Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Georges et Olivier sont agriculteurs, respectivement éleveur de vaches laitières et de volailles en bio. Ils nous expliquent, sur le plateau de "Ça ira", les raisons de leur colère aujourd'hui. Georges, déçu de la FNSEA, et Olivier, porte-parole du Modef, sont dédiés à leur terre et à leur métier, pourtant ils ne peuvent en vivre dignement. Prix planchers, marges, traités de libre échange, ils nous donnent leur solution pour résoudre la crise agricole.

Avec Mejdaline Mhiri, Théo Bourrieau, Cyprien Caddeo et Lumi

00:00 Les raisons de la colère
17:54 Des promesses de l'Etat non tenues
27:18 Le problème des mises aux normes
33:32 : la vraie vie des agriculteurs
37:24 : L'accord UE-Mercosur
41:38 La santé mentale des agriculteurs
47:19 Et le consommateur ?

ABONNEZ-VOUS à la chaîne de l'Humanité https://www.youtube.com/channel/UCar0yo-PpeMk51m116826pQ/

📰 Vous avez aimé cette vidéo ? Pour une info 100% libre et engagée, ABONNEZ-VOUS : https://abo.humanite.fr/2243

✊ Nous ne sommes financés par AUCUN MILLIARDAIRE. Et nous en sommes fiers ! Pour nous accompagner face à des défis financiers constants, SOUTENEZ-NOUS : https://www.humanite.fr/donner-a-lhumanite

📣 L'HUMANITÉ C'EST AUSSI :
Un site : https://www.humanite.fr/
Une application : https://app.humanite.fr
Twitch : https://twitch.tv/lhumanitefr
Instagram : https://instagram.com/lhumanitefr
Threads : https://www.threads.net/@lhumanitefr
Twitter : https://x.com/humanite_fr
TikTok : https://tiktok.com/@lhumanitefr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00On accueille Georges Noyel, agriculteur à Capy dans la Somme, qui n'est pas encore là.
00:05Mais par contre, il y a déjà Olivier Morin, éleveur de volailles bio dans l'Indre,
00:09secrétaire national du syndicat agricole MoDef, mouvement de défense des exploitants familiaux,
00:15qui est avec nous. Bonjour Olivier.
00:17Bonjour, bonjour à toutes et à tous.
00:19Comment est-ce que ça va ?
00:21Ça pourrait aller mieux, puisque là les tracteurs sont un petit peu de sortie,
00:26c'est pas forcément pour faire les semis.
00:29Voilà, il y en a quelques revendications, et je pense qu'il diverge un petit peu dans le monde agricole.
00:32On aura l'occasion d'en parler, je pense.
00:33Est-ce que le vote, puisqu'on l'a vu, ça a été un vote massif contre ce traité,
00:41est-ce que ce vote-là, hier, vous a donné de l'espoir, Olivier ?
00:45Ou pas plus que ça ?
00:47Il était temps. Il était temps qu'on se rende compte que les accords de libre-échange
00:50sont néfastes aux paysannes et aux paysans.
00:53Et donc, enfin, il y a un consensus là-dessus.
00:56Ça veut dire aussi qu'il faut un moratoire sur les précédents accords de libre-échange
01:00qui ont été signés.
01:00Nous, on a alerté avec d'autres, et l'humanité l'a relayé aussi sur les accords du CETA,
01:06et plus globalement sur la présence de l'agriculture au sein de l'Organisation mondiale du commerce,
01:11où là aussi, nous, le MoDef, on revendique de sortir de cette organisation,
01:17puisque ce n'est pas une marchandise comme une autre,
01:19et ça conditionne évidemment la souveraineté alimentaire des peuples.
01:23Juste les accords du CETA qui n'ont jamais été votés, d'ailleurs,
01:27qui n'ont jamais eu de vote parlementaire en bonne et due forme sur le CETA, d'ailleurs.
01:30Non, c'est les accords de libre-échange pour lesquels on ne manque pas l'avis des élus.
01:33Donc, tout à fait, tout va bien.
01:35Et au niveau de la mobilisation agricole, peut-être,
01:38parce que ce n'est pas forcément la plus grosse mobilisation qu'il y a eu dans le milieu agricole,
01:42mais peut-être qu'il y a une forme de résignation, une forme d'abattement.
01:46Comment vous, vous le sentez sur le terrain face à tout ce qui s'est traité,
01:52et puis cette vie qui n'a pas l'air de s'améliorer ?
01:55Oui, il y a eu des mobilisations, en effet, au début de l'année.
01:58On l'a vu avant le salon de l'agriculture.
02:01Et donc, il y a eu des annonces qui avaient été faites.
02:05On se souvient notamment qu'Emmanuel Macron avait parlé à ce moment-là de prix plancher,
02:10qui a fait tilt un petit peu à nos oreilles,
02:11puisque nous, MoDef, on revendique depuis déjà des années la notion de prix rémunérateur garantie par l'État,
02:17puisqu'on est quand même une des rares professions où on peut vendre à perte.
02:21Il n'existe aucune autre profession, un charpentier, un mécanicien.
02:25Si le prix de la tuile ou de la soudure augmente, il va augmenter son devis et sa facture.
02:30Nous, si le coût de production pour faire un litre de lait ou la volaille, puisque c'est mon cas,
02:36augmente parce que le fourrage augmente ou le prix du poussin augmente,
02:42ce n'est pas nous qui faisons nos prix, très souvent.
02:44C'est la laiterie ou c'est la grande distribution.
02:49Donc, pour ça, il faut qu'il y ait des mécanismes publics qui puissent fixer des prix.
02:54Donc, on est toujours en attente de cette annonce qui avait été faite
02:58et qui ne s'est toujours pas suivi d'effet sur le prix rémunérateur
03:02et sur le coefficient multiplicateur qui permet là aussi de gérer la marge
03:05à l'aval de la production jusqu'à la consommation.
03:08On aura l'occasion d'en reparler tout à l'heure.
03:10Mais Olivier, je vous vois parce qu'on met tout de suite une certaine distance
03:14avec nos différents invités, mais on ne va pas faire semblant
03:17parce qu'on se connaît un petit peu.
03:19Surtout, vous avez une autre vie avant d'être dans le milieu agricole.
03:23On regarde ça tout de suite.
03:25Je suis parti ce matin de ma ferme familiale où j'élève des volailles
03:29en agriculture biologique depuis maintenant 4 ans, assez tôt,
03:32pour venir ici au salon de l'agriculture rencontrer toutes ces paysannes et ces paysans
03:35qui sont au cœur de la crise depuis maintenant quelques temps.
03:40Et oui, avant de vous reconvertir, du coup, vous étiez journaliste à l'humanité.
03:44Alors, est-ce que c'est plus facile d'être dans le milieu agricole que journaliste à l'humanité ?
03:48Ce n'est pas forcément plus facile, c'est autre chose.
03:51C'est un autre métier, mais c'est ce à quoi je m'étais formé dès le départ.
03:56Et donc, c'est un peu la boucle qui se ferme, même si l'histoire continue.
04:01Mais voilà, j'ai une formation agricole, c'est la ferme familiale.
04:04Donc, je suis revenu sur la ferme élevée des volailles, cultivée méchante,
04:08et puis, y compris, toujours milité, notamment au sein du MoDef.
04:12Et du coup, on vous a vu au salon de l'agriculture sur la vidéo.
04:18Est-ce que le salon de l'agriculture, c'est devenu un endroit qui est particulièrement dur,
04:24finalement, pour les petits exploitants ?
04:26Est-ce que c'est devenu le salon de la FNSEA, pour le dire très rapidement ?
04:30Ou bien, est-ce que c'est encore un endroit qui est extrêmement utile pour les professionnels du milieu ?
04:36Alors, ça dépend de quel professionnel on parle.
04:39Non, c'est une vitrine, c'est même un miroir déformant, j'ai envie de dire,
04:43de l'agriculture telle qu'elle se fait aujourd'hui,
04:45telle que nous, on la vit dans nos petites exploitations à taille humaine.
04:49Et la preuve en est, c'est que le MoDef n'y tient plus de stand depuis maintenant quelques années.
04:54Et par contre, décide de faire salon, parfois devant les préfectures,
05:00où c'est ce qui est arrivé cette année, où on a mis des canapés et des tables basses devant
05:04les préfectures,
05:05au moment du salon à Paris, pour donner à voir nos revendications,
05:10parce qu'on ne peut pas faire comme si tout se passait bien, tout allait bien.
05:13Le salon de l'agriculture, ça permet au gouvernement de faire sa communication,
05:17c'est une séquence médiatique particulière.
05:20Effectivement, ça donne une vision pour le grand public,
05:22qui ne connaît pas forcément les réalités, un peu fixe, un peu…
05:27D'autant plus en période électorale, où on voit bien qu'à chaque fois, les responsables politiques…
05:31C'est là où il y a des grandes promesses, justement, qui sont faites,
05:32pour que ça se passe bien, après, c'est ce qu'on dit en tout cas,
05:36une fois au salon de l'agriculture, qu'ils ne soient pas trop mal reçus, etc., les responsables.
