00:00Il est 7h50 et Benjamin Duhamel vous recevez le ministre de l'éducation nationale.
00:04Bonjour Edouard Geffray, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter à l'aube de cette nouvelle journée
00:08de mobilisation en soutien du mouvement des lycéens.
00:11On va en parler dans un instant mais il faut d'abord qu'on revienne sur ce drame hier au
00:14collège Lacanale à Aubagne.
00:16Le principal du collège est une enseignante blessée par des tirs au fusil de chasse.
00:20Le suspect est un adolescent de 14 ans, une enquête a été ouverte pour tentative d'assassinat.
00:25Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ce matin Edouard Geffray sur le mobile qui aurait pu conduire cet
00:31adolescent, ce suspect, à passer à l'acte ?
00:33Alors on ne connaît pas le mobile. Il y aura une enquête évidemment, l'enquête permettra peut-être de le
00:39dire.
00:39Ce qui est frappant c'est le caractère prémédité. C'est-à-dire que c'est un jeune qui avait
00:44organisé son périple si je puis dire.
00:46Heureusement il a été interrompu dans son périple par un personnel extraordinaire mais il avait organisé son périple et il
00:52a eu le temps quand même de recharger son fusil en cours de route.
00:54Donc on est quand même bien sur un jeune qui avait une intention clairement de tuer.
00:59Mais donc quand la procureure évoque l'hypothèse de harcèlement, ça vous n'avez pas d'éléments qui corroborent ça
01:05?
01:05Alors on a regardé évidemment du côté purement administratif et à ce stade parce qu'une fois encore, y compris
01:10parce qu'on a des collègues qui sont encore hospitalisés,
01:12mais aucun élément à l'éducation nationale ne permettrait d'attester un tel contexte.
01:21C'est posé une nouvelle fois Edouard Jeffrey la question de la sécurisation des établissements scolaires.
01:26Martine Vassal, la présidente du département des bouches de Rhône, dont dépend le collège, expliquait hier que l'établissement, le
01:31collège Lacanale, avait refusé d'être sécurisé avec un portique.
01:35Est-ce que ça aurait changé quelque chose ? Est-ce que c'est un débat légitime pour vous ?
01:38Alors le débat de la sécurisation des établissements scolaires, il est légitime parce qu'il y a une irruption dans
01:42l'école et contre l'école, d'ailleurs on le voit ces jours-ci, d'une violence absolument débridée.
01:47Maintenant, mettre des portiques, ça sert uniquement à empêcher des individus extérieurs d'entrer dans l'école.
01:53Lui c'était un élève de l'école, donc il serait rentré exactement de la même façon.
01:56Ça n'aurait en l'occurrence rien empêché.
01:59Edouard Jeffrey s'ouvre donc ce matin une nouvelle journée de mobilisation à l'appel de l'intersyndicale étudiante et
02:04professionnelle.
02:04Hier, 96,5% des établissements étaient ouverts, 130 lycées étaient fermés.
02:10Je rappelle qu'il y a 3700 lycées en France.
02:13Est-ce qu'aujourd'hui on est à peu près dans le même étiage ou est-ce que cela a
02:16diminué encore ?
02:16Quel chiffre pouvez-vous nous donner ce matin sur le nombre d'établissements fermés ?
02:20Alors aujourd'hui, on devrait être sur environ, je vous dis environ parce que ce n'est pas l'unité
02:24près, mais environ 200 établissements fermés.
02:26Ce qui est moins que la semaine dernière, mais ce qui est aussi logique parce qu'il y a des
02:30établissements qui sont sur les parcours ou très proches des parcours des manifestations.
02:34et donc qui ferment pour éviter les dégradations.
02:36Donc en réalité, on est plutôt sur une décrue par rapport aux semaines précédentes.
02:39Donc ça veut dire, Edouard Jeffrey, que maintenant pour dire les choses, vous misez sur une décrue de cette mobilisation
02:44des lycéens
02:45avec en point d'orgue à la fin de la semaine le début des vacances et donc un mouvement qui
02:49s'éteindrait progressivement.
02:49C'est ça le pari du gouvernement ?
02:51Non, pas du tout. Non, non, je mise sur deux choses.
02:53Enfin, je ne mise pas d'ailleurs, mais je compte sur la démocratie.
