- il y a 39 minutes
- #franceinter
- #radiofrance
- #podcast
- #actualite
David Khalfa, codirecteur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean-Jaurès, et Frédérique Schillo, historienne, spécialiste d'Israël et des relations internationales, livrent leur analyse sur les résultats partiels des élections législatives israéliennes.
France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.
📻 Écoutez France Inter en direct et en podcast sur l'application Radio France : https://radiofrance.onelink.me/kg7D/7awrzmhf
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer de nos vidéos : https://www.youtube.com/@FranceInter
#FranceInter #RadioFrance #Podcast #Actualité
France Inter, la radio généraliste du service public, vous propose chaque jour l'actualité, des débats de société, de l'humour et de grands entretiens. Retrouvez ici les meilleurs moments de nos émissions : interviews, chroniques et coups de gueule qui font l'identité de France Inter depuis plus de 60 ans.
📻 Écoutez France Inter en direct et en podcast sur l'application Radio France : https://radiofrance.onelink.me/kg7D/7awrzmhf
👉 Abonnez-vous pour ne rien manquer de nos vidéos : https://www.youtube.com/@FranceInter
#FranceInter #RadioFrance #Podcast #Actualité
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01France Inter, la grande matinale, Marie Mollet, Nicolas Teilhard.
00:07C'était donc les premières élections en Israël depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023.
00:12Élections décrites comme les plus importantes de l'histoire du pays et dont les résultats s'avèrent encore ce matin.
00:18Particulièrement indécis, le parti Likoud de Benjamin Netanyahou obtient pour le moment le plus de voix,
00:24mais ne dispose pas d'une majorité selon les dernières projections.
00:28La coalition du Premier ministre sortant arrive en tête pour y disposer de 56 sièges à la Knesset.
00:34Sept de plus que la coalition d'opposition menée par Gadi Eisenkot alors que les deux hommes se disent prêts
00:41à gouverner.
00:42On retient aussi la percée des partis arabes israéliens, l'une des sensations de ce scrutin.
00:48Quel gouvernement peut sortir des urnes ? Peut-il même y avoir un gouvernement dans les prochains jours ?
00:54On va poser ces questions à nos deux invités ce matin dans le grand entretien pour décrypter, analyser ces résultats
01:00et répondre à vos questions au standard de France Inter.
01:04Bonjour David Kalfa.
01:05Bonjour.
01:06Co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès.
01:10Vous avez aussi participé à l'ouvrage collectif Israël-Palestine, année zéro, le 7 octobre 2023.
01:17Une onde de choc mondial, un livre paru en 2024 aux éditions Le Bord de l'eau.
01:21Merci d'être avec nous en studio.
01:24Et puis en duplex de Jérusalem, l'historienne Frédéric Chilot, bonjour.
01:28Bonjour.
01:29Spécialiste d'Israël, des relations internationales, votre livre Souté-Pierre, Jérusalem, co-écrit avec Marius Chatner,
01:35préfacé par Vincent Lemire et lui, paru l'an dernier chez Plon.
01:39Commençons avec vous Frédéric Chilot, dans un pays qui a voté, comme rarement, participation très élevée
01:44et résultat serré qu'on a suivi, découvert tout au long de la nuit.
01:48Elle a été longue, j'imagine, car les chiffres de ce matin diffèrent des premières estimations sorties des urnes hier
01:54soir.
01:56Exactement. On a l'impression en Israël de vivre un jour sans fin.
01:59Cela fait 30 ans, très exactement depuis les élections de 1996,
02:03que les Israéliens répètent qu'ils se couchent avec Shimon Peres et ils se réveillent avec Netanyahou.
02:10Ce matin, le plus grand journal quotidien d'Israël, Yedi Atararonot, titre,
02:17Eisenkot se rend chez le président, comme s'il était le grand gagnant.
02:21Or, entre-temps, depuis hier soir, les résultats ont changé et apparemment, Eisenkot n'a pas gagné,
02:28mais Netanyahou non plus. Les résultats sont extrêmement serrés.
02:31Comment on explique justement ce retournement pendant la nuit ?
02:35Est-ce que c'est parce que Benyamin Netanyahou a appelé ses électeurs à aller aux urnes,
02:40y compris hier soir, avant la fermeture des bureaux de vote ?
02:43Il avait même demandé à ce que la fermeture des bureaux d'hôtes soit décalée.
