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Le Rassemblement National a présenté un contre-budget avec un objectif de 140 milliards d'euros d'économie d'ici 2032 et 66 milliards d’efforts dès 2027. Depuis cette annonce, les critiques fusent. On en parle avec la journaliste Nora Hamadi et l'essayiste Raphaël Doan.

Le replay audio de l'émission : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-8h20-du-week-end/le-grand-entretien-du-dimanche-11-octobre-2026-2876042
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Transcription
00:00Le grand débat de la matinale, c'est tous les samedis et tous les dimanches.
00:03Et le dimanche, nous accueillons Nora Amadi et Raphaël Dohan.
00:05Bonjour à tous les deux.
00:06Bonjour.
00:07Nora, vous êtes autrice et journaliste, notamment sur France Inter.
00:10Et Raphaël, vous êtes essayiste et ancien haut fonctionnaire.
00:13Mardi, le Rassemblement National a présenté un contre-budget
00:16avec un objectif de 140 milliards d'euros d'économie d'ici 2032.
00:20Dans ce projet, il est question, entre autres, de baisse d'impôts massives,
00:23d'âge de la retraite, établi entre 60 et 62 ans,
00:26mais aussi de coupes dans la fonction publique,
00:28d'une diminution de la contribution à l'Union Européenne
00:30et aussi de l'inscription dans la constitution de la priorité nationale
00:34pour l'emploi, le logement et les prestations sociales.
00:36Alors, je sais que vous avez analysé tous les deux ce contre-budget.
00:39Est-ce qu'il y a une mesure qui vous a particulièrement interpellé, Raphaël ?
00:43D'abord, c'est dans une vue d'ensemble.
00:45Il y a quand même une évolution de ce budget par rapport aux précédentes propositions financières
00:48de Marine Le Pen ou du RN,
00:50qui est qu'auparavant, ils se concentraient de manière extrêmement caricaturale
00:52sur l'idée qu'on allait faire des économies grâce à l'immigration,
00:55grâce à l'UE et grâce à la lutte contre les fraudes.
00:57Il y a toujours un peu ça,
00:58mais quand même, ils ont un peu diversifié leurs sources d'économies.
01:01Il y a toujours beaucoup ça, même.
01:01Il y a toujours beaucoup ça, on est d'accord,
01:02mais avant, c'était vraiment 80% de leurs économies supposées.
01:05Aujourd'hui, on est quand même plus loin de ça.
01:07Et ils proposent des choses qui sont un peu plus, disons, courageuses de leur part,
01:11comme supprimer des postes de fonctionnaires,
01:13supprimer certaines allocations.
01:14C'est ça qui vous a marqué dans ce contre-budget ?
01:16Il y a une tentative, je pense, d'essayer de se rendre plus sérieux du point de vue budgétaire,
01:19à la fois parce qu'ils veulent capter peut-être un électorat
01:21qui est plus, disons, centriste sur l'économie,
01:25mais aussi parce que je pense que les faits l'imposent,
01:27puisque comme on voit que l'État emprunte à 5% aujourd'hui,
01:29ils ne peuvent pas se permettre,
01:30sachant qu'ils ont quand même des chances d'arriver au pouvoir,
01:33d'être trop fragiles sur la question.
01:35Nora Madi, on l'a dit,
01:35a un objectif de 140 milliards d'euros d'économies d'ici 2032,
01:40selon le Rassemblement national.
01:41Est-ce qu'au vu des propositions formulées
01:44et de la méthode dépliée ?
01:46Cela vous paraît crédible ?
01:47Alors moi, je ne suis pas économiste,
01:48mais ce qui a été assez drôle dans cette revue de presse
01:51que j'ai pu faire autour de cette question,
01:54c'est que globalement, tout le monde est d'accord,
01:56c'est totalement fantaisiste et c'est intenable.
01:59Typiquement, comment baisser de 140 milliards la dépense publique,
02:03espérer une croissance de près de 2%,
02:05tout en dépensant d'emblée 70 milliards d'euros de plus ?
02:09Voilà, ça semble effectivement un peu tiré par les cheveux.