05:40Oui, il y a une jauge un petit peu qui se fait, un petit baromètre…
05:42Il y a le jeu de savoir qui va se prendre un œuf, c'est toujours l'œuf.
05:44Voilà, c'est ça exactement, pour qui… l'œuf ou la poule, en tout cas.
05:48C'est souvent l'œuf qui tombe sur les politiques.
05:51C'était une bière, cette année, il me semble.
05:53Ah oui, c'est une bière, on va aller produire.
05:56Vous parliez des autres manières de faire vivre l'agriculture en dehors du salon de l'agriculture.
06:01Vous parliez que, des fois, le MoDef organisait des salons devant les préfectures.
06:04Je sais que la Confédération paysanne, aussi, organise des contre-salons d'agriculture,
06:07des fois directement dans les fermes, etc.
06:09Est-ce que c'est aussi des moyens de faire des choses un petit peu plus localement,
06:12et peut-être d'inviter les consommateurs, les consommatrices à venir visiter les fermes,
06:17de venir visiter vos fermes, et peut-être pour qu'il y ait elles se rendent compte
06:21de la réalité du métier, d'où viennent les produits, etc.
06:25C'est vrai aussi parce que l'agriculture, ce n'est pas un circuit fermé.
06:29On n'est pas agriculteur, mais on est aussi parent, on est aussi citoyen, on est aussi consommateur,
06:34et on vit sur les territoires où il y a ses voisines et ses voisins qui sont là aussi.
06:37Donc, montrer ses revendications dans nos fermes et sur les territoires,
06:43ça rapproche évidemment nos voisins consommateurs, citoyens, citoyennes, de la production agricole.
06:50Et en même temps, ça montre aussi qu'on a des intérêts communs,
06:55ça montre aussi qu'on partage une vie commune,
07:01et puis ça permet de donner à voir la façon dont on travaille dans nos fermes.
07:07Justement, je le disais, la Confédération Paysanne, c'est un autre syndicat,
07:10donc vous faites partie, vous êtes secrétaire nationale du MoDef.
07:14La Confédération Paysanne a organisé des mobilisations à Reims,
07:16et il y a notre journaliste Franck qui est allé les rencontrer,
07:19il en a profité pour faire un petit récap de la situation.
07:22On regarde le reportage.
07:25Les accords de libre-échange, ils vont encore nous pénaliser,
07:28baisser nos droits, baisser notre rémunération.
07:30La colère des agriculteurs refait surface.
07:33Neuf mois après avoir secoué la France,
07:35les actions du monde agricole se sont multipliées ces derniers jours,
07:38et les raisons sont toujours les mêmes.
07:41Revenus insuffisants, promesses non tenues,
07:43et les mauvaises récoltes de cette année ont eu raison de leur patience.
07:49Enfin, l'imminence de la signature de l'accord de libre-échange
07:53entre l'Union européenne et les pays latino-américains du Mercosur
07:56a cristallisé toutes les tensions.
07:59En Amérique du Sud, si on est capable de produire un moins cher qu'en France,
08:03malgré qu'on ait du transport et des tas de choses comme ça,
08:05moi j'y vois qu'une chose, c'est la misère en Amérique du Sud.
08:07Parce que si on crée la misère ici, ça veut dire que le paysan de la Bolle
08:10l'a vendu encore moins cher que ce que nous on est capable de le faire.
08:12Pour la Confédération paysanne, l'urgence est d'établir des prix planchers,
08:16garantis par l'État, afin d'offrir une rémunération juste pour les paysans.
08:20Une annonce vite oubliée par le président Macron.
08:22Il y aura un prix minimum, un prix plancher, en dessous duquel le transformateur ne peut pas l'acheter,
08:29et donc en dessous duquel, après derrière, le distributeur ne peut pas vendre.
08:33La base de tout ça, c'est le prix plancher.
08:35Il faut absolument qu'on redise concrètement aux agro-industriels,
08:39à ceux qui récupèrent notre valeur, que notre rémunération, elle n'est pas négociable.
08:44On a perdu bientôt 700 000 paysans en 20 ans, 25 ans.
08:50On nous annonce dans 10 ans une perte de 100 à 150 000 paysans.
08:53Il faut absolument arrêter cette hécatombe.
08:55C'est que c'est plus rentable pour l'agro-industrie de faire ça.
08:58On est capable de faire du beurre en France, mais on le vend 5 000 euros à l'étranger,
09:01la tonne, alors que nous, on peut l'importer pour 2 000.
09:04Eux, en fait, le calcul chez le président, il est vite fait.
09:06C'est l'argent, l'argent, l'argent, toujours l'argent.
09:08À l'issue d'un vote consultatif au Parlement, qui s'est largement opposé à cet accord commercial,
09:14le député communiste André Chassaigne a demandé à ce que le gouvernement bloque la conclusion du traité
09:19et fasse respecter ce veto français.
09:22Je ne suis pas convaincu que la France gira jusqu'à bloquer cet accord.
09:26Est-elle prête à faire usage de son droit de veto au Conseil européen ?
09:32Je dis bien son droit de veto.
09:34On nous annonce dans l'oreillette que Georges va bientôt arriver.
09:37Il était coincé dans les bouchons.
09:38Olivier, vous le disiez un peu plus tôt, au MoDef, le prix plancher,
09:41c'est une des revendications que vous avez depuis longtemps.
09:43Tu as commencé à le faire tout à l'heure, mais est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi
09:46ça consiste
09:47et surtout ce que ça changerait pour les agriculteurs ?
09:51Alors, cette modification du Code rural, l'article même L632.1 du Code rural,
09:59elle consiste à mettre en place des prix planchers qui tiennent compte,
10:03ça a été dit tout à l'heure dans le reportage, de ce qu'on appelle les charges opérationnelles pour
10:09mettre en œuvre une production,
10:11le fuel, l'entracteur, etc.
10:13Les charges de structure, les bâtiments de la ferme, la porcherie, la stabulation, etc.
10:20L'amortissement de ces bâtiments, de ces investissements,
10:24et puis la rémunération du temps de travail,
10:27puisque un agriculteur, sur la ferme, on passe beaucoup de temps.
10:29Moi, je vois bien des semaines où il y a du travail dans les champs à faire,
10:33où il faut en même temps aller préparer les poulets à l'abattoir,
10:36où il faut aller les vendre.
10:37Tout ça, des fois, la journée, elle n'est pas assez longue.
10:39Donc, ce travail-là, souvent, il n'est pas rémunéré à la hauteur du temps passé.
10:43Donc, nous, on tient compte dans nos calculs de la rémunération à hauteur de deux SMIC,
10:48puisqu'on pense que le volume horaire qu'on fait sur nos fermes correspond bien à deux SMIC.
10:54Et donc, voilà, c'est une proposition qu'on a établie,
10:57qui peut s'inscrire dans la loi très facilement,
10:59et ça permettrait, pour répondre à votre question,
11:03aux agriculteurs d'avoir une visibilité, quand même, à moyen et long terme,
11:06pour vivre plus sereinement, pour investir, pour changer, y compris les modes de production.
11:11S'il n'y a pas de revenu dans les fermes,
11:13comment envisager des modifications agronomiques pratiques dans les modes de production ?
11:19Il faut impérativement ce revenu pour garantir les transformations agroécologiques
11:23dont on a besoin urgentement, notamment au regard du changement climatique.
11:27On voit dans la séquence que le président a fait une promesse, justement, sur le prix de plancher.
11:31Du coup, est-ce qu'elle a été tenue, cette promesse ?
11:33Eh bien, ce dont on parlait tout à l'heure à l'introduction, ça reste à l'état de promesse.
11:37Après, il y a eu le chamboulement politique que l'on sait,
11:40et un projet de loi d'orientation agricole qui doit passer en début d'année au Sénat,
11:49mais qui est vide de tous ces éléments-là.
11:50Donc, nous, c'est pour ça qu'on maintient nos revendications
11:54et qu'on espère les voir aboutir en ayant, évidemment, j'espère,
11:58un large consensus des agriculteurs sur cette question-là.
12:01Juste, on sent qu'il y a une panique quand même du gouvernement
12:04quand il y a une crise agricole.
12:05On a vu, alors effectivement, c'est des promesses, des annonces,
12:07mais on sent qu'il y a quand même une espèce de volontarisme.
12:10Il ne faut pas laisser les choses traîner ou les choses s'aggraver.
12:12Souvent, c'est aussi la colère de la FNSA qui est entendue.
12:14Comment vous vous situez vis-à-vis de l'impression d'être entendu ou pas du tout ?
12:21C'est de la com' peut-être.
12:23Il se trouve que cette semaine, on est invité à rencontrer la ministre,
12:27le MoDef est invité à rencontrer la ministre de l'Agriculture.
12:30Après demain, on évoquera, je pense, toutes ces questions-là au ministère.
12:35Pour autant, nous écouter, c'est aussi montrer qu'on peut mettre en place
12:41des propositions courageuses.
12:44Et ça veut dire aussi écouter les revendications d'autres citoyens
12:50qui sont comme nous, en colère et qui ont des choses à dire.