02:57Et la plateforme lycéenne qu'on a ouverte a déjà reçu 86 000 contributions.
03:01Pas tout à fait neutre.
03:03En termes d'expérience démocratique, c'est par exemple plus que le nombre de personnes qui ont voté pour Raphaël
03:08Guxman à la primaire.
03:09Vous voyez, ça vous donne.
03:10Le corps électoral n'est pas exactement le même.
03:12Non, non, tout à fait.
03:12Mais c'est pour vous dire que personne ne conteste le caractère démocratique par défini.
03:15On n'est certainement pas moins de cette primaire.
03:17Donc on voit bien qu'il y a une forme de démocratie lycéenne qui s'est exprimée.
03:19Donc ça, c'est la première chose qui est quand même assez intéressante.
03:22Et puis la deuxième chose, c'est qu'on commence à apporter quand même des solutions très concrètes,
03:25notamment sur le remplacement.
03:27Et donc les lycéens sont entendus.
03:29Ils peuvent évidemment continuer à s'exprimer dans le cadre de liberté manifestée.
03:32Ça, c'est leur droit le plus strict.
03:34Et en revanche, moi, mon aspiration profonde, c'est que chacun puisse retourner en cours devant ses professeurs.
03:39Parce qu'à la fin, le vrai risque, c'est que notamment les élèves des quartiers les plus défavorisés
03:44perdent des millions d'heures de cours et que ça leur porte préjudice.
03:46Donc ce que vous dites ce matin aux lycéens, c'est là, il est temps d'arrêter de bloquer,
03:50il est temps de revenir et de retourner en cours.
03:52Ce que je leur dis, c'est qu'ils peuvent toujours exercer leur liberté de manifester
03:55et que ça, c'est la règle absolue.
03:57Et que par ailleurs, mon souhait le plus cher pour eux, c'est qu'ils puissent effectivement être en cours.
04:01Alors Edouard Geffray, il faut qu'on s'arrête sur les réponses que vous avez commencé à apporter.
04:04D'abord sur ces fameux 3000 professeurs remplaçants que vous avez décidé d'affecter aux...
04:09Ils ont beaucoup suscité votre attention.
04:10Absolument, que vous avez décidé d'affecter aux 514 établissements qui en ont le plus besoin.
04:14Qu'est-ce que vous répondez, Edouard Geffray, aux lycéens, aux parents, aux enseignants
04:18qui se disent qu'il a fallu des blocages dans toute la France
04:21pour que vous trouviez ces un peu plus de 3000 enseignants à mobiliser tout de suite devant les élèves ?
04:27Que ça fait un an qu'on y travaille.
04:29Et donc ça fonctionne seulement au moment où il y a trois semaines de mobilisation des lycéens ?
04:35Non, non, non, c'est pas un hasard.
04:36C'est pas complètement un hasard au sens où ça fait un an qu'on y travaille.
04:40Première chose.
04:41Nous sommes une structure de 1,2 millions de personnes.
04:44Et donc quand vous avez besoin de remplacer, vous devez remplacer entre guillemets du 1 pour 1.
04:47C'est-à-dire un professeur de mathématiques remplace un professeur de mathématiques, etc.
04:50C'est un tout petit peu plus compliqué que une structure administrative classique.
04:54Ça, je pense que tout le monde peut le comprendre.
04:56Dans ce cadre-là, vous avez un enjeu qui est l'enjeu d'optimiser votre capacité
05:00à effectivement affecter le professeur remplaçant au bon endroit.
05:03Et là-dessus, on était sur des outils, objectivement, un peu archaïques.
05:07Il se trouve que ça fait un an qu'on y bosse et qu'on a désormais des outils qui
05:10sont nettement plus performants.
05:11Et donc ça, vous avez réussi en quelques semaines à optimiser ce que vous n'aviez pas pu optimiser pendant
05:15un an ?
05:15Ils ont été livrés grosso modo fin septembre.
05:17Ils sont en cours au déploiement.
05:18Pas dans toutes les académies, mais en l'occurrence dans celles qui sont les plus tendues.
05:21Et donc il y a effectivement 3 000 collègues qu'on est en mesure d'affecter,
05:24qui n'étaient pas affectés à l'instant T où je vous ai parlé la semaine dernière,
05:26qu'on est en mesure d'affecter.
