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  • il y a 3 semaines
Avec des rassemblements dans de nombreuses villes de France, les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) se sont mobilisés ce mardi pour protester contre leur précarité et la dégradation de leurs conditions de travail. Reportage dans le cortège parisien.

"Du fric, des postes, un statut!", "AESH en colère", ont scandé plusieurs centaines de manifestants à Paris, rassemblés à l'appel d'une intersyndicale FSU, CGT, FO, Sud, SNALC et SNLC.

"Je touche à peine 700 euros par mois. Est-ce que ça vous parait normal ? On a beaucoup de responsabilité et on aime notre métier mais à un moment, ça suffit", s'insurge Fatima, AESH à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

"Quand on n'est pas soi même confronté au fait d'avoir un enfant en situation de handicap, on n'a pas idée à quel point ces femmes et ces hommes sont précieux." souligne le député LFI Adien Quatennens, venu soutenir les AESH.

Salaires insuffisants, temps partiels imposés, absence de statut de la fonction publique, manque de formation, conditions de travail dégradées...: la liste des motifs d'insatisfaction est longue pour ces accompagnants d'enfants handicapés, anciennement appelés auxiliaires de vie scolaire (AVS), une profession largement féminine.

Les AESH étaient 125.500 à la rentrée, soit une augmentation de 35% en cinq ans, selon le ministère de l'Education, tandis que plus de 400.000 élèves en situation de handicap étaient scolarisés dans les écoles et établissements.

Le ministère a mis en place une grille indiciaire rénovée pour leurs rémunérations, mais "largement insuffisante" selon les syndicats. Il a aussi annoncé la création de 4.000 nouveaux emplois d'AESH pour la rentrée 2022, mais là aussi jugée bien en-deçà des besoins.

Les AESH sont par ailleurs unanimes pour dénoncer une dégradation de leurs conditions de travail avec la création des PIAL, ces Pôles inclusifs d'accompagnement localisés mis en place en 2019 et généralisés depuis pour mieux coordonner leurs interventions, mais qui leur imposent de suivre souvent davantage d'élèves et de parcourir plusieurs établissements.

"Les PIAL, ce sont des machines à broyer", dénonce Magalie Trarieux, enseignante et référente AESH dans le Val-de-Marne pour le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, venue manifester à Paris.

"On m'a informée par lettre que je pourrais être envoyée sur sept établissements différents", raconte de son côté Clarisse Poussin. "Je ne dors plus, il y a beaucoup de souffrance, de notre côté comme de celui des enfants".

"Avec la mutualisation, des enfants peuvent avoir jusqu'à trois AESH différentes par semaine. Elles ne connaissent même pas leur prénom ou leur handicap. Les enfants sont complètement perdus. C'est grave", renchérit Nassira Younsi, depuis douze ans en Seine-Saint-Denis.

Car si certains enfants ont droit à un accompagnant individuel, beaucoup doivent désormais se partager un accompagnant, dit "mutualisé". Du côté des parents également, l'exaspération est grande alors que beauco

