00:017h, 9h, Europe 1 Matin.
00:037h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'écrivain Laurent Oberton.
00:08Bonjour Laurent Oberton.
00:10Bonjour.
00:11Bienvenue sur Europe 1, vous avez beaucoup écrit sur la violence, l'ensauvagement de la société française.
00:15On se souvient évidemment de votre livre La France Orange Mécanique, livre qui a déjà 13 ans.
00:19Alors vous l'avez remis à jour depuis, vous avez beaucoup publié, il y a votre trilogie Guerilla ou encore
00:24votre dernier livre La France Demolition Man,
00:27paru récemment chez Magnus, on va en parler parce que ça fait vraiment écho à ce qui s'est passé
00:31ce week-end en France.
00:32Qu'est-ce que vous vous êtes dit Laurent Oberton en voyant ces pillages, ces mairies qu'on attaque, ces
00:36hordes cagoulées qui ont mis les forces de l'ordre en difficulté ?
00:40On a franchi un cap, c'était prévisible ?
00:44Alors oui, on a franchi un cap clairement et oui, c'était prévisible.
00:48Donc deux fois oui, moi je vois les réactions partout de la classe politique, de nos concitoyens.
00:58Hier j'ai parlé à pas mal de gens et la question que tout le monde se pose c'est
01:02est-ce que le gouvernement n'a pas prévu réellement de telles déprédations ?
01:07Et si c'est le cas c'est catastrophique et ça exige une refonte intégrale du renseignement et surtout des
01:12doctrines de maintien de l'ordre.
01:14Et l'autre possibilité, c'est que le gouvernement l'ait prévu et donc laisser les choses se faire.
01:21Ce qui serait pire, pire qu'un mauvais calcul, ce serait le comble du cynisme,
01:25mais nos concitoyens sont tellement sidérés par ce que nous venons de vivre qu'ils se posent cette question et
01:31on comprend cette question honnêtement.
01:34Alors je vous livre aussi mon sentiment de citoyen Laurent Oberton, je pense qu'il est partagé par beaucoup ce
01:38matin.
01:38On a un état qui revendique le monopole de la violence légitime, mais qui de fait n'arrive plus à
01:44garantir la sécurité de tout ce qui se retrouve assez facilement débordé.
01:47On a vu les forces de l'ordre incapables d'être partout à la fois, de protéger les commerces, et
01:51donc on se sent inconfortable et en danger.
01:54C'est cela que l'on vit Laurent Oberton ?
01:56Oui, moi je répète depuis des années que l'état est en faillite sur le plan de la sécurité,
02:02qu'il n'a jamais voulu prendre la mesure de la réalité de l'ultra-violence qui prend ce pays
02:07à la gorge.
02:09Pourtant les chiffres sont là, à un niveau historique des violences aux personnes, des violences sexuelles, des tentatives d'homicide,
02:16un sentiment d'impunité massif.
02:19Et maintenant ces choses doivent être posées sur la table.
02:22Le débat doit exister, parce que si l'état n'est pas capable d'assurer notre sécurité,
02:27comme il en a fait la démonstration, il n'est pas légitime.
02:30Par conséquent, chacun doit en tirer les leçons.
02:35Justement, quelles leçons on en tire ?
02:37Dans votre dernier livre, vous prenez pour référence le film Demolition Man,
02:40avec Sylvester Stallone et Wesley Snipes.
02:43Je résume à gros traits, c'est une société pacifiée dans le futur,
02:47qui est totalement démunie face au surgissement d'un criminel brutal qui vient d'une époque plus ancienne.
02:52Est-ce que ce week-end, vous avez eu l'impression d'assister à une sorte de Demolition Man,
02:57grandeur nature en France, Laurent Bertone ?
03:00C'est complètement ça.
03:01C'est qu'on a voulu une société sans violence,
03:05et finalement on a une société qui est sans défense, qui est désarmée.
03:08Et on a une hyper-violence qui est maître chez elle, qui fait absolument ce qu'elle veut.
03:12Et le monopole de la force, ce n'est plus celui de l'État, c'est celui de la rue.
03:16Et voilà, il faut voir les choses en face.
03:17Moi, je ne suis pas politicien, je peux dire la vérité.
03:20Et la force, aujourd'hui, est la seule réponse adaptée, est la seule qui sera comprise.