02:47Est-ce que c'est cet appel de Benyamin Netanyahou qui a finalement mobilisé son électorat ?
02:52Alors, les derniers sondages dont on disposait dataient en fait de jeudi soir.
02:56Et entre-temps, la campagne a continué, ce qui est très inhabituel et inattendu quand on le voit depuis la
03:03France,
03:03c'est que les candidats font campagne le jour même des élections.
03:07Ils appellent leurs électeurs à voter, ils font des vidéos de campagne,
03:13et Netanyahou a pour spécificité de faire une campagne qu'on appelle Gewalt.
03:19Ça vient du yiddish et ça veut dire l'alarme, sonner l'alarme.
03:23Et il appelait en effet ses électeurs à se ruer aux urnes pour contrer le vote de gauche
03:29et pour contrer le vote des Arabes.
03:31Il avait déjà dit dans le dernier scrutin, les Arabes se ruent en masse aux urnes.
03:38C'était un slogan très raciste.
03:41Et bien cette fois, les Arabes vraiment ont fait le déplacement.
03:44On a une mobilisation historique du secteur arabe.
03:48Mais on a vu donc hier et jusqu'au dernier moment du scrutin
03:54que les électeurs Likoud se sont réveillés et ils ont fait un vote utile.
03:58C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le Likoud est le premier parti.
04:02Enfin, il apparaît ce matin dans les statistiques que le Likoud est le premier parti.
04:06Mais il a totalement cannibalisé ses alliés traditionnels que sont les ultra-orthodoxes.
04:12Et il a absolument réduit les voix de l'extrême droite,
04:16Benkvirs, Mautrich.
04:17Donc il n'a pas non plus de réserve de voix.
04:20Mais il apparaît, il s'est renforcé.
04:22David Kalfa, votre lecture des résultats.
04:24Et Jeanne Cote n'a pas gagné, mais Netanyahou n'a pas perdu, loin de là.
04:27Oui, c'est ça. On est dans une impasse totale.
04:29Ce qu'il faut noter ce matin, c'est qu'il faut être très prudent.
04:33Parce que les rapports de forces électoraux peuvent encore évoluer.
04:35On est à un peu plus de 50% des bulletins dépouillés seulement.
04:38On est dans des projections pour le moment.
04:40C'est ça.
04:40Donc on a une variable d'à peu près une quinzaine de sièges
04:44qui peuvent aller d'un côté ou de l'autre.
04:47Je crois qu'on ne sera pas sortis de cette impasse dans les prochaines heures, prochains jours.
04:52Pour une raison assez simple, c'est qu'en réalité, quand on regarde les dynamiques préélectorales,
04:56on n'est pas très loin finalement de la photographie qui était celle de la plupart des sondeurs
05:02avant ce verdict électoral.
05:08Pour moi, le premier renseignement de ces élections, c'est qu'en gros,
05:13vous avez une majorité aujourd'hui d'Israéliens, juifs et arabes compris,
05:17qui sont opposés à ce que Netanyahou continue à diriger le pays.
05:22Ça, c'est assez net.
05:24Ce rapport de force, il peut évoluer, mais on est ce matin à 55-65 en faveur des oppositions.
05:30Il faut parler de l'opposition en pluriel.
05:31Parce que vous avez l'opposition, disons, pour faire très très vite, juive, sioniste, centriste
05:39et de l'autre côté, le secteur arabe.
05:43Et puis, ça c'est le premier renseignement.
05:45Le deuxième renseignement, c'est qu'en Israël, c'est une démocratie parlementaire.
05:48Il ne suffit pas d'arriver en tête, comme c'est le cas de Netanyahou.
05:51Il faut être capable de former une coalition.
05:52Or, c'est là que le bas blesse pour le premier ministre israélien,
05:55c'est qu'en réalité, il a perdu sa majorité.
05:58Il avait obtenu une majorité de 64 sièges en 2022.
06:03On est ce matin à 55-56.
06:05Ça peut encore un peu évoluer, mais je ne crois pas qu'il se rapprochera du score de 2022.
06:09Donc, ça veut dire qu'il y a une érosion électorale.
06:11Il n'y a pas un effondrement.
06:12Il y a très clairement une érosion électorale.
06:14Et surtout, encore une fois, ce qu'il faut retenir, c'est qu'il perd ce matin sa majorité.
06:18Et à la fois, le licou d'arriver en tête.
06:21Ça n'est pas ce que les sondages disaient il y a quelques jours.
