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  • il y a 18 heures
Depuis plus d’une semaine, les agriculteurs·ices se mobilisent contre l’abattage de troupeaux de bovins contaminés par la DNC, dermatose nodulaire contagieuse. Retour sur les raisons de cette crise, sur la gestion du gouvernement, sur les solutions, et surtout sur les questions et enjeux qu’elles soulèvent quant au modèle agricole français. Avec Pierre Thomas, ancien président du Modef et éleveur bovin dans l'Allier, et Thomas Gibert, porte-parole de la Confédération Paysanne.

00:00 Présentations et contexte
2:46 les raisons dela mobilisation
9:26 retour sur la mobilisation
16:17 l’abattage total, obligatoire ?
21h30 que dit la FNSEA
26:30 s’allier avec la coordination rurale ?
32:55 mercorsur er suite des mobilisations

Avec Mejdaline Mhiri, Théo Bourrieau, Marie Toulgoat et Lumi.

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Transcription
00:01Depuis une semaine maintenant, de nombreux agriculteurs et agricultrices manifestent
00:06contre la gestion de la DNC, la dermatose modulaire contagieuse, une maladie qui touche
00:10les élevages bovins. Quand le gouvernement et la FNSEA, le syndicat majoritaire, prônent
00:15l'abattage total du troupeau, le dépeuplement, lorsque un seul cas est déclaré, d'autres voix
00:20défendent une campagne vaccinale élargie et surtout un changement de modèle de production
00:24et d'alimentation. Qu'est-ce que la DNC ? Comment gérer cette crise ? Qu'est-ce qu'elle
00:28dit du
00:28modèle agricole français tourné vers le productivisme et l'export ? C'est à toutes ces questions
00:32auxquelles nous allons tenter de répondre avec Pierre Thomas, éleveur bovin, dans l'allié
00:37ancien président du MoDef, le mouvement de défense des exploitants familiaux. Pierre, bonjour.
00:42Bonjour. Merci d'avoir répondu à notre invitation. Et à côté de vous, Thomas Gibert, vous êtes
00:47maraîcher dans la Haute-Vienne et porte-parole de la Confédération de Paysannes, le troisième
00:50syndicat agricole derrière la FNSEA et la coordination orale. Bonjour Thomas. Bonjour.
00:54Et merci d'avoir répondu à notre invitation. Et évidemment, Marie Toulgoth, tu es journaliste
00:59à la rubrique Capital Travail de l'Humanité et tu es spécialiste notamment des questions
01:03liées à l'agriculture. Bonjour Marie.
01:05Bonjour.
01:05Peut-être avant qu'on se lance dans tout un tas de questions, c'est peut-être bien qu'on
01:09fasse un petit point sur la DNC que Marie, tu nous expliques un peu ce que c'est. Comme
01:13ça, tout le monde a les mêmes bases et ensuite on peut enchaîner.
01:16Oui. Alors la DNC, la dermatose nodulaire contagieuse, c'est une maladie qui touche exclusivement
01:21les bovins, qui ne se transmet pas à l'homme et qui est particulièrement contagieuse.
01:26Les premiers foyers, ils sont apparus en France métropolitaine en juin 2025, donc en Savoie
01:32et Haute-Savoie. C'était la première fois que le territoire métropolitain rencontrait
01:36ce virus qui était plutôt fréquent en Asie, en Afrique subsaharienne et depuis les années
01:422010, un peu dans l'est de l'Europe. Donc c'est un virus qui est assez peu létal, il
01:46tue moins de 10% des bêtes. Par contre, il est assez véhément, il est assez violent
01:51pour les vaches. Donc notamment, il peut conduire à des fièvres, des anorexies, de l'abattement
01:56et à l'apparition de petits nodules. Donc ce sont des petites boules sur la peau.
02:01Et donc c'est une maladie qui est catégorisée A, selon la réglementation, ce qui oblige les
02:07autorités à éradiquer le virus. Donc pour ce faire, les autorités françaises ont décidé
02:13d'un protocole sanitaire qui demande la restriction des mouvements de bovins, la vaccination sur
02:21des zones réclamentées et l'abattage ou le dépeuplement, comme le dit le protocole,
02:26total des troupeaux qui ont été exposés à au moins un cas de dermatose nodulaire contagieuse.
02:32Donc à la Confédération paysanne et au MoDef, vous avez appelé ces derniers jours à vous mobiliser
02:37dans le cadre de la multiplication de ces foyers. Est-ce que vous pourriez nous expliquer,
02:42peut-être Thomas, pour quelles raisons est-ce que vous avez décidé d'appeler à la mobilisation ?
02:48Clairement, nous à la Confédération paysanne, on s'oppose à ce protocole sanitaire depuis
02:54le début parce que d'une part, on considère qu'il est inhumain, mais surtout il est inefficace
03:02puisque le choix qui a été fait a été de limiter la vaccination autour des foyers,
03:09alors que nous, nous portions dès le début une couverture vaccinale sur l'ensemble du territoire,
03:14ce qui aurait pu permettre derrière d'éviter les abattages totaux,
03:19puisqu'il y a une étude de l'EFSA qui prouve bien que...
03:22L'EFSA, vous pouvez nous rappeler...
03:23C'est l'organisme européen d'études sanitaires qui explique bien que lorsque la couverture vaccinale est effective,
03:34il n'y a pas de différence entre une gestion par l'abattage total ou par l'abattage ciblé.
03:40Et donc nous, à partir de ce moment-là, ça nous a beaucoup touchés,
03:47puisque derrière, ce qu'on a vu, il y a eu un développement de la maladie après le premier épisode
03:54qui était dans les Hautes-Alpes cet été, alors que nous aurions pu éviter ce développement,
04:00notamment dans le sud-ouest, et donc éviter tous les drames que nous sommes en train de subir aujourd'hui
04:05si nous avions effectué cette couverture vaccinale sur l'ensemble du territoire.
04:10Et donc la réponse qu'on nous a donnée, et notamment qui a été prise par les dirigeants de la
04:16FNSEA,
04:17puisque nous, nous considérons que ce n'est plus qu'une crise sanitaire,
04:21c'est également une crise politique, une crise de gouvernance, notamment,
04:26puisque malgré le fait que la coordination rurale et la confédération paysanne avec le MoDef,
04:32nous faisons plus de 60% des votes aux élections professionnelles,
04:37la FNSEA reste totalement hégémonique dans les institutions décisionnaires des politiques sanitaires.