02:15En plus, ce à quoi il faut ajouter,
02:17vous évoquiez la dimension effectivement des gains
02:22qui seraient faits sur le budget donné à l'Europe,
02:25économiser 11 milliards d'euros dès 2027
02:28en baissant la contribution de la France au budget,
02:31donc estimé à 31 milliards d'euros.
02:34C'est 20 milliards les années suivantes,
02:36alors ça, il faut quand même qu'on se le dise,
02:39il faut l'accord des 26 autres pays d'Europe.
02:42Donc, autant dire que ce type d'opt-out, comme on dit,
02:45ce n'est pas pour demain.
02:46Il y a une mesure en particulier qui a attiré les critiques,
02:50c'est la priorité nationale dans le secteur privé.
02:53On sait à quel point la priorité nationale
02:55est une marotte du Rassemblement national.
02:58Là, appliquée au secteur privé,
02:59les entreprises qui embaucheraient un travailleur étranger
03:02extra-communautaire seraient taxées de 1 000 euros par an.
03:07Comment est-ce que vous analysez cette mesure, Nora Hamadi ?
03:09Je dirais qu'il n'y a absolument rien de nouveau sous le soleil.
03:12Cette question de la préférence nationale,
03:14elle est posée par le Rassemblement national
03:16et le Front national auparavant, depuis toujours.
03:19On voit bien à quel point cette espèce de petite marotte
03:22qui voudrait qu'on fasse des économies d'échelle
03:25va très vite être percutée par le réel.
03:29Comment est-ce que vous faites tourner aujourd'hui les hôpitaux publics ?
03:32Comment vous faites tourner à la personne ?
03:34Comment vous faites tourner les crèches ?
03:36Ajoutons à cela que quand vous embauchez un travailleur extra-européen,
03:41les entreprises doivent déjà faire face à une taxe supplémentaire.
03:45Donc, il faut quand même aussi partir du réel.
03:48Et c'est bien le sujet avec le Rassemblement national.
03:50C'est qu'il y a quand même un rapport au réel qui est extrêmement diffus à cet endroit-là.
03:56Raphaël Dohan ?
03:57Non, sur la priorité nationale, je suis d'accord que ce n'est pas une mesure budgétairement très intéressante.
04:01Après, ça fait partie de l'ADN du RN depuis longtemps.
04:04C'est un positionnement idéologique plutôt ?
04:06Oui, c'est un positionnement idéologique, mais qui est d'ailleurs assez partagé par les Français.
04:09Quand on regarde les sondages, il y a 70% des Français qui sont favorables
04:12à donner la priorité aux Français dans tel ou tel secteur ou tel ou tel aide sociale.
04:16Donc, c'est quelque chose qui est assez présent aujourd'hui.
04:19Mais je suis d'accord que, par ailleurs, il y a une autre mesure qui me fait sourire.
04:22C'est les 15 à 20 milliards d'économies qu'ils veulent faire sur les retraites
04:24tout en baissant l'âge de la retraite à 62, voire 60 ans pour certains.
04:28Et ils nous diront le détail plus tard.
04:31Je suis assez curieux de voir le détail qui permet de faire 20 milliards d'économies
04:34en mettant l'âge de la retraite plus tôt.
04:35Je voudrais tirer le fil parce que Raphaël nous dit que les Français sont d'accord.
04:39Alors, je ne sais pas qui sont les Français.
04:41Sur la préférence et la priorité nationale.
04:43Je ne sais pas qui sont les Français.
04:44On va quand même se méfier.
04:46On va pouvoir revenir très longtemps sur la dimension, parfois là aussi farfelue,
04:51dans la manière dont vous posez la question.
04:54Il y a déjà des métiers qui mettent en place ce type de préférence.
04:58Mais alors, attention avec ce genre de débat qui, de manière extrêmement claire,
05:06pose quelque chose qui est à la fois raciste, xénophobe,
05:10ce type de préférence, enfin cette petite musique de la préférence nationale,
05:14on est quand même dans quelque chose qu'il va falloir poser pour ce qu'elle est.
05:19C'est-à-dire que dans le contrat social et dans notre logique de cohésion,
05:24ça veut dire qu'en fait on crée une sous-catégorie de citoyens
05:27qui serait exclue de certains droits.
