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Débat à la fête de l'Humanité 2022, avec :
Violaine Girard, sociologue à l'Université de Rouen Normandie, chercheure associée à l'Institut national d'études démographiques ;
Pierre Wadlow, doctorant en science politique à l’université de Lille ;
Marine Tondelier, élue EELV à Hénin-Beaumont (62) ;
François Ruffin, député Nupes/FI et journaliste ;
Bruno Nottin, responsable du PCF,
Louise Gaxie, de la fondation Gabriel Peri.
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NewsTranscription
00:00:00...
00:00:07Malheureusement, le scontour a été un peu moins heureux
00:00:10puisque c'est le candidat RN Thomas Ménager qui s'est imposé.
00:00:13On essaiera avec vous de tirer un petit peu les leçons de cette élection tout à l'heure.
00:00:19Voilà, et pour confronter un petit peu nos politiques aux sciences sociales,
00:00:22face à vous, il y aura deux sociologues, donc Violaine Girard et Pierre Ouadlot.
00:00:26Je vous propose à Louise Gaxi de nous présenter un petit peu les travaux de ces deux chercheurs
00:00:31et en quelques mots le rôle de la Fondation Gabriel Péry.
00:00:35Bonjour à tous. Vous connaissez tous l'Humanité, le journal Humanité,
00:00:40mais peut-être pas la Fondation Gabriel Péry, donc en quelques mots,
00:00:43c'est une des cinq fondations à vocation politique qui existe en France,
00:00:47qui a été créée par le Parti communiste en 2004.
00:00:50On a deux rôles principaux, deux missions.
00:00:53contribuer au débat d'idées, en diffusant notamment les recherches en sciences sociales
00:00:59et en essayant aussi de diffuser les expérimentations prometteuses.
00:01:05Voilà, donc par des séminaires, colloques, revues, notes,
00:01:09et même un jeu de société, Coco Quiz, que je vous invite à découvrir sur notre stand.
00:01:13Donc notre objectif est d'aider à décrypter les enjeux de société
00:01:17et d'essayer aussi d'avancer des propositions concrètes pour la transformer.
00:01:21Et l'autre axe de travail de la Fondation, c'est de prendre part à la conservation,
00:01:26à la numérisation et à la valorisation des archives du mouvement communiste et ouvrier.
00:01:30Voilà, vous pouvez suivre nos travaux sur les réseaux sociaux, sur notre site internet.
00:01:39On a lancé un axe de travail depuis un an où on essaye de travailler sur le rapport aux politiques
00:01:46des classes populaires.
00:01:48Et on a notamment organisé un colloque en mars 2022.
00:01:52Ça ne va pas être sur les classes populaires à l'écart du politique, point d'interrogation.
00:01:55Donc les vidéos sont sur notre chaîne YouTube et il y aura les actes du colloque qui sortiront début 2023.
00:02:01Et donc voilà, l'humanité nous a proposé de faire un partenariat.
00:02:07Et on s'est dit que de continuer à travailler, à essayer de comprendre et faire un focus sur pourquoi
00:02:11il y a des votes populaires d'extrême droite
00:02:13était intéressant, surtout dans ce cadre-là.
00:02:16Voilà, donc je vais présenter les deux chercheurs.
00:02:22Donc Violaine Girard qui va arriver, j'espère, c'est une première pour tout le monde,
00:02:26donc on ne maîtrise pas complètement le temps d'arriver.
00:02:29Elle est maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Rouen-Normandie,
00:02:34membre du laboratoire des dynamiques sociales.
00:02:37Et elle, elle a soutenu une thèse en 2009,
00:02:40où elle avait fait une enquête ethnographique dans la plaine de l'Ain.
00:02:44Donc c'est un territoire périurbain rural et industriel
00:02:47qui se situe dans l'agglomération lyonnaise.
00:02:51Elle a fait donc des enquêtes de terrain de longue durée puisqu'elle les a réalisées entre 2003 et 2008
00:02:56et elle y est retournée en 2012.
00:02:59Donc elle vous dira que ces enquêtes sont terrain et comment ça a été un peu vieux maintenant,
00:03:04mais qu'il y a quand même un certain nombre de leçons qui pouvaient être tirées
00:03:18et qui sont toujours actuelles aujourd'hui.
00:03:20Et elle a tiré donc de son travail de thèse un livre,
00:03:22« Le vote est fait au village, trajectoire de ménage populaire du périurbain »
00:03:27édition du Croquant 2017.
00:03:29Et donc Pierre Wadlow, qui lui est à l'heure actuelle en thèse,
00:03:34donc doctorant en sciences politiques à l'université de Lille,
00:03:37rattaché au centre d'études et de recherche administrative, politique et sociale.
00:03:41Donc il a débuté sa thèse en 2019.
00:03:44Il a commencé son terrain à ce moment-là,
00:03:47donc dans le bassin minier,
00:03:49donc Nord-Pas-Calais et le Nord, c'est ça ?
00:03:53Donc sa thèse, c'est justement sur une réflexion
00:03:56sur le rapport aux politiques des classes populaires sur ce territoire.
00:04:00Et donc il a vécu deux ans à Lens,
00:04:03où il a pu, justement, il suit une quinzaine de personnes,
00:04:06dont notamment des supporters du Racing Club de Lens.