12:54Nous, on est pour aussi discuter avec les syndicats ouvriers,
12:59discuter avec ceux qui mènent des luttes aujourd'hui
13:02pour se dire quelle convergence on peut mettre en place dans la période.
13:08Il y avait des chiffres qui m'ont un peu marqué dans le reportage qu'on a vu.
13:10L'éleveur qui produisait du lait, qui disait,
13:12en fait, on est capable de produire du lait, mais on le vend 5 000,
13:15alors qu'on l'achète 2 000.
13:16Vous, qui êtes éleveur de volailles, est-ce que c'est le même genre de rapport
13:20que vous constatez ?
13:22Ces écarts entre le prix à lequel vous, vous pouvez vendre vos produits
13:26et le prix à lequel on va acheter les produits en Amérique du Sud, par exemple.
13:32Alors, ça peut être le...
13:34Moi, par exemple, dans mon métier, comme je fais de la volaille bio
13:38et en circuit court notamment, même si je vois à des restaurations collectives,
13:42à des magasins, etc., je n'ai pas tellement de soucis-là,
13:45parce qu'il y a l'enjeu du local, etc.
13:49Mais ça peut rentrer en ligne de compte par rapport à l'achat
13:53de ce qui peut constituer une ration alimentaire pour les animaux.
13:56Je veux entendre par là le fait que si les cours du blé font que vendre du blé
14:03de sa ferme ou de l'orge, c'est souvent de l'orge qu'on donne pour les animaux,
14:06pas pour les poulets, mais pour les vaches, par exemple,
14:10c'est plus rentable de vendre l'orge à l'extérieur et d'en racheter de pays étrangers,
14:17on a des collègues paysans qui vont le faire,
14:19parce que c'est la jauge économique qui va faire la différence.
14:24Or, on pense que c'est dommage, parce que ce n'est pas résilient,
14:28ce n'est pas logique.
14:29On produit de l'orge ici, on a l'élevage là,
14:32il suffit de l'emmener en tracteur dans les cellules à grains
14:34et de la distribuer aux animaux tout de suite,
14:36plutôt qu'elles partent par conteneur et d'en faire revenir par d'autres conteneurs
14:41qui vont se croiser peut-être à l'Atlantique.
14:43Il y a aussi ces éléments-là qui sont un non-sens écologique
14:48et normalement qui devraient être un non-sens économique.
14:51Justement, on parlait un petit peu de la vision qu'avait le grand public,
14:54donc il y a plutôt une sympathie du grand public,
14:56mais aussi ce que je disais un petit peu tout à l'heure,
14:58c'est une incompréhension entre la loi Egalim, Mercosur,
15:03beaucoup de notions, la PAC, que les gens ne connaissent pas forcément.
15:07Et parfois, il peut y avoir effectivement beaucoup d'idées, on va dire,
15:13par exemple l'agriculture contre l'écologie, etc.
15:15Et donc, c'est vrai que par rapport à ça, effectivement,
15:20comment est-ce que vous voyez un petit peu…
15:23Parce que l'agriculture, on le sait, c'est extrêmement différent
15:25et tous les agriculteurs ont des réalités extrêmement différentes.
15:29Et à chaque fois, on parle en général et nous, le grand public, on a une vision…
15:32Enfin, moi, je disais, je ne connais pas beaucoup le sujet.
15:36Donc, c'est vraiment… On a une vision un petit peu…
15:39On ne sait pas tellement… On ne connaît pas les normes,
15:42on ne connaît pas les difficultés, il y a beaucoup de choses qu'on ne sait pas.
15:44Et on sait très bien que, par contre, tous les agriculteurs ont des réalités différentes,
15:48sont dans des classes sociales différentes, etc.
15:51Et donc, voilà, c'est vrai que… Aussi, comment faire un petit peu
15:54pour interpeller, on va dire, le…
15:56Bonjour.
15:59Alors, Olivier, juste avant que vous répondiez,
16:01Bonjour, Georges, donc Georges Noyel.
16:03Donc, vous êtes agriculteur à Capier dans la Somme.
16:06Vous êtes éleveur de vaches laitières, comme votre père et votre grand-père avant vous.
16:11On est ravis que vous ayez pu vous faufiler entre les voitures.
16:14Vous étiez bloqué, c'est ça, dans les embouteillages.
16:15Ça a été compliqué, oui.
16:16Oui, oui, oui. À cette heure-là, le périph, ce n'est pas toujours simple.
16:20Olivier, je vous laisse répondre.
16:21Et puis ensuite, on vous posera des questions, évidemment, mon cher Georges.
16:25Je vous en prie, Olivier.
16:28On voit que la direction de la FNSEA veut faire croire qu'il y a les agriculteurs
16:33et qu'on aurait tous un même intérêt, sans distinction de ce qui peut constituer l'agriculture
16:42dans toute sa diversité.
16:43Sauf que ce qu'on constate, c'est qu'il y a 10% parmi nous, parmi notre profession,
16:47on déménage les plus pauvres qui touchent moins de 800 euros par mois, parmi les plus modestes.
16:53Et parmi les plus fortunés, les plus riches, il y a 10% des ménages les plus riches
16:59qui touchent plus de 3 700 euros par mois.
17:03L'écart dans notre profession est plus important que ce qui sépare les Français les plus riches
17:10des plus pauvres.
17:11Donc, ce n'est pas vrai qu'il y a les agriculteurs.
17:14Il y a des agriculteurs et ça, il faut l'avoir en tête parce que leurs intérêts
17:19ne sont pas les mêmes.
17:19La PAC, telle qu'elle est faite, on vient de le dire, avec les aides à l'hectare,
17:24elle organise une concurrence au foncier, ce qui est délétère pour l'installation
17:29des jeunes, ce qui est délétère parce que ça organise forcément une spéculation
17:35à ce niveau-là.
17:36Et donc, il y aurait à voir, on aura peut-être l'occasion d'en parler, une meilleure gestion
17:41du foncier via les SAFER, qui sont les organisations aujourd'hui en place très, très imparfaites
17:46qui gèrent le foncier et tout ce qui passe au travers des trous de la raquette dans
17:51les achats, reventes de terre.
17:53Alors, on a évoqué à plusieurs reprises avec vous, Olivier, du coup, le prix du produit
18:00qui est évidemment central quand on parle de revenus et de conditions de vie des paysans.
18:05On va regarder un petit extrait, puisqu'on était venus avec l'Humanité il y a quelques
18:10mois dans votre ferme, Georges.
18:12Oui.
18:13On regarde un petit extrait.
18:15Les prises ont monté, la vie qu'on a aujourd'hui, ça n'avait plus rien à voir avec ce
18:19qu'on
18:19a vécu au départ.
18:20C'est un métier que j'aimais beaucoup au début, mais j'aime encore, mais c'est plus difficile.
18:25Je pense que pour que ça aille mieux, il faudrait que les grandes distributions diminuent leur marge,
18:28pour rémunérer un peu plus les producteurs.
18:31À la donnée, ils nous l'achètent dans les 40 centimètres, c'est plus d'un euro le lit.
18:40Donc, dans cette vidéo, vous parlez du prix plancher.
18:43Est-ce que la situation a évolué sur le prix du lait et les marges de la grande distribution
18:49depuis cette vidéo ? Apportez-nous des bonnes nouvelles.
18:51Dites-nous que ça a évolué, peut-être en bien ou non, ce n'est pas le cas.
18:54Un petit peu, mais pas vraiment.
18:56Ça se maintient toujours.
18:59C'est un petit peu mieux, mais ce n'est pas encore.
19:01Après, les aliments, tout le reste a augmenté.
19:03Donc, la marge n'est pas encore plus élevée qu'avant.
19:08Elle est toujours assez réduite.
19:09Ça veut dire que les promesses d'Emmanuel Macron,
19:11finalement, vous n'y croyez pas ?
19:13Lui qui, l'année dernière, promettait l'installation d'un prix plancher.
19:16Vous ne faites pas d'illusions ?
19:18Non.
19:19Les promesses, il n'y a rien eu de fait.
19:22Vous parliez de vendre à perte, par exemple.
19:24Est-ce que ça vous arrive encore de vendre à perte vos produits ?
19:26Ou vous en tirez quand même un profit substantiel ?
19:30On survit plus qu'on ne gagne pas vraiment.
19:35De toute façon, on n'a pas de revenus.
19:38On n'a pas de salaire.
19:39On ne tire rien pour nous.
19:46Si on revient à l'autre grand sujet, on a commencé à en parler tout à l'heure,
19:49sur l'accord entre l'Union européenne et les pays du Mercosur.
19:52J'ai pris des notes parce que ça peut être un poil technique.
19:54C'est un accord entre l'UE et le Mercosur.
19:57L'Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Uruguay et le Paraguay.
20:00On l'a dit, le Parlement français a massivement voté contre hier.
20:03484 voix pour et 69 contre.
20:05Peut-être avant de rentrer dans les détails, ce traité de libre-échange vise à diminuer,
20:10voire de supprimer les taxes sur plein de produits que les pays du Mercosur importent.
20:14Par exemple, les voitures, les médicaments, les vêtements, etc.
