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  • il y a 4 heures
Face à l'alignement des États-Unis de Trump avec la Russie de Poutine, l'inquiétude grandit en Europe face à la guerre en Ukraine. Réarmement, messages alarmistes, communication belliciste : comment fabrique-t-on un consentement à la guerre au détriment de l'investissement dans le social ? Le point avec Cyprien Caddeo, journaliste politique.

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Transcription
00:00On a du coup, il y a une espèce d'affolement général des chancelleries européennes pour aller vers l'armement.
00:09On nous a expliqué que maintenant ça y est, c'était l'ère de l'économie de guerre.
00:13Bon, ce narratif-là, visiblement, une grande partie des médias l'ont épousé.
00:17Et là, en l'occurrence, ce sujet dont je vous parle de BFM, c'est-à-dire que pendant que
00:21les gens vivent leur vie,
00:22ils ont une télé qui leur martèle quand même l'idée qu'il faut qu'on soit prêt à la
00:27guerre.
00:27En fait, on nous prépare mentalement à la guerre.
00:30L'imaginaire qui est diffusé sur le plateau télé depuis deux semaines, il est en grande partie martial, en grande
00:37partie militariste.
00:38Et on a des images de conflits armés et des images d'uniformes et de questions militaires en permanence.
00:45Moi, ce qui m'intéresse, c'est pas tant... Déjà, personne ne nie que la question de défense est importante
00:49et qu'on doit pouvoir en débattre.
00:51Je ne suis pas rassurant de vous dire que ce n'est pas le sujet. Il y a un sujet
00:55de défense, il n'y a pas de souci là-dessus.
00:56Par contre, le problème, c'est... Moi, ce qui m'intéresse, c'est le narratif qui est en train de
01:00s'imposer dans les médias,
01:01c'est-à-dire de nous préparer mentalement à la guerre contre la Russie, sachant que nous n'avons pas
01:06déclaré la guerre à la Russie,
01:07la Russie n'a pas déclaré la guerre à la France. Donc déjà, calmons-nous.
01:11Là, l'affolement et la course à l'armement des chanceleries européennes, c'est d'abord, parce qu'il y
01:16a eu cette volte-face
01:18de Donald Trump par rapport à Kiev. Il y a eu d'abord l'idée de se substituer aux aides
01:23américaines
01:23et donc d'avoir un budget d'économie de soutien à la guerre en Ukraine. En réalité, pas d'économie
01:28de guerre,
01:28mais d'économie de soutien à l'Ukraine dans sa guerre. Pour le coup, les aides américaines ont été redégelées,
01:35puisque visiblement, Kiev semble accepter le cessez-le-feu tel que les Américains l'ont proposé.
01:41Mais en tout cas, l'idée, c'est de dire qu'on ne peut plus faire confiance aux Américains,
01:44donc il faut être capable d'avoir notre propre défense, dans un premier temps, pour aider l'Ukraine,
01:48qui est à l'urgence, puis dans un second temps, pour avoir une capacité de défense européenne
01:54ou à l'échelle des États-nations, mais en tout cas, qui ne serait pas totalement tributaire
01:58de la défense américaine, notamment dans le cadre de l'OTAN. Bon, ça, c'est le contexte.
02:03Là, ça se transforme dans nos médias en « Ok, maintenant, nouvelle ère, économie de guerre ».
02:08Et donc, on a des images et des sujets qui sont totalement dans ce narratif-là,
02:13de nous préparer mentalement à la guerre. Je suis désolé, quand vous allez boire un verre
02:17l'heure du soir, je ne veux pas que j'en fasse un cas personnel, mais je pense qu'il
02:22y a des milliers
02:22de bars en France, des milliers de lieux en France qui passent en boucle les chaînes d'info.
02:26Et j'ai mis BFM, j'aurais pu mettre France Info, j'aurais pu mettre CNews, évidemment.
02:29Quoique CNews, ils ont un narratif un peu plus pro-russe, c'est un peu différent, mais la plus importante.
02:35En tout cas, on est assaillis d'images qui nous conditionnent, en repartie, à nous dire
02:40« Ok, maintenant, nous sommes en guerre », comme dirait Manu, mais il ne parlait pas de la guerre
02:49en Ukraine à l'époque. Mais quelqu'un nous dit « C'est hyper pro-armé », « Wise Ward
02:53» nous dit ça.
02:54Oui, tout à fait. En fait, c'est une image là, pour pouvoir tourner ces images là, c'est-à
02:59-dire
02:59suivre une opération de l'armée en situation, il faut avoir accès, il faut que l'armée
03:05accepte. L'armée, évidemment, tu ne te pointes pas avec une caméra sur un terrain
03:08d'opération, c'est-à-dire simplement un entraînement. Donc, on a quand même
03:16des autorisations de l'armée. Donc, c'est forcément un espèce de public reportage
03:19en fait, en faveur de l'armée. Quand même, la suite du sujet s'oppose de la question
03:24justement de l'armée, de son efficacité, sa préparation, etc. Mais bref. Voilà.