00:04:11Et donc voilà, il va continuer à faire,
00:04:15à continuer ce terrain pour pouvoir réaliser cette thèse.
00:04:18Donc on trouvait ça intéressant d'avoir ces deux territoires
00:04:21qui sont un peu différents et de voir vos travaux sur ces deux territoires.
00:04:27Voilà.
00:04:29Alors on va commencer par toi, Pierre.
00:04:33Est-ce que tu pourrais, donc à chaque fois un peu brièvement,
00:04:35nous tirer un peu à granter une sociologie des votes d'extrême droite
00:04:39suite aux élections de 2022 ?
00:04:41Et à l'issue de ça, se demander s'il est fondé aujourd'hui
00:04:45de considérer que les classes populaires,
00:04:47enfin au moins une partie d'entre elles,
00:04:49enfin, que pour elles, ce serait le Rassemblement National,
00:04:52serait devenu la première force politique dans ces catégories.
00:04:56Alors, tout d'abord, bonjour à tous et à toutes.
00:04:58Merci beaucoup pour l'organisation de ce débat
00:05:00et cette question qui s'avère passionnante.
00:05:03Alors, pour ce qui est de l'électorat Front National,
00:05:05c'est un électorat qui est globalement très compliqué à caractériser
00:05:09parce qu'à la fois, c'est un électorat qui a beaucoup évolué
00:05:12ces 20 dernières années.
00:05:13On parle souvent maintenant de l'électorat populaire
00:05:16pour le Front National.
00:05:17C'est quelque chose qui est arrivé il y a une vingtaine d'années.
00:05:19Avant, c'était un électorat particulièrement bourgeois
00:05:21et qui se plaçait dans l'Ouest parisien.
00:05:24Donc il est assez difficile de dresser un profil
00:05:27de l'électeur type du Front National.
00:05:29Il y a déjà plusieurs années, des sociologues parlaient de conglomérats
00:05:32pour parler de cet électorat-là.
00:05:36De plus, il est important de préciser que l'électorat Front National
00:05:39est un électorat localisé.
00:05:42On parle souvent du Front National du Nord
00:05:43et du Front National du Sud
00:05:44avec des profils relativement différents,
00:05:47avec des profils plus populaires, on reviendra là-dessus, dans le Nord,
00:05:50et des profils plus aisés dans le Sud.
00:05:53Donc, après, ces quelques nuances,
00:05:55qu'est-ce qu'on peut dire de cet électorat Front National ?
00:05:58Il est clair qu'il y a une frange des classes populaires
00:06:01qui maintenant participent et votent pour le Front National.
00:06:04Alors, ce ne sont pas toutes les classes populaires.
00:06:06Les classes populaires, ce ne sont pas un tout homogène et unis.
00:06:09Il y a certaines fractions des classes populaires
00:06:11qui ne sont plus tentées par le vote Front National.
00:06:14En fait, ce sont ce que,
00:06:15Violaine Gérard qui arrivera à appeler les petits stables.
00:06:18Globalement, on a des gens qui gagnent entre 1 000 et 1 500 euros, par exemple,
00:06:22mais une fois qu'on descend en dessous de 1 000 euros
00:06:23sur des classes populaires particulièrement précaires,
00:06:26là, on a plutôt un vote de gauche ou une abstention,
00:06:28qui est aussi l'élément très important
00:06:30lorsqu'on parle de l'électorat populaire.
00:06:32Le Front National se targue souvent d'être le 1er parti ouvrier.
00:06:36L'abstention reste le 1er choix électoral ou non-choix
00:06:40de ces classes populaires.
00:06:42Donc, voilà, une fraction de ces classes populaires
00:06:44qui est souvent en accession sociale
00:06:46ou alors qui a accès à la propriété
00:06:48et qui a quelque chose à défendre
00:06:50et qui a peur de le perdre.
00:06:52Donc, on parle de cette fraction-là.
00:06:55Merci beaucoup.
00:06:58Le regard du politique, Bruno Notin,
00:07:00est-ce que le tableau de la sociologie du vote Rennes
00:07:03que vient de dresser Pierre Wadlow,
00:07:05est-ce que c'est un peu ce que vous avez retrouvé en campagne
00:07:07quand vous faisiez face notamment à des électeurs
00:07:11de votre adversaire du Rennes ?
00:07:14Nous, on a eu la circonscription de Montargis.
00:07:17C'est une circonscription qui est très variée.
00:07:20On a un électorat populaire dans la ville communiste de Chalette,
00:07:24la 3e ville de la circonscription,
00:07:27où on a battu le Rennes au 1er et au 2e tour.
00:07:30Et Montargis...
00:07:32Mais alors, les campagnes, en effet,
00:07:34on a un électorat Front National
00:07:38nous, chez nous,
00:07:38qui se mélange avec l'électorat de droite
00:07:41depuis fort longtemps, en fait.
00:07:42On a eu une droite plutôt dure,
00:07:45poujadiste,
00:07:46avec l'ancien député.
00:07:47Et nous, on a eu 2 députés UMP en 60 ans,
00:07:51c'est pour vous dire,
00:07:52avec souvent des victoires au 1er tour.
00:07:53Et on a un électorat...
