00:01RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:06Et avec Olivier Bois, 4 jours après les manifestations contre la vie chère et les émeutes,
00:11Sébastien Lecornu réunit donc ce matin les principales organisations syndicales du pays.
00:15Au programme des échanges, le déroulé de la mobilisation du 5 novembre,
00:19elle sera autour de la table tout à l'heure à Matignon.
00:21C'est donc la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, qui est votre invitée Olivier.
00:25Bonjour Sophie Binet.
00:27Bonjour.
00:27Avant cette manifestation du 5 novembre, je vais vous demander une clarification sur la manifestation de samedi
00:32à l'appel des gilets jaunes avec les lycéens, avec les étudiants.
00:35Est-ce que la CGT y sera ? Est-ce que vous lancez un appel à vos adhérents à se
00:39mobiliser à leur côté, ce samedi ?
00:41Nous allons décider aujourd'hui, nous nous réunissons, nous allons en débattre.
00:46Ce qui est sûr, c'est que depuis le début de la mobilisation, la CGT a décidé d'être aux
00:50côtés des lycéens et des étudiants
00:52pour, avec nos gilets rouges, leur permettre d'exercer leur liberté de manifester et de faire entendre leurs revendications.
00:59Débat aujourd'hui, mais vous en tant que secrétaire générale de la CGT, vous allez défendre quelle position ?
01:03Je respecte les décisions collectives, donc je vous dirais que vous n'avez pas longtemps à attendre.
01:07Mais là je dis que l'organisateur Benjamin Bal, l'un des gilets jaunes, il dit que la CGT Paris
01:12annonce qu'il va aller justement sur le parcours annoncé entre la Bastille et l'Opéra.
01:15Oui, certaines de nos organisations ont déjà pris des décisions et donc la CGT va décider dans quelques heures, vous
01:22le saurez, dans quelques heures.
01:23Notre objectif, c'est de permettre que chacune et chacun puisse exercer son droit à manifester librement pour faire entendre
01:30les revendications parce que la colère est énorme.
01:31Vous reconnaissez qu'il y a un risque ? C'est assumer un risque de dire on va descendre dans
01:35la rue, on va amener les cortèges de la CGT qui sont puissants, qui sont nombreux.
01:40Ça présente un risque de dérapage in fine de la manifestation. Pas de vous mais des casseurs qui vont venir
01:45s'agréger.
01:46Oui, mais nous serons là justement pour faire en sorte que ça se passe bien et qu'on puisse manifester
01:52et faire entendre nos revendications.
01:54Et ce que vous dites est extrêmement grave, c'est-à-dire que si, parce qu'il y a un
01:57risque, on nous interdit de manifester, mais je rappelle que c'est une liberté constitutionnelle.
02:02Ce qui fait la différence entre une démocratie et une dictature, c'est la liberté de manifester.
02:08Il y a les grands principes et on y est tous attachés forcément.
02:11Mais les 3000 commerçants qui ont vu leur commerce saccagé samedi dernier, le principe là aujourd'hui de base de
02:19la liberté de manifester,
02:20ils s'opposent au fait qu'ils n'ont plus d'outils de travail et qu'ils sont potentiellement ruinés.
02:23Vous l'entendez aussi ? Vous leur dites quoi à ces commerçants ? Qu'ont vécu ce qu'ils ont
02:26vécu samedi dernier ?
02:26La CGT a clairement condamné les dégradations. Je le dis à ce micro, les dégradations nuisent à la mobilisation.
02:34Elles permettent, on le voit, au gouvernement d'occulter les revendications,
02:38puisque là, depuis une semaine, on ne parle plus que des dégradations et pas des revendications,
02:41alors que la colère est énorme.
02:44Samedi dernier, ça faisait depuis 2023 qu'il n'y avait pas autant de personnes qui étaient descendues dans les
02:49rues,
02:50des centaines de milliers de jeunes de travailleurs et de travailleuses
02:53qui, pour beaucoup, ne manifestent jamais
02:55et qui sont venues parce qu'on ne peut plus joindre les deux bouts
02:59et parce que jamais les jeunes, les travailleurs et les travailleuses,
03:03n'ont été aussi maltraités, aussi méprisés qu'aujourd'hui.
03:06Vous vous félicitez du nombre de manifestants, effectivement, c'était important.
03:09C'était une réussite, samedi dernier, d'un point de vue syndical, cette manifestation ?
03:13Il y a eu de très belles manifestations, mais qui ont malheureusement été gâchées
03:18par les dégradations et la stratégie de maintien de l'ordre du gouvernement,
03:21qui est dangereuse. Il y a eu des violences samedi.
