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  • il y a 2 jours
Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Dominique Reynié, professeur à Sciences Po et directeur général de la Fondapol.

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00:007h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin le directeur général de la Fondapol, Dominique Reynier.
00:06Bonjour Dominique Reynier.
00:07Bonjour Dimitri Pavlenko.
00:08Bienvenue sur Europe 1, je rappelle, la Fondapol, la fondation pour l'innovation politique.
00:12On parle de la fin de vie avec vous ce matin Dominique.
00:14Le projet de loi visant à légaliser l'euthanasie et le suicide assisté revient aujourd'hui à l'Assemblée nationale
00:20après avoir été rejetée au Sénat la semaine dernière.
00:23Ce qui d'ailleurs illustre assez bien finalement les tensions éthiques et politiques sur cette mesure,
00:28la création d'un droit à l'aide à mourir, dont on entend pourtant depuis des années qu'elle est ce que les Français attendent.
00:33Alors récemment vous avez publié à la Fondapol, Dominique Reynier, une étude sur ce qu'en pensent les Français avec Opinion West de cette euthanasie.
00:41Et bien votre conclusion elle dit exactement l'inverse.
00:43Vous nous dites non, les Français n'approuvent pas de légaliser l'euthanasie et le suicide assisté.
00:48Êtes-vous sûr de cette conclusion quand vous avez des sondages en face qui vous disent 92% des Français le souhaitent ?
00:53Alors les sondages en face que l'on cite sont toujours le même, qui posaient une seule question.
01:00Je n'aurai pas le temps de développer le problème que pose cette question, mais c'est une question sans alternative.
01:06C'est-à-dire qu'on vous demandait, on a demandé si on était d'accord pour accepter qu'une personne qui le demande elle-même
01:13soit euthanasiée parce qu'elle est dans une situation de grande maladie incurable,
01:19qu'elle souffre atrocement et que rien ne peut apaiser ses souffrances.
01:21Donc là on vous dit ensuite, est-ce que vous êtes d'accord pour lui dire qu'effectivement elle sera euthanasiée ?
01:26Donc c'est une question qui ne devrait pas avoir été posée en fait.
01:30Elle ne correspond pas du tout aux méthodes rigoureuses de l'enquête d'opinion.
01:36Moi j'ai interrogé 3000 personnes et puis j'ai posé des questions avec des alternatives.
01:40Parce qu'il y a le suicide assisté, il y a l'euthanasie, il y a les soins palliatifs.
01:44Et d'ailleurs Dimitri Pavlenko, quand vous avez présenté le sujet,
01:48et tout à fait à raison, vous avez parlé de l'aide à mourir,
01:51c'est une formule qui a été préemptée par les partisans de l'euthanasie et du suicide assisté,
01:56parce qu'il y a déjà un système en France qui accompagne les mourants.
02:00La loi classe néonétie.
02:01La loi classe néonétie, d'ailleurs adoptée dans des conditions absolument très triomphales.
02:05Il y a 10 ans de cela, oui.
02:06Et donc cette espèce de captation de cette notion,
02:11soit mourir dans la dignité, soit aide à mourir,
02:15qui fait que finalement on finit par assimiler dans la confusion générale.
02:20C'est ce que d'ailleurs j'ai mesuré dans l'enquête.
02:22Nos compatriotes ne savent plus très bien au fond de quoi il s'agit.
02:26Et je précise à nos auditeurs que la proposition de loi n'énonce pas les mots.
02:32Il n'y a pas le mot euthanasie, il n'y a pas le mot suicide assisté.
02:36Vous avez noté maintenant que de plus en plus,
02:38moi quand j'en parle par exemple, on met les mots sur les choses,
02:41après c'est vrai, cette contentée de l'étiquette de droit à l'aide à mourir,
02:45qui a fadit considérablement, qui atténue considérablement l'enjeu du sujet.
02:49Qui atténue et qui vous dit, c'est un droit que je demande pour moi.
02:52Si vous ne le voulez pas, je le comprends, mais ne m'empêchez pas de l'avoir.
02:57Et c'est là qu'il y a aussi, je dirais, une incompréhension
03:00de la part de nous tous, qui est grave,
03:03puisque ce droit changerait tout pour tout le monde,
03:06pas simplement pour les personnes qu'il demande.
03:08Alors, ce qui est frappant quand on lit l'enquête,
03:09c'est que finalement, les réserves ou l'opposition à l'euthanasie
03:12se lèvent quand les gens prennent conscience du sujet, s'informent.
03:15Parce qu'il y a aussi un sujet d'information,
03:17vous avez constaté que beaucoup de gens ne savaient pas vraiment de quoi il s'agissait.
03:20Mais est-ce que vous pouvez nous détailler un peu
03:21ces inquiétudes concernant l'euthanasie, voire ce rejet ?
03:25Est-ce que c'est marqué politiquement ?
03:26Est-ce qu'il y a des classes d'âge qui sont plus opposées que d'autres ?
03:29Alors, en effet, d'ailleurs c'était pour moi une vraie surprise,
03:33à dire la vérité,
03:34les jeunes générations, moins de 35 ans,
03:37sont les plus opposées à cette proposition de loi.
