00:00Réda Bellage nous fait le plaisir d'être présent dans le studio d'Europe 1,
00:03porte-parole du syndicat policier Unité L2 France.
00:06Bonjour Réda.
00:06Bonjour Réda.
00:07Comment allez-vous ?
00:09Écoutez, ça va, le moral des troupes n'est pas au beau fixe, c'est sûr,
00:15mais comme je le dis toujours, aujourd'hui, ceux qui nous font tenir,
00:18ce sont les Français, et surtout le sens du devoir.
00:22Le sens du devoir.
00:24J'ai entendu les autorités cette semaine, et notamment ces dernières heures,
00:29craindre, et c'est ça que j'ai eu du mal à comprendre malgré le dispositif déployé,
00:3470 000 forces de l'ordre, un week-end et un samedi aussi violent, si ce n'est plus violent,
00:40que le 17 octobre, où les forces de l'ordre avaient été débordées, faute de moyens, faute de bras.
00:47Faute de moyens, faute de bras, faute d'anticipation, faute de préparation,
00:54enfin voilà, il y a eu beaucoup d'erreurs, je pense, et j'espère, j'ai bon espoir,
00:58en tout cas, nous, à Unité, on a pris la tâche avec l'ensemble des directions, chacun à notre niveau,
01:03c'était mon cas hier soir aussi,
01:06et écoutez, déjà, en termes d'organisation, ça a l'air d'être beaucoup mieux anticipé,
01:12la preuve en est avec les demandes de déplacement, de manifestations,
01:16qui sont, à mon sens, une bonne chose vis-à-vis de nos commerçants qui essaient de travailler,
01:21et j'espère qu'il n'y aura pas de changement de dernière minute,
01:25mais voilà, en tout cas, on est, je ne veux pas dire satisfait,
01:29parce que l'état de morale et physique des collègues, il est compliqué,
01:33vous savez, depuis le début du mouvement, on a eu à peu près 500 CRS qui ont consulté,
01:39ils ne sont pas arrêtés, mais qu'ils ont consulté, soit suite à de la fatigue,
01:44soit suite à des blessures, soit suite à leur état psychologique,
01:49et voilà, je ne parle pas des autres collègues qui, eux, ne sont pas assez formés,
01:53voilà, il y a beaucoup de choses qui ne vont pas,
01:55j'espère qu'à un moment, à un autre, on se posera tous autour d'une table
01:59avec le ministre actuel ou le futur ministre, je ne sais pas,
02:03mais en tout cas, je pense qu'il faut, avant d'aller parler,
02:07c'est une image qui, excusez-moi, je reviens dessus, parce que j'y pense depuis hier,
02:10j'ai eu la chance de faire un plateau sur CNews hier,
02:12et j'ai vu une image qui, apparemment, n'a choqué personne,
02:15mais moi, ça m'a choqué, les collègues avec qui j'ai pris attache hier,
02:19hier soir, ça les a choqués, j'ai vu que le ministre de l'Intérieur avait reçu les lycéens.
02:24Alors, moi, j'entends, mais ce n'est pas leur ministre de tutelle,
02:27la moindre des choses, je pense, ce serait d'avoir reçu les policiers,
02:32ou les gendarmes, puisque vous avez 2000 forces de l'ordre qui ont été blessées,
02:35mais ça n'a pas été le cas.
02:37Donc, je ne sais pas, j'ai du mal à comprendre comment fonctionne la France aujourd'hui,
02:43donc c'est pour ça que je vous dis qu'on est un peu dépassé de ce côté-là.
02:45De toute façon, je vais vous dire, je vais vous répondre trivialement,
02:48il n'y a rien qui va.
02:50C'est-à-dire que quand, à juste titre, la préfecture de police de Paris,
02:54avec le ministre de l'Intérieur, considère qu'il serait dangereux
02:59d'organiser une manifestation au plein cœur de la ville,
03:02vous avez un tribunal administratif qui, dans un premier temps,
03:07retoque le trajet prévu par la préfecture,
03:11qui allait de la porte de Bagnolet jusqu'à la porte de Charenton.