05:29à l'heure ou par ailleurs, moi je trouve ça assez drôle.
05:31Je ne crois pas que ce soit ça que propose l'ERN,
05:33ce n'est pas de créer une sous-catégorie de citoyens,
05:34parce que c'était par rapport entre les citoyens et les étrangers,
05:36ce qui est assez différent quand même.
05:37Pardon, non, non, les citoyens et les étrangers,
05:39mais à partir du moment où vous participez à la cotisation, etc.,
05:43je ne vois pas en quoi vous ne pourriez pas prétendre à obtenir certains droits,
05:47ou alors au bout de plusieurs années.
05:49Il y a quand même quelque chose d'un contrat social qu'il faut aussi tenir,
05:53et c'est ça qui est dramatique,
05:54c'est pouvoir avoir en ce moment cette petite musique de
05:57« Tiens, est-ce qu'on pourrait être pour ?
05:59Est-ce qu'on pourrait être contre ?
06:00Est-ce qu'on pourrait en débattre ? »
06:02On est quand même dans quelque chose où on est en train de normaliser
06:05même le débat autour de cette question de la préférence nationale,
06:08et il faut quand même le redire,
06:11on est dans une mesure qui serait absolument xénophobe,
06:15donc même la possibilité de débattre autour de cette question,
06:18moi, me choque, surtout à l'heure où par ailleurs,
06:21je vous renvoie à ce film extraordinaire qui est sorti cette semaine,
06:25enfin il y a quelques semaines,
06:26« Notre salut » avec l'excellent Soine Arlo,
06:28où partout au cinéma en ce moment, entre De Gaulle, etc.,
06:32on nous propose de réfléchir à cette période
06:34où on a mis en place ce type de préférence nationale.
06:37Un film qui raconte la vie d'un fonctionnaire vichiste.
06:40Par ailleurs, cette proposition, elle est aussi critiquée,
06:42Raphaël Dohan, par les entreprises elles-mêmes
06:45et par les fédérations d'entreprises elles-mêmes
06:47qui reprochent au fond cette taxe,
06:50et cette taxe qui empêcherait beaucoup d'entreprises
06:53d'embaucher directement et de survivre même.
06:55Oui, mais d'abord, je pense que la mesure elle-même
06:58n'a pas forcément beaucoup d'intérêt.
07:00Je suis d'accord que le film « Notre salut » est très bien,
07:02très intéressant, assez subtil d'ailleurs,
07:04étiré de faits réels,
07:05parce que c'est l'arrière-grand-père, je crois,
07:06ou le grand-père du réalisateur.
07:08Mais je trouve qu'on a tendance aussi à réduire tout
07:10à la Seconde Guerre mondiale et à Vichy,
07:12alors que c'est des mesures...
07:13Encore une fois, je pense qu'il faut bien distinguer
07:15différentes choses.
07:16Le fait que quelqu'un ait cotisé et ensuite
07:17ait accès aux droits pour lesquels il a cotisé,
07:18c'est évident, c'est quelque chose
07:19qui a toujours été appliqué.
07:21Mais pour ce qui est de l'assistance sociale,
07:23c'est-à-dire les choses que l'État donne directement
07:25sans lien avec des cotisations,
07:26depuis la Révolution française,
07:27il y a eu des mesures qui donnaient plutôt
07:29la préférence aux citoyens français.
07:31Ça s'est fait sous la Troisième République aussi,
07:32dans les années 1890.
07:33Il y a plein, plein, plein de situations.
07:34Là, vous parlez, Raphaël Doran,
07:36de la préférence nationale,
07:37de la priorité nationale pour l'accès à certains droits
07:40non-contributifs.
07:41Exactement, exactement.
07:42Et c'est ça qui est assez différent, je trouve.
07:43Et en soi, donc, moi je ne suis pas suffisamment pour,
07:45d'ailleurs, mais je pense que c'est un débat
07:46qui n'est pas, en soi, absolument intouchable.