04:43Et donc, clairement, la ligne de la FNSEA a été plutôt de choisir de défendre une certaine vision de l
04:53'économie,
04:53bien sûr, portée sur le libre-échange,
04:56plutôt que de sauver les éleveurs de ces massacres complètement inhumains.
05:01On reviendra peut-être après sur la position de la FNSEA,
05:03parce qu'on a prévu des petites vidéos d'Arnaud Rousseau, je pense que ça va vous plaire.
05:07Lumi, Marie ? Lumi, vas-y.
05:10Pierre, je voulais vous demander aussi, comment se passe du coup la mobilisation ?
05:13Comment ça se passe ? Est-ce que vous recevez du soutien ?
05:16Le soutien de la population ? Est-ce que...
05:19Comment se passe la mobilisation ?
05:21Les agriculteurs sont très mobilisés, soit sur les barrages, mais y compris dans leurs fermes.
05:26Le soutien de la population, oui, on a une grosse partie de la population
05:30qui déjà ne comprend pas tout ce qui se passe,
05:33mais qui n'accepte pas ces drames qui se passent dans les exploitations.
05:41D'autant plus qu'on aurait pu effectivement les éviter et faire autrement
05:47si on avait eu un schéma sanitaire différent de celui qui est employé aujourd'hui.
05:54Juste, on rappelle que si...
05:56Enfin, si j'ai bien compris, si les bêtes n'ont pas été vaccinées
05:59quand vous l'avez demandé, c'est parce qu'après, on ne peut plus les exporter
06:03et que... En fait, c'est l'exportation qui prime sur, finalement,
06:07le bien-être des animaux, c'est ça ?
06:09Alors, oui, c'est ça.
06:12C'est-à-dire qu'on a une maladie qui est classée au niveau de l'Europe
06:17de manière à ce que l'on doit l'éradiquer.
06:21Sauf qu'avec un changement climatique qui est là,
06:24c'est une maladie qui a progressé vers le nord de l'Europe
06:29et moi, je reste persuadé aujourd'hui que cette maladie-là,
06:33elle ne pourra plus être éradiquée.
06:35C'est quelque chose qui est aujourd'hui terminé.
06:39Peut-être parce qu'au départ, il n'y a pas eu une gestion tout à fait correcte
06:44des choses, mais maintenant, il faut passer à autre chose.
06:47Les drames humains sont beaucoup plus importants
06:50qu'on ne veut bien le laisser paraître.
06:52C'est-à-dire qu'on ne peut pas accepter que des agriculteurs
06:54soient complètement démunis.
06:55C'est complètement... C'est inconcevable, c'est invivable.
06:59Ça, il faut se mettre dans la peau d'un agriculteur
07:01pour lequel on est en train de détruire sa vie complètement
07:06pour conserver un statut que nous n'aurons plus.
07:10que nous n'aurons plus.
07:11Donc, il faut penser, réfléchir et travailler autrement.
07:15Mais il faut aussi penser, réfléchir et travailler autrement
07:17au niveau de l'organisation agricole
07:19et au niveau de l'évolution agricole que nous devons avoir.
07:22Alors, oui, pardon.
07:24Peut-être pour compléter, effectivement, il y a cette question
07:27du statut indemne de la maladie qui freinerait en réalité
07:31les exportations, puisqu'on sait aussi que pour obtenir
07:36la couverture vaccinale sur l'ensemble du territoire,
07:38ça durerait grosso modo deux à trois mois si vraiment
07:41on s'y met à fond avec l'ensemble des parties prenantes, etc.
07:47Et il n'y aurait eu que quelques freins économiques
07:50qu'on aurait pu totalement atténuer aussi en négociant
07:52avec l'Italie, avec l'Espagne pour continuer les exportations bovins
07:57en attendant cette couverture vaccinale.
08:00Et donc, aujourd'hui, on nous sort des chiffres
08:02complètement hallucinants de la FNSA qui disaient
08:04que ça pourrait nous faire perdre 2 milliards d'euros,
08:07alors que ces chiffres représentent l'entièreté
08:11du chiffre d'affaires de l'élevage bovin en France
08:14sur une année entière.
08:16Donc, voilà, il y a une espèce de bataille de chiffres
08:18et une bataille de faire croire aussi qu'il n'y avait
08:21aucune autre solution économique, alors qu'en réalité,
08:25ce que faisait Arnaud Rousseau, c'est défendre
08:27ce système économique dont il est un des heureux gagnants
08:34et dont tous les dirigeants de la FNSA sont des gagnants.
08:39Et là, ce qui est extrêmement intéressant qu'on voit sur le terrain,
08:42c'est qu'il y a des alliances et donc il y a la coordination
08:47urale et la confédération paysanne.
08:49On y reviendra peut-être un peu plus précisément là-dessus
08:52puisqu'il y a des choses à dire, mais aussi beaucoup d'adhérents
08:56et d'adhérentes des FDSA locales et des jeunes agriculteurs
08:59et qui sont également des grands perdants de ce système libéral.
09:03Et donc, on a une sorte, en quelque sorte, d'alliance
09:07de cette classe paysanne que nous, on définit par les perdants
09:10du libéralisme qui commence à comprendre le détachement
09:15qu'il y a avec les dirigeants de la FNSA
09:20qui ne défendent que leurs propres intérêts.
09:21– Je voudrais revenir un petit peu sur les mobilisations.
09:24On a vu pas mal d'images sur les plateaux télé
09:28de violences policières, on peut le dire,
09:29dans l'Ariège notamment.
09:32Est-ce que, comment vous avez compris,
09:34comment vous avez vécu ces images de voir des CRS,
09:37des gendarmes gazés, des paysans qui finalement
09:39juste défendaient leurs troupeaux, leurs bêtes, leur exploitation ?
09:43Pierre, quand vous avez vu ces images,
09:44qu'est-ce que ça vous a inspiré, qu'est-ce que ça vous a fait ?
09:47– Alors, je pense que l'État a fait un choix,
09:52à un moment donné, en pensant que, s'il montrait un peu les muscles,
09:56les agriculteurs allaient s'arrêter sur cette opération-là,
09:59d'autant plus que la FNSA a été pour l'abattage total,
10:03en disant « on va y arriver comme ça ».
