Eliot Deval revient, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Vous voulez réagir ? Appelez le 01.80.20.39.21 (numéro non surtaxé) ou rendez-vous sur les réseaux sociaux d’Europe 1 pour livrer votre opinion et débattre sur grandes thématiques développées dans l'émission du jour.
00:00Une heure moins le quart sur Europe 1, nous sommes ensemble bien sûr jusqu'à 13h pour Elliot de Valevo.
00:04Et juste avant la pause, Elliot vous avez évoqué le niveau scolaire en France, notamment en mathématiques.
00:10Et oui, parce que ce niveau est en train de baisser drastiquement depuis 20 ans
00:15et l'alerte a été mise par le patron du groupe Safran.
00:18Safran, c'est un groupe industriel français de haute technologie, en aéronautique notamment,
00:24dans l'espace ou encore la défense.
00:25L'effondrement du niveau scolaire des Français a des conséquences sur l'excellence française
00:31et donc sur les ingénieurs de demain.
00:33Et il prend un exemple très concret, il prend le niveau en mathématiques.
00:37Écoutez Olivier Andriès qui est donc le directeur général de Safran.
00:41Ce que je regrette, c'est la décision qui a été prise, je la trouve toujours incompréhensible,
00:45de rendre les maths optionnelles pour le bac.
00:47Et vous savez, on le voit, l'impact qu'on a vu très rapidement de cette décision,
00:57c'est qu'on a vu une baisse du nombre de jeunes filles candidates sur les filières scientifiques
01:02et dans les écoles d'ingénieurs.
01:04Je pense que c'est une bombe à retardement, c'est de voir le niveau progressivement baisser.
01:10Et là aussi, pardon de le dire, je vais être assez cru,
01:15mais de se fixer comme objectif d'avoir 80% de bacheliers, voire plus,
01:22et pour y arriver de baisser le niveau, c'est pas la voie.
01:26C'est pas la voie parce qu'à la fin des fins de la sélection, elle se fait.
01:30Si elle se fait pas là, elle se fera plus tard.
01:33Pourquoi les maths c'est important ?
01:34C'est pas parce que les gens vont faire des maths derrière.
01:37Les maths c'est important parce que c'est ça qui forme l'esprit.
01:40C'est ça qui permet de comprendre, d'analyser,
01:43d'avoir vraiment une stratégie rationnelle d'analyse des problèmes.
01:50D'analyse des problèmes, quels qu'ils soient.
01:52Quels qu'ils soient.
01:54Donc c'est formateur pour ça les maths.
01:56Ça forme l'esprit.
01:58Et comme vous l'avez entendu, Olivier Andriès tire la sonnette d'alarme.
02:01Un point qui concorde avec l'étude Teams de 2023,
02:05qui a classé la France bon dernier des pays européens dans cette matière.
02:09Alors pour tenter de relancer l'apprentissage des maths dans le pays,
02:12une nouvelle méthode est à l'essai dans plusieurs écoles primaires.
02:15Mais tout le monde n'est pas d'accord sur les résultats,
02:18comme l'a constaté Laura Legault à Amélie dans le Loiret pour Europe 1.
02:22Dans cette classe de CM1, tous les élèves écoutent attentivement la maîtresse au programme ce jour-là.
02:28On va donc commencer la séance sur la comparaison des fractions.
02:31Depuis plusieurs mois, ils apprennent les maths grâce à une nouvelle méthode.
02:35Jusque-là, les élèves devaient d'abord chercher à comprendre par eux-mêmes.
02:38Désormais, ils doivent reproduire ce que l'enseignant leur montre.
02:41Je vais commencer par vous montrer comment on fait pour comparer les fractions.
02:44Premier exemple, je dois comparer un demi et un tiers.
02:47Après, nous faisons avec les élèves, nous essayons de les entraîner pour qu'ensuite ils puissent faire seuls.
02:53Autre changement, les élèves doivent participer.
02:56On doit expliquer comment on a retrouvé le résultat.
02:59Ça nous aide aussi, ça nous habitue à mettre la justification.
03:03Une méthode qui fait ses preuves selon le rectorat.
03:05Les élèves progressent plus vite sur certaines notions.
03:08Pas convaincant pour Mélanie Guenet, maître de conférence en mathématiques à l'université Paris-Saclay.
03:13La méthode est basée sur l'enseignement explicite.
03:15C'est des méthodes qui sont assez magistrales.
03:18C'est très basé sur la répétition des tâches.
03:20Ça va peut-être favoriser une amélioration des résultats à des tests parce qu'on a entraîné à ces mêmes tests.
03:26L'expérimentation doit être évaluée à la fin de l'année.
03:30Elle pourrait être étendue à d'autres établissements dès la rentrée prochaine.
03:33Et Lucas Marcarian est avec nous.
03:35Bonjour cher Lucas, vous êtes professeur de mathématiques dans un lycée à Marseille.