20:17Et en échange, l'UE doit ouvrir son marché aux produits agroalimentaires de presque tous les pays d'Amérique du
20:23Sud.
20:23Donc, on parle de viande bovine surtout, mais on parle aussi de sucre et de volaille notamment.
20:28Olivier, on a commencé à en parler, mais pourquoi le Parlement et les agriculteurs sont très critiques de cet accord
20:33d'une manière à peu près unanime ?
20:34Alors, même si vous avez des arguments très différents en fonction des agriculteurs,
20:37en fonction des syndicats, en fonction des partis, pourquoi le Parlement est aussi critique ?
20:44Alors, c'est peut-être la goutte d'eau qui fait déborder le vase.
20:47C'est peut-être une prise de conscience.
20:48Alors, je ne sais pas quel chemin elle a pris selon la philosophie des agriculteurs et des organisations syndicales.
20:57Ce qui est sûr, c'est que c'est assez intéressant d'avoir ce consensus-là sur le refus de
21:04ces accords de libre-échange.
21:06Après, comme je le disais tout à l'heure, ce n'est pas le seul accord de libre-échange.
21:10Et il faut voir aussi à aller plus loin et à voir pour des moratoires sur les précédents accords.
21:17– Georges, est-ce que ce traité de libre-échange, il vous inquiète particulièrement ?
21:22Ou finalement, c'est tellement loin de votre quotidien que, malgré tout, ça ne pèse pas plus que ça sur
21:30vous ?
21:31– Ça fait peur quand même. On a quand même peur que ça baisse encore nos prix.
21:35Parce que déjà, avec l'Europe, ce n'est déjà pas très élevé.
21:39Mais s'ils ramènent des produits moins chers, ça va être plus difficile pour nous.
21:45Alors que nous, on est tenus à faire de la qualité.
21:48– Oui, il y avait un élément intéressant dans le reportage à Reims avec la Confédération paysanne,
21:53quand l'un des militants disait que non seulement ça va appauvrir les agriculteurs européens,
21:57donc ce genre de traité-là, mais aussi ceux d'Amérique du Sud.
22:01Finalement, personne n'est gagnant.
22:03Olivier, vous partagez cette crainte et Georges aussi ?
22:06– Il se trouve que cet après-midi, j'ai rencontré des représentants
22:10du mouvement des paysans sans terre du Résil,
22:13qui eux aussi sont au cœur du cyclone des accords Mercosur.
22:18Et évidemment, ce qu'on partage, c'est un refus de ces accords,
22:21puisque les petits exploitants familiaux comme Georges, comme moi, comme eux,
22:25ce sera nous qui allons…
22:28– Qui allons trinquer.
22:29– Voilà, qui allons trinquer.
22:32Et ceux qui vont sortir leur épingle du jeu,
22:35c'est ceux qui sont en manette de ces accords,
22:38les multinationales, les mastodontes de l'agroalimentaire,
22:43dont fait partie le président actuel de la FNSEA,
22:47via le groupe Avril, et ça, il faut quand même le dire.
22:49– Arnaud Rousseau, on rappelle son prénom.
22:51– Tout à fait.
22:54Et donc, c'est compliqué comme ça d'être un peu juge et parti,
22:57d'avoir un peu ce double discours dans les assemblées générales,
22:59j'imagine, de ces organisations, même si je n'y siège pas,
23:04devant les feux de palette.
23:05Donc, c'est pour ça que, en tout cas, nous, on croit,
23:09et c'est une réalité de fait, à cet internationalisme
23:12qui montre bien qu'il y a un intérêt commun des paysans travailleurs et travailleuses,
23:19quel que soit l'endroit de leur ferme sur le globe.
23:23– Et comment se fait-il, justement, que la FNSEA ait autant d'adhérents ?
23:27Et est-ce que ce ne sont pas tous des très gros, qui ont tous les mêmes intérêts, justement ?
23:32Est-ce que, quelque part, est-ce que c'est parce que c'est le premier syndicat
23:37qui vont vers eux ?
23:41Ou comment ça se fait qu'il y a autant de place, que ça prend autant de place ?
23:44Il faudrait demander aux adhérents de la FNSEA.
23:46Mais je pense que, forcément, déjà, il y a une prime au premier.
23:49C'est le premier syndicat.
23:50Donc, on va vers le syndicat le plus fort et le plus présent.
23:53Et puis, après, il y a aussi une habitude aussi.
23:55Les parents étaient à la FEDE, comme on dit dans les...
23:58– C'est ça, il y a des cas, oui.
23:59– Donc, on continue, etc.
24:00Il y a des facilités aussi concrètes de conseils agricoles,
24:06de commandes groupées de fuels, etc.
24:10Enfin, c'est vraiment du très concret.
24:11Et donc, on continue là-dedans, etc.
24:13Sans voir que...
24:14Et parfois, on le voit que...
24:17Moi, j'en parle avec plein de collègues qui se sentent floués
24:18par cette organisation syndicale,
24:21qui, ils le sentent au bout d'un moment,
24:23ne sont pas suffisamment défendus
24:25parce que ça se voit dans la cour de la ferme, quoi.
24:27– Mais je crois que, Georges, vous étiez en temps à la FNSEA, c'est ça ?
24:30– J'étais à la FNSEA et j'ai eu des problèmes.
24:32J'ai eu un redressement judiciaire depuis six ans.
24:35Et je n'ai jamais eu personne.
24:36Personne ne m'a aidé.
24:37Aujourd'hui, je ne suis plus syndiqué du tout.
24:40– Et c'est quelque chose qui vous manque ?
24:42Est-ce que vous auriez envie de vous investir ?
24:43Ou ça vous a définitivement dégoûté du syndicalisme ?
24:46Je ne pense pas parce qu'Olivier est à côté de vous
24:47qu'il faut dire que vous allez rendre le modef.
24:49Est-ce que cette expérience,
24:51cette mauvaise expérience à la FNSEA,
24:52est-ce que ça vous a dégoûté ?
24:54– Oui, la FNSEA, de toute façon, aujourd'hui,
24:57pour moi, ce n'est plus la peine.
24:59– Et initialement, pourquoi est-ce que,
25:01puisque c'était la question que l'oumi posait,
25:03pourquoi est-ce que vous aviez adhéré à ce syndicat
25:05plutôt qu'à un autre ?
25:06– Comme on disait, par habitude,
25:09après, il n'y avait que celui-ci même au départ.
25:13Et puis, c'est la majorité, de toute façon,
25:15et c'est lui qui passe.
25:16Et puis, on a continué derrière les parents comme ça, quoi.
25:21– Donc, c'est plus par habitude que par véritable…
25:23– Ben voilà.
25:23– Vous embrassiez pas vraiment les causes
25:25ou les positions que la FNSEA défendait, quoi.
25:27– Voilà. Aujourd'hui, il y a plus de choix, quoi.
25:30– Vous disiez que vos parents étaient à la FNSEA,
25:32c'est ça ? Et vos grands-parents aussi,
25:33en fait, ça fait plusieurs générations que…
25:34– Oui. Troisième génération.
25:38– Et eux, ils n'ont jamais eu de problèmes ?
25:40– Ben non, comme ils n'ont pas eu vraiment de gros problèmes,
25:44ça a été, quoi.
25:45– C'est-à-dire les moments où ça va moins bien que, du coup, il y a…
25:48– Mais là, franchement, ils n'ont pas été là pour moi, quoi.
25:51– Moi, j'avais une question, parce que là, vous parlez de la transmission,
25:54en l'occurrence syndicale, avec les habitudes syndicales.
25:56Moi, j'avais une question sur la question de la transmission
25:59de vos exploitations respectives,
26:01puisqu'on sait qu'il y a 27 fermes en moyenne
26:03qui se ferment tous les jours en France depuis 2010, je crois.
26:06Ça, c'est les stats.
26:08Parce que, notamment, il y a la problématique de trouver un repreneur.
26:10Souvent, les enfants ne veulent pas faire la même chose que leurs parents,
26:13parce qu'ils ont vu la tâche, le métier est difficile,
26:16les journées rallongent, la paie qui est très faible.
26:19Est-ce que vous, dans vos exploitations respectives,
26:21cette question, elle se pose, et elle se pose comment ?
26:23Est-ce que la ferme aura un repreneur ?
26:27Georges ou Olivier, comme vous voulez.
26:29– Moi, j'ai mon fils, normalement, qui veut continuer.
26:32– Ok.
26:35– Donc, ça veut dire que, malgré les difficultés,
26:38il a quand même envie de poursuivre l'héritage familial ?
26:41– Aujourd'hui, oui.
26:42J'avais ma fille et mon fils, mais ma fille et les parents
26:45commencent à ne plus trop vouloir, et mon fils, il continue.
26:50Il faut attendre que je sois à la retraite.
26:53Aujourd'hui, on ne peut pas vivre à deux.
26:55Il travaille avec moi, mais il travaille aussi à l'extérieur.
26:56– Oui.
26:58– Vous parlez de la retraite, vous y croyez à la retraite ?
27:00Parce que c'est aussi un sujet, en ce moment, qui fait un peu débat.
27:02– Moi, je me base sur 65 ans pour nous.