03:27Maintenant, il faut du courage politique, soit prendre les directives qui s'imposent,
03:33soit il faut rendre aux citoyens toute l'attitude pour se défendre eux-mêmes,
03:37admettre qu'on n'y arrive plus, donc débrouillez-vous,
03:40parce que finalement, notre incurie, elle vous met en danger.
03:43Oui, mais vous savez très bien, l'autodéfense est interdit en France,
03:48Laurent Auberton, comme Jean le rappelle.
03:49Oui, oui, c'est interdit, c'est interdit.
03:51Mais normalement, les pillages de boutiques, c'est interdit.
03:54Normalement, de lancer des pavés sur la tête des gendarmes et policiers, c'est interdit.
03:57Mais ça a lieu.
03:59Et le problème, c'est qu'on voit que c'est toujours les mêmes qui prennent,
04:02les commerçants, les policiers, qui sont massivement blessés par les prédateurs.
04:07Et voilà, à un moment, il faudrait que la balance, la peur change de camp.
04:15Donc, il faut prendre des mesures qui sont adaptées à de telles situations insurrectionnelles.
04:20Mais l'ordre, finalement, quelque part, ça suppose d'accepter le conflit.
04:26Alors, autant, évidemment, que pour les forces de l'ordre, la question ne se pose pas,
04:29c'est précisément leur rôle.
04:30Mais pour le citoyen, c'est quand même délicat.
04:33Celui qui nous écoute ce matin, l'auditeur d'Europe 1 qui travaille,
04:36qui élève ses enfants, qui respecte les lois.
04:38Qu'est-ce que vous lui conseillez, Laurent Auberton, ce matin ?
04:42De simplement regarder la réalité en face, d'agir en pensée, d'agir en bon père de famille.
04:47L'État est défaillant.
04:49Alors, que ce soit par choix ou par faiblesse, c'est tout aussi préoccupant.
04:53Mais voilà un certain temps que cet État marche contre nous,
04:57parce qu'il a, c'est pareil, il a choisi pour nous cette immigration de quantité
05:02qui a pulvérisé notre société, notre capital social.
05:06Et ça a été vécu, ressenti comme une forme de trahison de la souveraineté populaire.
05:11On parle souvent des valeurs de la République, mais la souveraineté, c'est la nation.
05:15C'est aux citoyens, dans une telle situation, qui revient en main de reprendre son destin en main.
05:23On a tellement délégué à cet État, je pense qu'on doit arrêter d'attendre de lui
05:28qu'il se mette à faire par miracle ce qu'il n'est plus capable de faire
05:32ou ce qu'il ne veut plus faire depuis autant d'années.
05:34Vous avez réclamé ce week-end la démission du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.
05:38On apprend ce matin, Laurent Oberton, qu'il l'a proposé visiblement à Emmanuel Macron hier soir
05:43et que le président l'a refusé, cette démission, au nom de la continuité du commandement des forces de l
05:48'ordre.
05:48Votre réaction ce matin ?
05:51Si les notions de responsabilité ou même d'honneur avaient encore un sens,
05:57il aurait dû démissionner depuis longtemps.
05:59Mais ça ne suffirait pas.
06:01Emmanuel Macron lui-même a critiqué l'action des forces de l'ordre au pire moment,
06:05alors qu'elles étaient déjà en grande difficulté.
06:08Emmanuel Macron, au début de son mandat, avait promis quantité de places de prison.
06:12Elles ne sont pas là.
06:13Il avait promis 100% de l'exécution des obligations de quitter le territoire.
06:17On en est très loin.
06:19Chaque année, ses mandats ont battu des records historiques de violences aux personnes
06:24avec son lot d'émeutes.
06:26Et tout ce qu'on a eu, c'était les discours de fermeté.
06:29Et voilà, dans les faits, les résultats sont éloquents.
06:31Donc, ce n'est pas seulement le problème d'une personne ou d'un maillon de la chaîne.
06:36C'est l'ensemble de l'État, à commencer par son chef, par sa tête,
06:40qui est aujourd'hui sur la sellette.
06:43Merci à vous, Laurent Bertone.
06:44Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage,
06:46outre la France orange mécanique, bien sûr,
06:48La France Demolition Man, paru récemment chez Magnus.
06:52Et ça fait vraiment écho à ce que l'on a vécu ce week-end.
06:55Merci, Laurent Bertone, d'être venu sur Europe.
06:56Bonne journée à vous.
06:58Merci à vous.
06:58Il est 7h18 sur Europe.
07:00Dans un instant, votre édito écho.
07:02Marc Toiti, combien ces émeutes vont-elles coûter à la France ?