31vont mettre à rude épreuve
22:33la jeune démocratie espagnole.
22:45Il y a cette tentative
22:47de coup d'État,
22:49de putsch,
22:51des militaires
22:52qui occupent
22:54le congrès des députés
22:56et qui cherchent
22:57à faire pression
22:59sur le roi
23:00pour rétablir
23:02un régime totalitaire.
23:04Et c'est là
23:04que Juan Carlos
23:05va jouer
23:06finalement
23:07la carte
23:07décisive
23:08et la carte
23:09définitive.
23:11La corona,
23:13símbolo
23:13de la permanence
23:14et unité
23:15de la patrie,
23:16ne peut tolérer
23:17en forme
23:18alguna
23:19actions
23:20ou actitudes
23:21de personnes
23:21qui pretendent
23:23interrompre
23:23par la force
23:24le processus
23:26démocratique
23:27que la constitution
23:28votée
23:29par le peuple
23:29espagnol
23:30déterminant
23:31en son
23:31jour
23:32à travers
23:32le référendum.
23:37Dès le matin
23:38du 24 février,
23:40l'ensemble
23:41de la classe
23:41politique
23:42est libéré.
23:44Ils sont reçus
23:45à la Sarsuela
23:45autour
23:46de Juan Carlos
23:47et c'est une image
23:48d'unanimité nationale
23:50et tous
23:51vont rendre
23:52hommage
23:52au roi
23:53à sa détermination
23:55et justement
23:56je dirais
23:57à la manière
23:58très intelligente
23:59dont il s'est placé
24:00comme organe
24:00constitutionnel.
24:04En faisant preuve
24:06de fermeté,
24:07Juan Carlos
24:07a endossé
24:08pour la dernière fois
24:09son rôle
24:10de chef des armées
24:11que la constitution
24:12lui avait retiré
24:13quelques années
24:14auparavant.
24:15Il peut désormais
24:16retourner
24:17à ses prérogatives
24:18royales.
24:19En définitive,
24:21le destin
24:21de Juan Carlos
24:23est un destin
24:25shakespearien
24:26même si lui
24:27n'a rien
24:28d'un personnage
24:28shakespearien.
24:29Il a fallu
24:30finalement
24:31d'une certaine
24:32manière
24:32non seulement
24:33qu'il s'émancipe
24:34de son père
24:35mais je dirais
24:35presque qu'il le trahisse
24:37pour devenir roi
24:38et il a fallu
24:40aussi
24:40qu'il trahisse
24:42la mission
24:43que lui avait confiée
24:44Franco
24:45pour devenir
24:45le roi
24:47d'une démocratie.
24:52L'héritier de franco
24:53a-t-il été
24:54ce visionnaire
24:54progressiste
24:55qui a restauré
24:57la démocratie
24:57dans son pays
24:58ou a-t-il pris
25:00le train inexorable
25:01du cours
25:01de l'histoire ?
25:04Seul Juan Carlos
25:05pourrait lever
25:06ce voile d'ombre
25:19de l'héritier
25:36de l'héritier
25:37de l'héritier
25:38de l'héritier