00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:02Europe 1 Info qui se poursuit sur Europe 1, c'est avec vous Clélie Mathias et vos chroniqueurs
00:06Hélène Roué, Michel Fayad et Sébastien Ligné.
00:09Après les pillages de samedi, je vous propose d'écouter ce que pense Ariane Ascaride sur ses casseurs, ses pilleurs.
00:14Elle était sur France Inter hier.
00:16Ce sont des jeunes gens qui au fond n'ont aucun sens de la République.
00:20Mais pourquoi ils n'ont aucun sens de la République ?
00:22Parce que ça fait plus de 40 ans qu'on ne les a pas inclus dans la République.
00:26Qu'on n'a plus appris à ces jeunes gens, à ces enfants, qu'ils pouvaient faire partie de la
00:32République.
00:32Donc ils s'en foutent complètement.
00:34Eux, ce qu'ils voient, c'est des images qu'on leur envoie à longueur de temps sur des réseaux,
00:38sur des machins comme ça, de luxe.
00:41Et de tiens, si on pouvait avoir telle tablette, tiens, si on pouvait avoir telle robe, tiens, si on pouvait
00:45avoir telle paire de chaussures.
00:46Et alors comme des débiles, parce qu'il n'y a pas d'autre mot que ça, des débiles, ils
00:50s'attaquent et ils fracassent tout.
00:52Mais c'est, en fait, ils s'attaquent à ceux qui leur ressemblent.
00:56C'est là où c'est complètement idiot.
00:58L'actrice Ariane Ascaride, qu'on le connaît pour ce rôle dans les films de Robert Guédigian.
01:03Ça veut dire quoi exactement ? Qu'est-ce que vous comprenez, vous, Hélène Roué ?
01:05On ne les a pas inclus dans la République. Qu'est-ce qu'on n'a pas fait ?
01:08Je comprends que la culture de l'excuse, en fait, est insupportable.
01:11Cette alliance entre les artistes, les professeurs, le président de la République, parfois,
01:16et là j'en fais référence à l'excellent édito de Laurent Tessier ce matin sur vos antennes,
01:19qui, en fait, décrypte cette culture de l'excuse qui déjà existe depuis des années et des années.
01:23Elle le dit quand même, elle le dit, c'est des débiles.
01:25Oui, d'accord, mais en fait, c'est des personnes, c'est le cri de désespoir,
01:28comme dit ce magistrat, me semble-t-il, monsieur Alexis Baudelin.
01:32Comme dit ce magistrat, c'est un cri de désespoir et de colère de la jeunesse.
01:35Ensuite, cette actrice qui dit, vous savez, ça fait 40 ans qu'ils ne sont pas intégrés à la République,
01:39et puis elle dit que c'est de notre faute.
01:40Emmanuel Macron, qui, en 2023, parlait de l'oisiveté, il disait, mais oui, c'est de notre faute aussi,
01:44ça fait trois mois qu'ils ne sont pas à l'école, ou alors au Marcy,
01:46et bien, autre acteur, pendant justement les blocus lycéens, qui dit,
01:50mais t'as mal où ? Chut, ça va aller, t'as mal où ?
01:52En fait, je suis désolée, c'est insupportable, cette culture de l'excuse, elle est insupportable,
01:57alors que vous avez aussi des experts en sécurité qui vous expliquent que, malheureusement,
02:01la seule solution, ce sera la répression,
02:02et c'est pas de caresser dans le sens du poil cette jeunesse qui, en réalité,
02:05est complètement nihiliste, n'obtient aucune, enfin, je veux dire,
02:08ne véhicule absolument aucune valeur, et en réalité, s'en prend à tout et n'importe quoi,
02:12c'est-à-dire qu'ils agressent sans discrimination, uniforme ou pas uniforme,
02:16ils agressent tous les commerces, que ce soit de la grande enseigne jusqu'aux petits restaurateurs,
02:20ils agressent sans aucune discrimination.
02:22Et pardon, mais je pense pas que les caresser dans le sens du poil,
02:24ça fera avancer quoi que ce soit.
02:26C'est dommage, parce que je suis assez d'accord avec la deuxième partie de sa réflexion
02:30sur le fait qu'on est devenu une société qui érige le consommateur en roi absolu,
02:34et que notamment à cause des réseaux sociaux,
02:36une partie de la jeunesse ne se reconnaît plus que là-dedans,
02:39dans les signes extérieurs de richesse,
02:41et pense que son identité ne se définit que par la marque de ses chaussures
02:46ou la marque de son téléphone.
02:47En revanche, en effet, la première partie sur la République,
02:49je trouve ça insupportable, parce que la République française a tout donné,
02:54parce qu'on parle des jeunes de banlieue,
02:55et notamment pour une partie des jeunes issus d'immigration.
02:57La République a tout donné à cette jeunesse-là.
02:59Je rappelle quand même qu'on est sûrement le pays le plus égalitaire au monde.