03:28Donc, ça, c'est le contexte. Là-dessus, je voudrais vous conseiller, on ne va pas
03:32se lire tout le sujet entre nous, parce que ça va être très long, mais je vous conseille
03:34un très bon papier, pour le coup, de Acrimed, qui est sorti vendredi 14 mars par Pauline
03:41Pernault, qui s'appelle « Pension munition, la fabrique du consentement à l'effort de
03:45guerre ». Donc là, ce n'est pas tant sur le consentement à la guerre que le sacrifice
03:49qu'ils vont essayer, c'est de ça que je voulais surtout parler aujourd'hui, les
03:52sacrifices que ça implique, évidemment. Donc, en fait, c'est rogné sur le modèle
03:57social, notamment sur la question des retraites. C'est là sur quoi je veux m'arrêter
04:01aujourd'hui. Mais voilà, je vous conseille de lire tout ce papier, parce qu'ils font
04:04un inventaire assez exhaustif de tous les éditos, papiers, de toutes les prises de parole
04:11télévisuelles, etc., qui sont dans ce sens-là, de dire « Non mais là, maintenant, c'est
04:15la guerre ». Donc, en fait, c'est un aspect de quoi qu'il en coûte renversé. C'est
04:19maintenant, toute l'économie doit être au service de la défense. C'est la priorité.
04:23Et donc, il va falloir déprioriser les choses, faire des sacrifices. Et évidemment, les sacrifices
04:27qui sont faits, ce n'est pas les sacrifices de gauche. Ce ne sont pas les sacrifices, ce
04:33sont les choses qui ne sont déjà pas prioritaires dans le logiciel macroniste et de droite, c'est-à-dire
04:38le social et l'écologie. Et notamment sur la question sociale, c'est là où ça a
04:44vraiment été, ça a cristallisé le débat ces derniers jours, c'est sur la question
04:48des retraites. Alors, on va écouter une série d'interventions de politiques qui est donc,
04:55encore une fois, n'oubliez pas qu'ils évoluent dans ce contexte où la plupart des médias
04:59ont de toute façon accepté, gobé, digéré et relayé le narratif de « C'est la guerre,
05:05donc on ne déconne plus. » Et tout est à lire au prisme de l'urgence de la guerre,
05:11à préparer. D'accord ? Eh bien, dans ce contexte-là, on a donc eu une série de prises de
05:15parole.
05:16On va commencer par Éric Lombard, qui est le ministre de l'économie. Pardon. Eh bien,
05:21Éric Lombard, lui, c'était le 14 mars, lui, commence timide. Mais écoutons-nous quand même.
05:28Cet effort collectif, je cite vos mots, il faudra sans doute travailler plus. Qu'est-ce
05:31que ça veut dire ? Est-ce que ce n'est pas le moment de parler de la réforme, de
05:35la réforme
05:35des retraites ? En gros, on reste à 64 ans au minimum. Est-ce que vous pouvez nous dire
05:39clairement les choses là-dessus ?
05:40On voit bien que la situation est très nouvelle et va nous imposer de réfléchir collectivement
05:45à notre modèle et pour intégrer les charges de la défense dans un budget déjà très contraint.
05:53Moi, je pense que la solution pour ça, c'est le dialogue. Et on va dialoguer avec la ministre
05:57des Comptes publics Amélie de Montchalin.
05:58Mais est-ce qu'on peut revenir à 62 ans ? La question, elle est un peu simple. Pardon.
06:02La première réponse à cela, c'est pour ça que je parle de travailler plus. Déjà,
06:06si les jeunes étaient plus dans l'emploi, ils le souhaitent. Si les seniors étaient
06:09plus dans l'emploi, on aurait résolu une bonne partie de nos questions de déficit.
06:12Les autres solutions relèvent du dialogue avec les partenaires sociaux, avec les entreprises,
06:18avec les Français et dans la préparation du budget de 2026 parce que…
06:21Voilà, c'était surtout ça que je voulais montrer. Alors juste, toujours, quand on regarde
06:25un extrait, vous savez qu'on le fait souvent ici à ce micro, quand on regarde un extrait
06:30d'un interview, toujours regarder l'habillage, le cadrage et le bandeau surtout. Le bandeau,
06:36là, c'est économie de guerre. Alors ils mettent des guillemets, ils sont sympas. Pardon.