10:05Mais c'était complètement méconnaître le mal-être des agriculteurs
10:09qui n'acceptent pas qu'on détruise leur vie.
10:13Et donc, cette mobilisation-là a amené effectivement
10:18les pouvoirs publics à faire un coup de force derrière,
10:22en prenant prétexte aussi sur un certain nombre de violences,
10:25de quelques mensonges.
10:27Le ministre de l'Intérieur a fait quelques annonces
10:30qui sont un peu limites quand même, quelquefois.
10:34Je ne pense pas qu'on avait des groupes extérieurs
10:36qui soient venus, on n'a pas 20 groupes extérieurs.
10:40Après, pourquoi ?
10:43Je pense que c'est un coup de force
10:44qu'ils ont simplement voulu faire,
10:46qui a échoué, qui a échoué.
10:50Ce gouvernement est en train de défendre
10:52une position très libérale de l'agriculture
10:56qui ne répond plus du tout aujourd'hui
10:58aux besoins de la population,
11:00aux besoins des agriculteurs,
11:01qui ne répond plus aux besoins de notre société.
11:04Mais ils veulent perdurer dans ce système-là,
11:07tant que faire se peut, parce que ça va automatiquement changer.
11:10Il n'y aura pas le choix.
11:11Ça va changer.
11:12Mais tant que ça peut durer, ça dure
11:13pour pouvoir encore engranger un certain nombre de dividendes
11:16pour un certain nombre de personnes.
11:18Vous avez tous les deux utilisé le même terme,
11:20c'est celui de drame, de drame humain.
11:22Vous parlez du mal-être des agriculteurs,
11:24de destruction de vie.
11:25Peut-être pour que les spectateurs et spectatrices
11:27se rendent bien compte,
11:29Pierre, vous qui êtes éleveur bovin,
11:31qu'est-ce que ça représente dans la vie d'un éleveur
11:33ou dans la vie d'une éleveuse
11:34de perdre l'intégralité du troupeau ?
11:36C'est quoi les conséquences économiques pour l'exploitation ?
11:39C'est quoi les conséquences psychologiques ?
11:41Il y a les conséquences économiques
11:43qui sont effectivement extrêmement importantes.
11:45Mais il y a un rapport de l'homme à l'animal
11:48qui est quelque chose d'important.
11:51C'est-à-dire qu'un éleveur,
11:54quel que soit l'élevage,
11:55doit se lever la nuit,
11:57doit prendre soin de son troupeau
11:58365 jours par an.
12:00C'est-à-dire que quand on se retrouve
12:01avec un abattage de force violent comme ça,
12:05c'est aller à l'encontre de la vie.
12:08Et donc, comme c'est aller à l'encontre de la vie,
12:11effectivement, ça amène une réaction derrière.
12:13Les agriculteurs sont dévastés derrière
12:14de voir leur troupeau.
12:15Ce n'est pas possible qu'on continue comme ça.
12:18C'est un engagement total qu'ils y ont mis.
12:21Donc on ne peut pas le détruire.
12:23On ne peut pas détruire cet engagement-là comme ça.
12:26Ils ne s'en remettent pas.
12:27Les agriculteurs qui ont vécu ça
12:29sur d'autres maladies,
12:31on en a connu,
12:33sur d'autres agriculteurs,
12:35ils ne se sont jamais remis.
12:3720 ans après, c'est quelque chose qui reste.
12:39Même avec des indemnisations, par exemple,
12:42que permettrait le gouvernement ?
12:43Les indemnisations, bien évidemment,
12:45peuvent permettre de passer.
12:47Alors les indemnisations ne sont pas à la hauteur du préjudice.
12:50Aujourd'hui, quand on donne 2000 euros
12:51pour une vache de sélection,
12:53on est très, très loin du compte
12:55parce qu'il y a la perte immédiate.
12:56Il y a la perte sur les années à venir aussi,
12:59sur la production qui va arriver dans les années à venir.
13:01On est très loin du compte.
13:03Mais c'est un élément,
13:04mais ce n'est pas l'élément.
13:06C'est important parce que s'il n'y a plus
13:08de possibilité financière
13:09de pouvoir exister sur son exploitation,
13:12là aussi, c'est un autre drame.
13:13Mais l'élément essentiel, il est là,
13:15mais il est aussi sur le rapport de l'homme à l'animal.
13:19Peut-être qu'on va écouter
13:21la ministre de l'Agriculture,
13:22Annie Gennevard.
13:23C'est une des actrices importantes aussi de cette crise
13:26puisque c'est elle qui représente
13:28la réponse du gouvernement à cette crise.
13:30On écoute et puis on en discute juste après.
13:31Alors vous pouvez manifester.
13:34Oui, bien sûr, vous manifesterez.
13:36Mais on ne manifeste pas efficacement contre un virus.
13:40La stratégie qui a été établie,
13:43elle a été établie par le Parlement de l'élevage.
13:46Elle a été établie par un collectif
13:49de scientifiques, de professionnels,
13:52de représentants syndicaux.
13:54Vous pouvez avoir des formules d'estrade,
13:58mais la réalité, madame la députée,
14:00et je voudrais dire que j'ai une pensée
14:03pour tous ces éleveurs qui ont vu leur cheptel abattu.
14:06J'en connais le drame intime que cela représente.
14:10Tandis que vous, madame la députée,
14:12vous allez manifester sur la douleur d'autrui.
14:15Ce n'est pas ainsi qu'on aide les éleveurs de notre pays.
14:20C'était une réponse de la ministre de l'Agriculture,
14:24Annie Gennevard, à une députée insoumise, Manon Meunier.
14:27Quand vous entendez cette réponse,
14:29est-ce que vous prenez au sérieux
14:31la réponse du gouvernement, la ministre,
14:33quand elle dit qu'on ne manifeste pas contre un virus ?
14:35Est-ce que vous prenez au sérieux cette réponse
14:36ou ça ne sert à rien de l'écouter ?
14:38Je vous voyais tous les deux un peu secouer la tête
14:40de manière désespérée.
14:41C'est extrêmement énervant.
14:44Bien sûr, on ne manifeste pas contre le virus,
14:47on manifeste contre une politique sanitaire inhumaine,
14:51mais surtout, que je le rappelle, qui est inefficace.
