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Transcription
00:003000 professeurs réemplaçants pour répondre au manque de professeurs, justement,
00:03notamment dans les établissements les plus touchés.
00:05Mais alors, d'où sortent ces professeurs ?
00:08Élément de réponse avec Maïlène Trémolet.
00:10Il s'agit de TZR, des titulaires de zones de remplacement,
00:14mais sans affectation jusqu'à ce jour,
00:16qui vont être répartis dans des lycées ciblés précisément.
00:19Mais alors, pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?
00:22Eh bien, puisque ces lycées sont répertoriés par un logiciel
00:24qui vient tout juste d'être mis au point.
00:27Interrogé sur la question depuis le Val-de-Marne,
00:29Édouard Geffray assume.
00:30Je ne vais pas cacher le fait qu'il y avait 3000 personnes
00:32qui n'étaient pas actuellement affectées devant un élève.
00:33Elles l'auraient peut-être été dans trois semaines ou dans un mois.
00:35Mais pour l'instant, ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elles ne le sont pas.
00:37Donc soit on se dit, c'est un peu compliqué,
00:39on va les garder en réserve, etc., etc., on verra plus tard.
00:41Soit on se dit, on les utilise dès maintenant, on les mobilise.
00:44Le ministre qui ajoute que plusieurs centaines de recrutements
00:46auront lieu en parallèle.
00:47Les professeurs remplaçants seront donc en tout autour de 4000.
00:51L'objectif tenté d'apaiser la mobilisation qui se poursuit dans plusieurs lycées,
00:55est montré aux élèves qu'ils sont entendus par l'exécutif.
00:59Toujours est-il que ces annonces n'ont pas reçu un accueil très chaleureux,
01:02alors que certains lycéens considèrent que le ministère leur accorde des miettes.
01:05Les Républicains déplorent le manque d'organisation de la rue de Grenelle
01:08et la France Insoumise pointe du doigt un ministre
01:11qui, selon eux, se moque de la colère lycéenne.
01:14Et Claire est en direct avec nous.
01:16Bonjour, chère Claire.
01:17Bonjour.
01:18Vous nous appelez du Grand Est.
01:20Et ce qui est intéressant, c'est que vous êtes enseignante.
01:23Oui, tout à fait.
01:24Et enseignante remplaçante.
01:27Alors, j'ai été remplaçante pendant une dizaine d'années, effectivement.
01:30Donc, vous allez pouvoir nous expliquer ce machin.
01:32Excusez-moi de le dire comme ça,
01:33mais pour les Français qui ne connaissent pas,
01:35on ne comprend pas ce qu'il se passe.
01:36Comment on peut sortir 3000 professeurs d'un chapeau magique, comme ça ?
01:40Ce n'est pas vous qu'il ne faut pas mettre en cause les professeurs
01:44et qu'ils font un travail admirable, bien sûr.
01:45Mais c'est l'administration, c'est ce mammouth qu'on ne comprend pas.
01:51Alors, effectivement, ce qu'il faut comprendre,
01:53c'est qu'il y a des logiciels,
01:55les logiciels qui gèrent les TZR,
01:57donc les titulaires sur zone de remplacement.
02:00Ce sont des logiciels qui ne sont pas extrêmement performants.
02:03Voilà.
02:04Donc, parfois, on a des chefs d'établissement qui vont appeler,
02:07qui vont dire qu'il manque un professeur dans telle matière.
02:09On va lui dire non, il n'y a personne.
02:11Alors qu'en réalité, il y a des professeurs qui ne sont pas affectés.
02:15Voilà.
02:15Et bon, moi, ça m'est arrivé certaines années de faire des remplacements
02:18parce que j'avais le chef d'établissement,
02:21de l'établissement où j'étais rattachée,
02:22qui avait discuté avec la chef d'établissement du collège voisin,
02:27qui s'était rendu compte que moi, je n'étais pas affectée.
02:30J'attendais globalement en salle des profs,
02:32je faisais de l'aide au devoir un petit peu.
02:35Parfois, je pouvais faire un peu de soutien.
02:37On pouvait dédoubler les classes avec des collègues.
02:39Et donc, cette chef d'établissement qui dit,
02:41mais moi, je n'ai pas de prof depuis un mois.