07:49Nora m'a dit une réaction sur cet élargissement
07:53du débat, sur l'accès aux droits,
07:54évidemment, qui est posé,
07:55et qui est posé régulièrement
07:57par le Rassemblement national,
07:59notamment qui avait été proposé
08:01dans la loi de 2023,
08:03portée par Gérald Damanin,
08:04sur l'immigration.
08:05Alors, elle a été censurée,
08:07disons-le clairement,
08:07elle a été censurée,
08:08et c'est ça qui est aussi intéressant
08:10dans le droit français,
08:11c'est que cette question, en fait,
08:13de l'appartenance nationale
08:16ne peut pas être un préalable
08:18à l'entrée dans certains droits,
08:19et c'est ça qui, à mon sens,
08:21risquera bien de faire débat
08:22si toutefois le Rassemblement national
08:24arrive au pouvoir,
08:25et il n'y a pas d'inéluctabilité
08:28à ce qu'ils arrivent au pouvoir,
08:29rappelons-le quand même.
08:31Et cette question, de toute façon,
08:32risque bien d'être,
08:34enfin, ce débat risque d'être percuté
08:36par le Conseil constitutionnel.
08:38Est-ce que,
08:39si toutefois ils arrivent au pouvoir,
08:41est-ce qu'ils seraient prêts
08:41à faire une révision constitutionnelle,
08:44est-ce que ça passera ?
08:45On n'y est pas encore,
08:46et en l'État,
08:47je pense que là aussi,
08:49en termes de contrat social,
08:50ça dit quelque chose
08:51d'une forme de sous-citoyenneté
08:53qui est extrêmement dangereuse
08:55dans le moment où...
08:55Mais encore une fois,
08:56ce n'est pas une question
08:56de sous-citoyenneté.
08:57Non, parce que c'est entre
08:58des citoyens et d'autres, justement.
08:59Si c'était une question
09:00de faire des distinctions
09:01entre les citoyens,
09:01c'est absolument scandaleux.
09:02Mais je suis désolée,
09:03à partir du moment où vous vivez
09:04sur ce territoire national...
09:05Les mots ont un sens quand même.
09:06Citoyens, ça veut dire
09:06qu'on a la citoyenneté française.
09:07Oui, mais là, en l'occurrence,
09:09on participe aussi
09:10à une nation.
09:13On est là, on travaille,
09:14on a des enfants
09:15qui vont à l'école.
09:16C'est pas une question
09:16de citoyenneté, pas citoyenneté.
09:17Là, en l'occurrence,
09:18moi je vois une vision élargie
09:19de la citoyenneté
09:20qui permet justement
09:21de faire nation.
09:22Et à partir du moment
09:23où on a différents statuts
09:25qui ne permettent pas
09:26de penser des notions d'égalité
09:29en termes de droit,
09:30moi je pense que là,
09:31à cet endroit-là,
09:31il y a véritablement un problème.
09:33Je vous propose de changer
09:35totalement d'univers.
09:36Totalement !
09:36Oui, ça pourrait peut-être
09:37même vous réunir.
09:39Écoutez ce son.
09:40Je pense que pour beaucoup
09:41de Français,
09:42c'était l'idole
09:42de n'importe quel enfant.
09:44Il a marqué l'histoire
09:45de l'équipe de France
09:46à jamais.
09:47Il restera toujours
09:48dans le cœur des Français.
09:50C'est beaucoup d'émotions.
09:51Je m'en souviens
09:52de 98 comme si c'était hier.
09:54Il y a un mètre de lui
09:55il y a pas 15 secondes.
09:56J'ai un peu chamboulé,
09:57je ne sais pas trop
09:58où je suis là.
10:00C'est Dieu, hein ?
10:02C'est Dieu, Zizou.
10:03Vous avez d'abord
10:04peut-être reconnu
10:05la voix de Kylian Mbappé,
10:06honoré d'être dirigé
10:07désormais par Zinedine Zindane
10:09en équipe de France.
10:10Zidane, Dieu pour les supporters
10:11et peut-être pour vous,
10:12ça je ne sais pas.
10:13Mais ces derniers jours,
10:14c'est vrai qu'on a vu
10:14un pape acclamé
10:16comme une rockstar,
10:16une chanteuse attendue
10:17comme une sainte
10:18ou encore un ancien footballeur
10:19donc accueilli un sauveur.