14:54On nous a dit, voilà, c'est super,
14:56on a réussi à contenir la maladie dans les Hauts-de-Savoie,
15:00ça a vachement bien fonctionné.
15:01Mais en fait, derrière, il y a eu des cas dans le Sud-Ouest,
15:04il y a eu encore un cas il n'y a pas longtemps dans l'Aude.
15:07Donc, clairement, elle est inefficace.
15:09Et le seul moyen d'enrayer de manière scientifique,
15:13et on peut demander à n'importe quel veto,
15:15c'est la couverture vaccinale sur l'ensemble du territoire.
15:19Et ça, on essaie derrière de nous faire passer
15:22pour des antisciences, pour des uluberlus, etc.
15:26Mais en réalité, ils se cachent derrière leurs petits doigts,
15:29puisque en fait, ce qui les a guidés,
15:31c'est uniquement la défense de ce système économique
15:35qui a pour outil ces politiques sanitaires inhumaines.
15:39Et donc, aujourd'hui, pour nous, clairement, la grosse erreur des dirigeants de la FNSEA
15:45qui disent qu'ils ont fait à la lumière de l'économie, etc.
15:50Mais en fait, le vrai taf d'un syndicaliste,
15:53c'est de défendre les éleveurs et les éleveuses
15:56et de se démerder pour trouver des solutions politiques et économiques
15:59pour empêcher ce massacre.
16:01Et c'est clairement pas ce qui a été fait.
16:02Et aujourd'hui, nous, à la Confédération paysanne,
16:05on se dit, bon, maintenant, ça suffit,
16:07on va taper du poing sur la table
16:10et on est extrêmement nombreux à penser la même chose.
16:12On va mener ce bras de fer et on va le mener jusqu'au bout.
16:15Marie ?
16:16Oui, alors, vous dites que la solution préconisée
16:20par le gouvernement de l'abattage total est inefficace.
16:23Toutefois, quand on écoute un petit peu l'ordre des vétérinaires,
16:25par exemple, la solution qu'ils préconisent,
16:27ça reste l'abattage total,
16:29notamment pour une raison assez technique,
16:31qui est celle du délai d'incubation.
16:32Ce qu'on écoute l'ordre des vétérinaires,
16:35on apprendrait que, puisqu'une vache peut être infectée,
16:38mais ne développer des symptômes que jusqu'à 40 jours après,
16:41c'est pas assez sécurisant, disons, d'abattre de manière ciblée.
16:46Comment est-ce qu'on répond à ce genre d'argument ?
16:49Quelques arguments un peu techniques.
16:51C'est déjà, la transmission se fait par l'intermédiaire d'un autre,
16:54qui sont des insectes.
16:56Donc, on est déjà au mois de décembre.
16:59Donc, les insectes ont une vie qui est un peu ralentie à cette période-là.
17:02Déjà, ensuite, on peut très bien vacciner l'ensemble du cheptel
17:08et puis faire une surveillance derrière.
17:10Et si on a un animal qui est malade,
17:13on met en quarantaine et on n'a pas l'animal.
17:16Mais on n'a pas la totalité du troupeau.
17:19Enfin, je veux dire, il y a un protocole sanitaire qui est en place,
17:23qui est absolument obsolète aujourd'hui
17:25par rapport à la situation sanitaire dans laquelle on est.
17:28L'ordre des vétérinaires, on va oublier quand même qu'ils sont un peu en rapport
17:32avec un certain nombre d'acteurs économiques.
17:36Sur le terrain, c'est un peu plus différent que cela.
17:41Beaucoup de vétérinaires, et la majorité des vétérinaires praticiens sur le terrain,
17:45disent qu'il y a une solution.
17:47C'est la vaccination.
17:49Alors, ils ne veulent pas le dire publiquement,
17:51parce qu'ils nous disent, mais nous, on peut avoir des conséquences derrière,
17:54ce qui est assez dramatique en disant,
17:56mais si l'ordre des vétérinaires nous tombe dessus
17:58et qu'on nous interdit de travailler derrière,
18:01on n'est pas bien.
18:03Donc, quand on les rencontre en off,
18:05ils nous disent, non, mais il n'y a que la vaccination.
18:07Et autrement, c'est silence radio.
18:09On n'en parle pas.
18:11Thomas, est-ce que vous partagez cette analyse ?
18:13Parce que c'est vrai que quand on écoute, comme disait Marie,
18:15l'ordre des vétérinaires, on a un peu l'impression que c'est,
18:17puis c'est aussi la mer dont c'est présenté,
18:18que c'est la science contre l'agriculture.
18:20Est-ce que vous partagez l'analyse de Pierre sur,
18:23en fait, les vétérinaires, quand on discute avec eux sur le terrain,
18:26ils sont plutôt d'accord avec nous ?
18:27Non, mais ce qui est extrêmement énervant avec l'ordre des vétérinaires,
18:30c'est qu'ils ne parlent que de curatifs,
18:33alors que nous, ce que nous portons depuis le début,
18:36c'est une gestion aussi préventive du développement de cette maladie
18:40avec la couverture vaccinale sur l'ensemble du territoire.
18:43Et ce qu'ils ne disent pas en creux,
18:45c'est que la grosse erreur qu'ils ont faite,
18:50c'est de refuser cette couverture vaccinale
18:54sur l'ensemble du territoire dès le début.
18:56Et donc, évidemment, quand il n'y a pas d'immunité,
19:00cette stratégie semble être la plus logique.
19:05Mais en réalité, le problème vient du manque d'immunité sur le territoire.
19:11Et donc, aujourd'hui, je suis désolé,
19:13mais la science, elle ne ment pas et elle est de notre côté.
19:15On peut très bien leur demander l'heure à l'ordre des médecins,
19:18ça, c'est extrêmement important.
19:19Est-ce que vous pensez que les cas du Sud-Ouest
19:23auraient pu être évités si nous avions demandé
19:25l'élargissement de la vaccination sur l'ensemble du territoire ?
19:28Ça, il faut leur demander ça.
19:29C'est extrêmement important de leur demander
19:31parce qu'on ne leur demande jamais.
19:32Par contre, nous, on nous envoie à chaque fois,
19:34vous ne comprenez rien, le consensus scientifique nanani, nananère,
19:38mais désolé, on n'est pas débiles, les paysans.