27:05– Vous avez quel âge, si ce n'est pas indiscret ?
27:07– 57.
27:08– Donc, il reste encore un peu d'énergie.
27:09– Je suis en redressement encore 8 ans, donc ça va faire 65 ans.
27:13– Oui, vous voulez aller au bout pour ensuite transmettre
27:15dans des bonnes conditions à vos enfants.
27:18– Voilà, c'est ça.
27:18– Et vous pouvez nous rappeler pourquoi vous êtes en redressement ?
27:20Parce qu'on a passé un petit extrait du reportage
27:23que l'Humanité avait réalisé de vous.
27:24Vous parliez notamment de fuites d'eau extra.
27:27Vous pouvez peut-être nous raconter cet épisode
27:29qui vous a mis dans la panade ?
27:31– Ça commence avec les mises aux normes, en fait.
27:34Je fais du lait, il fallait faire des mises aux normes.
27:36Et puis, on se retrouve avec des prix,
27:38avec une baisse du prix du lait derrière.
27:43Après, ça a une accumulation de problèmes.
27:45Une fuite d'eau, on se retrouve à plus de 20 000 euros
27:49à cause d'une fuite d'eau.
27:50Ils n'ont pas voulu rien savoir.
27:54Je suis obligé de payer.
27:55– Encore là, aujourd'hui, ils vous réclament toujours ces 20 000 euros ?
27:58– Ils m'ont fait une petite réduction.
28:00Mais là, au reste, ils ne veulent plus rien savoir.
28:03– Donc, c'est à cause de ces éléments-là
28:04que maintenant vous êtes en redressement judiciaire ?
28:06– À cause de tout ça, oui.
28:08Ça n'a pas aidé, quoi.
28:10– Georges, vous parliez des normes juste avant.
28:13C'est effectivement un sujet important
28:15quand on parle d'Union européenne.
28:17Vous en parliez aussi dans le reportage.
28:19On regarde l'extrait.
28:20– J'étais obligé de faire des mises aux normes
28:23pour pouvoir continuer à produire du lait.
28:25Donc, j'ai refait un bâtiment plus grand.
28:27C'était obligatoire.
28:28C'est les normes européennes.
28:29Ça m'a entraîné des investissements assez lourds.
28:32Et puis derrière, le lait, le coût du lait n'a pas monté, quoi.
28:34Donc, aujourd'hui, on a un redressement judiciaire.
28:37Parce qu'on était au tribunal et tout, quoi.
28:39Parce qu'on était des voleurs.
28:40Ça fait 4 ans, ça va vraiment.
28:42On est arrivé à suivre le remboursement.
28:43Mais j'en ai encore pour 10 ans.
28:44Qu'à la retraite.
28:45C'est les collecteurs de lait qui nous ont forcé la main à investir.
28:48Sinon, ils ne ramassaient plus de lait, quoi.
28:50C'est le groupe Saudial.
28:51C'est Yoplait Candio.
28:53On est à peu près dans les 200 000 euros d'investissement, quoi.
28:56Avec des crédits.
28:57Après, il y a de l'électricité.
28:57Il y a de l'aménagement de bâtiments.
28:59Il y a pas mal de choses, quoi.
29:02– Peut-être pour préciser un peu, quand on parle de normes,
29:04de quelles normes on parle concrètement, Olivier ?
29:07Vous, par exemple, qu'est-ce que vous avez dû faire très concrètement ?
29:09– J'ai fait un grand bâtiment pour plus de place.
29:12– C'était la place qui manquait ?
29:13– Plus de place, plus de confort.
29:16Une fosse pour tout ce qui est aux vertes, aux blanches.
29:20On n'a plus le droit de la laisser couler, quoi.
29:23Tout ça, c'est des normes européennes.
29:26– Et il n'y a pas d'accompagnement, d'aide de l'État ?
29:29– Un petit peu.
29:31Il y a eu beaucoup plus d'aide au départ, les premières années,
29:34ceux qui l'ont fait tout de suite, quoi.
29:36Mais plus on a avancé dans les années, aujourd'hui, il n'y a plus rien.
29:40– Vous, Olivier, ce genre de normes qu'il a fallu respecter,
29:43c'est aussi des choses auxquelles vous avez été confrontés ?
29:45– On a tous eu des normes à respecter,
29:49quelle que soit la production qu'on fait,
29:50et surtout dès l'instant qu'il y a des animaux dans une ferme.
29:53Ce qui est sûr, c'est que derrière tout ça,
29:55il faut que ce soit couvert par un prix, quoi.
29:57– C'est ça. – Il faut prendre le problème par tous les bouts qu'on veut.
30:00De l'instant qu'on investit de l'argent dans un système de production,
30:02il faut que, derrière, la rémunération du prix du litre de lait,
30:09elle tienne compte de tout ça.
30:10Et donc, on ne peut pas tolérer qu'il y ait une cul-de-butte de fête,
30:14après, par des marges à l'aval de la production,
30:18que ce soit sur de la viande, du lait, du vin.
30:22On peut parler aussi des vignerons qui vivent des temps aussi très, très difficiles.
30:26Et donc, pour ça, on pense au MoDef,
30:29que nous, il faut un encadrement des marges
30:31par ce qu'on appelle le coefficient multiplicateur,
30:34qui est existé par le passé
30:37et qui est sous la forme d'un taux à ne pas dépasser
30:43sur tout l'ensemble du fournisseur au prix de vente au consommateur.
30:50Du coup, en vous écoutant, est-ce que le vrai problème, ce sont ces normes
30:52ou est-ce que c'est leur application, leur non-financement ?
30:56Parce que, finalement, c'est des normes environnementales,
30:58c'est des normes sanitaires.
31:00Donc, est-ce que, par exemple, Georges, vous pensez que le vrai problème, c'est ces normes
31:03ou est-ce que c'est le fait qu'elles ne soient pas financées,
31:05vous n'ayez aucune aide et que le prix soit, par exemple,
31:07pas répercuté sur le lait ?
31:08C'est surtout ça, le prix.
31:10C'est rien de faire des normes d'investir,
31:11mais si derrière, on est toujours payé au même prix, ça ne peut pas aller.
31:15D'ailleurs, il y a des personnes qui demandent dans le chat
31:17est-ce que les agriculteurs ont le choix pour la vente de leur lait
31:20et où est-ce qu'il va l'argent de la PAC ?
31:22Est-ce que vous pouvez répondre à ces deux questions-là ?
31:25Est-ce que vous avez le choix à qui vous vendez votre lait, par exemple ?
31:28Maintenant, on peut changer de laiterie.
31:30Avant, on n'avait pas le droit.
31:31Aujourd'hui, on peut le faire, mais ça va mieux à un moment.
31:36Après, il y en a qui sont partis en Belgique, qui aujourd'hui sont moins bien.
31:41Donc finalement, c'est un peu les gens qui achètent le lait qui vous...
31:44Il n'y a pas énormément.
31:44Selon où on est situé, il n'y a qu'une ou deux laiteries.
31:47Il n'y a pas vraiment beaucoup de concurrence.
31:49Vous avez peu de choix, en fait ?
31:51Très peu de choix, oui.
31:52Et donc, c'est eux qui définissent toutes les règles, en fait.
31:54Combien, à combien ils l'achètent ?
31:56C'est ça.
31:57Et ça dépend de la grande distribution, par exemple, tout ça ?
32:01Aussi, oui.
32:02Ils ont des accords avec la grande distribution.
32:05Pour fixer des prix ?
32:07Voilà.
32:08Ce que c'est toujours la question qu'on se pose entre l'agriculteur, le consommateur...
32:13Il y a eu des accords de prix qui n'ont pas été respectés aussi, par la grande distribution.
32:17Il y a combien de temps qu'ils ont été fixés, ces accords, et qui n'ont jamais été respectés
32:21?
32:21C'est déjà un gros.
32:23Je ne sais plus dire quand, mais...
32:27Et puis, le lait, c'est un produit, il y en a tous les jours.
32:29La traite, c'est tous les jours.
32:30C'est deux fois trois jours.
32:31Le temps calé se remplit tous les jours.
32:32Il faut forcément que ça parte.
32:33Donc, on est contraint le vendre au prix.
32:34Tous les trois jours, il part, donc...
32:36Mais vous ne faites pas stock, ce n'est pas possible.
32:38C'est ça.
32:38Bien sûr.
32:39On ne sait jamais...
32:39C'est des produits périssables, donc on ne sait jamais ce qu'on va avoir.
32:44Et en plus, quelque chose qui est très facile à voir quand on va faire ses courses au supermarché,
32:49c'est qu'on achète un litre de lait tant, sorti de ferme, il est payé tant.
32:54Sauf qu'entre-temps, le lait qui est entier à la ferme, on a valorisé la crème en plus.
33:01En faisant du beurre, la crème fraîche, on vend ailleurs.
33:05Et on vend le litre de lait demi-écrémé très souvent à un prix qui est déjà supérieur, évidemment,
33:10parce qu'il y a des intermédiaires, mais bien trop supérieurs à ce qui sort au temps calé,
33:18tout en ayant valorisé la crème dans le lait.