10:20Léon XIV, Céline Dion,
10:22Zinedine Zindane
10:22ont fait vibrer la France
10:24au même moment.
10:24Donc on s'est demandé
10:25pourquoi on a autant besoin
10:26d'idoles en ce moment
10:32Est-ce que vous aviez
10:32des posters de personnalité
10:34dans votre chambre
10:34quand vous étiez ado,
10:35Raphaël Dohan ?
10:36Pas vraiment,
10:36je n'étais pas très poster,
10:37je dois dire.
10:39Et surtout pas du pape,
10:40je pense.
10:41Nora Maddy.
10:42Nora Maddy.
10:42Non, je n'ai jamais été...
10:45Je crois que j'ai été voir
10:46East Seventeen en 1993
10:49donc c'est dire...
10:50Mais je crois que c'est tout.
10:51Mais Zidane,
10:52vous aimez bien quand même.
10:52Ah mais non,
10:53mais Zidane,
10:53c'est la base.
10:54Voilà.
10:54Non mais Zidane,
10:55on est tous d'accord.
10:55Je pense qu'ici,
10:56personne ne sera susceptible
10:58de dire que Zidane
10:59n'est pas une idole,
11:00n'est pas une icône
11:01et qu'on n'est pas totalement
11:02fan de Zidane.
11:03Alors justement,
11:03c'est ce consensus
11:04qu'on voulait interroger
11:05ce matin.
11:06Tout le monde doit être
11:08absolument fan de Zinedine,
11:10Zidane comme d'autres personnalités.
11:12Raphaël Dohan,
11:12pour commencer,
11:13pourquoi ce besoin d'idole ?
11:15D'abord,
11:16je trouve qu'aujourd'hui,
11:17on voit effectivement
11:18une personnalisation
11:19de plus en plus grande
11:20de certaines institutions
11:21ou de certains phénomènes.
11:23Si vous prenez,
11:24par exemple,
11:24il y a 50 ans,
11:24quel était le visage
11:25de la technologie américaine ?
11:27C'était IBM
11:27et IBM,
11:28c'était quand même
11:29personnel.
11:30Qui est le patron d'IBM ?
11:32Il y en a un,
11:32mais c'est dur à identifier.
11:34Alors qu'aujourd'hui,
11:35si on vous dit
11:35quel est le visage
11:36de la technologie,
11:37c'est Elon Musk
11:37ou Mark Zuckerberg
11:38et on voit une sorte
11:39de concentration
11:40à la fois du pouvoir
11:41et de l'image
11:41dans des êtres incarnés,
11:44des personnalités
11:44et ça,
11:45c'est quelque chose
11:45qui je trouve assez frappant.
11:46Dans le même temps,
11:47ce qui est étonnant aussi,
11:48c'est qu'on a l'impression
11:49qu'il y a de moins en moins
11:49d'occasion de se retrouver
11:51dans une sorte d'admiration commune
11:53autour des personnels.
11:53Vous avez cité Zidane
11:54qui était un des rares
11:55où c'est possible.
11:56Je pensais à Johnny Hallyday
11:57aussi,
11:57ce que je regardais.
11:58Au 19e siècle,
11:59en France,
11:59il y a eu des très grands enterrements
12:01de Victor Hugo,
12:02par exemple,
12:02avec des millions de personnes
12:03quasiment tout Paris
12:04qui venaient assistent à l'enterrement.
12:06Et aujourd'hui,
12:06il y a quand même peu de moments
12:07où on voit ça.
12:08Je crois que la dernière occasion
12:09où il y a eu un mouvement de foule,
12:10un vrai mouvement populaire,
12:11c'était pour Johnny Hallyday
12:12et encore,
12:13c'était moins que Victor Hugo.
12:14Donc,
12:14c'est assez paradoxal.
12:14Oui,
12:15et alors paradoxalement,
12:17Nora Hamadie,
12:17on a l'impression aussi
12:18que ce besoin d'idole,
12:19ça nous permet aussi
12:20d'entrer dans une sorte
12:21de communauté,
12:21de se créer une petite famille.
