00:02Anne-Sophie Lapix, c'est RTL Soir.
00:07Nos grandes invitées RTL Soir sont deux comédiennes, Charlotte Gainsbourg et Cécile de France.
00:11Bonsoir.
00:12Bonsoir.
00:12Vous jouez dans un film qui retrace un moment important de notre histoire, l'affaire Marie-Claire,
00:18qui reconstitue le procès à Bobigny en 1972 d'une jeune fille de 16 ans qui a avorté.
00:23Cécile de France, vous jouez sa mère qui risque la prison parce qu'elle a aidé sa fille.
00:28Et Charlotte Gainsbourg, vous êtes leur avocate, Gisèle Halimi.
00:32Le procès, c'est celui qui va mener à la loi Veil, à la dépénalisation de l'avortement.
00:36C'est dire, c'était important, s'engager dans un pareil film.
00:40C'est un acte militant, citoyen, féministe.
00:44Vous l'avez vécu comme ça ?
00:45J'aimerais bien dire ça.
00:48Non, ce n'est pas le cas ?
00:49Avant tout, on est actrice.
00:51Oui, moi c'est parti d'un désir d'actrice.
00:53Lire un scénario qui était tellement fort, avec des personnages forts,
00:57et on a envie de se lancer dedans.
00:59Mais d'imaginer la portée d'un film, c'est autre chose.
01:02En voyant le film, je le voyais un petit peu comme ça.
01:04L'histoire est tellement forte et on connaît ses personnages,
01:07on connaît Gisèle Halimi.
01:08C'est un film qui a du sens de le faire aujourd'hui
01:12parce que ce droit est fragilisé, menacé dans le monde entier.
01:16Mais ce qui nous importait, c'est d'amener toute notre énergie,
01:20notre passion de notre métier pour raconter le parcours de ces femmes
01:24qui sont des pionnières et qui ont eu le courage d'assumer les faits,
01:28de ne pas les nier, de ne pas tenter de demander la clémence des juges
01:34parce qu'elles étaient menées, guidées par Gisèle Halimi
01:37qui avait envie de faire voler en éclat cette loi de 1920
01:40qui était répressive et anachronique.
01:42On va rentrer dans le détail.
01:43Mais d'abord, Gisèle Halimi, c'est peut-être un des premiers noms
01:45qu'on prononce quand on demande le nom d'une féministe historique.
01:49On connaît son visage, sa voix.
01:51Est-ce que vous avez cherché à vous rapprocher d'elle, Charlotte ?
01:54Oui, j'ai cherché un maximum de choses sur lesquelles je pouvais m'accrocher.
01:58Il y a énormément d'images et sa voix.
02:01J'étais très accrochée à sa voix, à ses interviews.
02:05Ça m'a accompagnée tout le film.
02:07Comment définir son tempérament ?
02:09Elle est à la fois solaire et assez cassante, dure, déterminée.
02:13Une femme forte.
02:15Ce qui était intéressant, c'était aussi de montrer ses faiblesses.
02:18De voir sa mère au moment du procès
02:21et de voir ce conflit intérieur.
02:25Une femme qui n'a pas aimé sa fille.
02:29Ce manque d'amour.
02:30Elle voit le personnage que joue Cécile
02:34qui est un amour profond pour sa fille.
02:36Le parallèle était beau à montrer.
02:39Cécile de France, vous avez commencé à évoquer ce pari que fait Gisèle Halimi.
02:43Audacieux, celui de ne pas plaider coupable,
02:44mais d'attaquer la loi, enfreinte par ses clientes,
02:47parce que c'est une mauvaise loi.
02:49On écoute un extrait.
02:50Je vais dire au juge que ce n'est pas vous qui avez fauté, mais la loi.
02:54On ne fera pas votre procès, mais le procès de la loi.
02:56Mais on a le droit de faire ça ?
02:58En théorie, non.
02:59Mais on va le faire quand même.
03:00C'est un pari extrêmement audacieux qui met en danger Marie-Claire.
03:04Et vous, sa mère, Michèle, elle risque la prison, elle risque de perdre sa famille.
03:09Oui, c'est terrible.
03:10Alors qu'en fait, les quatre femmes qui sont sur le banc des accusés
03:14ont pourtant fait au mieux en leur âme et conscience
03:17pour le bien-être de cette petite, de cette Marie-Claire.