05:27Mais qu'est-ce qu'ils faisaient ces 3 000 enseignants avant d'être affectés ?
05:30Ce sont des personnes qui attendent d'être affectées au premier départ, à la première absence.
05:36Donc c'est normal qu'il y ait toujours un petit vivier comme ça volant.
05:40C'est-à-dire qu'ils n'étaient pas dans des établissements, ils attendaient d'être mobilisés ?
05:43Ils n'étaient pas devant un élève.
05:44C'est pour ça que je ne parle que de ceux qui n'étaient pas devant un élève du tout.
05:47Et c'est un enjeu d'optimisation.
05:49Mais c'est pour ça aussi que si vous voulez, de deux choses.
05:51Soit alors ils sont là pour remplacer un professeur absent,
05:53soit alors ils peuvent, et c'est aussi mon souhait, prendre en charge des petits groupes.
05:56Mais en tout cas ce qu'il y a de sûr, c'est que, parce que personne n'a pas
05:58eu du deuxième volet.
05:59Le deuxième volet, c'est qu'on crée plusieurs centaines de postes, quasiment un millier.
06:02On est en train de recruter quasiment un millier de personnes.
06:04Qui là seraient des contractuels.
06:05Qui sont des contractuels, qui vont venir augmenter notre capacité d'emplacement.
06:09Mais moi je ne vais pas dire aux Français de payer avec leurs impôts plusieurs centaines de personnel en plus,
06:14sans avoir d'abord, ou en tout cas en même temps, utilisé à plein mon potentiel de remplaçant.
06:19C'est quand même un peu du bon temps.
06:19Mais ça là-dessus, Edouard Jeffrey, on peut être d'accord.
06:21La question c'est celle du fait de savoir pourquoi ça n'a pas été fait avant.
06:26Faute à la lourdeur des outils techniques de votre administration.
06:29Voilà, et je peux même vous dire que ça marche.
06:30Parce que depuis vendredi, on a fait le point hier soir sur 23 académies sur 30.
06:34Depuis vendredi, 35% des remplaçants qui étaient donc disponibles ont déjà été affectés.
06:39Et on a déjà recruté une centaine de personnes supplémentaires depuis vendredi.
06:43Alors Edouard Jeffrey, sur ces un peu plus de 3000 qui ont été affectés,
06:46il y a des témoignages qui se multiplient sur des professeurs qui seraient mobilisés
06:49pour donner des cours d'une matière qui n'est pas leur spécialité.
06:52Je vais vous citer par exemple cette professeure qui s'appelle Agathe.
06:56Son témoignage a été recueilli par France Info.
06:58Elle est prof de maths et elle a été affectée en lettres modernes.
07:01Voilà ce qu'elle dit, ouvrez les guillemets,
07:03sachant qu'au lycée, les élèves préparent le baccalauréat de français
07:05et que je ne suis pas du tout formé pour leur présenter des textes,
07:07faire des commentaires ou que sais-je dessus.
07:09On demande à Agathe le programme de littérature.
07:11Elle n'en sait rien et répond seulement, ouvrez les guillemets,
07:14Proust, Émile Zola, j'imagine.
07:17Franchement, Edor Jeffrey, c'est effarant quand on lit ça.
07:19Non mais oui, je demande à voir.
07:22Vous ne croyez pas en ce témoignage ?
07:24J'ai regardé parce que la semaine dernière, on m'a aussi parlé d'une professeure de lettres
07:26qui était affectée pour faire de l'anglais, alors qu'en fait, il y avait deux postes,
07:29un lettre, un anglais et que finalement, elle faisait bien des lettres.
07:31Donc tous les professeurs mobilisés sont mobilisés sur leur spécialité ?
07:36En revanche aussi, et c'est important, ils peuvent aussi être mobilisés toujours dans leur spécialité,
07:40une fois encore, pour venir prendre en charge des petits groupes
07:43et pas pour forcément remplacer un professeur absent.
07:46C'est-à-dire que s'ils sont disponibles dans un établissement,
07:49on leur dit rester chez vous, on leur dit venez prendre en charge des petits groupes.
07:51D'accord, mais donc là, cette professeure de maths à qui on demande d'enseigner le français ?