06:40Économie de guerre, par quel moyen ? Donc en gros, ce n'est pas débattant du terme
06:45d'économie de guerre. Est-ce qu'on peut discuter de ce sujet-là ? Est-ce qu'on est
06:48vraiment
06:48en économie de guerre ? Est-ce qu'on est en guerre ? Bref, ça, ce n'est pas une
06:51question.
06:51La question, c'est OK, économie de guerre, on a accepté. Comment on fait ? On est déjà
06:56dans l'après. Il n'y a pas de débat sur le terme économie de guerre. Ça, c'est le
06:59cadrage de France 2, donc du service public en télématin. Lombard, il dit quoi ? Il dit
07:05quoi ? Il dit que déjà, il faut travailler plus, ce qui déjà donne un peu le cap. Déjà,
07:10au nom de la production, la hausse des dépenses de défense impliquée par la situation
07:17internationale, eh bien, on va devoir faire des efforts, bien sûr, et ces efforts,
07:21c'est travailler plus. Néanmoins, Éric Lombard, il prend des précautions, il nous explique
07:25que ce sont aux partenaires sociaux de réfléchir à cette question, et notamment à la question
07:31des retraites. Il dit ça, c'est pas un hasard, puisque comme vous le savez, depuis quelques
07:35semaines, il y a ce qu'on appelle le conclave des retraites, c'est un terme un peu médiatique,
07:39mais il y a en gros les syndicats, donc l'euro, CGT, CFDT, etc., les partenaires, ce qu'on
07:44appelle les partenaires sociaux, avec le MEDEF, qui négocient pour rediscuter de la réforme
07:49des retraites, ce qui est déjà une chose nouvelle, puisque jusqu'à présent, la réforme
07:53des retraites était un espèce de tabou non négociable pour la Macronie. Là, il y a au moins
07:57une discussion, c'est ce qu'avait promis François Bayrou. Bon, pour l'instant, ça n'avance
08:02pas beaucoup, mais on va y revenir, justement, notamment à cause du contexte. Mais Éric Lombard,
08:06il prend des précautions, il dit « Moi, je pense qu'il faut travailler plus, mais je laisse
08:10les partenaires sociaux négocier ». Bon, OK, admettons. Sauf que François Bayrou, le
08:19surlendemain, donc 16 mars, je crois que c'était dimanche, si je ne me trompe pas, François Bayrou,
08:24il dit quoi ?
08:25– Vous me posez des questions sur la conférence qui a lieu sur les retraites, en indiquant
08:31qu'il y a des voix qui s'opposent et qui disent que c'est hors-sol, c'est ce
08:36que vous avez
08:37– Je reprends votre question. Eh bien, moi, je crois le contraire. Je suis déterminé
08:42à défendre l'idée que nous avons besoin des corps intermédiaires. Il n'y a plus
08:51de corps intermédiaires. Tout se passe comme si, c'est d'ailleurs une idée…
08:55– Alors, je fais pause, parce que là, c'est important. Bon, déjà, toujours pareil,
08:58habillage, vous avez vu le mondo, je ne vous refais pas la leçon. Là, il dit « Nous avons
09:03besoin des corps intermédiaires ». Mais attendez la chute, c'est à la fin que ça joue.
09:06– Il y a qui vient de la Révolution, comme s'il n'y avait que le sommet et une
09:11base
09:12indifférenciée. Or, la conception de la société qui est la mienne, celle qui aurait
09:17permis, j'en suis sûr, d'éviter beaucoup d'erreurs, c'est celle au contraire d'une
09:20société qui participe aux décisions. On va avoir des temps difficiles, vous l'avez
09:26dit. On va avoir des exigences qui vont être des exigences de contribution, de travail.
09:32– Absolument, il y a beaucoup de gens qui veulent surtout qu'on revienne aux 62 ans.
09:34Ça va être possible, ça ou pas, dans le contexte dans lequel on est ?
09:37– Non.
09:38– Voilà, on aurait commencé par cette question, ça aurait été plus rapide.
09:42Donc là, le gars, le Premier ministre, nous explique que, eh bien, oui, nous avons des
09:49partenaires sociaux qui négocient. C'est très bien parce qu'on a besoin de partenaires
09:52sociaux. On a trop longtemps méprisé les partenaires sociaux et les corps intermédiaires.
09:55Ça, c'est presque une petite balle déguisée pour Macron parce qu'effectivement, le macronisme
09:59s'est caractérisé par son mépris souverain des corps intermédiaires, que ce soit d'ailleurs
10:03les syndicats, les associations, voire même les partis politiques. Et bien voilà que
10:08François Bayrou nous explique que, lui, il trouve ça super, les partenaires. C'est
10:11d'ailleurs, c'est lui qui a voulu initier aussi ce conclave. Et bien, sauf qu'à la fin,
10:16il nous explique, non, mais les 62 ans, par contre, il ne faut pas déconner. Donc, en gros,
10:19là, ce qu'on nous explique, c'est que les partenaires sociaux, c'est très bien.