33:21Tout ça, c'est intéressant à avoir en tête,
33:24parce que c'est toute la valeur ajoutée qui est produite par les paysans et les paysans
33:28qui est extorquée par la base de la production.
33:31On parle beaucoup de votre travail depuis le début,
33:33mais finalement, peut-être que les viewers et les vieuses ne se rendent pas très bien compte
33:36de ce que c'est votre travail.
33:37Peut-être que vous pouvez nous faire un petit résumé.
33:39Qu'est-ce que c'est qu'une journée type ou qu'une semaine type à la ferme où vous
33:42produisez du lait
33:43et à la ferme, Olivier, où vous produisez de la volaille ?
33:45Peut-être Georges d'abord.
33:46Est-ce que vous pouvez un peu nous raconter ?
33:47Vous levez le matin, vous faites quoi ?
33:49Combien d'heures par semaine vous faites ?
33:50J'imagine que c'est énorme.
33:52Est-ce que vous arrivez à compter combien de week-ends vous avez ?
33:54Il me semble que dans le reportage, c'est 2-3 week-ends par an,
33:57ce qui paraît complètement pour nous autres.
33:59C'est hallucinant.
34:01Pas de week-ends.
34:04Ça fait 30 ans que je suis installé, moi j'ai pris 2 ou 3 week-ends.
34:08Vous n'êtes jamais parti en vacances ?
34:09Jamais de vacances.
34:11Mais c'est hyper violent en vérité, parce qu'on noche la tête, mais il y a quelque chose d
34:16'assez inhumain
34:18malgré tout dans tout ça.
34:21Et le service de remplacement, ça coûte de l'argent.
34:24Ils font le minimum, ils ne vont pas faire ce que nous on fait.
34:28Ils vont faire le minimum de ce qu'il y a à faire.
34:32C'est accessible ou...
34:33Parce que vous dites que ça coûte de l'argent, mais par exemple, c'est quelque chose...
34:37Enfin voilà, si vous y avez très peu recours, c'est aussi parce que c'est compliqué
34:40ou c'est aussi parce que, comme vous dites, ils ne font peut-être pas,
34:42ils n'appliquent pas les mêmes méthodes de travail que vous ?
34:44C'est ça.
34:44C'est aussi une question financière ?
34:45Après, je ne connais pas vraiment tout le système, mais je n'ai jamais fait recours.
34:53Et pour vous, Olivier, est-ce que c'est spécifique peut-être au milieu du lait ?
34:58Ou est-ce que vous aussi, vous avez des journées et des semaines complètement harassantes
35:03et vous ne partez jamais en vacances ?
35:05Alors, nous, les voilà, il faut les soigner tous les jours.
35:07Il faut y aller le matin.
35:09En tant qu'il y a des animaux.
35:10Les nourrir.
35:11Et puis, contrôler parce que des animaux, mine de rien, on ne peut pas tout automatiser.
35:15Il faut le contrôle humain, il faut aller les voir.
35:17C'est sûr.
35:18Il n'y a que ça qui peut permettre de garantir un élevage en bonne santé.
35:21Et puis quand on aime nos animaux, on a envie aussi d'aller les voir de toute façon.
35:25Donc il y a ça.
35:26Pour répondre un peu à la question, moi, en gros, la semaine, c'est le lundi.
35:32On paille tous les animaux.
35:34Voilà.
35:35On prépare de l'aliment.
35:37Ensuite, on prépare parce que le lendemain, on va à l'abattoir emmener les volailles.
35:40Donc il faut les ramasser la nuit.
35:43Ça se ramasse de nuit, des volailles.
35:44Il faut attendre qu'elles ne voient rien pour pouvoir les ramasser.
35:48Puis après, l'abattoir.
35:49Après, préparer les commandes pour les clients.
35:52Et puis ensuite, livrer les clients.
35:55Et puis tous les jours, nourrir les volailles.
35:57Tous les jours, pailler.
35:58Faire de l'aliment quand il y a besoin de le faire.
36:00Et intercaler avec tout ça les travaux des champs quand c'est la période.
36:03Donc là, avec la flotte qui est tombée, on est un peu plus calme.
36:07Voilà.
36:07Par la force des choses.
36:08On aurait bien voulu moissonner plus.
36:10Moi, j'ai des parcelles de milliers qui ne sont pas moissonnées
36:12parce que la moissonneuse était embrobée dans le champ.
36:16Des parcelles qui ne sont pas semées parce que trop humide.
36:19Donc il faut faire aussi avec tout ça.
36:21Saisir les périodes de beau temps.
36:22Et des fois, les périodes de beau temps,
36:24se télescope avec d'autres tâches qu'on a à faire aussi.
36:28Donc les semaines sont parfois un peu compliquées et puis un peu attentistes.
36:32Des fois, on dit qu'on n'a pas de week-end parce qu'on attend le week-end
36:35pour battre, pour moissonner.
36:37Si c'est le week-end qui fait bon, je dirais le week-end.
36:39On ne peut pas prévoir.
36:41Et des fois, les fenêtres de beau temps, elles sont assez courtes.
36:44Oui, en fait, vous êtes aussi très dépendants de la météo.
36:46Pour savoir quand est-ce que vous travaillez.
36:49Vous disiez, quand on aime nos bêtes,
36:51il me semble, Georges, vous avez un nom pour chacune de vos vaches.
36:54C'est bien ça ?
36:54Toutes les vaches ont un prénom, oui.
36:56Vous en avez combien, des vaches ?
36:57Plus de 100.
36:58Et vous arrivez à retenir le nom de toutes les vaches ?
37:02Je connais toutes celles que je trais et les autres, pas toutes.
37:05La fille, elle connaît tout le monde.
37:07Est-ce que c'est un mythe, le marguerite, le nom de toutes les vaches ?
37:11Je n'ai plus de marguerite.
37:12Vous n'avez plus de marguerite ?
37:12On a une lettre d'alphabet à suivre, en fait.
37:15Là, c'est des V, donc au bout d'un moment, il n'y en a plus.
37:21On va peut-être avancer un petit peu dans cette interview.
37:24On ne pouvait pas parler d'agriculture sans évoquer l'écologie.
37:27On a commencé un petit peu à en parler.
37:29Cet accord de libre-échange va multiplier les émissions de gaz à effet de serre.
37:32Selon un rapport, pareil, je regarde mes notes pour être sûr de ne pas me planter,
37:34l'augmentation des exportations de viande bovine engendrera une augmentation de la déforestation
37:39à un rythme de 5 %, soit 700 000 hectares.
37:42Olivier Omodef, comment est-ce que vous parvenez à mener à la fois le combat agricole
37:47pour les conditions de travail et la juste rémunération,
37:49et d'un autre côté, la lutte contre le réchauffement climatique ?
37:53Vaste question très large, je sais.
37:56Vaste question.
37:57Je vais prendre un exemple très simple.
37:58C'est que moi, dans mon département, aujourd'hui,
38:01il se trouve qu'il y a eu des mobilisations d'agriculteurs.
38:04dans leur diversité.
38:06Et il se trouve que, lors de ces mobilisations,
38:09ou en tout cas en marge de ces mobilisations,
38:11les locaux de IndreNature,
38:13une association environnementaliste qui fait découvrir,
38:16qui fait des randonnées, etc.,
38:17a été saccagés et les salariés menacés.
38:23C'est quand même pas là le cœur du réacteur
38:26de tout ce qui a conduit à ce que l'agriculture
38:29soit dans la situation qu'on est aujourd'hui.
38:32Ce n'est pas les associations écologiques,
38:35environnementalistes qui sont aux manettes,
38:37à Matignon ou à Bruxelles, à ce que je sache.
38:40Et je pense qu'on est plusieurs à le savoir.
38:41Donc, s'en prendre comme ça à des associations
38:46ou des organisations, je crois que l'Office français
38:49de la biodiversité aussi a été pris à partie
38:51à certains endroits.
38:55On va dire que c'est dépenser autant d'énergie
38:57et puis être aussi mauvais dans la bataille amenée.
39:05Je ne pense pas que ce soit le cœur des intervendications.
39:09Donc, évidemment que c'est le manque d'écologie qui est punitif.
39:16On le voit bien avec toutes ces inondations qu'il y a partout.
39:18On est les premiers à les subir.
39:20Moi, j'ai eu des champs qui ont été inondés à Blandeau,
39:24après les semis.
39:26La grêle, il y a deux ans, des épisodes de grêle.
39:30Mes voisins qui sont installés depuis 30 ans n'avaient jamais vu ça.
39:33Donc, nous, on est les premiers à être victimes
39:35de ces transformations du climat.
39:39Et donc, évidemment qu'il faut trouver les moyens de s'adapter,
39:43mais aussi de freiner ce réchauffement climatique.
39:46Et donc, nous, on pense que l'agriculture familiale,
39:50telle qu'on la pratique dans nos fermes,
39:51est la plus résiliente et la plus à même à pallier,
39:57à s'adapter et à créer les conditions, y compris agronomiques,
40:01en pratiquant l'agroforesterie, en pratiquant la polyculture élevage
40:04pour continuer à produire dans les meilleures conditions
40:08et sans abîmer la terre pour nos enfants.