00:07:55En fait, nous, c'est l'électorat de droite,
00:07:58radicalisé, décomplexé,
00:07:59dans les campagnes,
00:08:00qui est passé comme un seul homme
00:08:02au vote Rassemblement National,
00:08:04de façon très simple,
00:08:05de façon évidente.
00:08:08Il y a déjà 2 ou 3 maires
00:08:09qui ont quasiment dit publiquement
00:08:11qu'ils étaient maintenant adhérents
00:08:12du Front National,
00:08:13du Rassemblement National,
00:08:14dans la circonscription.
00:08:17Donc, sur la base,
00:08:18beaucoup de...
00:08:20Je ne sais pas si on peut redonner le discours,
00:08:21mais en tout cas,
00:08:22le discours, c'est...
00:08:23Chez nous, dans les campagnes,
00:08:25c'est le discours,
00:08:25on est entre nous,
00:08:26on n'a surtout pas envie
00:08:27que les étrangers, ils arrivent.
00:08:30C'est du pavillonnaire, vous voyez.
00:08:31C'est des gens qui...
00:08:32Il n'y a plus de service public.
00:08:34Il n'y a pas de présence de la gauche politique.
00:08:36Il n'y a pas de présence associative.
00:08:37Il y a très peu de présence culturelle.
00:08:40C'est des gens qui...
00:08:43Beaucoup de retraités.
00:08:44Et puis, ceux qui travaillent,
00:08:45beaucoup travaillent à Paris.
00:08:46Donc, c'est le train.
00:08:48On part à 5h le matin,
00:08:49on rentre à 22h.
00:08:50Et on estime que...
00:08:52Voilà, tous ceux qui vivent
00:08:53des aides sociales,
00:08:53c'est des assistés,
00:08:54des feignants, des bohariens.
00:08:55Et puis, à ceux-là,
00:08:56on peut les laisser dans les villes.
00:08:57On ne veut surtout pas qu'ils arrivent.
00:09:00Alors, le discours RN...
00:09:01Mais c'est un discours
00:09:02qui était tenu déjà par la droite.
00:09:03Qui était tenu par la droite.
00:09:05Moi, je suis dans un conseil municipal
00:09:06avec des gens de droite
00:09:07où on a des propos
00:09:08qui sont ahurissants
00:09:09sur les Noirs, sur les Arabes.
00:09:12Enfin, c'est des trucs.
00:09:12Enfin, on se croirait vraiment...
00:09:14Donc, ça s'est fait naturellement.
00:09:15Mais cette sociologie,
00:09:16on a à la fois un vote Front National
00:09:19dans des quartiers populaires
00:09:20qui, en effet,
00:09:23autour de l'idée
00:09:24de la déshérence totale
00:09:25du service public
00:09:26et puis de la vie qui est compliquée,
00:09:29de la vie qui est terrible,
00:09:30des fins de mois
00:09:30qui se terminent le 15.
00:09:32Donc là, dans les quartiers pop,
00:09:33c'est surtout qu'il n'y a plus de réponse
00:09:34pour rien,
00:09:35les services publics.
00:09:36Il n'y a plus de réponse.
00:09:38Les bailleurs sociaux
00:09:38ne font pas leur travail
00:09:39à part encaisser les loyers.
00:09:41Le reste, c'est rien.
00:09:42C'est des parties communes
00:09:43qui sont dégueulasses.
00:09:45On n'y ferait même pas
00:09:46vivre des cochons.
00:09:47Plus on se bat
00:09:48pour obtenir des choses,
00:09:49les bailleurs sociaux
00:09:50s'en moquent,
00:09:51la mairie de droite s'en moque.
00:09:52Et quand il n'y a pas
00:09:52de réponse au problème,
00:09:54eh bien, il s'en aura le bol.
00:09:56Mais après, on en reviendra.
00:09:57Je crois qu'on en parlera plus tard.
00:09:59Après, ce n'est pas non plus systématique
00:10:00parce que là où on est présent
00:10:02ou là où il y a une mairie communiste,
00:10:04on les bat quand même.
00:10:08François Riffin,
00:10:08une réaction
00:10:09à ce que vient de dire Bruno Notin ?
00:10:12Moi, je ne sais pas.
00:10:13Il y a des endroits
00:10:14où ce n'est pas à notre travail.
00:10:17Quand c'est un truc de droite
00:10:19depuis des décennies,
00:10:20c'est à la droite
00:10:21de faire le boulot quelque part.
00:10:22Moi, je suis dans un coin de gauche.
00:10:25Et ce qui m'embête
00:10:27à la sortie de l'élection législative,
00:10:29c'est quand je vois
00:10:30qu'en Picardie,
00:10:31c'est 8 circonscriptions sur 17
00:10:32qui basculent au Rassemblement national.
00:10:34C'est 6 sur 12 dans le Pas-de-Calais.
00:10:36C'est 6 aussi dans le Nord.
00:10:38C'est le Midi-Rouge.
00:10:40Et qu'il peut y avoir
00:10:42comme réaction
00:10:43une forme d'abandon
00:10:45où j'entends que finalement,
00:10:47ce sont des territoires
00:10:48qui n'ont jamais adhéré
00:10:50ni à la démocratie
00:10:50ni à la République.
00:10:52On est en train de parler
00:10:53de terres
00:10:54qui sont le creuset
00:10:55du socialisme
00:10:56et du communisme
00:10:57qui ont envoyé
00:10:59des pelletés
00:11:00de députés
00:11:01de gauche
00:11:02de diverses obédiences
00:11:03pendant un siècle,
00:11:05même les années
00:11:06de défaite.