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Transcription
00:00Le traitement des enfants en situation de handicap en France est à pleurer, et encore plus en Seine-Saint-Denis.
00:07C'est à pleurer, c'est tout. On pleure. Et tout le monde pleure.
00:11Nous, à la limite, c'est pas grave. On pleure et on est en colère, bien sûr.
00:14Et au bout du compte, c'est les enfants qui trinquent à chaque fois.
00:21Je fais partie d'une équipe maternelle à Aubervilliers et on les soutient, on vient ici pour les soutenir.
00:26Parce qu'en classe, ça devient impossible. Sur la circonscription où on travaille, pour vous donner un chiffre à Aubervilliers,
00:33il y a 500 heures non pourvues en AESH. C'est-à-dire qu'il y a à peu près
00:38une trentaine d'enfants qui sont notifiés.
00:40C'est-à-dire que la demande a été faite d'une AESH. Donc ça veut dire que tout le
00:44parcours auprès des familles a été fait.
00:46Donc c'est pas simple. Depuis la petite section, non, attendent d'être aidés en classe.
00:51Ce qui fait que par classe, des fois, on a deux, voire trois enfants, donc pas toujours d'AESH, à
00:58gérer en plus des autres enfants.
01:00On en a 25 par classe avec d'autres difficultés aussi, d'ordre social ou des difficultés purement scolaires.
01:08Et donc ça a des répercussions sur les apprentissages des autres enfants, pas que les enfants en situation de handicap.
01:13Et donc en fait, au final, tout le monde est en souffrance dans cette situation.
01:19Bien sûr, les AESH, les enfants, surtout, bien sûr.
01:24Et puis aussi, les enseignants qui ont du mal aussi, les ADSEM, tout le personnel.
01:30C'est un métier vraiment de responsabilité.
01:34Donc on fait énormément de choses.
01:36Donc on fait de l'inclusion.
01:38Donc s'il n'y a pas nous, on ne peut pas accepter des enfants comme ça dans des écoles
01:43maternelles ou élémentaires ou dans d'autres écoles de département.
01:47Donc nous, vraiment, c'est ce qu'on veut.
01:49C'est vraiment un vrai statut, un vrai salaire.
01:51Le niveau de salaire, c'est 700 euros par mois.
01:54À peu près 700 euros par mois.
01:55Est-ce que ça vous semble normal ?
02:01Donc on accompagne des élèves en situation de handicap, de la maternelle jusqu'à l'université, en fait.
02:08Et voilà, on est avec eux en cours et on n'est pas tout le temps avec eux.
02:14On est présents sur quelques heures dans la semaine.
02:17Alors comme exemple, oui, il y a tous les élèves dyslexie, dysorthographie, dysgraphie.
02:24Après, il y a tous les élèves dits autistes.
02:28Voilà, donc après, les troubles du spectre autistique.
02:34On a aussi des élèves qui ont des maladies génétiques ou dégénératives, des myopathies.
02:44On a des élèves aussi trisomiques.
02:47On a des élèves...
02:48C'est très diversifié, en fait.
02:50On est là ! On est là !
02:54Même si Blanc-Pial ne veut pas nous, on est là !
02:58Alors, un Pial, c'est un pôle.
02:59Et en fait, c'est un regroupement de plusieurs établissements scolaires.
03:06On y affecte une ou un AESH qui, du coup, doit prendre en charge plusieurs élèves.
03:12Parfois, dans une école le matin, dans un collège l'après-midi, à temps partiel, avec des découpages de postes,
03:19qui sont particulièrement insupportables.
03:21Parce que, non seulement, les AESH font un métier difficile, mais en plus, on leur impose de prendre plusieurs élèves.
03:29On les met en difficulté, on les affecte sur une zone, en fait, plus que sur un poste.
03:34Et une des premières revendications, c'est véritablement d'avoir des postes, d'avoir des lieux d'exercice pour sécuriser
03:41les métiers qui sont déjà assez compliqués comme ça,
03:44pour ne pas en rajouter sur la difficulté.
03:56C'est-à-dire que quand on n'est pas soi-même confronté à le fait d'avoir un enfant
04:00en situation de handicap,
04:02on n'a pas idée d'à quel point ces femmes et ces hommes sont extrêmement précieux.
04:07Et donc, ça fait la quatrième fois qu'ils manifestent depuis le début de l'année, en réclamant les augmentations
04:13de salaire.
04:13Personne n'a idée de ce que gagne une accompagnante d'élèves en situation de handicap.
04:19C'est en moyenne 750 euros de salaire.
04:22Ce sont souvent des femmes qui subissent des temps partiels et qui sont extrêmement mal payées.
04:29Et comme si cela ne suffisait pas en plus, on a trouvé le moyen, M. Blanquer a trouvé le moyen
04:34de mutualiser les moyens,
04:36c'est-à-dire en gros, comme d'habitude, faire des économies.
04:39Et donc, ça veut dire qu'en plus du problème de salaire, c'est les conditions de travail qui se
04:43dégradent
04:44avec le fait que là où avant, elles devaient suivre un ou deux élèves,
04:49maintenant, c'est quatre, cinq et pourquoi pas six élèves.
04:51Et en plus, dans un nombre d'établissements qui s'accroît.
04:55Donc, ça n'est pas possible.
04:56Donc là, elles sont là aujourd'hui, ils sont là pour réclamer des augmentations de salaire d'une part,
05:01mais aussi un véritable statut et des conditions de travail dignes.
05:09Et puis, je suis là en tant que orthophoniste, parce que je sais combien c'est une profession extrêmement précieuse.
05:15Et depuis très longtemps, je revendique une formation qui corresponde à leurs attentes,
05:20mais aussi aux attentes des enfants qu'elles suivent.
05:24Or, elles n'ont pas la formation suffisante.
05:27Et en même temps, on ne reconnaît pas cette profession comme étant une profession hautement utile.
05:33On parle de l'école inclusive, mais on ne crée pas les conditions de cette école inclusive.
05:38Donc, c'est pour ça que je suis là.
05:40Donc, pour l'augmentation des salaires, revalorisation de leur métier,
05:44et aussi une formation qui corresponde et à leurs attentes, et à celles des enfants qui sont ensuite.
05:49Ne pas nous résigner, on va de notre dignité.
05:55Laissez-vous faire blanquer, ce n'est qu'une mince affaire,
06:00juste une affaire d'État qui bafoue tous nos droits.

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