03:41C'est même d'ailleurs impressionnant,
03:42et d'une certaine manière,
03:44assez beau de voir ça,
03:45cette France nouvelle,
03:48à peu près les deux tiers des moins de 35 ans,
03:52sur toute une série d'items,
03:53rejettent très puissamment cette proposition de loi.
03:57Et pourquoi ?
03:58Je crois qu'ils redoutent beaucoup,
04:01enfin, c'est comme je mesure,
04:03il y a une forme de certitude là,
04:04ils redoutent beaucoup que les plus faibles
04:06soient plus exposés à cette loi si elle est adoptée.
04:12Et je suis sûr qu'ils ne connaissent pas,
04:14ces jeunes gens,
04:15qu'ils ne connaissent pas les conditions
04:17dans lesquelles on euthanasie
04:18dans les pays qui ont légalisé,
04:20les neuf pays au monde qui ont légalisé l'euthanasie,
04:23mais c'est exactement ce qu'il se passe.
04:25C'est comme s'ils avaient une espèce de préscience
04:27qui exposeraient davantage les plus faibles.
04:31La loi, c'est une sorte de pied dans la porte
04:33qui ne pourrait que s'ouvrir toujours plus, finalement.
04:36C'est le cas,
04:37ça ne fait que s'étendre ensuite
04:39à des pathologies psychiques,
04:42non pas simplement physiques,
04:43et même à des formes de dépression,
04:45enfin, tout est...
04:47Ensuite, le contrôle est perdu.
04:48Et politiquement, alors ?
04:49Et politiquement, ce qui est absolument étonnant,
04:51ce serait même, si le sujet n'était pas dramatique,
04:53ce serait même presque amusant,
04:55il n'y a aucune famille politique
04:57qui est favorable à cette proposition de loi.
05:00Même pas chez Renaissance.
05:02Même pas chez Renaissance.
05:03Et les plus opposés,
05:04c'est une espèce de droite-gauche mélangée,
05:09reconquête, ils sont très opposés,
05:11mais la France Insoumise, très opposée,
05:13le Parti Communiste, l'ELR, très opposé.
05:15Pour la question sociale, justement.
05:16Il y a cette espèce...
05:18Je pense qu'il y a un entremêlement
05:20de sensibilité culturelle,
05:22peut-être aussi,
05:23comme dans la mesure où, par exemple,
05:24les musulmans, ils sont très opposés,
05:25les catholiques aussi,
05:26il y aura une dimension religieuse
05:28pour certains Français, naturellement.
05:30Mais cette idée d'un système
05:31qui va se défaire totalement.
05:33Vous vous rappelez aussi
05:33que cette loi,
05:35si elle est adoptée,
05:37elle aura des conséquences
05:38très concrètes sur le tissu social.
05:40Ce qui s'est passé,
05:41d'ailleurs, cette loi française,
05:42vous la situez où
05:43par rapport à ce qui se voit
05:45dans les neuf pays
05:46qui ont légalisé l'euthanasie ?
05:48La situer, c'est-à-dire, vous voulez dire ?
05:49C'est-à-dire, est-ce qu'elle,
05:50c'est une loi, comment dire,
05:52limitée par rapport à ce que l'on voit hier ?
05:54Ou est-ce qu'on est déjà
05:55dans un format maximaliste ?
05:56Non, non, c'est une loi maximaliste.
05:58Et le fait que le Sénat
05:59ait rejeté le texte,
06:01ramène à l'Assemblée nationale
06:02le texte initial,
06:03celui qui a été adopté
06:05en première lecture
06:05le 25 mai 2025,
06:07c'est un texte,
06:08qu'on peut dire, radical.
06:10Par exemple,
06:11les pharmaciens
06:11n'auront pas la clause de conscience,
06:13ils ne pourront pas
06:13refuser de vendre
06:14la substance mortelle
06:16qu'on viendra chercher
06:18pour administrer
06:20l'injection létale.
06:21Donc, les médecins,
06:22il va falloir,
06:23ça va être compliqué.
06:25La loi veut demander
06:27aux médecins
06:28et aux pharmaciens
06:29de fouler au pied
06:30le serment
06:30qu'ils ont pris.
06:32Donc, c'est une loi étrange
06:33de ce point de vue-là.
06:35Et aucun pays,
06:36aucun des neuf pays,
06:37il n'y a que neuf pays,
06:38d'ailleurs,
06:38je préfère le dire,
06:39parce que 193 pays
06:41existent aujourd'hui
06:42dans ce monde,
06:43neuf pays seulement
06:44ont légalisé
06:45l'euthanasie
06:46et le suicide assisté.
06:47C'est déjà en soi
06:48un motif de réflexion
06:49que de voir
06:50qu'il y a une si petite
06:51part de l'humanité,
06:522,6% des humains
06:53vivent sous ce régime.
06:54Il n'a pas fait la preuve
06:55de son efficacité
06:57ni de sa valeur éthique.
06:59Merci beaucoup,
06:59Dominique Régnier.
07:00Votre étude Fondapol,
07:01elle est à retrouver en détail
07:02sur le site de la Fondapol,
07:03évidemment,
07:04à bon entendeur,
07:05alors que le sujet
07:06revient aujourd'hui,
07:07le projet de loi
07:08à l'Assemblée Nationale.
07:09Merci d'être venu nous en parler,
07:10Dominique Régnier.
07:10Bonne journée à vous.
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