02:43Et le rectorat ne me dit qu'il n'y a personne.
02:45Voilà.
02:46Donc, en fait, le logiciel n'est pas extrêmement performant
02:51pour affecter les professeurs devant élèves.
02:54Alors après, il se pose toujours la question de,
02:56est-ce qu'on garde des gens sous le coude au cas où il y a besoin ?
02:58Est-ce qu'on les affecte à l'année ?
03:00Sachant que, en fait, pour les affectations à l'année,
03:03il faut savoir que les personnes qui, comme moi, sont titulaires,
03:05qui ont passé un concours,
03:06ne sont pas prioritaires par rapport aux contractuels.
03:11Voilà.
03:11Donc, on fait passer les contractuels qui sont moins qualifiés que nous
03:14parce qu'eux, ils peuvent se permettre de refuser un poste.
03:17Et puis nous, on va nous dire,
03:18vous, de toute façon, vous êtes fonctionnaire,
03:19donc vous êtes obligés d'accepter le poste.
03:21Et nous, on va aller faire des remplacements.
03:23Voilà.
03:24Ce n'est pas légal, mais ça se passe comme ça.
03:27Et il faut savoir que ça avait quand même été admis publiquement
03:29par une femme de M. Ndiaye.
03:32Alors, la question que je me pose, Claire,
03:34c'est pourquoi faire le choix d'être professeur remplaçant et non titulaire ?
03:38Alors, en général, ce n'est pas un choix.
03:39Enfin, alors, on est titulaire.
03:41En fait, on est titulaire.
03:43Mais on est titulaire d'une zone de remplacement.
03:45Et alors, je ne vais pas vous expliquer
03:47comment se passent les mutations dans l'éducation nationale.
03:49C'est vraiment extrêmement compliqué.
03:50C'est un système à base de points basé sur,
03:53notamment, l'ancienneté.
03:55En fait, quand vous êtes jeune prof,
03:58statistiquement, soit vous commencez dans un quartier difficile,
04:01soit vous commencez en région parisienne,
04:03soit vous réussissez à rester souvent dans votre région d'origine.
04:06Et dans ce cas-là, vous allez être remplaçant.
04:10Donc, ce n'est pas, en général,
04:11je ne connais personne, en tout cas,
04:12pour qui ce soit un choix d'être remplaçant.
04:14D'accord, Claire.
04:15Mais vraiment, je vous pose toutes les questions
04:17parce que c'est un monde aussi qu'on découvre, en quelque sorte.
04:22Vous êtes professeur dans un lycée public, désormais ?
04:26Tout à fait.
04:27Vous enseignez quoi, Claire ?
04:28L'histoire.
04:29Ben, formidable.
04:31Et là, vous avez des élèves, par exemple,
04:32en quelle classe, en lycée ?
04:34De tous les premiers.
04:36Voilà, exactement.
04:38Et quel est votre rapport avec les élèves aujourd'hui ?
04:43En fait, moi, ce que je vois,
04:45c'est que les élèves peuvent être assez partagés.
04:48Il y a certains qui veulent venir en cours,
04:49qui veulent travailler.
04:51Il y en a qui peuvent aussi porter des revendications.
04:53Et moi, j'entends aussi des remarques de certains élèves
04:55qui me semblent tout à fait resogles quand même.
04:57Ben oui, mais là, on a un prof de telle matière
05:00qu'on n'a pas, qu'on n'a jamais.
05:02Il y a des établissements où il n'y a pas de prof
05:04de telle matière pendant un an.
05:06Voilà.
05:09Et ça, moi, je peux entendre, en fait.
05:11Mais évidemment, mais je ne dis pas
05:12qu'il y a des revendications qui sont sortes.
05:15La difficulté dans son organisation
05:18et dans la manipulation de Parcoursup,
05:22c'est une revendication qui peut s'entendre.
05:25Comment améliorer Parcoursup ?
05:27Alors, Parcoursup, moi, je ne suis pas convaincue
05:29qu'il y a un réel problème avec Parcoursup.
05:31Parce que c'est...
05:33On a l'air d'être une asine à gaz, Parcoursup aussi.
