00:00Votre signature Europe 1 du jour, bonjour Eugénie Bastier.
00:03Oui, bonjour, pardon, excusez-moi.
00:05A distance exceptionnellement ce matin, mais ça ne change rien pour les auditeurs d'Europe 1.
00:09Vous voulez nous parler ce matin d'une étude de l'Institut Elab pour le Cercle des économistes
00:12qui brosse le portrait des 15-29 ans, jeunesse qui se caractérise par une grande anxiété, Eugénie.
00:19Oui, la radicalisation politique d'une partie de la jeunesse qui a été rendue visible par les tragiques événements de
00:24ces derniers jours
00:24ne doit pas nous faire oublier que c'est l'arbre qui cache la forêt d'une grande dépolitisation.
00:30Loin d'être engagée, la jeunesse française se caractérise par un rejet de la chose publique,
00:34un repli sur la sphère privée et un individualisme absolu.
00:38C'est ce que montre en tout cas cette étude Elab menée auprès de 5000 jeunes de 15 à 29
00:42ans.
00:43Alors ce qui frappe d'abord, c'est la détresse psychologique de ces jeunes.
00:47Trois jeunes sur dix disent avoir régulièrement des problèmes de santé mentale,
00:51un tiers se sentent seuls en permanence, avec un écart important entre hommes et femmes
00:56puisque 67% des femmes disent avoir eu déjà des problèmes de santé mentale,
01:00pour 51% des hommes.
01:02Parmi les sources d'angoisse testées, il n'y a pas l'éco-anxiété
01:06puisque seuls 18% des 15 à 29 ans citent les conséquences du dérèglement climatique.
01:12Non, les premières causes d'anxiété sont des angoisses du quotidien,
01:14la situation financière, l'avenir professionnel, la santé,
01:18la problématique du logement trop cher qui concerne huit jeunes sur dix.
01:23Face à ces difficultés matérielles et cette angoisse vis-à-vis de l'avenir,
01:27Eugénie, les jeunes ont tendance à se replier sur la sphère privée.
01:31Oui, c'est ce que j'appellerais le syndrome l'ENA-situation,
01:34du nom de l'influenceuse phare de cette génération
01:37qui prône l'amour de soi comme réponse au mal-être.
01:40L'impératif numéro un de cette jeunesse est de se préserver,
01:44de prendre soin de soi avant toute chose.
01:47Le sommeil, l'alimentation, le sport deviennent des préoccupations constantes,
01:51plus que de se lancer dans des projets, de voyager ou de réussir sa vie professionnelle ou familiale.
01:57Près de six jeunes sur dix disent qu'ils feront toujours passer leur santé avant toute contrainte.
02:03Autant vous dire que ce n'est pas avec eux qu'on va défendre le Groenland.
02:05Ils revoient leur ambition à la baisse.
02:08Leur priorité numéro un dans la vie, passer du temps avec leurs proches,
02:12ce qui est louable évidemment en soi.
02:14Le problème, c'est que s'ils craignent la solitude,
02:16ils ne veulent pas pour autant fonder une famille,
02:18puisque près d'un jeune sur deux estiment que se marier et avoir des enfants
02:21n'est pas forcément un passage obligé.
02:24Alors, quelle conclusion vous tirez de cette étude, Génie ?
02:27Vous savez, dans l'histoire, il y a des grands retours de Balenci.
02:29Eh bien, cette génération Z, en fait, c'est l'exact inverse de la génération des Boobers.
02:35Ils privilégient le confort, la liberté, la tranquillité au risque,
02:39le culte du présent, à la fois dans l'avenir.
02:42Ils ont été éduqués dans une bulle de confort par des parents hélicoptères
02:46qui les ont prémunis de tout risque.
02:48Ils ont été socialisés par et pour les réseaux sociaux.
02:51Dans une comparaison sociale permanente,
02:5466% des jeunes ont le sentiment de moins bien gagner leur vie que les autres
02:57lorsqu'ils regardent ces réseaux sociaux.
02:59Ils ont été élevés aussi dans une ambiance de divorce de masse.
03:03Ils ont la peur de déplaire et d'être harcelés.
03:06Ils ont subi de plein fouet la déconstruction de toutes les valeurs
03:09et vivent dans un relativisme permanent.
03:11On leur a promis la maximisation des possibles.
03:14Ils en ont eu le vertige et se replient désormais dans le retrécissement de l'existence.
03:19Ils ne veulent pas jouir sans entrave, mais sont angoissés jusqu'à l'os.
03:24Un espoir, cependant.
03:25Il y a, chez cette jeunesse, on le voit dans cette étude,
03:28une aspiration au réenracinement.
03:3076% se disent attachés à la France,
03:3371% à leur ville ou village, 70% à leur région.
03:37C'est sans doute par là qu'il faudra reconstruire.
03:40En rebâtissant des corps intermédiaires, des solidarités organiques,
03:44des attachements et des liens qui enchassent l'individu dans une communauté plus large
03:48plutôt que de le vouer au fantasme d'une autonomie absolue qui le rend malheureux.
03:53Signature Europe 1, Eugénie Bastier.
03:55Merci beaucoup, Eugénie.
03:56Il est 8h44 dans un...
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