03:39Et vous êtes créateur de contenu pédagogique sur YouTube.
03:44Vous avez d'ailleurs été consulté, si je ne m'abuse, par Gabriel Attal, il n'y a pas si longtemps.
03:49Mais également par Algen.
03:51Merci d'être avec nous cher Lucas.
03:53Bonjour à tous.
03:54C'est un peu triste, mais j'ai envie de dire dans quel domaine la France progresse.
03:59À part l'insécurité, je ne sais pas.
04:01Nos élèves sont mauvais en mathématiques et ça a des conséquences sur le long terme.
04:07C'est l'alerte émise par le patron de Safran aujourd'hui.
04:11Alors, bonjour à tous.
04:14Oui, effectivement, j'ai écouté avec attention l'interview d'Olivier Andriès, donc le patron de Safran.
04:20Il a raison sur 95% des points qu'il met en avant.
04:24Je parle en mon nom, mais effectivement, le niveau baisse, ce serait mentir de ne pas en faire le constat.
04:31Ou du moins de se voiler la face.
04:32Pourtant, quand on regarde les programmes, ils n'ont pas énormément évolué.
04:40C'est plutôt la manière dont on enseigne peut-être la rigueur qu'on nous impose qui change.
04:46Et qui fait qu'en fait, aujourd'hui, on fait plus des maths pour faire des maths.
04:49Et c'est comme si on reportait le problème à plus loin.
04:51C'est exactement ce que dit le patron de Safran quand il met en avant le fait qu'il y a un moment donné où une sélection se fera.
04:59Et en fait, c'est ceux qui auront eu une préparation peut-être supérieure à celle qui est imposée par les programmes et l'éducation nationale
05:05qui tiendront le choc et qui feront qu'en études supérieures, ils pourront aller au-delà et surtout qui répondront aux exigences des études supérieures.
05:11Là où je lui en serai un tout petit peu, c'est par rapport au bac de maths en fait.
05:15Parce qu'effectivement, jusqu'à l'année dernière, les maths étaient optionnelles.
05:22Mais justement, grâce au choc des savoirs, ça a été impulsé par Gabriel Attal, repris ensuite par Anne Jeuneté
05:28et encore aujourd'hui par les ministres de l'éducation nationale qui se sont succédés.
05:32On a cette année un bac en première, obligatoire, pour tous les élèves, pour ceux qui ont choisi la spécialité mathématique,
05:39pour ceux qui n'ont pas choisi la spécialité mathématique.
05:42Et enfin, moi je dis enfin, on va permettre à des jeunes qui râlent, certes, parce qu'ils se disent
05:48ça tombe sur nous, on nous oblige à faire des maths, mais qui vont enfin avoir un niveau, on va dire un peu plus homogénéisé et uniformisé.
05:54Et je pense que dans 2-3 ans, je l'espère, on commencera à avoir le bienfait de cette mesure.
06:00Je vais vous dire, pardonnez-moi Lucas, moi j'ai 33 ans, j'étais plutôt mauvais en mathématiques,
06:07mais je tombe des nus en apprenant, et certains auditeurs j'imagine,
06:12que depuis quelques années, on a imaginé les mathématiques comme optionnelles au bac.
06:18La question que je me pose également, c'est combien d'heures il y avait pour les lycéens, par exemple,
06:24en mathématiques, il y a 15 ou 20 ans, et combien il y a d'heures aujourd'hui de mathématiques pour un lycéen ?
06:32Alors moi, à mon époque, quand j'étais en terminale S, on avait 7 heures, là c'est sensiblement pareil,
06:41on a 6 heures. Après, il y a longtemps, moi je suis jeune aussi, j'ai 27 ans, donc je n'ai pas connu l'ancien système.
06:48Une chose est sûre, c'est qu'en fait, on se fait des mathématiques quelque chose de négatif.
06:53Ça ne choque personne qu'il y ait du français imposé à tout le monde.
06:56Mais bien sûr, parce qu'on dit que quand on va faire nos courses à intermarché, il va bien falloir qu'on parle français.
07:03Alors que résoudre une équation différentielle dans les rayons d'intermarché quand on va faire ses courses, on n'en a pas besoin.
07:08Et pourtant, et il le souligne à juste titre, finalement, être bon en maths, peu m'importe,
07:14avoir un raisonnement structuré, avoir un esprit critique, avoir le goût de la recherche, avoir le goût de l'effort,
07:20avoir le goût de la rigueur. Finalement, c'est plus les compétences extérieures aux mathématiques
07:26qui vont faire que la personne qui va en faire va avoir une capacité de travail supérieure.
07:33Non pas que ceux qui ne font pas de mathématiques n'ont pas de capacité de travail,
07:36mais il est prouvé en tout cas que les personnes qui étudient les mathématiques ont cette rigueur supplémentaire.