19:40On sait de quoi on parle.
19:42On est sur le terrain.
19:43C'est nous qui sommes avec nos bêtes.
19:45On a géré énormément de crise sanitaire, etc.
19:48Et au bout d'un moment, il va falloir nous écouter.
19:50Il va falloir faire de la concertation.
19:52Il n'y a pas de consensus sanitaire à ce niveau-là.
19:55Ce n'est pas vrai.
19:56Il y a juste deux questions qui vous sont adressées dans le chat.
20:00Il y a quelqu'un qui demande si la viande est consommable
20:03après vaccination.
20:05Et si oui, pourquoi ne pas vacciner toutes les bêtes
20:07et interdire temporairement les importations de viande bovine ?
20:10Donc, il me semble que oui, je vais vous laisser répondre.
20:13Et puis, il y a une autre question.
20:13Est-ce qu'il est prévu de parler de comment la coordination rurale
20:17se renforce sur le dos de la Confédération paysanne ?
20:19On reviendra un peu après sur l'histoire des syndicats,
20:21parce qu'on a toute une partie là-dessus.
20:22Mais au moins sur la vaccination,
20:24est-ce que la viande est consommable après ?
20:26Sûr ?
20:27Pas de problème.
20:28Pas de problème.
20:29Elle ne peut plus être exportée.
20:31C'est ça qui est la crainte du gouvernement.
20:34C'est ça ?
20:34Oui, c'est juste par rapport à ces histoires d'exportation.
20:37Et moi, l'exemple qu'on ressort régulièrement, nous,
20:40c'est qu'il y a déjà eu une crise sanitaire
20:43de dermatose nodulaire contagieuse sur le territoire français.
20:46C'était en 1992 sur l'île de la Réunion.
20:51Et à ce moment-là, on a utilisé le protocole sanitaire
20:54que nous proposons, à savoir couverture vaccinale
20:58sur l'ensemble du territoire, abattage ciblé,
21:01mise sous cloche des foyers infestés.
21:04Et quand on parle avec les éleveurs et les éleveuses
21:08de la Réunion de cette crise-là,
21:09ça n'a pas été un traumatisme.
21:12Donc au bout d'un moment, il faut aussi prendre au sérieux
21:17ce protocole-là.
21:18Et en plus, on l'a déjà utilisé sur le territoire français.
21:21Donc il faut qu'on arrête aussi le délire sur...
21:27Il n'y a qu'une seule solution, le consensus scientifique.
21:30On va écouter un magnéto, une petite vidéo d'Arnaud Rousseau,
21:33parce qu'on parle beaucoup de la FNSEA
21:34depuis le début de cet entretien, et c'est important.
21:36Arnaud Rousseau, c'est le patron de la FNSEA.
21:38Donc la FNSEA, c'est le syndicat majoritaire,
21:40vous l'avez dit, proche du gouvernement,
21:42défenseur d'un modèle tourné vers l'export,
21:44dont les dirigeants sont des représentants
21:45des firmes de l'agro-industrie.
21:46Par exemple, Arnaud Rousseau, c'est un chef
21:48d'exploitation serrélière de plus de 700 hectares en Sénéma.
21:51Ce n'est pas la petite ferme paysanne.
21:54Et depuis 2017, il est à la tête du conseil d'administration d'avril.
21:57Alors si ça ne vous dit rien,
21:59c'est par exemple Puget et les marques Laisseur,
22:03le groupe Avril,
22:04donc c'est le cinquième groupe agro-alimentaire français.
22:08Donc c'est un gros groupe, quoi.
22:11On regarde ce que nous dit Arnaud Rousseau,
22:12puis on en discute juste après.
22:13La situation est très difficile sur le terrain,
22:15et la peur qui gagne l'ensemble de l'élevage français est légitime.
22:18Mais je veux vous dire que la peur n'épargne pas
22:20et n'évite pas le danger.
22:21Notre boussole, dans ce moment de grande tension,
22:24où l'émotion parfois l'emporte sur la raison,
22:28nécessite que nous prenions le juste recul.
22:30Quelle est notre boussole ?
22:31La première, c'est celle du sanitaire,
22:33appuyée sur l'expertise scientifique.
22:35Et j'ai interrogé aujourd'hui,
22:37suite à des questions du terrain,
22:39la direction générale de l'alimentation
22:41qui m'a confirmé que la seule solution à court terme
22:44promue par les scientifiques
22:46était celle de l'abattage total.
22:48Celle que depuis le début,
22:49nous avons supportée,
22:50même si elle pose beaucoup de questions.
22:51Dans ces moments de grande tension,
22:52assumer ces responsabilités doit rester notre guide.
22:55Appuyer sur la science,
22:57exigeant avec le gouvernement,
22:58sans céder à des reprises populistes
23:00ou à des questionnements qui n'ont rien à voir avec l'agriculture
23:03et qui mènent certains à confondre notre problématique d'élevage
23:07avec des sujets politiciens.
23:09Pierre, Thomas, est-ce que vous êtes des antisciences populistes et politiciens ?
23:14Alors, on n'est pas des antisciences.
23:16On est même un syndicat au niveau du MoDef
23:19qui prône les moyens suffisants
23:22pour pouvoir travailler avec la science.
23:24C'est-à-dire que tous nos organismes scientifiques doivent être dotés
23:30de moyens supplémentaires qu'ils n'ont pas aujourd'hui
23:31pour qu'on puisse évoluer et travailler.
23:34Parce qu'on a affaire à un certain nombre de défis,
23:37certes de souveraineté alimentaire,
23:39mais de défis climatiques, de défis environnementaux derrière.
23:42Et aujourd'hui, ce n'est pas nous qui sommes les antisciences.
23:46Loin s'en faut.
23:48Mais c'est ceux qui prônent le modèle existant,
23:51j'allais dire aujourd'hui passéiste.
23:53C'est eux aussi, il y a un certain nombre de gens
23:56qui sont allés manifester contre l'INRA.
23:59C'est quand même assez extraordinaire
24:00que des agriculteurs aillent manifester
24:03contre un organisme qui fait de la recherche.
24:05C'est quelque chose qui est inconcevable.
24:08C'est aussi un certain nombre d'organismes,
24:11et notamment la FNSEA,
24:12qui s'est prononcée contre l'augmentation du budget
24:17de la Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche.