00:11:07Et donc,
00:11:08il y a pour moi
00:11:10le souhait
00:11:11de ne pas se résoudre
00:11:12à ce que
00:11:13ça soit définitivement perdu.
00:11:15parce que
00:11:17les gens que j'ai en face
00:11:18de moi,
00:11:19c'est des gens
00:11:19qui ont déjà voté communiste,
00:11:20qui ont déjà voté à gauche
00:11:21et qui dérivent.
00:11:24Donc,
00:11:24il faut que je propose
00:11:25et moi,
00:11:26je viens,
00:11:26si je fais ce bouquin
00:11:27et si j'interviens ici
00:11:29aujourd'hui,
00:11:30c'est pour dire
00:11:31qu'on peut gagner.
00:11:34Dans quelle perspective
00:11:35je me place
00:11:36mais depuis 15 ans ?
00:11:38Nous devons avoir
00:11:38un bloc historique
00:11:39qui rassemble
00:11:40les classes intermédiaires,
00:11:42les profs,
00:11:43les classes populaires,
00:11:45les prolos,
00:11:46mais à la fois
00:11:47à l'intérieur
00:11:48des classes populaires,
00:11:49les classes populaires
00:11:51des quartiers
00:11:51et les classes populaires
00:11:52des campagnes.
00:11:53Il nous faut
00:11:54les trois bouts.
00:11:55Si on n'a pas
00:11:55les trois bouts,
00:11:56je ne vois pas
00:11:57comment on va réussir
00:11:58à être majoritaire
00:11:58dans le pays.
00:12:01Donc,
00:12:01il faut chercher
00:12:03un propos
00:12:04qui rassemble ça,
00:12:06qui unisse ce bloc
00:12:07et qui ne le divise pas.
00:12:10Sachant que
00:12:11la réalité économique
00:12:13a divisé ce bloc
00:12:14dans la durée.
00:12:15Je veux dire,
00:12:15la mondialisation
00:12:16a tracé comme un fil
00:12:18à couper le beurre
00:12:18entre les vainqueurs
00:12:19et les vaincus.
00:12:21Chez les ouvriers
00:12:23non qualifiés,
00:12:24c'est un quadruplement
00:12:24du taux de chômage
00:12:25dans les années 80
00:12:26pendant que ça stagne
00:12:27à peu près
00:12:28dans les professions
00:12:28intermédiaires.
00:12:29Donc,
00:12:29il y a un rapport
00:12:30à la mondialisation
00:12:31qui est complètement différent
00:12:32et c'est évidemment
00:12:32l'une des causes
00:12:33de l'implantation
00:12:34du Front National
00:12:37d'abord
00:12:37dans notre coin.
00:12:38Mais moi,
00:12:39si je fais,
00:12:39je le dis,
00:12:40ce bouquin
00:12:41et ce débat,
00:12:42c'est parce que je pense
00:12:43qu'on peut gagner.
00:12:44Ce n'est pas fini.
00:12:46L'histoire,
00:12:46elle n'est pas finie.
00:12:47Il y a déjà
00:12:48la campagne
00:12:50de Jean-Luc Mélenchon,
00:12:51il faut regarder
00:12:51ce qu'elle produit
00:12:53en positif aussi.
00:12:54La gauche retrouve
00:12:56droite citée
00:12:56dans les cités,
00:12:57c'est une bonne nouvelle.
00:13:00la jeunesse éduquée
00:13:02des métropoles,
00:13:03mais le premier
00:13:05but de vote calmé,
00:13:06c'est plutôt
00:13:07un butin de vote progressif,
00:13:08c'est un ferment
00:13:09pour l'avenir,
00:13:09c'est une bonne nouvelle.
00:13:11Maintenant,
00:13:11on a le droit
00:13:12de regarder aussi
00:13:12ceux qui nous manquent.
00:13:14Et ceux qui nous manquent,
00:13:16pour moi,
00:13:16ils sont,
00:13:17par exemple,
00:13:18dans les anciens
00:13:19patients industriels
00:13:20qui se sont sentis
00:13:22abandonnés de la gauche,
00:13:23pas seulement
00:13:24de cette élection,
00:13:25mais depuis 1982,
00:13:28pour moi,
00:13:28comme date de rupture,
00:13:29en gros.
00:13:31Donc,
00:13:33je donnerai après
00:13:34mes pistes d'action,
00:13:37mais,
00:13:37en tout cas,
00:13:38je viens pour dire
00:13:40que ce n'est pas perdu,
00:13:41on peut gagner.
00:13:48Donc,
00:13:48merci à Vienne Girard
00:13:49de nous avoir retrouvés
00:13:51et d'avoir affronté
00:13:52la venue
00:13:53à la fête de l'Huma.
00:13:55Donc,
00:13:56on était dans la première partie
00:13:57qui a essayé
00:13:58de faire une sociologie
00:13:59des votes
00:14:00d'extrême droite.
00:14:01Et donc,
00:14:02dans vos travaux,
00:14:03vous déconstruisez
00:14:04quand même
00:14:04un certain nombre
00:14:04d'idées reçues
00:14:05et de représentations
00:14:07de discours
00:14:08qu'on entend
00:14:08notamment sur le vote
00:14:09des classes populaires.
