00:00Il est 7h12 sur Europe 1. Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le secrétaire général des jeunes agriculteurs, Quentin Leguillou.
00:06Bonjour Quentin Leguillou, bienvenue sur Europe 1.
00:09Merci, bonjour.
00:10Vous êtes céréalier en Neureloir. Alors on a largement vu les couleurs des GIA à Strasbourg ces 48 dernières heures où vous avez fait le siège du Parlement européen
00:18pour qu'il vote la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne afin de vérifier la légalité de l'accord entre l'Europe et le Mercosur.
00:25Alors vous avez obtenu gain de cause, mais peut-être d'abord un mot sur vous. Vous êtes rentré dans votre ferme ce matin ?
00:32Oui, je suis rentré hier soir. Comme 90% des agriculteurs qui étaient présents à Strasbourg, fatigués, mais avec une satisfaction que ce vote soit passé.
00:47Maintenant, c'est une première étape. Il faut que la Cour de justice se saisisse de ce dossier-là, qu'on regarde collectivement qu'est-ce qu'il en est de ce Mercosur
00:56qui date de 1999. Donc il s'en est passé du temps. Les choses ont changé. Donc je crois qu'aujourd'hui, le Mercosur doit être revu dans sa totalité.
01:06De mon côté, j'aimerais qu'il soit totalement abandonné, mais déjà un minimum qu'il soit totalement réécrit.
01:11Alors ça s'est joué à dix voix près au Parlement européen. Hier, 334 voix pour la saisine, 224 contre.
01:22Vous dites victoire ce matin, mais avez-vous gagné plus qu'un petit peu de temps, qu'un délai supplémentaire finalement, Quentin Leguius ?
01:29Parce que la Commission européenne dit qu'on va quand même appliquer provisoirement le texte, certainement.
01:34— Oui. Bon. Alors là, il faut quand même faire attention. Je crois qu'on reste dans une Union européenne démocratie.
01:44Là, la démocratie vient de parler. Aujourd'hui, il y a une demande de pause, de remise en question de ce Mercosur.
01:51Si Mme Mandelaïen ou la Commission européenne avaient arrivé en disant qu'il faut l'appliquer provisoirement, tant pis, coûte que coûte, on y va,
01:57ça reste quand même du forcing. Je suis pas sûr que ça soit le mieux vu pour tout le monde. Voilà. Donc il faut remettre un peu une once de réflexion un peu dans tout ça.
02:07Oui, on gagne mieux du temps. Mais surtout, il va falloir utiliser ce temps pour pouvoir réécrire. C'est ce que je disais. Réécrire, revoir, recommencer ce Mercosur.
02:17— Non. Parce que les libres échanges, on y croit. Mais se forcer à signer avec des aliments qui vont venir dans l'Union européenne,
02:26qui vont venir mettre à mal l'agriculture française européenne, alors on peut me parler d'un petit pourcentage.
02:31Sauf que c'est quel signal qui est envoyé aux agriculteurs ? On est en pleine crise depuis des années. On a besoin de soutien.
02:37Et en face de ça, Mme Mandelaïen, elle souhaite, coûte que coûte, faire rentrer ces aliments-là pour une industrie automobile allemande ou je ne sais quoi.
02:45Donc bon, il faut remettre un peu de bon sens. On demande du soutien. Et que Mme Mandelaïen arrête ses caprices.
02:51— Alors c'est intéressant parce qu'il y a plein de choses pour vous répondre. C'est que certes, Ursula Mandelaïen milite sans doute
02:57pour pouvoir vendre plus de Mercedes et de machines outils allemandes en Amérique du Sud. Elle défend aussi l'idée, l'argument géopolitique
03:04en disant « Voyez, les tensions avec les États-Unis, il faut un peu nous diversifier et trouver d'autres partenaires ». Je voudrais juste revenir sur un point.
03:10Vous avez dit qu'on n'est pas fondamentalement contre les accords de libre-échange chez les jeunes agriculteurs.
03:14Par contre, on ne veut pas de ce genre d'accord-là, celui du Mercosur. Alors l'accord idéal avec le Mercosur, ce serait quoi pour vous, Quentin Leguillous ?
03:22— Eh bien pourquoi mettre de la matière agricole face à de l'industrie ?