03:25Je rappelle qu'une lycéenne de 17 ans a perdu son oeil,
03:29qu'un lycéen de 17 ans a perdu sa main,
03:32que le carré de tête à Toulouse a été chargé
03:35et que nous avons été ciblés par une grenade de désencerclement
03:37avec quatre dirigeantes syndicales qui ont été blessées et qui ont porté plainte.
03:41Il y a eu deux morts à Paris avec une enquête encore en cours.
03:45Donc moi, j'aimerais aussi qu'on entende des choses par rapport à ça
03:49et je tiens à adresser toute ma solidarité aux jeunes et aux familles concernées.
03:54C'est grave !
03:54Mais ce n'est quand même pas de la faute de la police ?
03:57Les boutiques cassées, les violences, c'est les casseurs
03:59ou c'est la faute du gouvernement, si on vous écoute là ?
04:01Les dégradations, je suis très claire, je vais le redire.
04:05Ça n'a rien à voir avec la mobilisation, ça nuit aux revendications.
04:09Quand on fait ça, on se tire une balle dans le pied
04:11parce que c'est nos services publics, nos emplois qu'on détruit.
04:14Évidemment, j'adresse un message de solidarité à tous les salariés concernés
04:18qui sont en difficulté, qui ont été en difficulté samedi.
04:21Je le dis, quand on brûle un service public,
04:23quand on brûle une mairie, ça fait progresser l'extrême droite.
04:28Il n'y a pas de violence légitime ?
04:30Vous n'utiliseriez pas cette expression, vous ?
04:32La violence n'est jamais légitime ?
04:34Il y a une colère légitime et énorme.
04:37Et donc, la solution pour répondre à cette situation,
04:40c'est ce que je vais dire au Premier ministre tout à l'heure,
04:43je vais lui dire qu'on ne répond pas à une mobilisation sociale par la répression.
04:48On y répond de façon politique.
04:51Là, le scandale tout à l'heure, c'est qu'il a quand même fallu 13 mois
04:56une crise inédite du pouvoir d'achat, des mobilisations inédites
04:59pour qu'enfin ils daignent recevoir les syndicats.
05:01Ça fait 13 mois que vous n'avez pas vu le Premier ministre Sébastien Lecornu ?
05:04Ça fait 13 mois qu'on n'a pas vu le Premier ministre.
05:06Et tout à l'heure, les jeunes ne seront pas autour de la table
05:08alors que c'est les premiers et premières concernés.
05:10Et c'est rare de ne pas voir le Premier ministre pendant 13 mois ?
05:12Ça ne vous est jamais arrivé ?
05:13Moi, ça ne m'est jamais arrivé.
05:14Je le dis à M. Lecornu, il n'est plus ministre des armées,
05:18il est Premier ministre.
05:20Il faut qu'il sorte de son bunker,
05:22il faut qu'il entende la mobilisation sociale énorme,
05:25il faut qu'il réponde aux revendications.
05:27Et ça commence par recevoir les jeunes,
05:30entendre leurs revendications.
05:31Elles sont très simples.
05:32La fin de parcoursup, des moyens pour les lycées et les universités.
05:36Ça veut dire que tout à l'heure,
05:37pour évoquer la sortie potentielle de crise,
05:40quels sont les mots que vous pourriez entendre, vous,
05:42qui feraient dire que vous n'irez pas samedi
05:44et que même la manifestation de 5 novembre n'est plus nécessaire ?
05:48C'est quoi que vous auriez besoin d'entendre tout à l'heure
05:49à 10h30 à Matignon ?
05:51La réponse à nos revendications.
05:54Moi, ce que je demande au gouvernement,
05:55c'est qu'il traite les jeunes et les salariés
05:57aussi bien qu'il traite les patrons.
05:59Les patrons n'ont même pas besoin de demander une chose pour l'avoir.
06:03Nous, ça fait 10 ans qu'on est méprisé, humilié.
06:05Ce n'est pas un mot d'ordre, c'est des mesures concrètes.
06:07C'est du salaire brut,
06:09c'est des négociations qui commencent avec le patronat.
06:11Je veux dire, les trois tirets qu'il faut en bas d'une feuille
06:14pour qu'il n'y ait plus de manifestation.
06:15Les trois tirets, c'est un, d'abord,
06:17répondre aux revendications des jeunes,
06:18donc fin de parcours sup et augmentation du budget
06:21des lycées et des universités.
06:23Ils l'ont dit, c'est très clair.
06:24Deuxièmement, il faut répondre à la vie chère,
06:28augmenter les salaires.