06:24On a le sentiment ce matin, même si c'est encore très incertain, qu'il est insubmersible, Benyamin Netanyahou.
06:30Oui, il a mille vies.
06:32C'est très impressionnant parce qu'il a subi quand même dans sa carrière politique trois défaites électorales majeures.
06:37Là, aujourd'hui, ce qu'on peut dire, c'est qu'il n'a pas gagné les élections, mais il
06:41ne les a pas perdu.
06:42Et en réalité, sa stratégie de campagne, depuis le départ, c'était d'empêcher l'opposition de former une coalition
06:51alternative.
06:51Et je pense que c'est ce qu'il essaiera de faire dans les prochains jours, prochaines semaines.
06:55Ce qu'il faut quand même rappeler à nos auditeurs, que pendant le temps de ces tractations qui vont durer,
07:01parce qu'on parle d'un délai de 28 jours légal, peut-être plus, sans une rallonge de 14 jours,
07:05il peut se passer énormément de choses en Israël.
07:07Donc on peut aller au maximum jusqu'à début décembre, mi-décembre ?
07:10C'est ça, on peut aller jusqu'à début décembre, sachant que dans l'intervalle, comme vous le savez,
07:15le verdict des mid-terms sera déjà scellé, et qu'on parle d'une nouvelle offensive,
07:20une troisième guerre entre la coalition israélo-américaine et le régime iranien.
07:26Et ça, ça pourrait vraiment bouleverser la donne.
07:28Frédéric Chilot, est-ce que l'enseignement de ce matin, c'est aussi le pari perdu du bloc d'opposition
07:35?
07:36Et notamment de faire campagne sur l'anti-Netanyahou, c'était le principal argument.
07:42Est-ce que c'est un échec de cette stratégie ? C'est cela que le scrutin nous dit.
07:46Alors c'est vrai que le bloc anti-Netanyahou, en soi, est le plus important.
07:51C'est presque 70 sièges contre 50, mais en comptant les partis arabes, en effet.
07:57Et les Israéliens, dans leur projet de coalition, ne comptent pas les partis arabes,
08:01ou ne le comptent plus, du moins depuis le 7 octobre.
08:04Mais le problème du camp Heisenkot, oui, c'est d'abord Heisenkot lui-même a décidé de partir seul aux
08:11élections,
08:12de ne pas s'allier avec les autres partis, que sont le parti de Lieberman ou celui de Naftali Bennett,
08:20qui auraient pu, ensemble, apporter leur voix et apparaître ce matin comme le plus grand parti devant le Likoud.
08:30Et ça, en psychologie déjà politique, ça aurait fait un effet.
08:34Mais le fait est que, oui, Heisenkot, en décidant de partir seul et en échouant à rassembler davantage de voix
08:41que le Likoud,
08:42apparaît aujourd'hui comme un perdant.
08:44Il a quand même énormément engrangé de voix pendant cette campagne.
08:49Et dans tous les sondages auprès du public juif israélien,
08:52lui-même battait à plate couture Netanyahou, puisqu'il apparaissait comme étant le plus à même d'incarner la fonction
08:59de Premier ministre.
09:01Donc, il y a une surprise ce matin en voyant le résultat du Likoud.
09:05David Kalfa ?
09:06Et de Netanyahou ?
09:08Oui, ce qu'il faut regarder aussi dans l'histoire politique israélienne,
09:11c'est que souvent, le Likoud, en tout cas ses résultats, sont sous-estimés par les sondeurs.
09:17Et il y a un talent qui est incontestable de Netanyahou à électriser l'électorat israélien.
09:22Et sa stratégie, sa rhétorique apocalyptique, il faut regarder un peu son compte pour en mesurer le côté spectaculaire.
09:31Par exemple, cette image de Tel Aviv éventrée par une frappe nucléaire iranienne,
09:36cette stratégie-là, elle est parvenue à mobiliser une grande partie de son électorat.
09:42Maintenant, ce que je dirais quand même à la décharge de l'opposition,
09:45c'est que ce qu'il faut rappeler, c'est qu'Aizenkot, c'est un néophyte en politique.
09:48Ce n'est pas du tout un animal politique.
09:51Il n'a pas l'expérience tactique de...
09:52Ancien militaire.
09:53Ancien chef d'état-major.
09:54Il n'a pas du tout l'expérience tactique de Netanyahou, qui ne recule devant rien.