03:15Les syndicats étudiants et la CGT voulaient commencer cette manifestation
03:20à 14h, place de la Bastille, pour aller en direction de la place de la Nation.
03:24Il a fallu attendre toute la nuit pour qu'on ait une décision du Conseil d'État,
03:29la plus haute juridiction administrative, qui vienne confirmer le trajet
03:34donc de la préfecture de police de Paris et du ministre de l'Intérieur.
03:40Là aussi, j'imagine que vous étiez sidéré par ce bras de fer administratif
03:45avec des individus qui tentaient de remettre la pression sur les autorités
03:50et sur les commerçants en manifestant au plein cœur de la capitale.
03:54Ah, sidéré, pas tellement. Vous savez, vous avez des gens, je me rends compte
03:58qu'ils peuvent aller très très loin du fait qu'ils aient une idéologie.
04:02Nous, la police, on est neutre, plus que neutre.
04:05Quelque soit le gouvernement, on a toujours été loyal.
04:08Ça n'a pas été forcément le cas tout le temps, notamment en ce moment.
04:12Mais vous savez que sur une des manifestations, une demi-heure avant,
04:17c'était celle de... il y avait celle du NPI qui devait aller jusqu'à Stalingrad,
04:21je ne sais plus à quelle date, et une autre qui devait aller jusqu'à...
04:23qui devait être en statique à Bastille.
04:25Et à la dernière minute, on a autorisé celle qui devait aller à Stalingrad
04:28à aller à Bastille, finalement.
04:29Les gens ne se rendent pas compte qu'en termes logistiques et opérationnels,
04:33pour nous, c'est très compliqué.
04:35Je vous explique.
04:36Si on vous dit demain, voilà, vous avez...
04:39ou une semaine avant, on vous dit, voilà, on a une manifestation
04:42qui va avoir lieu de nation à Bastille.
04:45Nous, ce qu'on fait, avec éventuellement les services de la mairie,
04:49même si on n'entend pas beaucoup le maire de Paris en ce moment,
04:52on enlève tous les vélibs.
04:54Il a prévu d'être interviewé pendant une heure sur BFM demain,
04:58il choisit ses interventions, le maire de Paris.
05:01J'ai noté qu'il était présent à une manifestation cette semaine
05:04contre le racisme, que je trouve bien,
05:06mais dans cette manifestation où il était présent,
05:08les gens criaient, tout le monde déteste la police.
05:11Donc on a changé de thème d'un seul coup.
05:13Il faudra lui poser la question demain,
05:15mais ce n'est pas moi qui vais l'interroger, malheureusement.
05:17Je rêverais de pouvoir interroger le maire de Paris
05:19qui s'est brillamment imposé dans la campagne municipale
05:22face à Rachid Adati,
05:24et soyez certain que je lui aurais posé la question.
05:27Mais je n'ai pas cette chance, là, malheureusement.
05:28Je n'ai aucun doute par rapport à ça.
05:30Mais tout ça pour vous dire que, nous, ce qu'on fait,
05:32avant chaque manif, pendant plusieurs jours,
05:34on fait des parcours de reconnaissance.
05:35C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le Black Bloc,
05:37comment il fonctionne,
05:39il dissimule,
05:41soit à proximité des domiciles,
05:43dans les petites cours parisiennes,
05:44soit dans les buissons,
05:45soit dans les poubelles,
05:46soit ils vont utiliser les vélibes.
05:48En fait, ils sont très, très organisés.
05:50Donc, nous, vous savez,
05:51quand à la dernière minute,
05:52on vous change un parcours,
05:54ça demande une organisation incroyable de notre côté,
05:56en termes logistiques et opérationnels,
05:58pour pouvoir prévenir tout acte de malveillance.
06:01Donc, il faut savoir que,
06:03même si vous changez la veille pour le lendemain,
06:06pour nous, il faut mettre un dispositif très important.
06:08Et c'est une des erreurs qui a été commise.
06:09Donc, j'espère que cette fois-ci,
06:11ça ne changera pas dans la journée,
06:12et que ça aura bien lieu aux portes de Paris,
06:15et non pas à l'intérieur du centre.
06:17perdu.