10:21Mais par contre, il est hors de question que l'option de revenir à la réforme des
10:26retraites initiales, enfin, revenir à l'état initial avant la réforme des retraites de
10:292023, eh bien, c'est hors de question. Donc, c'est bien de dire qu'on adore les partenaires
10:34sociaux, mais si tu fixes un cadre de débat où l'option qui est défendue par les syndicats
10:39n'est pas sur la table, tu vas négocier pas grand-chose. Et comme nous dit Studio Dodu
10:46dans le chat, prenez l'argent là où il est une bonne fois pour toutes. Effectivement,
10:49je note, mais vous l'avez tous noté, que les options privilégiées pour financer
10:54cet effort de défense, eh bien, c'est dans la poche des plus précaires. C'est encore
11:00faire travailler plus les Français. On n'a pas d'option de taxes spéciales sur les
11:03super profits qui seraient réorientées vers les dépenses militaires, de taxes sur
11:08les entreprises. Tout ça n'a pas été envisagé. Bien sûr, d'ailleurs, la première
11:12chose qu'ils ont dit quand ils ont parlé d'efforts de guerre, c'est on ne touchera pas
11:15aux impôts. Les impôts, le fameux tabou de la Macronie, on n'augmentera pas les impôts.
11:19Et ne pas augmenter les impôts, c'est-à-dire ne pas vouloir faire plus de justice sociale.
11:22Parce qu'on dit impôts comme c'est toujours un mot qui fait un peu peur, parce que personne
11:25n'a envie de payer ses impôts. C'est toujours chiant pour tout le monde de remplir sa
11:28fiche d'impôts. Mais les impôts, c'est la redistribution, c'est la justice sociale.
11:31Donc refuser d'augmenter les impôts, c'est juste refuser d'avoir une économie de justice
11:35sociale. Après, qu'est-ce qu'on fait de cette économie ? Est-ce qu'on l'utilise pour augmenter
11:38les dépenses de militaires ou pas ? Ça, c'est une question. Mais on voit bien qu'encore
11:42une fois, l'option fiscale est rejetée par les macronistes qui préfèrent faire travailler
11:47plus les Français et remettre sur la table la question des retraites, non pas pour revenir
11:50sur la réforme, mais pour potentiellement l'aggraver. Puisque là, on a Beyrou qui nous
11:54explique qu'on reste à 64, mais qui dit mieux ? Parce que là, c'est la course à la
12:00surenchère. On va aller du côté de CNews. C'était hier, CNews, Edouard Philippe, le matin,
12:06chez Sonia Mabrouk sur CNews et Europe 1. Et Edouard Philippe, lui, il va plus loin.
12:11Est-ce qu'il faut assumer une retraite jusqu'à 65 ? 67 ans ? Est-ce que vous l
12:15'assumerez
12:15en campagne ?
12:16Non seulement je l'assume ce matin sur CNews et sur Europe 1, mais je le dis depuis
12:21longtemps. Je le dis depuis longtemps. Je dis que compte tenu de l'évolution démographique
12:27de notre pays, compte tenu du fait que, et c'est tant mieux, nous vivons de plus en plus
12:31longtemps et qu'il y a de plus en plus d'inactifs et de moins en moins relativement d'actifs,
12:35notre système par répartition, arrive au bout de son efficacité, au bout même de
12:41sa crédibilité. Et que donc, il faut modifier notre système social. Et puis je dis par
12:45ailleurs quelque chose qui paraît évident, mais qui est contesté, et après tout, c'est
12:48très bien. Quelque chose dont je suis convaincu, c'est que si nous voulons défendre à la fois
12:52notre prospérité et notre sécurité, alors il va falloir qu'on travaille plus. Travaille
12:57plus, parfois plus dans la semaine, parfois plus dans l'année, parfois plus en fonction
13:02de l'âge qu'on a. J'ai toujours été fasciné qu'on estime qu'on pourrait travailler autant
13:08à 30 ans qu'à 64 ans. La vérité, c'est que vous avez dans les périodes de la vie,
13:14en fonction de vos choix personnels, en fonction de votre situation même de santé, des moments
13:18où vous pouvez, le cas échéant, travailler plus. Et ce que je vous dis là, c'est pas
13:22l'expression de la droite libérale abominable. La CFDT a toujours été très ouverte sur
13:27cette idée. Donc travailler plus dans la semaine, travailler plus dans l'année, et
13:30en effet, travailler plus tout au long de la vie. C'est ce que font, madame Mabrouk,
13:35tous les pays d'Europe. Mais ça provoque des cris de passion, des cris d'orfraie dans
13:38notre pays. De droite ou de gauche. S'ils le font tous à droite ou à gauche, ce n'est
13:43pas parce qu'ils veulent nous ennuyer, c'est parce qu'ils ont considéré que c'était
13:47la seule façon de préserver ce qu'ils étaient. Eh bien, moi, je dis aux Français, c'est
13:51peut-être pas agréable à entendre. C'est pas populaire, surtout. Eh oui, mais je le dis
13:55parce que je le pense. Et je le dis depuis longtemps. Et vous le direz encore longtemps
13:59en campagne. Pourquoi voudriez-vous que je change de vie ? Parce que pour certaines
14:02raisons, on peut parfois, eh bien... Vous connaissez des gens qui disent des choses
14:05qui sont populaires alors qu'ils ne le croient pas ? Vous, non ? Écoutez, voilà. Moi, je
14:08dis qu'il faut travailler plus. Voilà. Donc, Edouard Philippe, qui a le mérite de la
14:13cohérence, puisque ce n'est pas la première fois, qui parle de lui de 67 ans, 65 ou de 67.