10:00Et malgré tout, il fait un score important avec une percée pour un parti qui n'existait pas il y
10:05a encore un an.
10:05Vous citez, David Kalfa, le rapport de force entre les deux blocs en disant
10:10que les oppositions au pluriel ont un score supérieur.
10:13Sauf qu'il y a, ainsi, et il est important, dans ces oppositions, il y a les partis arabes israéliens.
10:19Frédéric Chilot, expliquez-nous cette poussée assez historique.
10:24Et dites-nous s'il est possible pour l'opposition menée par Gadi Aizenkot de s'allier avec ces partis
10:32arabes.
10:33Alors c'est quand même très impressionnant, c'est une percée historique du vote arabe.
10:39Et les arabes israéliens, vraiment, achèvent leur mue politique.
10:43On l'avait déjà vu au précédent scrutin, Mansour Abbas, avec son parti RAM, s'était imposé.
10:51Il s'était même joint à la coalition menée par Naftali Bennett en 2022.
10:56Aujourd'hui, les arabes, vraiment, il y a eu un réveil politique.
11:01Pourquoi ? Alors, en partie du fait de la guerre à Gaza.
11:05Mais ça n'est vraiment pas le plus grand intérêt, la priorité.
11:11En réalité, les arabes israéliens sont allés voter pour des questions de politique intérieure.
11:16Ils se sentent israéliens.
11:18C'est un vote identitaire, mais qui marque vraiment l'intégration des arabes israéliens dans la politique israélienne.
11:24Ils veulent que leur voix compte.
11:26Ils veulent être reçus, quand ils seront reçus par le président, que leur revendication soit entendue.
11:32Et qu'elles sont-elles ?
11:33Eh bien, les arabes israéliens sont intégrés en Israël.
11:37Il n'y a pas d'apartheid, comme on le dit.
11:39Il y a des juges israéliens, arabes israéliens.
11:43Il y a des docteurs, des pharmaciens arabes israéliens, des médecins, des professeurs, des nounous.
11:52Beaucoup de nounous arabes israéliens.
11:54Et ils font partie intégrante de la société.
11:57Ils veulent que leur voix pèse.
11:59Et ils se sont mobilisés contre la politique du gouvernement Netanyahou.
12:05Et notamment mené avec Ben Gvir, qui a totalement délaissé le secteur arabe israélien.
12:12On le voit notamment dans les grandes villes arabes du sud.
12:17Et le taux de criminalité a monté.
12:20C'est une criminalité intracommunautaire.
12:24Et ils n'ont pas eu de secours.
12:26Ils n'ont pas eu de soutien du gouvernement.
12:28Et ce vote, ce réveil arabes israélien, c'est vraiment la marque pour montrer à quel point ils sont intégrés,
12:37qu'ils veulent poser dans le gouvernement.
12:40Sur la prochaine coalition.
12:41Et c'est un fait marquant de ce scrutin.
12:43L'autre, c'est la participation.
12:45Benjamin est au standard avec une question pour nos invités.
12:48Oui, bonjour.
12:49Merci beaucoup.
12:50En effet, c'est un peu de participation extrêmement élevé.
12:52Est-ce que ça ne montre pas que depuis trois ans, le peuple israélien, dans sa globalité,
12:58se sent à une prise de conscience importante ?
13:05Réponse de David Kalfa, en rappelant que d'immenses manifestations avaient lieu avant les attaques du 7 octobre 2023,
13:12qu'on était dans ce contexte politique-là.
13:14C'est ça.
13:15En fait, ce qu'il faut dire ce matin, c'est qu'il y avait une très grande impatience du
13:20corps électoral israélien,
13:21parce que pendant quatre ans, ils n'ont pas pu s'exprimer avec un gouvernement très impopulaire.
13:28Et donc, ils l'ont fait de manière très massive hier soir.
13:31Donc ça, c'est une bonne nouvelle pour la démocratie israélienne, à ceci près qu'on constate quand même, malgré
13:38tout, une impasse.
13:39Et que quand on regarde aujourd'hui le paysage politique israélien, il est plus fragmenté que jamais.
13:45Donc il n'y a pas de majorité qui se dessine.
13:48Mais oui, il y a une mobilisation très importante, parce que d'abord, il y a le spectre du 7
13:51octobre qui a plané sur cette élection, très clairement.
13:55Parce que vous avez des centaines de milliers d'Israéliens qui ont servi sous les drapeaux pendant des mois et
14:01des mois.