06:29Nous demandons 10% d'augmentation du SMIC.
06:31Il faut indexer les salaires sur les prix.
06:33Il faut bloquer les prix.
06:35Et puis, la troisième chose,
06:37c'est qu'il faut des moyens pour nos services publics,
06:39augmenter les salaires des fonctionnaires,
06:41donner les moyens nécessaires pour nos hôpitaux,
06:43nos lycées et nos universités.
06:45Et, comment dire, enterrer,
06:48réécrire de A à Z ce projet de budget
06:50qui est dangereux pour le pays.
06:52Parce que, non seulement, les travailleurs et les travailleuses
06:54n'ont jamais eu autant de difficultés financières,
06:56mais avec ce budget, le gouvernement veut leur faire les poches.
06:59Et je voulais vous parler de la France Insoumise, Sophie Binet.
07:01Est-ce que la France Insoumise, c'est un partenaire, pour vous,
07:03de lutte dans les mouvements sociaux ?
07:05Comment vous le décririez ?
07:06C'est un parti politique, comme les autres,
07:08avec qui nous entretenons les mêmes relations qu'avec les autres.
07:11Un point, c'est tout.
07:12Et vous avez de bonnes relations ?
07:13Je veux dire, ils jouent leur rôle en ce moment ?
07:15Quelle est votre analyse ?
07:16Ce n'est pas à moi de le commenter.
07:17J'ai avec eux les mêmes relations qu'avec les autres partis.
07:19Donc, ça dépend des jours, on va dire,
07:21si vous voulez tout savoir,
07:22sur la base de l'indépendance syndicale,
07:25que je rappelle à l'ensemble des partis.
07:26Et quand on entend le gouvernement dire
07:28que Jean-Luc Mélenchon tire les ficelles,
07:30jette de l'huile sur le feu,
07:31attise la colère des jeunes,
07:34vous condamnez cette analyse ou pas ?
07:36Non, mais je veux dire,
07:38Sébastien Lecornu, il faut qu'il arrête.
07:40Il est atteint d'une grave pathologie.
07:42Il faut qu'il arrête de voir la France Insoumise
07:45et Jean-Luc Mélenchon partout.
07:47Je ne sais pas si ça soigne la Mélenchonite aiguë,
07:50mais en tout cas, ce que je peux vous dire,
07:52c'est qu'il faut arrêter de sacrifier le pays,
07:54de sacrifier nos jeunes
07:55pour de petits calculs politiciens.
07:58L'heure est grave.
07:59Il y a des dizaines de blessés,
08:01de jeunes qui ont été blessés.
08:02Il y a deux morts.
08:03Nous sommes la risée du monde.
08:05Tout ça, pourquoi ?
08:06Parce que le Premier ministre est totalement borné
08:08et qu'il refuse de répondre aux revendications.
08:10Et il y a des policiers qui sont blessés également,
08:13et d'ailleurs des centaines de policiers.
08:14Oui, pour l'instant,
08:15et il n'y en a pas qui ont perdu leur main ou un oeil.
08:16Le maintien de l'ordre,
08:17il est problématique en France aujourd'hui ?
08:19Oui, il est totalement problématique.
08:21Là, il y a une stratégie inédite
08:23qui a été déployée sur la mobilisation
08:25des lycéens et des lycéennes.
08:26Jamais il n'y avait eu une telle répression
08:28sur un mouvement social
08:29et encore plus sur un mouvement de jeunes.
08:31Des milliers de gardes à vue injustifiés,
08:35des centaines de jeunes blessés.
08:36Les chiffres officiels,
08:37c'est 250 jeunes mineurs
08:39qui ont été blessés
08:41alors qu'ils bloquaient leur lycée
08:43et qu'ils faisaient entendre
08:44leurs revendications légitimes.
08:45Vous dites qu'il y a des violences policières systémiques,
08:48c'est des dérapages individuels
08:49ou il y a maintenant
08:50le système du maintien de l'ordre,
08:52dans vos mots à vous,
08:52qui est basé sur la réponse violente ?
08:55Le problème, c'est qu'il y a des consignes
08:57de maintien de l'ordre mauvaises
08:59qui ont été passées
09:01et qu'il y a eu une stratégie répressive
09:04vis-à-vis de cette mobilisation
09:05qui est très grave et très problématique.
09:07Et c'est ça qui fait qu'aujourd'hui,
09:09il y a une défiance inédite
09:10entre la population et la police.
09:12C'est très inquiétant pour notre République.
09:14Il faut que ça interroge quand même.
09:15Merci beaucoup Sophie Binet d'avoir été avec nous.