14:20Donc, il y a qui nous... En plus, là, vous avez compris qu'il nous parle de l'âge de
14:24la
14:24retraite, mais qui nous parle aussi de faire péter potentiellement les 35 heures, puis
14:27qui parle de la durée de travail hebdomadaire. Et également, voilà, de parler peut-être
14:32de nous renier des vacances, puisqu'il dit qu'il travaille plus dans l'année, donc
14:35ça veut dire qu'on aurait peut-être trop de congés. Je suppose. Enfin, c'est comme
14:37ça que je le comprends. Bref. Donc, là, c'est Edouard Philippe. Et pour aller au bout
14:43du truc, il y a aussi... Je ne vous l'ai pas mime, mais il y a Darmanin qui, lui,
14:45nous remet
14:46sur la table la question de la retraite par capitalisation. Voilà. Au passage. Et alors, tiens,
14:52pour vraiment terminer, on va aller regarder la une du magazine libéral, du journal libéral,
14:58du quotidien libéral. L'Opinion, c'était la une du... C'était le 8 mars. Donc, c'était
15:04il y a même deux semaines maintenant. Mais je peux quand même vous la mettre, parce que
15:07ça me paraît quand même... Ça me paraît quand même utile. 70 ans. Voilà. Donc, c'était
15:14la une de l'Opinion. Donc, l'Opinion, c'est ce journal. Si vous ne connaissez pas, c'est
15:18un des quotidiens nationaux... Enfin, un des quotidiens nationaux français. Et c'est
15:21un journal libéral qui, globalement, parle globalement au patron. Enfin, c'est une presse
15:26qui s'adresse plutôt patronale. Pour le coup, ça, c'est assumé. Et donc, qui propose
15:31la retraite à 70 ans en prenant comme exemple la Danemark Attitude, les options prises par
15:38le Danemark qui réfléchit à cette borne d'âge. Je ne vous fais pas la lecture du papier.
15:44C'est juste pour vous montrer que la discussion, et c'est ce que raconte Akrimed. D'ailleurs,
15:49Akrimed raconte comment, dans les médias, en fait, maintenant, on a des ballons d'essai
15:54qui sont lancés comme ça. On lance 67, on lance 70, on lance aussi la question de
15:59est-ce qu'il faut prendre l'épargne des Français, etc. Et donc, tout ça, évidemment,
16:02ça contribue à un environnement qui est en train d'essayer d'imposer dans les esprits
16:08l'idée que les gars, de toute façon, c'est la guerre. Donc, le débat n'est plus possible
16:12sur le modèle social. C'est juste maintenant, c'est où est-ce qu'on fait les efforts.
16:15C'est la seule question qui est débattable. Et les efforts, évidemment, ils seront demandés
16:19aux plus pauvres. Évidemment, je pense qu'on ne mesure pas la violence que ça. Enfin, je
16:25pense que dans le chat, vous le mesurez parce que vous l'avez déjà vécu. Mais la violence
16:28qu'on a ressentie tous pendant le débat sur la réforme des retraites à 64 ans, qui
16:35est passé de force à l'Assemblée nationale. Ce débat, ils avaient contre eux 60% ou 60%
16:41et 70% de la population en fonction des sondages. Mais ça n'a jamais été majoritaire
16:45dans l'opinion, la question des retraites. S'il y avait un référendum, ce serait déjà
16:48réglé, enterré et on n'en parlerait plus. En tout cas, on parlait peut-être d'une autre
16:53réforme, mais on parlait d'autre chose. En tout cas, il n'y aurait pas de 64 ans.