00:14:10Donc,
00:14:10est-ce que...
00:14:11vote des classes populaires
00:14:12dans les zones périurbaines,
00:14:14est-ce que vous pourriez
00:14:14les résumer rapidement
00:14:16et expliquer aussi
00:14:18quels sont les facteurs
00:14:19qui conduisent
00:14:21à ce vote
00:14:21d'extrême droite,
00:14:22notamment dans les catégories populaires ?
00:14:23Oui,
00:14:24alors,
00:14:25merci beaucoup.
00:14:26J'espère que...
00:14:28Il n'y a pas trop d'écho.
00:14:29Donc,
00:14:30moi,
00:14:30j'ai commencé
00:14:30à travailler,
00:14:31en fait,
00:14:32en 2003,
00:14:33dans un territoire périurbain
00:14:34sans avoir du tout
00:14:35en tête des questions de vote.
00:14:37Et puis,
00:14:37chemin faisant,
00:14:38notamment à la fin
00:14:39des années 2000,
00:14:41je me suis bien rendu compte,
00:14:42j'avais un certain nombre
00:14:43d'enquêtés
00:14:43qui votaient à droite,
00:14:45voire à l'extrême droite.
00:14:46Alors,
00:14:46le territoire
00:14:46dans lequel j'ai enquêté,
00:14:47il est situé,
00:14:49pardon,
00:14:49dans la périphérie de Lyon.
00:14:50Et en fait,
00:14:51c'est un territoire
00:14:52qui est emblématique
00:14:53de l'envers un petit peu
00:14:54des politiques de restructuration.
00:14:56C'est-à-dire que pendant
00:14:57que des usines fermaient,
00:14:58notamment une usine
00:14:59Rhone-Poulenc
00:14:59dans le nord de l'Isère
00:15:00qui a été fermée,
00:15:02qui avait une implantation
00:15:04syndicale,
00:15:04eh bien,
00:15:05dans le même temps,
00:15:05il y avait énormément
00:15:06d'argent public
00:15:07par le biais de la DATAR,
00:15:09mais aussi par le biais
00:15:10des collectivités
00:15:10pour aménager
00:15:11une nouvelle zone industrielle.
00:15:14Alors,
00:15:14une zone industrielle
00:15:15dont les élus locaux,
00:15:16notamment un élu Giscardien,
00:15:18faisaient la promotion
00:15:19en assurant,
00:15:20notamment aux polytechniciens,
00:15:22si vous venez implanter
00:15:23votre usine
00:15:25sur notre territoire,
00:15:26vous aurez l'assurance
00:15:27d'une paix sociale.
00:15:29Donc,
00:15:30en gros,
00:15:30ce parc industriel,
00:15:31il est florissant.
00:15:34Je revendis
00:15:35sur ce qui a été dit
00:15:35tout à l'heure,
00:15:36ce territoire périurbain
00:15:37y concentre
00:15:38un grand nombre d'ouvriers,
00:15:39mais des ouvriers qualifiés.
00:15:40Ce qui disparaît,
00:15:41c'est les ouvriers non qualifiés.
00:15:43Mais il y a des ouvriers qualifiés.
00:15:44Alors,
00:15:44il y a de la précarité,
00:15:46il y a de l'éclatement
00:15:47des sites industriels
00:15:48et il n'y a quasiment pas
00:15:49d'implantation syndicale.
00:15:51Et tout ça pour dire
00:15:52que ça joue sur la politisation.
00:15:55C'est-à-dire,
00:15:55les gens qui travaillent
00:15:56dans ce territoire-là,
00:15:57ils n'ont pas l'expérience
00:15:58de lutte collective.
00:16:00Et le but a clairement été,
00:16:02après 68,
00:16:04après les années 70,
00:16:06de contourner
00:16:07les bastions ouvriers
00:16:08qu'il y avait
00:16:09dans l'industrie,
00:16:10notamment textile et chimique,
00:16:12de la banlieue lyonnaise,
00:16:13du sud du couloir de la chimie,
00:16:15etc.
00:16:16Et donc,
00:16:16dans une zone périurbaine,
00:16:18rurale,
00:16:18dans le département de l'Ain,
00:16:19il y a des implantations industrielles.
00:16:21Alors,
00:16:21c'est de la logistique,
00:16:23c'est de la production
00:16:24de l'agroalimentaire,
00:16:25c'est de la production de base
00:16:27pour l'industrie chimique.
00:16:28Et ce sont des familles
00:16:30d'ouvriers,
00:16:30plutôt d'ouvriers qualifiés.
00:16:31Les femmes travaillent
00:16:32de façon déqualifiée
00:16:34dans les emplois de services.
00:16:36Et il y a aussi eu
00:16:37un refus des élus locaux
00:16:38d'implanter du logement social.
00:16:40Donc,
00:16:41un primat accordé
00:16:42à la maison individuelle
00:16:43et donc un modèle
00:16:44de développement
00:16:45qui favorise
00:16:47les deux voitures
00:16:48pour un couple de bi-actifs,
00:16:49la maison individuelle,
00:16:50etc.
