00:00Le traitement des enfants en situation de handicap en France est à pleurer, et encore plus en Seine-Saint-Denis.
00:07C'est à pleurer, c'est tout. On pleure. Et tout le monde pleure.
00:11Nous, à la limite, c'est pas grave. On pleure et on est en colère, bien sûr.
00:14Et au bout du compte, c'est les enfants qui trinquent à chaque fois.
00:21Je fais partie d'une équipe maternelle à Aubervilliers et on les soutient, on vient ici pour les soutenir.
00:26Parce qu'en classe, ça devient impossible. Sur la circonscription où on travaille, pour vous donner un chiffre à Aubervilliers,
00:33il y a 500 heures non pourvues en AESH. C'est-à-dire qu'il y a à peu près
00:38une trentaine d'enfants qui sont notifiés.
00:40C'est-à-dire que la demande a été faite d'une AESH. Donc ça veut dire que tout le
00:44parcours auprès des familles a été fait.
00:46Donc c'est pas simple. Depuis la petite section, non, attendent d'être aidés en classe.
00:51Ce qui fait que par classe, des fois, on a deux, voire trois enfants, donc pas toujours d'AESH, à
00:58gérer en plus des autres enfants.
01:00On en a 25 par classe avec d'autres difficultés aussi, d'ordre social ou des difficultés purement scolaires.
01:08Et donc ça a des répercussions sur les apprentissages des autres enfants, pas que les enfants en situation de handicap.
01:13Et donc en fait, au final, tout le monde est en souffrance dans cette situation.
01:19Bien sûr, les AESH, les enfants, surtout, bien sûr.
01:24Et puis aussi, les enseignants qui ont du mal aussi, les ADSEM, tout le personnel.
01:30C'est un métier vraiment de responsabilité.
01:34Donc on fait énormément de choses.
01:36Donc on fait de l'inclusion.
01:38Donc s'il n'y a pas nous, on ne peut pas accepter des enfants comme ça dans des écoles
01:43maternelles ou élémentaires ou dans d'autres écoles de département.
01:47Donc nous, vraiment, c'est ce qu'on veut.
01:49C'est vraiment un vrai statut, un vrai salaire.
01:51Le niveau de salaire, c'est 700 euros par mois.
01:54À peu près 700 euros par mois.
01:55Est-ce que ça vous semble normal ?
02:01Donc on accompagne des élèves en situation de handicap, de la maternelle jusqu'à l'université, en fait.
02:08Et voilà, on est avec eux en cours et on n'est pas tout le temps avec eux.
02:14On est présents sur quelques heures dans la semaine.
02:17Alors comme exemple, oui, il y a tous les élèves dyslexie, dysorthographie, dysgraphie.
02:24Après, il y a tous les élèves dits autistes.
02:28Voilà, donc après, les troubles du spectre autistique.
02:34On a aussi des élèves qui ont des maladies génétiques ou dégénératives, des myopathies.
02:44On a des élèves aussi trisomiques.
02:47On a des élèves...
02:48C'est très diversifié, en fait.
02:50On est là ! On est là !
02:54Même si Blanc-Pial ne veut pas nous, on est là !
02:58Alors, un Pial, c'est un pôle.
02:59Et en fait, c'est un regroupement de plusieurs établissements scolaires.
03:06On y affecte une ou un AESH qui, du coup, doit prendre en charge plusieurs élèves.
03:12Parfois, dans une école le matin, dans un collège l'après-midi, à temps partiel, avec des découpages de postes,
03:19qui sont particulièrement insupportables.
03:21Parce que, non seulement, les AESH font un métier difficile, mais en plus, on leur impose de prendre plusieurs élèves.
03:29On les met en difficulté, on les affecte sur une zone, en fait, plus que sur un poste.
03:34Et une des premières revendications, c'est véritablement d'avoir des postes, d'avoir des lieux d'exercice pour sécuriser
03:41les métiers qui sont déjà assez compliqués comme ça,
03:44pour ne pas en rajouter sur la difficulté.
03:56C'est-à-dire que quand on n'est pas soi-même confronté à le fait d'avoir un enfant
04:00en situation de handicap,
04:02on n'a pas idée d'à quel point ces femmes et ces hommes sont extrêmement précieux.
04:07Et donc, ça fait la quatrième fois qu'ils manifestent depuis le début de l'année, en réclamant les augmentations
04:13de salaire.
04:13Personne n'a idée de ce que gagne une accompagnante d'élèves en situation de handicap.
04:19C'est en moyenne 750 euros de salaire.
04:22Ce sont souvent des femmes qui subissent des temps partiels et qui sont extrêmement mal payées.
04:29Et comme si cela ne suffisait pas en plus, on a trouvé le moyen, M. Blanquer a trouvé le moyen
04:34de mutualiser les moyens,
04:36c'est-à-dire en gros, comme d'habitude, faire des économies.
04:39Et donc, ça veut dire qu'en plus du problème de salaire, c'est les conditions de travail qui se
04:43dégradent
04:44avec le fait que là où avant, elles devaient suivre un ou deux élèves,
04:49maintenant, c'est quatre, cinq et pourquoi pas six élèves.
04:51Et en plus, dans un nombre d'établissements qui s'accroît.
04:55Donc, ça n'est pas possible.
04:56Donc là, elles sont là aujourd'hui, ils sont là pour réclamer des augmentations de salaire d'une part,
05:01mais aussi un véritable statut et des conditions de travail dignes.
05:09Et puis, je suis là en tant que orthophoniste, parce que je sais combien c'est une profession extrêmement précieuse.
05:15Et depuis très longtemps, je revendique une formation qui corresponde à leurs attentes,
05:20mais aussi aux attentes des enfants qu'elles suivent.
05:24Or, elles n'ont pas la formation suffisante.
05:27Et en même temps, on ne reconnaît pas cette profession comme étant une profession hautement utile.
05:33On parle de l'école inclusive, mais on ne crée pas les conditions de cette école inclusive.
05:38Donc, c'est pour ça que je suis là.
05:40Donc, pour l'augmentation des salaires, revalorisation de leur métier,
05:44et aussi une formation qui corresponde et à leurs attentes, et à celles des enfants qui sont ensuite.
05:49Ne pas nous résigner, on va de notre dignité.
05:55Laissez-vous faire blanquer, ce n'est qu'une mince affaire,
06:00juste une affaire d'État qui bafoue tous nos droits.