16:56Ils avaient avec eux le Parlement, enfin contre eux, pardon, le Parlement et ce qui a d'ailleurs
17:00fini par donner des 49-3 pour passer le texte en force. Ils avaient contre les syndicats.
17:04L'intersyndicale qui était unique comme rarement une intersyndicale a été réunie en France.
17:09Ils ont quand même passé de force ce texte qui a été vécu comme une violence inouïe,
17:14notamment par les plus fragiles qui sont déjà cassés à 40 ans, 50 ans en fonction des
17:18travaux pénibles qu'ils font et qui ont vécu ça et comme un déni démocratique et donc
17:23une violence démocratique et comme une violence presque physique parce que ça les renvoyait
17:26à la pénibilité de leur travail qui était complètement ignorée par des cols blancs
17:30complètement hors sol dans les ministères. Imaginez pour ces gens-là qui s'en remettent à peine
17:36dans cette séquence politique, c'était il y a un an et demi, deux ans, qui maintenant
17:40on leur explique que c'est 67, voire en lisant l'opinion 70. Imaginez la violence.
17:47Et tout ça est justifié par un environnement médiatique qui vous rappelle que c'est la
17:52guerre les gars. Je vais vous montrer pour terminer cette séquence, je vais vous montrer
17:57le medley qu'a fait Acrimed sur cette fameuse fabrique du consentement à rogner sur le
18:03modèle social au nom de l'effort de guerre. Ils ont fait un medley qui est assez idédifiant
18:08et je pense qu'on peut se le regarder entièrement.
18:11Priorité, s'armer. Après les mots d'Emmanuel Macron hier sur la menace russe, il faut passer
18:16la vitesse supérieure, produire des armes. La patrie a besoin de votre engagement.
18:21Voilà exactement ce qu'a dit Emmanuel Macron dans son appel à la mobilisation.
18:25Et la France qui a eu les plus grandes difficultés à boucler son budget il y a quelques semaines
18:29doit désormais trouver 40 milliards d'euros supplémentaires pour financer son effort en matière
18:34de défense. Comment récupérer tout cet argent ? C'est évidemment la sécurité sociale.
18:40Sur 1000 euros de dépenses publiques, on a 460, c'est sans tes retraites. C'est quoi la différence
18:44entre la France et les autres pays ? C'est là. Donc c'est évidemment là qu'on va aller
18:48chercher
18:49des économies de dépenses. Donc imaginez qu'on va ramener l'âge de la retraite à 63 ou 62 ans,
18:53ça paraît difficile à croire. Piste privilégiée par le gouvernement, faire travailler plus les
18:58Français. Pour y parvenir, première solution, partir plus tard à la retraite.
19:02Et potentiellement ça peut être assez douloureux. C'est la réforme des retraites, il faut oublier,
19:07le conclave, on ne vaut même plus en entendre parler, ça va être le moment de travailler plus.
19:11Alors c'est pas foncièrement augmenter les impôts, mais donc ça peut être une piste effectivement
19:15de réflexion. Faudra-t-il choisir entre les canons et les allocations ? C'est vrai, oui, en partie.
19:21Regardez Dimitri, comme nous sommes encore englués dans le caprice d'un débat derrière garde pour un retour
19:26sur la réforme des retraites. Déjà le conclave là sur les retraites avec toutes les histoires
19:29d'on va revenir sur la réforme, etc. On oublie, on ferme. Je me suis posé la question si c
19:33'était pas un petit peu
19:35devenu lunaire hors sol ce débat sur l'âge légal qu'on veut faire revenir à 63 ou 62 ans
19:40?
19:40Non mais lunaire, le mot est faible. Je considérais que c'était irresponsable avant les événements
19:45de ces dernières semaines. Je pense que c'est même plus irresponsable en fait. Je pense que c'est
19:50complètement anachronique. Revenir à un âge de départ de retraite à 62 ans, si on risque de se prendre
19:55un missile sur la tête, le calcul, y compris pour les salariés, n'est pas le bon.
19:59Moi je pense qu'il faudrait plutôt inquiéter, inquiéter un petit peu, inquiéter les Français
20:05effectivement pour justement préparer une forme d'acceptation des sacrifices nécessaires.
20:12Autre possibilité, travailler un jour de plus par an. Supprimer un jour férié rapporte à l'Etat
20:172 milliards d'euros. Qu'en pensez-vous ?
20:19Si c'est pour contribuer à la sécurité de l'Europe, pourquoi pas ?
20:23Je considère tout à fait normal que nous fassions tous un effort pour travailler un peu plus.
20:29En 1940, souvenez-vous, Churchill n'avait à offrir à son peuple que du sang et des larmes.