00:16:51Donc,
00:16:51tout ça pour dire
00:16:52qu'il y a eu
00:16:52une politique orchestrée
00:16:54par la droite,
00:16:55par l'État
00:16:56et les collectivités
00:16:57pour l'aménagement
00:16:59du territoire,
00:17:00pour créer ces zones
00:17:01dans lesquelles
00:17:02on retrouve aujourd'hui
00:17:03un fort taux de vote
00:17:04pour la droite
00:17:05et pour l'extrême droite.
00:17:06Et puis,
00:17:07il y a d'autres aspects
00:17:07sur lesquels
00:17:08je reviendrai sans doute après,
00:17:09mais ça permet
00:17:10de contrecarrer aussi
00:17:11l'idée que
00:17:12le vote Front National
00:17:13et puis le vote RN
00:17:14ne s'ancrent que
00:17:16dans les fractions
00:17:17les plus précaires.
00:17:18En tout cas,
00:17:19il y a des gens...
00:17:20Enfin,
00:17:20moi,
00:17:20j'ai rencontré
00:17:21des ménages
00:17:22d'ouvriers,
00:17:22d'employés
00:17:23ou de techniciens,
00:17:25de chefs d'équipe
00:17:26qui ont leur maison individuelle,
00:17:28qui ont des difficultés
00:17:30pour payer les crédits,
00:17:31etc.,
00:17:31mais qui ont des positions
00:17:32pas complètement précarisées
00:17:35et qui vont voter
00:17:37à droite
00:17:38et puis passer
00:17:39progressivement
00:17:40au FN
00:17:41et puis aujourd'hui
00:17:42au RN.
00:17:43Voilà,
00:17:43je m'arrêterai là,
00:17:44j'espère ne pas avoir été
00:17:45trop longue.
00:17:51Pour avancer,
00:17:52vous pourrez rebondir,
00:17:54ça sera une manière aussi.
00:17:56Je voulais,
00:17:56François Riffin,
00:17:57que vous nous expliquiez
00:17:57en quelques mots
00:17:59ce que vous entendez
00:18:00par fâcher,
00:18:01pas fâcho,
00:18:02une expression
00:18:02que vous utilisez parfois.
00:18:04Et si derrière cette expression,
00:18:06c'est pas nier aussi
00:18:07une part de xénophobie
00:18:09qui a pu conduire
00:18:11certains électeurs
00:18:12à voter
00:18:12pour le RN.
00:18:15D'abord,
00:18:15je ne prétends pas du tout
00:18:16être l'inventeur
00:18:17de cette formule.
00:18:18Elle a existé avant moi.
00:18:19Donc voilà.
00:18:21Là,
00:18:21je viens de lire un papier
00:18:22dans une revue linguistique
00:18:23sur le discours
00:18:26des Gilets jaunes
00:18:26sur les ronds-points.
00:18:27Il me paraît éclairant
00:18:28sur l'obstacle
00:18:30qu'on a affronté
00:18:30et que finalement,
00:18:31vous décrivez
00:18:31quand vous dites
00:18:32que ce ne sont pas
00:18:32les fractions
00:18:33les plus précaires.
00:18:36Ce papier dit quoi ?
00:18:37Il dit que dans le discours
00:18:38des Gilets jaunes,
00:18:39il y a nous,
00:18:40nous,
00:18:40c'est les travailleurs,
00:18:41c'est l'honneur des travailleurs,
00:18:43même si Macron ne le veut pas,
00:18:44nous,
00:18:45on est là,
00:18:46qui s'opposent
00:18:47à un « il »
00:18:48en haut,
00:18:49mais qui s'opposent aussi
00:18:50à un « eux »
00:18:51en bas,
00:18:52c'est-à-dire
00:18:52« eux »
00:18:53qui sont les assistés,
00:18:55les cassos,
00:18:56et ainsi de suite.
00:18:57Je viens tout de suite
00:18:58sur cette question-là,
00:18:59parce que dans ma campagne,
00:19:01ça a été le principal obstacle.
00:19:04C'est la question,
00:19:06alors déjà,
00:19:07c'est des gens
00:19:07qui vous disent
00:19:08« mais moi,
00:19:09je ne peux pas être de gauche,
00:19:10je suis pour le travail. »
00:19:12Mais merde,
00:19:13c'est Jaurès,
00:19:14c'est Fourmi,
00:19:14c'est le Front populaire,
00:19:16bon,
00:19:16c'est quoi si...
00:19:17Bon,
00:19:18mais voilà,
00:19:18et ce n'est pas une personne,
00:19:20et ce n'est pas des patrons
00:19:21qui vous disent ça.
00:19:22Et,
00:19:23alors,
00:19:24de manière récurrente,
00:19:26sur les cas sociaux,
00:19:28mais ce n'est pas comme si
00:19:29j'avais été le seul
00:19:29à recueillir ça,
00:19:30je discute avec les camarades députés,
00:19:32et ils me disent
00:19:32« voilà,
00:19:33oui,
00:19:33sur les marchés,
00:19:33on n'avait que ça. »
00:19:35Un collègue,
00:19:35un député coco
00:19:36qui me dit
00:19:37« j'en ai tellement ras-le-bol
00:19:38d'entendre ça,
00:19:39qu'à un moment,
00:19:40j'ai fait un tract
00:19:42pour capter ça,
00:19:43sur ceux qui font de l'argent
00:19:45en dormant. »
00:19:46Et lui faisait une allusion
00:19:48au rentier,
00:19:48mais c'était perçu
00:19:49par tous ses électeurs
00:19:50comme étant une allusion
00:19:52au rentier,
00:19:53au RSA,
00:19:54du premier étage du HLM.