24:21C'est quand même assez extraordinaire.
24:23Nous, on demande que ce budget-là,
24:24il soit augmenté de manière considérable.
24:26On a besoin de tout ça.
24:27On a besoin de moyens pour l'enseignement,
24:29on a besoin de moyens pour la recherche.
24:31Ce n'est pas nous qui proposons la restriction,
24:35c'est bien la FNSEA.
24:36C'est évidemment une question provoque.
24:39Mais Thomas Gibert, quand vous entendez Arnaud Rousseau
24:41vous dire que vous êtes...
24:42Il ne le dit pas à vous,
24:43mais on comprend quand même bien
24:44que c'est adressé aux autres représentants syndicaux.
24:47Quand vous entendez que vous êtes populiste,
24:49que vous confondez la défense de l'agriculture
24:51avec des bas-coups politiciens,
24:52qu'est-ce que ça vous inspire ?
24:56Ça m'inspire qu'on est sur la bonne ligne.
24:59Parce qu'en réalité, c'est ça le cœur du problème.
25:02C'est cette question de l'hégémonie
25:04de cette poignée d'agriculteurs mafieux.
25:10Moi, je vais jusqu'à des pratiques mafieuses
25:13de la tête de ce syndicat
25:14qui décident l'entièreté de la gouvernance politique
25:19au niveau national.
25:20Et c'est vraiment extrêmement étonnant de voir
25:22que pour une fois, M. Arnaud Rousseau
25:24s'inquiète de ce que dit la science.
25:26On l'a bien vu lors de la dernière séquence
25:28sur la loi Dupland, où il s'est attelé
25:31à, bien sûr, démonter tout le consensus scientifique
25:35qu'il y avait autour des pesticides, etc.
25:37Et il s'est attelé par rapport à ça.
25:39Et aujourd'hui, clairement, le consensus scientifique,
25:43il n'y a pas vraiment de consensus scientifique
25:45puisqu'il y a aussi une sorte d'omerta,
25:47comme on l'a rappelé, de l'ordre des vétérinaires
25:50qui envoie des lettres de menace de radiation
25:54aux vétos qui oseraient un peu élever la voix.
25:56Donc, clairement, c'est une situation qui est verrouillée
26:01et extrêmement compliquée pour pouvoir aussi
26:04avoir une autre voix.
26:05Mais heureusement, dès qu'on élargit la loupe
26:08et qu'on voit plutôt dans les organisations européennes,
26:11on voit bien que l'étude de l'EFSA montre
26:13que notre protocole est sérieux,
26:14mais aussi la fédération vétérinaire européenne
26:19qui prend exactement les mêmes positions que nous.
26:21Donc, il faut aussi aller voir ailleurs
26:23que ce qui est présenté par les dirigeants de la FNSEA.
26:27Je voulais vous demander aussi un petit peu autre chose,
26:30mais dans les manifs, sur les blocages ou encore dans les médias,
26:33on voit beaucoup la confédération paysanne
26:35et la coordination rurale.
26:36Donc, la coordination rurale, pour ceux qui ne connaissent pas,
26:39c'est plutôt proche de l'extrême droite,
26:41violente envers les organisations de défense de l'environnement,
26:43opposée à l'agrobusiness, mais pas au libre-échange en tant que tel.
26:46Et Bertrand Vanto, nouvellement élu, appelle, par exemple,
26:49à faire la peau aux écolo.
26:51Alors, pourquoi est-ce qu'on vous retrouve ensemble, en fait ?
26:54Est-ce que vous avez les mêmes constats, mais pas les mêmes solutions ?
26:57Pour que l'on soit clair, avec la coordination rurale,
27:01on a des fractures idéologiques énormes.
27:04Et il n'est clairement pas question de les mettre sous le tapis.
27:06En revanche, là, ce qui se passe,
27:08c'est qu'on a la même sensibilité à défendre les éleveurs et les éleveuses,
27:12et on se retrouve dans la même situation de détresse,
27:15et que c'est en fait tout naturellement qu'on se retrouve ensemble sur les blocages.
27:19Même si, bon, il faut l'avouer, parfois c'est compliqué.
27:23C'est des alliés encombrants ?
27:25Je n'irai pas jusque-là.
27:27En tout cas, heureusement qu'on est ensemble,
27:29parce que c'est ça qui permet aussi de construire le rapport de force nécessaire
27:32dans cette situation-là.
27:34Et aujourd'hui, il n'est clairement pas question
27:38d'élargir ensemble les revendications,
27:40mis à part la question du Mercosur,
27:42qui est une question extrêmement urgente dans l'agenda politique
27:46et pour lesquelles on est à peu près tous d'accord dans le monde agricole,
27:50même tous d'accord dans le monde agricole.
27:52On va revenir sur le Mercosur,
27:54parce que ça fait aussi l'actualité.
27:56Mais juste avant, je vais vous passer à un autre passage d'un euro-sous,
27:59parce que je sais que vous en raffolez.
28:00Ah oui, merci.
28:02On regarde ça, puis on en discute juste après.
28:04Il y a une double situation.
28:06Évidemment, à court terme, la protection des troupeaux,
28:08mais aussi à moyen terme, le maintien du prix de nos produits
28:12et le combat pour faire en sorte que l'Europe ne nous mette pas encore une fois sous cloche
28:16et dégrade le prix de la viande, le prix des veaux laitiers
28:19et interdise l'export de nos fromages.
28:22Est-ce que là, Arnaud Rousseau, il n'est pas en train de reconnaître face caméra
28:24qu'en fait, le vrai problème, c'est l'exportation et c'est le modèle
28:27et que ce n'est pas vraiment ni la vie des paysans, ni la vie des bêtes ?
28:31Là, pour moi, ce n'est pas que l'exportation,
28:34c'est le système libéral, le libre-échange de manière générale
28:39qui met en compétition les paysans et les paysannes du monde entier,
28:43qui fait qu'on tire toujours plus les prix vers le bas,
28:46qui tire toujours plus les normes sociales et environnementales vers le bas.
28:51Et effectivement, là, on est assez étonné de le voir sur cette ligne-là.
28:56Et bon, bien sûr, la FNSEA s'oppose au Mercosur,
29:00mais pour nous, pour Arnaud Rousseau, ça doit lui déchirer le cœur.