03:20Dans les quatre femmes, il y a aussi celle qui a procédé à l'avortement,
03:23celle qui a recommandé cette femme.
03:24C'est précise pourquoi elles sont quatre.
03:26Tout à fait.
03:26Donc, c'est à la fois un film de procès
03:28où il y a un vrai suspens de savoir
03:30est-ce qu'elles vont finir en prison, ces femmes.
03:33Évidemment, ce serait la catastrophe
03:34puisque, en plus de Marie-Claire, Michèle avait deux autres petites filles.
03:38Alors que c'est quelqu'un qui avouait sa vie entière.
03:41Elle travaillait à la RATP.
03:43Elle était poinçonneuse dans le métro.
03:45Elle travaillait 7 jours sur 7.
03:47Elle avait un jour de repos par mois.
03:49Elle avouait vraiment tout son amour inconditionnel à ses enfants.
03:52Donc, évidemment, c'est la catastrophe.
03:54Mais elle a aussi une conscience politique.
03:58C'était quelqu'un de très cultivé
03:59qui, elle-même, est allée sonner à la porte de Gisèle Halimi
04:03parce qu'elle avait lu le livre qu'elle avait écrit sur Jamila Boupacha.
04:07Donc, c'était aussi quelqu'un qui était curieuse
04:10et qui a fait confiance à Gisèle
04:12qui a très bien compris que ce procès de spectacle
04:16avait un retentissement énorme.
04:19Ça dressait évidemment par-delà la tête des juges
04:22et c'est évidemment pour le bienfait de toute la société.
04:25Elles avaient tout à fait conscience
04:27que c'était pour faire avancer le droit des femmes.
04:30Les réalisateurs ont le souci de coller à l'histoire au plus près.
04:34Ils le revendiquent.
04:35Les mots prononcés au tribunal sont authentiques.
04:38Et d'ailleurs, on voit qu'il n'y a pas la volonté d'en rajouter.
04:41On se dit presque au début du procès
04:43que vous parlez peu, qu'on vous bride un peu.
04:45C'était le cas au début du procès avec Gisèle Halimi ?
04:48C'est-à-dire ?
04:49C'est-à-dire qu'au début, on sent qu'elle bout
04:51et qu'elle ne peut pas s'exprimer comme elle le fait.
04:54On a pris des libertés.
04:55Je me lève alors que normalement,
04:57on ne se levait pas pour plaider.
04:59Mais voilà, on a pris quelques petites libertés.
05:01Lauriane et Ivo ont coupé un peu dans la plaidoirie
05:04qui était trop longue à montrer au cinéma.
05:07Mais sinon, c'est vraiment son texte à elle
05:09qui est tellement beau et tellement fort.
05:12Lauriane, Ivo, qui sont les deux réalisateurs
05:15qui d'ailleurs, Lauriane Escafre et Ivo Muller
05:18qui jouent dans le film d'ailleurs.
05:20D'ailleurs, Lauriane Escafre,
05:21elle joue une femme de tempérables.
05:24Colette !
05:25Sur laquelle je m'acharme.
05:27Oui, mais qui vous résiste.
05:28Et c'est ça que vous aimez d'ailleurs.
05:29C'est toute la complexité de votre personnage.
05:32Cécile, votre déposition à la barre est un plan séquence.
05:35Vous répondez pendant huit minutes
05:37comme si vous étiez vraiment interrogée, jugée.
05:40Ça crée une tension particulière.
05:42Oui, d'autant plus que nous avons tourné
05:44toutes les scènes du procès
05:46dans le véritable lieu,
05:48dans le véritable tribunal,
05:50dans la salle même d'audience
05:51où s'est vraiment déroulé en 72 ce procès.
05:54Nous étions vraiment chargés émotionnellement
05:57et d'une forme de responsabilité presque historique.
06:00On s'est laissé porter aussi par ça.
06:02Et c'était très fort.
06:04Mais c'est vrai que c'était aussi assez simple finalement
06:07de laisser cette émotion venir
06:11parce que leur témoignage,
06:13comme disait Charlotte pour Gisèle,
06:15on est très proche de ce qui est dit.
06:18Mais pour les nôtres aussi,
06:19pareil, on a aussi pris quelques libertés.