00:19:56Et je cite
00:19:57une de tes collègues
00:19:58qui travaille
00:19:58sur le bassin minier,
00:20:00une ethnographe
00:20:01du bassin minier
00:20:01qui lui a dit
00:20:03« le rapport à la Cistana
00:20:06est l'une des principales
00:20:07prédispositions
00:20:08au vote
00:20:09Rassemblement National. »
00:20:10Donc,
00:20:11voilà,
00:20:11je mets les pieds dans le plat.
00:20:13Moi,
00:20:13vous savez,
00:20:14je dis
00:20:14« le radiologue,
00:20:16on ne lui en veut pas
00:20:16de montrer la fracture.
00:20:18Et s'il ne montre pas
00:20:19la fracture,
00:20:20on ne va pas pouvoir
00:20:21la réparer. »
00:20:22Moi,
00:20:22je viens dire
00:20:23la fracture qui existe.
00:20:24Je viens proposer
00:20:25des pistes
00:20:25pour faire une alchimie
00:20:26à partir de ça
00:20:27et pour qu'on répare.
00:20:29Mais pour moi,
00:20:30dans mon coin,
00:20:32le principal combat
00:20:33qu'on a eu à mener,
00:20:34c'est sur cette question
00:20:36de la Cistana,
00:20:38c'est la gauche
00:20:39de la Cistana
00:20:39contre la droite
00:20:40de la valeur travail.
00:20:42c'est quelque chose
00:20:43avec lequel tous les jours
00:20:45j'ai eu à faire du judo.
00:20:47Alors,
00:20:47je vous donne ma méthode
00:20:48au porte-à-porte.
00:20:49Ma campagne de 2017,
00:20:51je l'ai faite
00:20:51dans des quartiers popus
00:20:53ou dans des petits pavillons
00:20:55ou même des corons textiles
00:20:56en allant dire
00:20:58« alors vous êtes content,
00:21:00vous n'allez plus avoir
00:21:00à payer l'impôt sur la solidarité
00:21:01sur la fortune. »
00:21:03Jean me disait
00:21:03« mais qu'est-ce qu'il me raconte
00:21:04celui-là ?
00:21:04Il est fou ! »
00:21:05J'ai dit
00:21:05« ben oui, avec Macron,
00:21:06vous n'aurez plus à payer l'ISF,
00:21:07c'est bien,
00:21:08mais non,
00:21:08on ne paye pas l'ISF,
00:21:08il faut se faire ouvrir la porte
00:21:11avec le sourire. »
00:21:12Là, j'ai fait un truc
00:21:13sur le mode
00:21:13« est-ce que vous pouvez compter
00:21:16avec moi jusque 3 ? »
00:21:181, 1 ?
00:21:19Putain, c'est mou !
00:21:20Ah, 3 !
00:21:22Ok.
00:21:2310 000 euros
00:21:23pour Jeff Bezos,
00:21:25patron d'Amazon
00:21:26qui ne paye pas
00:21:28d'impôts
00:21:28en France
00:21:29alors que le boulanger du coin
00:21:30en paye 24%
00:21:33c'est 3 secondes,
00:21:34c'est autant
00:21:34que Hayat,
00:21:37ma suppléante,
00:21:37accompagnante d'enfants
00:21:38en situation de handicap
00:21:40qui,
00:21:42en un an.
00:21:43Quand vous dites ça aux gens,
00:21:45évidemment,
00:21:45c'est un moyen
00:21:46pour renverser
00:21:47qu'est-ce qui est
00:21:47l'injustice principale.
00:21:48Ça ne veut pas dire
00:21:49qu'ils ont oublié
00:21:50le fils du cousin
00:21:51du beau-frère
00:21:52au premier étage
00:21:53et tous,
00:21:54ils en ont un
00:21:55et ils connaissent
00:21:56ses heures de lever
00:21:57et de coucher,
00:21:58qu'est-ce qu'il s'est acheté
00:21:59comme portable ?
00:22:00Tout ça est connu,
00:22:01donc ce n'est même pas la peine
00:22:01de se bagarrer là-dessus.
00:22:03Mais en revanche,
00:22:04j'essayais de retourner
00:22:05sur qu'est-ce qui est
00:22:06l'injustice majeure.
00:22:07Voilà l'un des chemins.
00:22:09Alors,
00:22:09les fâchés,
00:22:10pas fâchaux,
00:22:10pourquoi je pense
00:22:11que ce ne sont pas
00:22:11les fâchaux ?
00:22:13Je veux dire,
00:22:14moi,
00:22:15ma suppléante
00:22:15s'appelle Hayat Madboua,
00:22:18elle est des quartiers
00:22:19nord d'Amiens,
00:22:20et là,
00:22:21où Marine Le Pen
00:22:21a fait 45%
00:22:22au premier tour
00:22:23à Flix-Secours,
00:22:24nous,
00:22:25on fait 55%
00:22:26et on fait 65%
00:22:28au deuxième tour.