29:05Mais malheureusement, il ne peut pas laisser passer ça
29:08puisqu'il y a les fédérations bovines qui poussent énormément
29:12pour qu'ils tiennent la position.
29:13Mais clairement, s'il n'y avait qu'Arnaud Rousseau dans ce syndicat,
29:17il accepterait ce traité de libre-échange.
29:19Il ne s'est jamais opposé du tout au libre-échange
29:24puisque, encore une fois, lui, il a bâti sa fortune
29:27sur la spéculation des matières premières.
29:29Donc lui, son intérêt propre, c'est que ce système économique perdure.
29:33Pierre, vous voulez réagir ?
29:34Ce système économique, il est voué à l'échec aujourd'hui.
29:40On est déjà dépendant des autres pays pour notre propre alimentation.
29:45On ne va jamais pouvoir concurrencer ou des pays de l'Est ou le Brésil
29:49ou un certain nombre de pays par rapport à nos productions.
29:52Si nous ne sommes pas capables, dans notre pays,
29:55de produire notre propre alimentation,
29:56nous serons extrêmement fragiles
29:58pour pouvoir être indépendants politiquement et socialement derrière.
30:03Donc il faut absolument qu'on retrouve une certaine souveraineté de production
30:09à ce niveau-là.
30:10Ça me paraît absolument indispensable.
30:12Mais le système libéral ne le permet pas.
30:15Il ne le permet pas.
30:16Il faut qu'on change de ce système agricole.
30:18Il faut qu'on produise, il faut que l'agriculture
30:20serve notre population, serve notre nation.
30:24Si on continue de travailler comme ça,
30:26on s'aperçoit, aujourd'hui, on parle beaucoup de malbouffe,
30:29où nous sommes en capacité, dans notre pays,
30:33d'avoir des productions de qualité
30:35qui répondent aux besoins de notre population.
30:38Et ce système économique qui est en place au niveau agricole
30:41nous empêche de le faire.
30:43Donc il faut qu'on change ce système économique à tout prix
30:46pour pouvoir répondre aux besoins
30:47et permettre aux agriculteurs de vivre correctement sur le territoire
30:51et en nombre suffisant également.
30:53Vous dites que ce système nous empêche de faire ce que vous dites.
30:56Est-ce que ça veut dire qu'en fait,
30:57la France se base beaucoup sur l'exportation ?
31:00Est-ce que vous pouvez nous expliquer un petit peu
31:01qu'est-ce qu'on exporte, qu'est-ce qu'on importe
31:04et pourquoi, dans l'état actuel des choses, c'est impossible ?
31:07Sur la politique agricole, depuis très longtemps,
31:09on a voulu amener une spécialisation de la production agricole.
31:14Certaines régions, certains producteurs.
31:15Dans l'objectif, un objectif économique relativement simple,
31:19c'est-à-dire que si on est sur un système
31:20qui est avec une production, avec une monoproduction,
31:25on peut arriver à baisser les coûts.
31:27Sauf qu'on est en Europe et qu'on est en France.
31:30Et que ce système-là, il est mis en place dans d'autres secteurs du monde
31:35et qui sont beaucoup plus performants que nous de ce côté-là,
31:38ne serait-ce que parce qu'ils utilisent des produits
31:40qu'on interdit à juste raison,
31:42et aussi socialement, parce que socialement,
31:45il y a des pays qui sont extrêmement dégradés.
31:47Nous, on a encore beaucoup d'améliorations à avoir de ce côté-là,
31:49mais il y a des pays qui sont extrêmement dégradés
31:52et qui font qu'ils ont des prix à moindre coût.
31:55Et on veut essayer d'aller concurrencer ces pays-là.
31:58On n'y arrivera jamais.
32:00C'est illusoire de penser à ça.
32:03Concentre-nous sur une production de l'alimentation
32:06pour nos populations.
32:08Bien évidemment qu'il va falloir faire des échanges
32:09avec d'autres pays.
32:11Évidemment qu'on ne va pas rester sclérosés sur nous-mêmes.
32:13C'est une évidence même.
32:15Mais concentre-nous pour répondre aux besoins.
32:18L'alimentation n'est pas un bien comme un autre.
32:22On peut se passer de téléphone,
32:23on peut se passer de n'importe quoi,
32:25on ne peut pas se passer d'alimentation.
32:26Et c'est quelque chose qui est indispensable.
32:29C'est quelque chose qu'il faut que chacun
32:30prenne bien conscience.
32:32Et il faut que les pouvoirs publics,
32:33il faut que le gouvernement prenne conscience,
32:35parce que je ne suis pas sûr qu'ils aient
32:37complètement conscience de ça.
32:39C'est-à-dire que l'alimentation,
32:40c'est indispensable,
32:42que le reste on peut faire un peu avec
32:45en cas de difficulté.
32:47Mais ça, on ne peut pas.
32:48Et ce n'est pas l'argent qui va nous régler tout ça.
32:50On a besoin d'avoir une rentabilité, évidemment.
32:53Nous, on a besoin de vivre derrière.
32:55Peut-être qu'il ne nous reste pas beaucoup de temps.
32:57Marie, parce qu'on parle beaucoup du Mercosur
32:59depuis le début.
33:00Peut-être que tu nous fais un petit point rapide
33:01sur ce que c'est et les enjeux que ça soulève.
33:04Et puis une dernière question,
33:04puis on s'arrêtera là malheureusement.
33:06Vous pointez tous les deux les failles du système néolibéral, libéral.
33:11Le traité entre l'UE et le Mercosur
33:13risque d'en remettre une couche.
33:15Parce que pour rappel, c'est un traité
33:17qui va probablement être signé
33:19par la présidente de la commission ce samedi.
33:21Ça fait 20 ans qu'il est en négociation.
33:23Et il prévoit la suppression
33:25ou l'abaissement des barrières tarifières
33:27entre des produits qui seraient échangés
33:29entre l'Union européenne d'un côté
33:30et les pays d'Amérique du sud de l'autre.
33:32Parmi ces denrées, parmi ces biens,
33:35il y aurait des denrées alimentaires
33:37qui seraient massivement exportées,
33:39notamment du Brésil jusqu'en Europe.
33:42Et parmi celles-ci, on compte du bœuf,
33:44de la volaille, du sucre,
33:45à plus faible échelle, de l'éthanol.