40:13Georges, je vous vois hocher la tête.
40:15Ces questions de préservation de la nature,
40:17finalement, c'est aussi des choses, vous, qui vous questionnent ?
40:21Oui, nous, de toute façon, avec les prairies, ça m'a tient quand même.
40:25Après, on devait faire des haies,
40:29par rapport à ce qu'on avait touché aussi par les inondations,
40:32beaucoup d'écoulements, des flaques.
40:36Il y a un dossier en route, d'ailleurs.
40:38On doit faire des haies, mais il y a des gros agriculteurs qui ne veulent pas,
40:42parce qu'ils vont perdre du terrain.
40:45Alors que nous, ça ne me dérange pas de perdre un peu de terrain,
40:48alors qu'au moins, on n'a pas de dégaux.
40:50Parce que les haies, ça permettrait de diminuer les haies ?
40:53De freiner, mais il faut travailler en amont, en fait.
40:57Après, il est trop tard.
40:57Une fois que ça s'est formé, il faut travailler en amont.
41:00Justement, il y a une étude de fait là-dessus,
41:02et puis les moyens de réduire, quoi.
41:07L'érosion...
41:07Vous dites que vous, vous serez complètement prêt à installer ces haies,
41:11et que c'est les gros qui ne veulent pas ?
41:12Oui, parce qu'ils vont perdre du terrain.
41:14Ils ont moins de terrain à cultiver.
41:17C'est des arguments qui vous semblent entendables ?
41:20Pour moi, c'est aberrant, parce que c'est celui qui en a le plus qui se plane.
41:25Il me semble, en fait...
41:25Sinon, on ne donne pas beaucoup, et puis on est prêts à faire des efforts, quoi.
41:28On reviendrait à la question du partage de la terre.
41:30C'est ça, c'est un moment où il faut peut-être repenser à comment on distribue les parcelles,
41:33et comment on évite les concentrations de terrain pour les publications, quoi.
41:38Oui, et puis au-delà de ces sujets liés à la rémunération,
41:42aux différents traités internationaux dont on a pu parler,
41:45on avait aussi envie d'évoquer avec vous la santé mentale des agriculteurs,
41:49parce qu'elle est vraiment centrale.
41:51D'ailleurs, vous l'évoquiez quand l'humanité était venue vous rendre visite.
41:57Je fais de la dépression depuis que je suis en redressement, même un peu avant.
42:01Ça fait plus de dix ans que je suis vivi chez un traitement depuis ce temps-là.
42:05Au départ, je ne dormais plus. Après, je n'avais plus envie de me lever.
42:08Je ne voulais plus travailler.
42:09C'est parce que j'avais mes enfants, puis mon épouse, pour soutenir,
42:12parce que tout seul, je ne vois peut-être plus l'aujourd'hui, quoi.
42:15Je ne suis jamais là, quoi.
42:17Depuis que je travaille, j'ai pris quoi, deux ou trois week-ends, peut-être ?
42:21On se faisait remplacer avec du mal.
42:25Georges, vous dites très clairement les mots dans ce reportage-là,
42:28avec d'ailleurs beaucoup de courage.
42:30En tout cas, vous dites les choses.
42:31Vous parlez de la dépression liée à ce travail harassant.
42:38Vous parlez aussi du rôle de votre famille.
42:40Est-ce que c'est le fait d'être le moins isolé possible à travers la famille,
42:44mais à travers aussi peut-être des associations, des syndicats ?
42:47Alors, vous disiez tout à l'heure que les syndicats,
42:49ce n'était plus pour vous a priori, en tout cas pas tout de suite,
42:52mais peut-être des associations.
42:53En tout cas, c'est le groupe qui permet de survivre, de sortir la tête de l'eau ?
42:58La solidarité paysanne qui m'a soutenu, qui m'a aidé pour faire mon adressement.
43:03De quelle manière ?
43:05Tout ce qui est administratif, papiers, tout ça.
43:10Ils sont venus monter un dossier, puis c'est eux qui m'ont décidé à le tribunal,
43:14parce qu'au départ, moi, je ne voulais rien savoir.
43:16Et mon épouse, parce qu'autrement, moi, j'aurais blessé.
43:20Après, je l'ai fait aussi pour mes enfants.
43:23Olivier, ce sujet de la santé mentale, est-ce que vous en parlez beaucoup dans le syndicat ?
43:28Est-ce que c'est presque un tabou ?
43:30Comment est-ce que vous traitez ce sujet-là au MoDef ?
43:33Alors, on en parle évidemment, parce que ces situations-là,
43:36elles touchent nos collègues, elles touchent nos voisins.
43:39Elles touchent...
43:40Elles ont de gros impacts, évidemment, sur notre vie au quotidien, etc.
43:46Comme c'est un métier...
43:48Souvent, on habite dans la ferme où on travaille,
43:51c'est obligé que ça nous trompe de la tête,
43:54parce que quand on quitte le travail, on ne quitte pas tout à fait, quoi.
43:57Ben non, on est toujours sur les lieux.
44:00C'est ça.
44:01Donc, c'est pour ça que nous, on essaye d'identifier les causes qui conduisent à ça,
44:08et de trouver des propositions, des revendications à faire,
44:13pour qu'il n'y ait pas cette incertitude ou ce sentiment d'être délaissé,
44:21et puis d'être au cœur de plein d'injonctions qui font qu'on ne s'en sort pas, quoi.
44:27Sur le sujet de la santé mentale,
44:30puisque vous disiez tout à l'heure que votre fils allait reprendre l'exploitation,
44:34il y a quelqu'un qui demande sur le chat,
44:36est-ce que, du coup, vous vous craignez pour la santé mentale de votre fils derrière ?
44:39Est-ce que vous-même, vous êtes finalement dans l'encouragement par rapport à votre fils,
44:43ou vous savez par un bout que ça va être difficile pour lui ?
44:47Je pense que ça va être difficile pour lui, mais de toute façon, ça vient de lui.
44:52Je ne forcerai pas un de mes enfants à le faire.
44:55Il faut vraiment qu'il le veuille, quoi.
45:00Je ne voudrais pas qu'il vive la même chose que nous, on a vécu, quoi.
45:03Mais est-ce qu'il y a des motifs, quand même, d'espoir,
45:07qu'il y ait des combats qui puissent être gagnés dans les mois à venir ?
45:10Moi, quand même, je reviens sur cette séquence, cette promesse du président,
45:13qui est en bras de chemise, dit clairement aux agriculteurs,
45:16il y a quelques mois de ça, il va y avoir un prix plancher.
45:19Ça paraît tellement sensé.
45:20C'est ce que tu disais tout à l'heure, Lumi.
45:22Il y a une adhésion massive de la part des Français et des Françaises
45:25pour soutenir dans l'idée de l'agriculture et les agriculteurs.
45:29Donc, est-ce qu'il y a des motifs d'espoir, quand même ?
45:33J'espère qu'on va quand même aboutir à quelque chose,
45:35parce qu'autrement, il n'y aura plus de petits, quoi.
45:41Oui, c'est ça qu'un secours risque.
45:42C'est la disparition de toutes les petites cultures.
45:43Voilà, toutes les petites cultures.
45:47En plus, il y a plus de la moitié des agriculteurs
45:49qui vont arriver en retraite d'ici dix ans.
45:50Donc, s'ils ne sont pas remplacés, ça va être une catastrophe.
45:57Et pour vous, Olivier ? Motifs d'espoir, est-ce qu'il y en a ?
46:00Oui, ce que Georges dit, c'est tout à fait vrai.
46:03Il y a un gros enjeu de renouvellement des générations dans nos fermes.
46:06Et des motifs d'espoir, je pense qu'il y en a,
46:09parce que, notamment dans l'agriculture,
46:13on est quand même une des professions qui arriveront à mettre en commun beaucoup de choses.
46:17Du matériel, à travers les CUMA, les coopératives d'utilisation de matériel agricole,
46:23on arrive à diluer un petit peu les charges de matériel en possédant à plusieurs ces outils de production.
46:33Et, moi, par exemple, l'abattoir, parce qu'il faut bien parler de ces choses-là,
46:39est une coopérative gérée par les paysans.
46:43Il y a d'autres coopératives, on l'a dit, dans le lait, dans les céréales, etc.,
46:46où les paysans, à l'origine de ces coopératives, au fur et à mesure des rachats,
46:50fusion, se sont fait voler aussi la responsabilité de leurs outils.
46:58Mais il y a matière à retrouver ces outils-là.
47:02Et je pense que l'outil coopératif, on a besoin de le réinventer pour se réapproprier,
47:06pour pas qu'il arrive ce qui se passe dans le lait comme dans les céréales,
47:10c'est-à-dire des structures qui nous débordent, qui nous dépassent
47:14et qui pratiquent des prix qui sont contraires aux intérêts de leurs propres adhérents.
47:18Ce qui est quand même paradoxal.
47:19Je vois beaucoup de messages de soutien dans le chat à tous les deux.
47:23Ce soutien populaire, tu en parlais tout à l'heure, Lomi.
47:25Est-ce que vous, vous le ressentez ?