12:22Je pense aux fans
12:24de Taylor Swift,
12:25par exemple,
12:25où on voit une espèce de...
12:26Enfin,
12:27c'est incroyable
12:27ce qu'elle peut provoquer
12:29Il y a quelque chose
12:30dans nos sociétés sécularisées
12:32qui est polarisée.
12:35Comment on arrive
12:35à recréer du commun aujourd'hui ?
12:37Comment on fait
12:38quand par ailleurs
12:39on est tous potentiellement
12:41assignés à devoir prendre parti ?
12:43Quels sont les espaces
12:44encore possibles de communion ?
12:45Bon,
12:46en fait,
12:46on a eu les JO
12:47il y a maintenant deux ans.
12:49On a effectivement
12:50les concerts de Céline Dion,
12:51on a un peu le football.
12:53OK pour Zidane,
12:54mais pas du tout
12:54pour Mbappé,
12:55par exemple,
12:55qu'on a entendu tout à l'heure.
12:58Les Swifties,
12:59ça c'est assez intéressant
13:00pour Taylor Swift.
13:01Donc en fait,
13:01qu'est-ce qui nous reste
13:02dans cette capacité
13:03à faire ensemble,
13:04à communier,
13:06à faire communauté ?
13:07Ces espaces du commun
13:09que sont les concerts,
13:10le sport,
13:11quelque chose
13:12qui finalement polarise pas
13:14et qui nous permet...
13:15Les sujets loin de la politique ?
13:16Ah mais évidemment,
13:17Et c'est ça,
13:18moi je pense que
13:18en creux,
13:19c'est ça que ça raconte.
13:20C'est la manière
13:20dont finalement
13:21nos sociétés aujourd'hui
13:22construisent de la fracture,
13:23de la division.
13:24Alors nos sociétés,
13:26en France notamment,
13:28où très politisées,
13:30où le débat public
13:31est extrêmement radicalisé,
13:33à l'image de ce qui peut se faire
13:34aux Etats-Unis.
13:35Mais voilà,
13:36mais Taylor Swift,
13:37en fait,
13:37elle embrasse large,
13:39mais elle embrasse
13:39plutôt côté démocrate
13:42que...
13:42Côté républicain.
13:44C'est ça qui est aussi intéressant.
13:45Donc quelles sont aujourd'hui
13:46les personnalités
13:48qui sont capables
13:49d'être dans cette logique
13:50transpartisane
13:51et de dépasser les clivages ?
13:53Alors oui,
13:53certes,
13:54il y a eu Johnny,
13:54on voit Céline Dion
13:55à tel point que
13:56le Parisien,
13:57par exemple,
13:57depuis le début des concerts,
13:58feuilletonne
13:59chaque concert
14:00à chaque concert.
14:02Donc ça dit quelque chose.
14:04Il reste effectivement Zizou
14:06et peut-être Jean-Jacques Goldman
14:08que tout le monde attend,
14:09tel le Messie.
14:10Et peut-être le pape également.
14:12Encore faudrait-il mesurer
14:14à quel point il y a
14:14un consensus français
14:15autour de la figure du pape.
14:17Et pourtant,
14:17Raphaël Douand,
14:18le pape,
14:18c'est une figure politique.
14:20C'est une figure
14:20qui investit
14:21dans son discours
14:22le champ politique.
14:23Oui,
14:24puis je ne suis pas sûr
14:24qu'effectivement,
14:25il soit aussi consensuel
14:26que les autres
14:27que vous avez cités.
14:28Il y a quand même des gens
14:28aussi qui sont encore
14:30anticléricaux
14:30ou qui trouvent que le pape
14:31n'est pas assez de droite
14:32ou pas assez de gauche.
14:33Il y a toujours
14:33cette question-là aussi.
14:35Il y a une question
14:35qui me paraît aussi intéressante
14:36pour l'avenir immédiat,
14:38c'est qu'il y a une partie
14:39des héros ou des idoles,
14:40plutôt des héros,
14:41qui venaient
14:42des découvertes scientifiques,
14:42des grands scientifiques,
14:44des explorateurs.