20:34Ça c'était Churchill. En 2025, dans sa besace, Emmanuel Macron, lui, n'a guère que des choix
20:39difficiles et puis des réformes courageuses.
20:42Ce sont des choix, des sacrifices que les Français devraient faire. Et on sait très bien
20:46qu'on a une contradiction entre notre modèle social généreux, confortable, solidaire,
20:52adapté à la paix et la nécessité d'aller vers un effort de guerre, une économie de guerre.
20:57On sait qu'il sera nécessaire d'affecter à la défense des fonds jusqu'ici alloués
21:01à d'autres secteurs, en particulier aux dépenses sociales.
21:04Pour faire monter la dépense de défense au-delà de 3%, il faut faire des économies
21:09et surtout des économies sur les dépenses sociales.
21:11Et dépensez-moi, ça veut aussi dire faire des économies, cette fois-ci dans les collectivités locales.
21:16On ne fait pas que la sécurité sociale, la 3e fonction publique.
21:19Ça veut dire qu'on arrête de recruter et qu'on arrête de remplacer les départs en retraite.
21:23Depuis 1990, nous avons dirigé les dividendes de la paix vers le social.
21:28Nous voilà rattrapés par notre angélisme.
21:30On a vu aujourd'hui les Anglais qui veulent monter à 2,5.
21:32Ils ont dit qu'on supprime tout simplement la politique du développement, les aides sociales.
21:35Ça veut dire qu'il faut s'attendre aussi à avoir un choc comme ça,
21:38c'est-à-dire aide sociale, environnementale, culture.
21:40Les débats de la noix aient travaillé jusqu'à 70 ans, doivent nous inspirer, nous Français.
21:45Vraiment d'un mot, on doit s'inspirer de ça.
21:47Ça veut dire changer de modèle social, Pauline, tout simplement.
21:49C'est un peu d'ailleurs le pavé dans la marque à lancer le patron de BPI France à la
21:54Banque Plus d'investissement.
21:55Il a dit qu'on n'a plus les moyens aujourd'hui de financer une société de loisirs pour les
21:59jeunes.
22:00Là, c'est juste énorme. Je fais une pause quand même.
22:03Cette courbe qui montre, regardez, regardez, notre budget social, il est énorme.
22:10Il écrase complètement notre budget de défense.
22:12On est désarmé parce qu'on a la sécu, on est désarmé parce qu'on paye des retraites.
22:16C'est ça qui nous explique ce graphique, le narratif de BFM et le cadrage.
22:20C'est ça qu'ils sont en train de nous raconter.
22:35C'est le moment de se souvenir de la phrase de Thucydide, il faut choisir, se reposer ou être libre.
22:52Voilà, je voulais vous le montrer parce que je crois que c'est quand même plutôt efficace.
22:55Comme Medley de la Crémet, ils ont vraiment bien bossé.
22:57Et puis ça a le mérite de brasser large, parce qu'on a à la fois du service public,
23:08parce qu'on a quand même pas mal France Info.
23:09Tout à l'heure, on a vu France 2, on a BFM, on a CNews, on a Sud Radio.
23:13Bref, on a à peu près tout l'écosystème des plateaux de télé.
23:15Enfin, il n'y en a pas un qui échappe à la règle, qui nous explique deux concerts.
23:18Voilà, c'est le fameux pluralisme.
23:19Tous les plateaux de télé disent la même chose.
23:21Unanimisme sur la question de « c'est la guerre » et donc unanimisme sur la question de « il
23:27faut serrer la ceinture, faire des efforts »
23:28et ces efforts passent uniquement par le sacrifice des prestations sociales au sens très large,
23:36y compris de notre système de retraite.
23:41Je vois évidemment que vous réagissez fortement dans le chat.
23:44« Ça donne la haine » nous dit « Slipford, les leçons des bourgeois, je vois que plusieurs nous parlent
23:51de ça, ça vous énerve de bon matin » et vous avez bien raison.
23:58« La guerre excuse pour détruire le modèle social » nous dit « Bah quoi, Macno ? »
24:01Exactement, c'est tout le point que je voulais aborder ce matin.
24:04Et donc, résultat, juste pour terminer la séquence, résultat, c'est que le conclave, évidemment, les syndicats ont bien vu
24:11que c'était un peu mort.
24:12De toute façon, à partir du moment où François Bayrou a dit « les 62 ans, c'est plus possible
24:16», donc fermer la fenêtre de négociation, c'était mort.
24:21La CGT hier parlait du fait de quitter le conclave et ce matin, c'était Marie-Lise Léon de la
24:26CFDT, on va l'écouter,
24:27qui elle aussi a énoncé qu'elle quitterait le conclave dans ces conditions-là pour faire autre chose.