14:01Parce que vous avez des familles aussi d'otages qui se sont mobilisées ces dernières années, ces derniers mois aussi,
14:07contre la coalition sortante.
14:10Et donc, vous avez une espèce de coagulation de segments de la société israélienne qui ont été aux premières loges
14:17pendant ces quatre années écoulées.
14:20Et qui aujourd'hui essayent de traduire politiquement ces revendications.
14:24Le problème, encore une fois, c'est qu'il est très difficile ce matin de dégager une majorité claire.
14:29On est très clairement dans une impasse.
14:31On se pose la question, justement, de quelle majorité, quelle alliance, et également de la poussée des partis arabes.
14:38Avant le scrutin, les leaders du bloc d'opposition avaient dit qu'ils ne souhaitaient pas s'allier avec les
14:44partis arabes,
14:46Gadi Heisenkot y compris.
14:47Est-ce qu'il peut changer d'avis au vu des résultats ?
14:50Les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient.
14:53Donc, évidemment, ça, ça risque de changer.
14:56Ce qu'il faut dire de petites choses, c'est que d'abord, il y a une jurisprudence, celle de
15:012021,
15:02puisque, en fait, Bennett et Lapid, donc, deux des principaux dirigeants de l'opposition israélienne,
15:09avaient intégré dans leur coalition un parti arabe et brisé un tabou historique.
15:13Ça, c'est le premier élément.
15:14Le deuxième, c'est qu'en réalité, les déclarations d'Eisenkot, s'agissant d'une coopération avec le secteur arabe,
15:19sont très ambiguës.
15:22Et que je ne serais pas du tout étonné qu'il commence une négociation, notamment avec le parti RAM.
15:30Le problème, c'est que même avec l'appui du parti RAM, il n'aura pas de majorité.
15:34L'hypothèse qui est sur la table ce matin, c'est un gouvernement minoritaire,
15:38avec à sa tête Eisenkot, avec l'intégration d'une formation politique arabe, probablement le parti RAM, dans la coalition,
15:45et le soutien extérieur des deux autres partis arabes qui composent justement ce secteur arabe anti-Netanyahou.
15:54Frédéric Chilot, le poids de la question palestinienne, le poids de la question de la colonisation aussi dans ces négociations
15:59?
16:00La question palestinienne compte évidemment.
16:02Le problème de la colonisation également, d'autant plus que depuis plusieurs mois, Israël vit un phénomène de terrorisme juif
16:10anti-Jordanie.
16:11Et qu'elle a bondi depuis trois ans, cette colonisation.
16:15Oui, oui, mais sur la question palestinienne, les candidats de l'opposition se sont bien gardés d'en parler, de
16:23peur de s'aliéner leurs électeurs.
16:27À l'exception de Yair Golan, le candidat de la gauche, qui lui est très clair sur la solution à
16:32deux États.
16:33Mais vous savez, pour parler par exemple du parti RAM, c'est très intéressant, il était en effet déjà dans
16:38la coalition avec Bennett,
16:39pourquoi ne pas le refaire aujourd'hui ? D'autant plus que le parti RAM a effectué une mue politique.
16:47Son chef, Mansour Abbas, est un islamique, mais un pragmatique.
16:53Et il a achevé sa mue en prenant en deuxième place sur sa liste un juif israélien,
17:00qui n'est autre qu'un officier de police, Yoav Segalovitch.
17:03Et en présentant RAM comme un nouveau parti qui s'embarquait en tout cas dans une nouvelle voie.
17:10Il veut vraiment faire entrer les arabes israéliens dans le jeu démocratique.
17:13Et finalement, le parti RAM ressemble un peu au prou, c'est un peu le pendant arabe du parti Chasse,
17:22vous savez, qui est un parti ultra-orthodoxe, sectoriel, conservateur.
17:27RAM demande exactement les mêmes choses que le parti Chasse pour ses électeurs juifs ultra-orthodoxes.
17:32Et à l'inverse, Benyamin Netanyahou serait ce matin autour de 55-56 sièges.
17:38Où peut-il aller chercher les sièges qui lui manquent pour constituer une majorité ?
17:45Je pense qu'il va exercer des pressions très très fortes sur les éléments les plus droitiers de l'opposition
17:50pour que certains le rejoignent.
17:52C'est ça, c'est ce qu'il a fait d'ailleurs en 2022.