14:47Et avec l'arrivée
14:48de l'intelligence artificielle,
14:49on va peut-être
14:49devoir voir de moins en moins
14:51de ces figures-là.
14:52Pourquoi ?
14:52Vous avez peut-être vu
14:53qu'il y a quelques jours,
14:54OpenAI a sorti
14:55plusieurs centaines de preuves
14:56de problèmes mathématiques
14:57à la frontière de la recherche
14:58que leur modèle
15:00d'intelligence artificielle
15:01avait résolu.
15:01Et ça veut dire
15:02que peut-être
15:03qu'il n'y a plus de place
15:03pour avoir
15:04des grands mathématiciens demain,
15:07parce que ça veut dire
15:07qu'on ne forme plus
15:08les gens qui sont capables
15:09de comprendre aussi
15:10les maths à un très haut niveau.
15:12Et ce sera peut-être le cas
15:13dans tous les autres domaines.
15:13Il n'y a plus de grands médecins,
15:14peut-être plus de grands chercheurs
15:16en physique.
15:16Et c'est un peu étonnant
15:18de se dire qu'on va arriver
15:18dans un monde
15:19où on ne saura plus
15:20à qui donner
15:21le prix Nobel de physique,
15:22par exemple.
15:22C'est surtout qu'on va arriver
15:24dans un moment
15:25et dans un monde
15:26où à qui peut-on faire confiance ?
15:27Moi, je n'ai absolument
15:28pas confiance
15:29dans l'intelligence d'une IA
15:30qui ne sera pas contrôlée
15:31par un grand mathématicien
15:33ou même par un petit.
15:35Et c'est peut-être là l'enjeu.
15:38En quoi sommes-nous encore
15:40capables de faire confiance
15:41aujourd'hui ?
15:41Sans doute effectivement le pape
15:43parce qu'il y a cette dimension
15:45de valeur morale
15:46et de concrétisation
15:49même de réalité,
15:51d'incarnation de valeur.
15:53Et en fait,
15:54vous pouvez faire incarner
15:55ce que vous voulez
15:56à une IA.
15:57Ça ne marchera jamais.
15:58C'est vrai, mais de notre côté,
15:59si on vous fait un traitement
16:00pour le cancer qui marche
16:01et qui est fait par une IA,
16:02vous allez le prendre.
16:04Oui, mais en l'occurrence,
16:06je préfère que ce soit
16:06un médecin qui m'annonce cela
16:08qu'un ordinateur.
16:10Oui, mais il est possible
16:10que dans 20 ans,
16:12on aura le réflexe inverse.
16:13On se dira
16:13si ce n'est pas une IA
16:14qui me l'a certifié,
16:16je ne le fais pas.
16:16Un peu de la même manière
16:17qu'on aura peut-être du mal
16:18à prendre un taxi
16:19qui sera conduit
16:19par un être humain.
16:20Et je trouve qu'à l'heure
16:22qu'il est justement
16:23dans ce besoin de cohésion
16:24qui nous emmène
16:25à aller voir des concerts,
16:26du sport, etc.,
16:27il y a un véritable besoin
16:29de faire ensemble.
16:30Il y a un besoin
16:30de recréer du lien.
16:31C'est quelque chose...
16:32Vous pourrez faire
16:33tout ce que vous voulez
16:33avec tous vos ordinateurs
16:34et vos supercalculateurs.
16:35Je suis d'accord
16:36qu'il faut retrouver du lien.
16:37Vous ne serez pas
16:37en capacité de recréer
16:39ce lien,
16:40cette nécessité de tisser
16:42face à nos solitudes absolues
16:44une société, en fait,
16:45qui prenne soin
16:46les uns des autres.
16:46Je suis d'accord,
16:47on ne le fera pas
16:47en faisant semblant
16:47qu'on est meilleur que l'IA.
16:49Alors moi,
16:49je vous propose une chose
16:50pour résoudre ce débat.
16:52On va tous aller voir
16:53un match de foot ensemble.
16:54Vous êtes d'accord ?
16:54Oui, mais on ne va pas supporter
16:55la même chose.
16:56Je serai encore pour le TG,
17:02grand débat de la matinale.
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