03:28Moi, enfin, si demain, on avait des libre-échange à faire, à ce moment-là, qu'est-ce que nous, Français, moi, agriculteurs,
03:33je peux envoyer plus que 5 000 litres de vin et plus que 10 000 litres ou 10 tonnes de poudre de lait ?
03:41Garder un contrat de libre-échange qui soit égalitaire pour les pays du Mercosur.
03:48Mais pour nous, là, aujourd'hui, c'était « Faisons rentrer des aliments, envoyons un petit peu de vin, un petit peu de poudre de lait,
03:54ni plus ni moins, et le reste. Par contre, nous, on veut aller utiliser vos mines.
03:58Il faut qu'on aille chercher. Il faut qu'on puisse vendre des voitures. »
04:00Non. Il faut qu'on parle des mêmes choses. Et en fait, systématiquement, on met l'agriculture en balance pour tout le reste de l'industrie.
04:08Mais c'est pas comme ça que ça fonctionne. Et en plus de plus, sans contrainte derrière, on va faire rentrer des aliments,
04:14on va faire rentrer des produits qui sont avec des antibiotiques, avec des hormones, des betteraves de l'éthanol, etc.,
04:20qui sont produits avec des produits phytosanitaires interdits depuis des fois 20 ou 30 ans sur le sol européen.
04:26Et là, non. On va les faire rentrer et on va les donner à nos enfants.
04:30Et vous ne croyez pas aux mesures, aux clauses de sauvegarde, aux clauses miroirs notamment,
04:35celles qui seraient censées contraindre les agriculteurs sud-américains à aligner leurs normes sanitaires et environnementales
04:41sur celles des Européens ? Vous ne pensez pas que ça va marcher, ça ?
04:44Quel contrôle ? En fait, c'est ça. Qui va contrôler ? C'est aujourd'hui notre grosse question.
04:50Qui va contrôler ? Quand on nous parle de clauses miroirs, clauses de sauvegarde, je veux bien l'entendre,
04:55dans le fond de l'idée, pourquoi pas, mais qui va les appliquer ? Qui va les contrôler ?
04:59Qui va aller au port pour aller se... Il faudrait même aller au port en départ là-bas du Mercosur
05:03pour dire non, ça ne va pas, ça ne peut pas partir, ça ne peut pas venir dans l'Union Européenne.
05:08Personne ne va le faire. Nous ne sommes pas capables aujourd'hui de mettre en place ces clauses miroirs.
05:12Et quand, en plus de ça, on a les pays du Mercosur qui souhaitent refuser les clauses de sauvegarde,
05:17ça en dit long quand même.
05:19C'est quoi la prochaine étape pour vous maintenant, Quentin ? La vigilance, j'imagine ?
05:22Prochaine étape, déjà, on a des gros enjeux quand même européens qui sont toujours là.
05:27On a le futur budget de la PAC, donc il va falloir qu'on revienne autour de la table des négociations,
05:31parce que c'est pareil, on nous parle de la Mercosur.
05:33Mais en face de ça, on nous dit, bon, il faut produire plus vert, plus efficacement,
05:40des fermes familiales, etc., etc. D'accord, très bien, mais on vous retire de l'argent sur la PAC,
05:45sur la prochaine politique agricole commune.
05:47Donc non, ça, ce n'est pas possible.
05:48Il faut déjà un minimum qu'on soit sur un budget équilibré, constant par rapport aux autres.
05:52Et puis on aimerait bien qu'il puisse s'augmenter, parce qu'il faut qu'on puisse aller rechercher.
05:58Renouvellement des générations, c'est vraiment quelque chose qui nous tient.
06:00Et puis surtout, l'adaptation avec les territoires, le changement climatique qui met à mal les filières.
06:05Donc on a vraiment besoin de ressources, de revenus et d'accompagnement de l'Europe.
06:10Et voilà, aujourd'hui, il faut qu'on marche ensemble et non pas séparément au sein de l'UE.
06:15Voilà, avis aux jeunes qui sont tentés par l'agriculture.
06:18C'est le secrétaire général des Jeunes Agriculteurs qui vous le dit ce matin,
06:21Quentin Leguillot, qui était avec nous ce matin sur Europe 1.
06:24Merci à vous, Quentin Leguillot.
06:25Et puis, bonne reprise du travail sur votre exploitation aujourd'hui.
06:29Bonne journée à vous.
06:30Bonne journée à vous.
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