07:54Je ne vois pas comment elle pourrait enseigner le français.
07:55D'accord.
07:55Et donc je vais vérifier, mais ça me paraît absolument improbable.
07:58Bon, autre point très discuté, Edouard Jeffrey, c'est ce que prévoit le budget 2027 pour l'éducation nationale.
08:02La discussion s'ouvre aujourd'hui à l'Assemblée en hausse de 1,2 milliard d'euros,
08:06mais avec, on en a là aussi beaucoup parlé, 1588 postes d'enseignants supprimés,
08:11pour être très précis, 1250 dans le public, 414 dans le premier degré, 836 dans le second.
08:16Est-ce que vous pouvez nous dire, Edouard Jeffrey, combien ça rapporte de supprimer ces 1588 postes ?
08:21Alors ça ne rapporte rien d'abord, mais...
08:25En termes d'économie budgétaire, c'est pour ça qu'on fait.
08:27En termes d'économie budgétaire, c'est de l'ordre de quelques dizaines de millions d'euros.
08:31Mais ce n'est pas ça qui compte.
08:32Ce qui compte d'abord, c'est que c'est un projet de loi de finances,
08:35un projet qui va être discuté par le mans,
08:37et notamment sur l'équilibre entre l'école, le collège et le lycée.
08:41Moi j'ai toujours dit, mais ça on le savait déjà,
08:42qu'il n'y aurait pas de postes supprimés au lycée,
08:44parce qu'au lycée vous avez encore un pic démographique.
08:46A l'école, on va perdre 110 000 élèves.
08:50Se dire que sur 110 000 élèves, ça a conduit à supprimer
08:55quelques centaines de postes de professeurs,
08:57ce n'est pas complètement déplacé.
08:59Mais si vous dites une dizaine de millions d'euros d'économie,
09:01est-ce que franchement le jeu en vaut la chandelle, Edouard Jeffrey ?
09:04Est-ce que, puisque vous dites que c'est un projet de loi de finances,
09:06laissant entendre qu'il y aura des débats,
09:08est-ce que dans le débat parlementaire,
09:10vous pourriez renoncer à supprimer ces près de 1 600 postes ?
09:14Mais très clairement, et d'ailleurs le Premier ministre l'a dit,
09:16il y aura des amendements d'initiative gouvernementale,
09:19à la lumière notamment du fruit de tous les travaux
09:22qui sont en train de nous remonter,
09:23et de toutes les contributions de la plateforme,
09:25qui pourront tout à fait conduire à interroger également
09:28cet aspect du projet de loi de finances.
09:29Un dernier mot, Edouard Jeffrey,
09:30est-ce que vous savez qu'il y a dit le 17 septembre,
09:32concernant les collèges et les lycées,
09:33on est à peu près sur quelques dizaines de postes non pourvus actuellement,
09:35donc globalement on a une rentrée que je qualifierais de correcte
09:38en termes de qualité de service public d'éducation pour les Français ?
09:40Oui, c'est le même qui vous a dit que ce serait de dire
09:42qu'il n'y aurait aucune absence non remplacée pour autant.
09:45Mais est-ce qu'on était vraiment sur une rentrée correcte
09:47en termes de service public, de l'éducation ?
09:49Est-ce que vous n'avez pas sous-estimé ce malaise
09:53qui a été perçu à travers cette mobilisation ?
09:55Alors d'abord on n'était pas sur une mauvaise trajectoire au départ,
09:58mais il y a eu un afflux assez important de congés liés au congé de naissance,
10:01qui est le nouveau congé qui a été mis en place,
10:02et ça pour le coup qui a créé une forme de distorsion.
10:05Et ensuite vous savez le malaise il est bien plus important que tout ça,
10:07et il est temps qu'on s'interroge sur les besoins de notre jeunesse,
10:09à qui on sort des discours apocalyptiques tous les jours,
10:12sur l'échauffement, sur la politique,
10:14sur l'IA qui va remplacer leur métier, etc.
10:17Et qui a en fait en réalité besoin d'une perspective rassurante.
10:19Et c'est à ça qu'il faut travailler tous ensemble.
10:21Merci beaucoup Edouard Geffray d'être venu ce matin au micro d'Inter.
10:23Merci beaucoup Edouard Geffray d'être venu ce matin au micro d'interne.