24:33Elle reprend des négociations dans un cadre différent puisque ce cadre-là est enterré par François Bayrou et donc voilà
24:39ce qu'elle dit.
24:39« Aujourd'hui, il dit que l'économie de guerre rend dérisoire le débat sur les retraites. »
24:47C'est quand même...
24:48Là, oui, c'est un peu une malheur qui rappelle juste ce que disait le président du COR,
24:53donc le Conseil d'orientation des retraites, qui dit que le débat est dérisoire sur les 62 ans.
24:59« Non, ça ne sort pas de son chapeau ! »
25:01C'est pour ça que je ne suis pas sûre que la déclaration qu'il a faite dans l'émission
25:04dimanche, elle soit complètement spontanée.
25:06Je pense qu'il y a...
25:07Vous ne croyez pas à la...
25:08Non, mais je n'y crois pas une seconde.
25:09Quand vous avez cet alignement de manettes et de responsables qui nous disent qu'ils font des attaques en règle
25:14sur le modèle social,
25:16dont le président du COR qui sort totalement de son rôle en expliquant qu'il parle aussi en tant qu
25:21'économiste,
25:21moi, je n'aime pas le mélange des genres.
25:23Il y a un devoir de réserve du président du COR.
25:27Et je pense que c'est quand même un peu nous prendre pour des imbéciles que de considérer que tout
25:32ça, c'est spontané.
25:34Il n'y a ni spontané, ni maladresse.
25:36Non, je ne pense pas.
25:37Je pense que c'est délibéré.
25:38Il y a une stratégie de dire qu'il va falloir faire des efforts, il va falloir se serrer la
25:42ceinture,
25:42il va falloir faire...
25:43Et on va taper sur le modèle social parce qu'on ne veut pas augmenter les impôts.
25:51Une question qui lit guerre en Ukraine et retraite.
25:54Une question de Jean-Philippe, 57 ans, d'UZES.
25:57Avant...
25:59Voilà.
26:01Bref, on ne refait pas tout le reste.
26:03Donc voilà, le conclave qui se termine en Haute-Boudin.
26:07Pas qu'on avait des grands espoirs sur les capacités de la Macronie à accepter des négociations
26:11qui tendraient vers les 62 ans si jamais ça avait abouti.
26:14Mais de toute façon, il y a la guerre, donc c'est mort.
26:19Bon, vous avez vu le medley, vous avez vu tout ce qu'on nous martèle.
26:21En gros, c'est fini.
26:22En fait, on a un modèle social un peu de bisounours qui est basé sur l'idée qu'on est
26:28en paix.
26:29Et là, c'est fini la paix.
26:30Sauf qu'encore une fois, la France n'a déclaré la guerre, n'a pas déclaré la guerre à la
26:34Russie.
26:34On est bien d'accord.
26:35Il n'y a pas de guerre encore.
26:37Il n'y a pas de déclaration de guerre avec la Russie.
26:39Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas considérer que la Russie et d'autres puissances impérialistes
26:43ne sont pas des dangers.
26:44Je veux dire, bon, la Russie a violé la frontière de l'Ukraine et l'a envahie.
26:47Donc, il ne faut pas être naïf non plus.
26:49Mais par contre, encore une fois, la seule chose qui a changé depuis deux semaines
26:54par rapport aux deux dernières années du conflit en Ukraine,
26:56c'est que, eh bien, Trump a changé de...
27:00Enfin, il y a un reversement d'allégeance, on va dire, côté de Washington.
27:03Évidemment, ça rend le monde plus incertain et plus inquiétant.
27:05Mais ça ne veut pas dire qu'il faut...
27:06Encore une fois, on peut très bien avoir ce débat sur être autonome en termes de défense
27:10parce qu'on a trop longtemps dépendu des Américains.
27:14Ça, oui.
27:15Mais ça ne veut pas dire qu'on est en guerre.
27:17Donc, ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir ce débat sur la défense.
27:20Mais ce débat-là, il doit être avec toutes les options sur la table.
27:22Et là, on n'est pas la course à la réduction de notre modèle social
27:27au nom de l'effort de guerre.
27:28Et puis, en plus, l'équation est quand même de l'ordre du chantage le plus dégueulasse.
27:32C'est-à-dire, en gros, vous allez travailler plus, mais vous voulez être en sécurité, les gars, quand même.
27:36Vous ne voulez pas...
27:37Enfin, vous avez écouté, je crois que c'est Nicolas Bouzou qui disait ça sur LCI.
27:39Vous ne voulez pas prendre une bombe sur la tête ?
27:41Alors, vous pouvez bien travailler un peu plus, quand même.
27:43Voilà, c'est ça, l'équation qui est posée.

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