05:37Je ne suis pas certaine, en fait,
05:38si, il faut savoir que chaque année,
05:41on a des élèves qui ne suivent pas forcément non plus
05:42les conseils que leurs enseignants peuvent leur donner.
05:45Quand on leur dit, attention, là, tu demandes une prépa,
05:47mais tu ne demandes qu'une prépa avec internat.
05:50Ça veut dire que s'ils n'ont pas de place pour toi à l'internat,
05:53tu n'auras pas du tout de prépa.
05:53Et alors là, vous allez avoir un artiste de presse qui va vous dire,
05:56ah, un tel, il a 18 de moyenne,
05:58il avait demandé des prépa, mais finalement, il n'a rien eu.
06:00Oui, mais si on creuse, qu'est-ce qu'on voit dans la suite de l'article ?
06:03Ah oui, mais il n'a demandé que des prépa avec internat.
06:04Moi, ce qui m'intéresse également, Claire,
06:07et dites-moi, mais ce n'est pas le raisonnement par l'exemple,
06:10mais c'est justement un témoignage que j'avais pu avoir
06:12d'un jeune professeur d'histoire,
06:15c'était il y a longtemps, c'était même avant les Gilets jaunes,
06:17c'était en 2017, 2017-2018,
06:20quelqu'un qui était passionné par l'histoire,
06:23passionné par l'idée de transmettre,
06:25jeune, qui sortait à peine de l'examen
06:28et qui avait été envoyé en banlieue parisienne,
06:31qui m'avait dit, tu sais,
06:33quand on est face à des enfants,
06:36c'est-à-dire qu'en sixième, cinquième,
06:37ça reste des enfants,
06:38ça se passe plutôt bien,
06:40et puis ensuite, il y a d'abord une confrontation presque physique,
06:43parce que c'est l'adolescence,
06:44ils grandissent,
06:46et puis moi qui enseigne l'histoire,
06:48je ne peux plus parler de certains sujets
06:50sans être pris par les élèves.
06:52Ça peut être la question de la colonisation,
06:55ça peut être aussi la question du 11 septembre,
06:58la question de la Shoah.
07:00Est-ce que c'est un témoignage
07:03qui n'est pas représentatif forcément de ce que vous vivez ?
07:06Je pense que ça peut être représentatif
07:08et que les élèves, au bout d'un moment,
07:11quand on a un prof qui reste droit dans ses votes
07:13et qui dit, voilà,
07:15moi je vais entendre ce que vous me dites
07:16et qui démontre les arguments au fur et à mesure,
07:19en fait, on a aussi des élèves qui écoutent quand même
07:22ce qu'on a à leur dire sur tel ou tel sujet.
07:25Je ne dis pas qu'à la fin,
07:26on aura réussi à les convaincre forcément,
07:28mais je pense qu'on aura quand même fait passer...
07:31Moi ce qui me rassure, c'est l'échange.
07:33Je préfère 100 fois qu'il y ait cette idée d'échange,
07:36même si, pour moi, vous êtes professeur,
07:38il y a le côté cours magistral,
07:40c'est-à-dire qu'on écoute le prof
07:41et puis on lui pose des questions pour mieux comprendre,
07:44même si ce n'est pas une écoute forcément religieuse.
07:46Mais je préfère ça à la confrontation.
07:48Ce qui m'inquiétait, c'était la confrontation.
07:51La confrontation, elle est là depuis quelques années,
07:55mais ce qu'il faut se dire, c'est que la confrontation,
07:58réellement, au niveau des élèves, il y a deux choses.
08:00La confrontation, soit les élèves sont soutenus par les parents,
08:03et dans ce cas-là, effectivement, la confrontation,
08:06elle va aller au clash.
08:07Soit les élèves, ils savent que derrière,
08:09si j'écris un message aux parents,
08:11ils ne sont pas soutenus et qu'ils vont se faire engueuler à la maison.
08:15Moi, j'ai déjà eu, même dans des quartiers difficiles,
08:18des parents, des papas qui venaient dire
08:19« M'attendez, moi, il n'y a pas de problème. »
08:20Oui, qui vous mettez la pression.
08:22Ou à l'inverse.
08:22Il n'y a pas de problème.
08:23Si vous le punissez, moi, je punis à la maison.

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