17:55C'est ce qui lui a permis de faire chuter la coalition de l'opposition incarnée par Lapid et Bennett.
18:02En plaidant l'Union Nationale, Israël en état de guerre ?
18:05Et oui, et moi ce que j'entrevois comme scénario, c'est le lancement d'une nouvelle offensive israélo-américaine
18:12contre le régime iranien.
18:14Les rumeurs se font de plus en plus insistantes ces derniers jours, ces dernières heures.
18:19Et ça permettrait à Netanyahou de créer une espèce d'effet drapeau.
18:22Une opportunité ?
18:24Oui, en tout cas avec le levier que seraient les pressions exercées très fortes par le président Trump sur Eisenkot
18:32pour qu'il rejoigne un tel gouvernement.
18:35A ce stade, ça ne me paraît pas l'hypothèse la plus probable, mais c'est quelque chose qui est
18:40discuté.
18:41On sait que Netanyahou est un fin tacticien et qu'il ne reculera devant rien pour se maintenir au pouvoir.
18:47Et Trump a réagi ce matin, mon soutien a beaucoup aidé Benyamin Netanyahou, a dit le président américain.
18:52J'ai une question d'Yves pour vous Frédéric Chilot, qui est devenue la gauche israélienne ?
18:58Eh bien la gauche israélienne s'est tout à fait renouvelée.
19:02Parce que Yair Golan incarnait quand même un espoir dans la gauche israélienne, il a réussi à remonter dans les
19:09sondages.
19:10Je n'ai pas les tout derniers chiffres de ce matin, mais la figure de Yair Golan, c'est vraiment
19:15une gauche patriotique.
19:18Golan, c'est quelqu'un, c'est un ancien général, chef d'état-major adjoint de Tsaal, qui est un
19:26vrai héros patriote,
19:27puisque le 7 octobre, il a chaussé ses rangers et il est allé dans le sud pour secourir les gens
19:35qui étaient,
19:36et notamment des jeunes du festival Nova qui étaient sous le feu des terroristes du Hamas.
19:42Donc c'est vraiment un sioniste, patriote, mais quelqu'un profondément de gauche, qui incarne les valeurs libérales
19:50et qui est le seul, en effet, à s'être positionné sur la solution à deux états.
19:55David Kalfa, est-ce qu'on peut imaginer un retour aux urnes d'ici Noël,
20:01si la future coalition se joue à quelques sièges et très fragile ?
20:06Alors d'ici Noël, non, parce que cette hypothèse d'un retour aux urnes est tout à fait crédible.
20:14Si cette hypothèse se concrétise, ça se déroulera autour du mois de mars 2027.
20:19Il faut rappeler, en fait, pour nos auditeurs, qu'il y a eu quatre cycles électoraux successifs
20:27entre 2019 et 2021, justement parce que, en fait, le verdict électoral n'était pas clair du tout,
20:33comme c'est encore une fois le cas ce matin.
20:36Et donc, à plusieurs reprises, les Israéliens sont allés revoter pour essayer de dégager une majorité claire.
20:43Et ça s'est conclu par, justement, ce gouvernement incarné par Bennett et par Lapid,
20:50donc l'opposition qui avait intégré, encore une fois, un parti arabe,
20:54grâce auquel, justement, cette opposition avait obtenu une majorité.
20:58Donc, on voit bien que la condition pour l'opposition, et je pense que ce sera le cas pour les
21:01années à venir,
21:02pour qu'elle puisse enfin revenir aux manettes, en tout cas, s'inscrire dans la durée,
21:07c'est de, si vous voulez, s'affranchir du chantage moral qu'exercent la droite pro-Nétanéo
21:13et l'extrême droite israélienne, et d'assumer une coopération avec le secteur arabe.
21:18David Kalfa, merci infiniment d'avoir passé ce moment en studio avec nous sur France Inter,
21:22co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient,
21:25de la Fondation Jean Jaurès.
21:27Merci à Frédéric Chilot, qui était en duplex de Jérusalem.
21:31Vous, l'historienne, je rappelle vos livres.
21:33Sous tes pierres, Jérusalem pour Frédéric Chilot.
21:35Israël-Palestine, année zéro, le 7 octobre 2023.
21:38Une onde de choc mondial pour David Kalfa.
21:42On reviendra sur l'évolution de ses résultats et l'avenir d'Israël.
21:46Avec Fabienne Synthès, ce soir, l'émission Un jour dans le monde à partir de 18h.