47:26Est-ce que ça vous rapporte un peu de réconfort ?
47:28Je n'en sais rien.
47:29Est-ce que c'est quelque chose que vous sentez, ce soutien populaire des gens ?
47:34Georges ?
47:35Pas tellement.
47:37Pas tellement ?
47:38Non.
47:38On a eu, quand il y a eu le confinement,
47:42on a eu un peu de clientèle, parce qu'on vend un peu de détails.
47:46Et on a eu pas mal de clients parce que les gens,
47:48ils ne pouvaient pas sortir ou ils sortaient de chez eux pour aller chercher un peu de produits.
47:53Et on continuera.
47:56Après, plus de confinement, les clients, ça a diminué.
47:59Aujourd'hui, il n'y a pratiquement plus personne.
48:02C'est vrai que les politiques disent très souvent, ou des éditorialistes très connus,
48:06ils engueulent un peu le consommateur français de ne pas consommer français.
48:10Et puis, dans le même temps, on sait bien qu'en même temps,
48:12ils ne veulent pas augmenter les salaires des gens.
48:13Donc, c'est très compliqué pour les gens.
48:15Même, je pense que si tout le monde avait le choix,
48:18les personnes préfèreraient clairement manger un bon poulet ou des bons légumes
48:24qui soient locaux et bien meilleurs et justement pas transformés, etc.
48:29Et la plupart des gens prennent parce que c'est moins cher, effectivement,
48:31mais aussi parce que les gens n'ayant pas de salaire qui augmente.
48:35C'est vrai qu'il y a un peu cette hypocrisie de l'injonction souvent de la part de personnes
48:39qui ont bien les moyens de dire aux consommateurs qu'il faut consommer français
48:42et en même temps, la réalité des gens qui, je pense,
48:48vraiment, si tout le monde pouvait le faire, tout le monde le ferait,
48:50mais qu'effectivement, financièrement, c'est compliqué.
48:52Et c'est vrai que c'est pour ça que la solution, elle est à la fois...
48:57Enfin, il faut aider à la fois l'agriculteur et en même temps
49:00que le consommateur puisse accéder à ces produits-là.
49:02C'est pour ça que je posais des questions.
49:04Je me pose des questions un peu plus naïfs parce que je connais très peu, moi,
49:08du coup, ce milieu, vos réalités, la politique, etc.
49:12Et donc, c'est pour ça aussi que se demander s'il y a quelque chose à faire
49:15au niveau de la grande distribution, en dehors des décisions politiques
49:18à l'échelle nationale ou européenne.
49:21Voilà, qu'est-ce qu'on peut faire ?
49:22Effectivement, remettre ça sur les épaules des consommateurs,
49:25malheureusement, c'est souvent de la part de gens qui pourraient avoir le pouvoir
49:28de vraiment avoir de l'impact.
49:30Qui puissent avoir le choix.
49:31Oui, bien sûr.
49:32Comme pour le bio.
49:35Ça fait écho un peu à ce qu'Emmanuel Macron nous avait dit
49:37quand on l'a rencontré, nous, MoDef, au début de l'année.
49:41On pose la question du bio et des prix, etc. qui n'étaient pas du tout à la hauteur.
49:46On a une collègue notamment qui était en fruits bio et la baisse du prix d'achat de ces fruits
49:49a été très inquiétante.
49:51Et Emmanuel Macron nous dit, on l'a dit dans notre communiqué,
49:53oui, mais les gens préfèrent s'acheter des abonnements VOD plutôt qu'aller vers le bio, etc.
49:59Un propos digne du café du commerce quand même.
50:01On leur sort dans notre communiqué, c'est repris par la presse, ça fait un peu de bruit, etc.
50:06Et donc, ça met en lumière aussi que même les dirigeants se reposent sur le prétendu libre arbitre des consommateurs
50:15sur ce qu'ils vont acheter.
50:17Alors qu'on sait très bien que ce libre arbitre, il est en fait conditionné par des revenus, par des
50:22salaires qui ne sont pas à la hauteur de ce qui est revendiqué,
50:26notamment par les organisations syndicales de salariés et les associations de consommateurs.
50:32Et modestement, nous, on a essayé de mettre ça en lumière plusieurs années de suite et on le fait, y
50:36compris dans les régions,
50:38en mettant en vente des fruits et légumes à prix juste issus des fermes de nos collègues du Lot-et
50:45-Garonne
50:46au pied des quartiers populaires en Ile-de-France, on l'a fait plusieurs fois, pour montrer qu'il y
50:52a cette possibilité d'avoir un prix qui,
50:54un, rémunère le paysan en sortie de champ et deux, pour des fruits et légumes qui sont ce que les
51:02gens ont le plus de mal à acheter parce que c'est cher,
51:05une possibilité d'avoir un prix qui n'est pas exorbitant en mettant en place les mécanismes dont j'ai
51:11parlé tout à l'heure.
51:11Donc du produit frais, bon pour la santé et qui contente tout le monde. Donc c'est possible, on le
51:17démontre.
51:18Et oui, on a besoin aussi que les revenus de tout le monde soient augmentés, des paysans mais aussi des
51:24salariés.
51:24L'argument c'est la faute de Netflix, il est quand même, il fallait le tenter quoi, inattendu.
51:30Peut-être juste avant de terminer, je voyais dans le chat, quelqu'un parlait du tourisme social, il me semble
51:33qu'on peut visiter votre ferme,
51:34Georges, c'est bien ça ?
51:36J'ai fait des visites, oui, avec des écoles, tout ça.
51:40Vous le faites encore ?
51:41Non, ça s'est arrêté pareil avec le confinement et puis on n'a pas repris.
51:45Je faisais ça avec l'office du tourisme, en fait.
51:49Moi ça me donne une question parce qu'il y a un enjeu de visibilité du coup aussi autour de
51:52la question des éventuelles visites.
51:54Moi ça me pose une question parce que je vois dans le chat quelques-uns se moquer de nous en
51:57disant ce sont des questions parisiens.
51:59On ne se refait pas.
52:00Mais en vrai je vais prendre la critique et la retourner en question parce que je pense que c'est
52:05vraiment important.
52:06C'est vrai que la plupart des rédactions sont parisiennes, on ne va pas se mentir.
52:08Est-ce que vous considérez que le traitement médiatique des questions paysannes, agricoles en général, est satisfaisant ?
52:16Ou est-ce que vous regardez les sujets qui vous sont consacrés ?
52:19Ou est-ce que c'est caricatural, trop urbain, on pourrait complètement l'entendre ?
52:25Comment vous le percevez vous ?
52:28La question piège apparemment.
52:30Si vous ne regardez pas.
52:31Qui vous laisse sans voix.
52:34Bonjour.
52:35Pas trop ?
52:37Parce que pour aller au bout de ma question et pour vraiment me paraître complètement idiot devant le chat.
52:41Moi en tant qu'urbain, il y a pendant des années, je pense que la seule fenêtre que j'avais
52:44pour voir le monde agricole, c'était l'amour est dans le pré.
52:47Et je vous le dis vraiment sans ironie.
52:50Ah oui, t'as honte de rien.
52:52Mais voilà, je vous le dis, je pense que c'est le cas de plein de gens qui vivent en
52:55ville et qui n'ont jamais mis les pieds à la compagne.
52:56C'est intéressant parce que oui, c'est vrai qu'il y a peut-être à aller chercher un peu
53:01plus dans le quotidien des fermes
53:02parce que c'est très saisonnier, parce que toutes les fermes ne se ressemblent pas, on l'a dit.
53:06Et donc c'est intéressant aussi de voir le cœur des métiers, de poser des questions dans le reportage, ça
53:12a été fait auprès de Georges et tout ça.
53:14Il y a tout un tas de questions à poser et c'est sûr que la couverture médiatique des mobilisations,
53:22parce que c'est souvent quand il y a des mobilisations qu'il y a une couverture médiatique,
53:26elle ne reflète pas forcément un quotidien qui est fait de plein de choses et qui est fait aussi du
53:34fait qu'on n'est pas que paysan.
53:35On est aussi dans les associations, on fait du sport, on fait de la musique, on est parents d'élèves,
53:40etc. J'ai déjà dit, donc voilà, de dire aussi qu'il y a une vie à côté.
53:46On essaie qu'il y en ait un maximum possible.
53:48Merci beaucoup à tous les deux. On en a terminé de cette partie ça dit quoi, cette partie actualité. On
53:55vous remercie, on rappelle Olivier Morin, vous êtes éleveur bio de volailles en Inde,
53:59et Georges Noyel, vous êtes éleveur laitier dans la Somme. Je vous invite à quitter le plateau. Merci beaucoup à
54:05tous les deux.
54:05J'ai vu plein de messages d'encouragement dans notre chat, donc voilà, on vous souhaite beaucoup de courage pour
54:08la suite, puisqu'on sait que ça ne va pas être…
54:10Les prochains jours, semaines et années ne vont pas être faciles.
54:12Non.
54:13Merci beaucoup à tous les deux.
54:14Merci de vous être déplacés.
54:16Merci à vous, c'est notre invitation.

Recommandations