33:47Donc concrètement, les éleveurs aujourd'hui
33:49qui sont confrontés à la DNC
33:51seront demain probablement confrontés
33:53à l'importation massive de bœufs
33:55produits à coûts très inférieurs
33:57et donc qui risquent de tirer les prix à la baisse.
34:00Donc vous, à la Confédération Paysanne,
34:02et au MoDef, vous êtes de longue date
34:04opposés à un tel accord de libre-échange.
34:06Est-ce que les éleveurs, vous pensez,
34:09vont ajouter cette revendication
34:10à leur arsenal de mobilisation
34:12ces prochains jours ?
34:14Ou pas véritablement ?
34:15Oui, clairement, il n'y a pas mieux
34:18pour mettre de l'huile sur le feu
34:19que de rajouter la signature
34:22par le Conseil de l'UE cette semaine
34:24du Mercosur.
34:25Que l'on soit clair.
34:27Donc là, clairement, nous, ce que l'on dit,
34:29c'est qu'il faut impérativement
34:30que Macron se bouge pour construire
34:33la minorité de blocage nécessaire
34:35au blocage de cet accord de libre-échange.
34:38Et nous, clairement, sur le terrain,
34:40on va rajouter, bien sûr,
34:42cette revendication-là.
34:43Et ça se rajoute à la colère
34:46qui est déjà extrêmement émotionnelle
34:48et qui, derrière, va rajouter, en fait,
34:52une vision de revenu agricole
34:54qui concerne absolument l'entièreté
34:57du monde agricole.
34:58Et ce que je voulais dire aussi
34:59sur cet accord de Mercosur,
35:01c'est que là, c'est pas qu'une question
35:03agricolo-agricole.
35:05On parle d'alimentation.
35:07C'est des choses qui vont se retrouver
35:09dans l'assiette de l'ensemble
35:10des citoyens et des citoyennes.
35:11Et c'est pour ça que nous faisons
35:13un appel un peu solennel aussi,
35:15aujourd'hui, à rejoindre nos mobilisations,
35:17à rejoindre nos blocages,
35:19parce que l'intérêt, il est pour tout le monde.
35:23Cet accord du Mercosur,
35:25il va aussi permettre d'exporter
35:27énormément de pesticides.
35:29Et d'ailleurs, avec la Confédération Paysanne,
35:31les soulèvements de la terre,
35:32cancer-colère,
35:33les associations de soutien
35:36aux victimes de pesticides,
35:37nous avons bloqué l'usine BASF
35:39de Saint-Aubin-les-Elles-Boeufs
35:40il y a quelques semaines
35:41pour dénoncer, justement,
35:43ce colonialisme chivink
35:44qui va profiter de cet accord
35:47de libre-échange du Mercosur
35:48pour exporter encore plus de pesticides
35:52interdits de surcroît
35:53sur notre territoire.
35:54Donc, nous ne voulons pas
35:55sur notre territoire,
35:56mais par contre,
35:57ça, on veut bien l'exporter
35:58pour que les paysans d'Amérique du Sud
36:00s'empoisonnent avec.
36:01Et en plus de ça,
36:02c'est d'une hypocrisie absolue
36:04puisqu'on va retrouver
36:06les produits du Mercosur
36:08qui ont été traités
36:09avec ces pesticides
36:10sur le territoire européen.
36:12Donc, clairement,
36:13il faut que l'ensemble des citoyens
36:14comprennent que ça concerne
36:16tout le monde.
36:16Donc, rejoignez-nous.
36:18Pierre, vous avez le mot de la fin.
36:19Est-ce que vous pensez, vous aussi,
36:20que la probable, possible signature
36:22du Mercosur
36:23va pérenniser,
36:25va amplifier la mobilisation
36:26et la crise agricole
36:27qu'on connaît là ?
36:27C'est évident que ça va favoriser
36:29la mobilisation.
36:30Ça ne peut pas faire autrement.
36:34Cet accord sur le Mercosur
36:36est un scandale,
36:40je ne sais pas comment on peut le nommer,
36:41mais derrière,
36:42mais ce n'est pas possible
36:43qu'on continue comme ça,
36:44ce libre-échangisme
36:45avec derrière
36:47toutes les conditions de production.
36:49On va continuer
36:50de supprimer la forêt amazonienne.
36:54C'est une catastrophe mondiale,
36:57cette affaire-là.
36:57C'est une catastrophe mondiale.
36:59Ce n'est pas qu'une catastrophe
37:01pour nous-mêmes.
37:02Globalement, c'est pour tout le monde.
37:04Effectivement que ça demande
37:05une mobilisation,
37:06pas que du monde agricole.
37:07Très bien, je pense qu'on a...
37:08Oui, non, juste parce qu'il y a
37:10quelqu'un qui a redemandé
37:11si la viande d'animal
37:11pouvait avoir une incidence
37:12sur la santé humaine.
37:13Donc ça, on l'a répondu plusieurs fois,
37:15mais la réponse est non.
37:16Non, par rapport à la viande vaccinée.
37:19Oui, oui, c'est ça.
37:19Non, non, non, il n'y a plus.
37:20Donc je le redis
37:22parce que la question est venue
37:24plusieurs fois.
37:24Et puis il y a quelqu'un
37:25qui demande aussi
37:26comment on sait
37:27où est-ce qu'il y a des blocages
37:28et quelqu'un qui a répondu
37:29il y a une carte mise à jour
37:30sur MidiLibre.
37:31J'imagine que de toute façon,
37:32en allant sur les réseaux
37:34de vos syndicats,
37:35on peut savoir effectivement
37:36où rejoindre les mobilisations.
37:37Tout à fait.
37:38On a bien entendu votre message.
37:39Merci beaucoup.
37:41Pierre Thomas,
37:42vous êtes l'ancien président
37:43du MoDef
37:44et éleveur bovin bio
37:45dans l'Allier.
37:46Thomas Gilbert,
37:47vous êtes un porte-parole
37:48de la Confédération paysanne.
37:50Merci beaucoup à tous les deux
37:51d'être venus,
37:52d'avoir répondu à nos questions.
37:53Et on invite évidemment
37:54les gens à la fois
37:55à se renseigner sur le sujet
37:56et puis à vous soutenir,
37:57à vous suivre,
37:57à vous rejoindre dans les mobilisations.
37:59Merci beaucoup à tous les deux.

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