06:22J'ai proposé certaines choses aussi.
06:24Mais oui, leur parole, leur témoignage
06:26d'une profondeur, d'une sincérité
06:29et à la fois d'une simplicité terrible
06:31et qui permet, nous spectateurs,
06:33d'être en solidarité avec elles
06:36parce qu'elles racontent vraiment leurs tragédies,
06:38leurs colères les plus intimes.
06:39Et puis c'est difficile à l'époque
06:40de parler d'utérus, d'intimité féminine.
06:43C'était vraiment pas facile.
06:45Les témoignages étaient très émouvants aussi
06:47juste en tant que spectatrice, actrice
06:50au moment où toutes ces femmes allaient témoigner.
06:55C'était hyper émouvant.
06:56Voilà, on était les premières spectatrices.
06:58Et il y a des hommes aussi
06:59qui ont joué un rôle d'ailleurs dans ce film
07:01et qui sont importants dans le procès,
07:03notamment un médecin catholique
07:04totalement opposé à l'avortement
07:07que Gisèle Halimi va aller chercher
07:09et arriver à faire témoigner
07:12plutôt dans son sens.
07:13Et ça aussi, c'est un moment très fort.
07:15Les hommes ont joué un rôle.
07:16Les hommes sont maris aussi, Claude Faux.
07:19C'est un personnage que joue Grégory Gadebois.
07:21C'est très important d'avoir ce rôle masculin
07:24qui est une vraie épaule pour Gisèle Halimi
07:27de réconfort et de douceur masculine.
07:29C'était important d'avoir ce côté-là aussi.
07:32Ce combat, ce n'est pas un combat qu'on a mené.
07:35C'est la génération de vos mères, de nos mères.
07:37Est-ce que vous en avez parlé, vous, avec vos mères,
07:39de ce combat-là
07:41où c'était quand même quelque chose d'assez secret,
07:42d'assez discret ?
07:44On en parlait, oui, hier.
07:46Mais c'est vrai que, finalement, pour nous,
07:48enfants de cette génération,
07:49pour nous, c'est un droit qui est complètement acquis.
07:52C'est surprenant, finalement,
07:53qu'aujourd'hui, il soit remis en question.
07:56Et donc, c'est vrai que, finalement,
07:58on n'en parlait pas trop.
07:59Je savais que ma mère avait milité
08:00pour la loi Veil.
08:02Mais j'ai appris pendant le tournage,
08:03et j'ai vu une photo de ma mère
08:05au moment du procès Bobigny.
08:07Elle était déjà mobilisée, présente,
08:10alors qu'elle débarquait d'Angleterre.
08:11Mais très, très concernée.
08:13Et vous en parlez à vos filles ?
08:14Oui, et puis même les jeunes...
08:16Ce n'est pas un combat totalement gagné ?
08:18Non, non, non.
08:19Les jeunes sont très intéressés
08:20d'essayer de comprendre
08:21ce qui s'est passé, vraiment,
08:23il y a 50 ans.
08:24Donc, c'est leur intelligence
08:25et leur désir d'être au contact
08:27avec leur réalité, aussi,
08:29parce qu'il y a beaucoup de barrières,
08:31encore, aujourd'hui,
08:31pour avoir accès à ce soin.
08:33Et du recul, aussi,
08:35quand on voit les Etats-Unis,
08:36un recul quand même fou.
08:39Oui, il est bien difficile, effectivement,
08:40d'avorter et d'être libre
08:43dans son corps.
08:45Merci beaucoup.
08:46L'affaire Marie-Claire sort le 4 novembre.
08:49C'est un film intéressant,
08:52bouleversant, aussi.
08:53Et merci à vous d'être venus
08:55dans RTL Soir.
08:58Dans un instant,
08:59Pierre Coplot est l'info
09:00qu'on a failli manquer.
09:01C'est une grand-mère japonaise
09:02qui tend des pièges aux escrocs.
09:04Le petit phénomène d'Emma Guessel,
09:06c'est ce qu'on adore tous.
09:07Les petits chocolats, enfin,
09:08Tanguy Pastureau,
09:10défait l'info sur RTL.
09:11A tout de suite.
09:11Bonne soirée sur RTL.
09:21RTL, votre radio.