07:42Ce n'est pas tant le fait de savoir faire le théorème de Pythagore ou de savoir calculer l'intégral qui va changer en fait.
07:47Mais ça va au-delà du simple fait des mathématiques, je crois, cher Lucas,
07:51vous avez parlé des valeurs qui sont véhiculées à travers les mathématiques, vous parlez de rigueur.
07:56Mais dans l'éducation nationale, l'idée de rigueur, d'excellence, de savoir, de transmission,
08:04voilà, c'est des principes qui ont peut-être au gré des années, eh bien, se sont un peu effrutés.
08:10On a perdu cela parce qu'il ne faut pas mettre des mauvaises notes.
08:13C'est pas bien de dire à un élève, bah, t'as été mauvais sur ces...
08:17Voilà, le bien-être de l'élève au quotidien est très important.
08:24Bah oui, le bien-être, bien sûr que c'est important.
08:26Vous avez totalement raison.
08:28Mais il y a un moment où il faut apprendre à savoir lire, compter, écrire,
08:33et surtout retrouver ce goût de l'excellence.
08:36Merci, cher Lucas.
08:39Pardonnez-moi, on est un tout petit peu pressés.
08:41Et on a un professeur de maths qui nous appelle également, Laurent,
08:46qui nous appelle du Lot-et-Garonne.
08:47Bonjour, Laurent.
08:49Bonjour, monsieur Duval.
08:51Ça y est, cette fois-ci, j'ai bien dit Duval et pas Duval.
08:53C'est sympa.
08:54Ah bah oui, vous ne vous trompez pas.
08:57Non, non, je rigole.
08:58Et puis surtout, on est écouté sur Europe 1, là.
09:01Ça ne rigole plus.
09:02Et après, il y a un grand acteur qui s'appelle Robert Duval.
09:05Oui, ça, j'ai vrai.
09:06Presque aussi bon qu'Eliott, mais...
09:08Je vous taquine, je vous taquine.
09:10Mais taquinez-moi, il n'y a pas de problème.
09:13Voilà.
09:13Alors, vous avez un prof de maths qui a 61 ans bientôt,
09:16donc qui a connu le système BAC-C.
09:19Vous savez ce que c'est ?
09:20La filière C, avant, ce que c'était.
09:21C'était de l'exigence à l'état pur.
09:23Après, S, c'était un peu plus étulcoré.
09:25C'était S, c'était C, démélangé.
09:27Bon, ça, c'est une remarque au passage.
09:29Donc oui, à mon époque, il y avait beaucoup d'exigence.
09:32Maintenant, j'essaye d'avoir de l'exigence par rapport à mes élèves,
09:34mais je ne peux plus avoir de l'exigence.
09:36Mes élèves ne sont plus du tout dans le goût de l'effort,
09:38de la cohérence.
09:40C'est terminé, ça, l'application.
09:42Ils ne l'ont plus.
09:42C'est-à-dire que, quelles que soient les notes qu'ils obtiennent,
09:44de toute façon, ils passent au niveau supérieur.
09:46Ils ne sont pas bêtes, mes élèves.
09:47Ils savent que moins d'efforts ils font.
09:49De toute façon, ils passent.
09:50Donc, même si j'ai des exigences,
09:53et même si, moi, le système fait que je ne peux plus en avoir
09:57parce que, de toute façon, on me dit,
09:58non, non, non, vos exigences à vous, il ne faut plus en avoir.
10:01Parce que, non, il faut un niveau inférieur, de toute façon.
10:03Je ne peux plus avoir les exigences que j'avais il y a 10, 15 ans ou 20 ans de ça.
10:07Moi, je vois les contrôles que je posais il y a 10, 15 ans ou 20 ans de ça.
10:10Ce ne sont plus les mêmes.
10:11parce que les exigences que j'ai, moi, ne sont de toute façon plus requises.
10:16On ne peut plus être exigeants par rapport aux élèves.
10:19Ils ne le sont plus eux-mêmes.
10:20Ils n'ont plus le coût de l'effort.
10:22C'est bien ce que disait votre interlocuteur.
10:23Non, ce qui est intéressant aussi, c'est au-dessus de vous.
10:26C'est-à-dire, Laurent.
10:27C'est de la rigueur, de l'exigence et de l'application.
10:30Et bien sûr.
10:30C'est des qualités que n'ont plus les élèves.
10:32De l'exigence, de l'application, de la cohérence, de la rigueur,
10:35de le coût de l'effort.
10:36Laurent, vous m'entendez ou pas ?
10:40Oui, pardon.
10:40Moi, j'ai le goût de la rigueur aussi, parce que le temps presse.
10:43Et il me reste six secondes avant de vous remercier et de vous dire au revoir.
10:46Et de vous dire demain, il faudrait qu'on en reparle.
10:48Tiens, on va voir si on va continuer d'en parler demain,
10:51même si le programme du dimanche est souvent très chargé.
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