03:03On est le pays où l'école est gratuite,
03:05où un nombre incalculable de services publics est gratuit,
03:07notamment pour les plus jeunes.
03:09La République a tout fait pour inclure les jeunes issus d'immigration dans le pays.
03:15Et là où elle se trompe, c'est quoi elle dit depuis 40 ans ?
03:17C'est pas vrai.
03:18Depuis 10 ou 20 ans, une génération.
03:20La première génération d'immigrés, quand ils sont arrivés,
03:22quand ils sont arrivés dans les banlieues,
03:24où d'ailleurs on a versé des dizaines, voire des centaines de milliards en plan urbanisme,
03:28ils se sont intégrés pour la plupart.
03:29Ce qui se passe, c'est qu'on ne peut pas intégrer,
03:33on intégrait des individus, mais pas des masses.
03:35Et on pouvait intégrer quand on accueillait 50 000, 100 000 personnes par an.
03:39Aujourd'hui, on a près de 400 000, 500 000 peut-être demain.
03:42Ça, c'est absolument impossible à intégrer.
03:44Oui, donc vous reconnaissez là qu'il y a un problème.
03:46Non, mais il y a un problème, c'est pas la République.
03:48Le problème, c'est que la République, ça fonctionnait,
03:49quand en effet, le flux était gérable.
03:53Et la première génération d'immigrés,
03:54les grands-parents de ceux qui cassent aujourd'hui,
03:56ils se sont intégrés pour leur immense majorité.
03:59Le problème, c'est la deuxième et aujourd'hui la troisième génération.
04:01Et à ces jeunes-là, la République a tout donné.
04:04C'est ces jeunes-là qui refusent la main tendue de la République.
04:06Maintenant, à un moment donné, la République,
04:07elle va peut-être arrêter de tendre la main.
04:09Et elle va peut-être falloir qu'elle sévisse un jour.
04:11Mais au-delà même des casseurs-pilleurs,
04:13on parlait il y a quelques instants de l'ultra-gauche.
04:16Là, on est habitué à cette rhétorique aussi de l'ultra-gauche,
04:18la justification de la violence par la véritable,
04:21entre guillemets, tous les guillemets possibles,
04:22la véritable violence qui provient de la politique capitaliste,
04:26bourgeoise, antisociale, impérialiste,
04:29que sais-je encore, enfin en tout cas, une oppression.
04:32Et ils le disent, et c'est aussi,
04:34ça fait partie des arguments de l'ultra-gauche,
04:36la République, la démocratie, ça s'obtient par la lutte.
04:38On est habitué à ce système-là.
04:41Ça fait près d'un siècle, un peu plus même,
04:45que cela a été montré, j'allais dire, revendiqué.
04:50Oui, mais en fait, c'est pas pour ça que c'est bien.
04:51C'est pas pour ça que c'est bien.
04:52Et par ailleurs, je constate qu'absolument rien,
04:54les choses n'avancent pas là, si vous voulez,
04:56de leur côté, dans leur lutte effectivement
04:57contre le grand capitalisme, etc.
04:59Moi, ce que je vois aujourd'hui, quelques jours après,
05:01en fait, c'est le désespoir des commerçants,
05:02c'est le désespoir des habitants,
05:04c'est l'anxiété qui augmente des personnes
05:05qui habitent dans les rues qui ont pu être touchées.
05:07Moi, c'est ça que je vois.
05:09Et à la fin, finalement, c'est uniquement ça qui restera.
05:11Et c'est une tragédie absolue.
05:12Et malheureusement, là où c'est effectivement très inquiétant,
05:15c'est qu'on se dit, c'est pas fini.
05:16C'est-à-dire qu'ils sont en train de préparer l'acte 2 pour samedi.
05:18Et puis après, je lisais dans le Parisien ce matin,
05:20ça va m'imaginer peut-être jusqu'au 5 novembre.
05:22Et donc, en fait, oui, selon moi,
05:23ça n'est absolument pas une manière, si vous voulez,
05:25de se faire revendiquer quoi que ce soit.
05:27Et par ailleurs, quand vous faites des micro-totoirs
05:28et que vous posez la question à des manifestants
05:30les vraies revendications,
05:31c'est très souvent plus confus qu'autre chose.
05:33Je voulais revenir un peu sur ce qu'a dit Sébastien.
05:36Je pense que la vraie question, c'est la question du nombre.
05:39Parce qu'on peut intégrer les individus,
05:41on ne peut pas intégrer les masses.
05:43C'est quelque chose qui est vraiment la règle de tout, la base.
05:47Et je pense qu'on est en train de payer le prix.
05:48Et plus on va poursuivre l'accueil de tant de gens chaque année,
05:53plus on va être débordé.
05:55Et ça ne fait que commencer.
05:57Il faut arrêter tout ça
05:58pour revenir à quelque chose de plus normal.