00:22:29Si ça avait été
00:22:29les fâchaux,
00:22:34si la principale motivation
00:22:36avait été sur le terrain
00:22:38de la race,
00:22:40de la couleur,
00:22:41de la peau,
00:22:42mais jamais on aurait réussi
00:22:43à renverser la donne politique
00:22:44comme ça.
00:22:45Donc c'est évident
00:22:46que sur le terrain,
00:22:48je parle là
00:22:48dans des coins
00:22:49comme le mien,
00:22:49je ne prétends pas
00:22:50parler pour tous
00:22:51les rassemblements
00:22:51nationaux de France,
00:22:52je ne prétends pas
00:22:53parler pour l'Ain
00:22:53ou pour le Var,
00:22:55mais dans les anciens
00:22:56bassins industriels,
00:22:57là où il a existé
00:22:58un fond rouge,
00:22:59on peut réactiver
00:23:00ce fond rouge.
00:23:01On peut redonner
00:23:02aux gens
00:23:06le sentiment
00:23:07de ce qui est
00:23:08l'inégalité majeure.
00:23:09Je le dis
00:23:10parce que c'est
00:23:10une grosse faille
00:23:11dans le discours
00:23:12du Rassemblement national.
00:23:13Il y a des grandes forces
00:23:14dans leur discours.
00:23:15Marine Le Pen
00:23:16a tout de suite
00:23:17capté la question
00:23:18de l'assistanat,
00:23:18elle fait une page dessus,
00:23:20il y aura un ministère
00:23:21de la fraude,
00:23:22de la fraude sociale,
00:23:24jamais de la fraude fiscale.
00:23:26Il y aura
00:23:27un corps d'inspecteur
00:23:29dévolu à ça.
00:23:30Vous aurez
00:23:32des trucs
00:23:32de passeport biométrique
00:23:34pour vérifier
00:23:35que vous n'êtes pas
00:23:36en train de frauder
00:23:36socialement,
00:23:37tout ça,
00:23:38il y aura.
00:23:38Mais en revanche,
00:23:39dans le discours du Rassemblement,
00:23:40elle surfe là-dessus
00:23:41très très bien.
00:23:42En revanche,
00:23:43ce qu'il n'y a pas
00:23:43dans le discours
00:23:44du Rassemblement national,
00:23:45il n'y a pas
00:23:45le mot égalité.
00:23:48Il n'y a pas
00:23:48la précarité,
00:23:49il n'y a pas
00:23:50les inégalités
00:23:51des chances,
00:23:51mais il n'y a pas
00:23:52le mot égalité.
00:23:53Et les gens,
00:23:54ils restent quand même
00:23:55très massivement
00:23:56attachés à la notion
00:23:57d'égalité.
00:23:58Et alors peut-être
00:23:59qu'ils vont corriger
00:24:00leur truc,
00:24:00maintenant que je l'ai
00:24:00dit et répété,
00:24:01mais de toute façon,
00:24:03dans leur essence,
00:24:04le Rassemblement national,
00:24:05c'est le parti
00:24:06de l'inégalité.
00:24:07C'est le parti
00:24:09de l'inégalité
00:24:10entre les classes,
00:24:11c'est le parti
00:24:11de l'inégalité
00:24:12entre les genres.
00:24:15Je sais que,
00:24:16je parle toujours
00:24:17des anciens bassins
00:24:18industriels,
00:24:19je sais qu'il y a
00:24:20un fond égalitaire
00:24:21qui demeure très profond.
00:24:23Donc,
00:24:23il s'agit de trouver
00:24:24le chemin
00:24:24pour réactiver
00:24:25ce fond égalitaire.
00:24:32Donc,
00:24:33Pierre,
00:24:33toi qui fais
00:24:35ton terrain
00:24:36sur le même type
00:24:37de territoire
00:24:38un peu similaire,
00:24:41toi,
00:24:41qu'est-ce que tu vois
00:24:41comme type d'arguments
00:24:42qui sont avancés
00:24:43pour les gens
00:24:44qui votent Front national ?
00:24:45Est-ce que ça serait
00:24:46vraiment un vote
00:24:48contestataire ?
00:24:48Est-ce qu'il y a d'autres ?
00:24:49Est-ce que l'assistana ?
00:24:50Quels sont les types
00:24:50d'arguments
00:24:51qui sont avancés
00:24:51pour justifier
00:24:53ce choix ?
00:24:55Alors,
00:24:55pour revenir rapidement
00:24:56sur le terrain,
00:24:57sur lequel je travaille,
00:24:58c'est le bassin minier
00:24:58du Nord-Pas-de-Calais
00:24:59qui correspond tout à fait
00:25:00à un territoire
00:25:01post-industriel
00:25:02qui a à la fois
00:25:03connu les mines
00:25:04et la fermeture
00:25:04puis des nouvelles usines
00:25:06qui, elles aussi,
00:25:06ont fermé.
00:25:07Donc,
00:25:07il a été doublement
00:25:09post-industriel
00:25:10et c'est l'un des territoires
00:25:11qui a offert,
00:25:12comme vous le disiez,
00:25:13le plus de députés
00:25:14et dans lequel
00:25:15le mouvement communiste
00:25:16et socialiste
00:25:17était fortement,
00:25:18était quasiment hégémonique
00:25:20en fait dans l'ensemble
00:25:20du bassin minier
00:25:21pendant longtemps.
00:25:22Ce qui fait
00:25:23l'une des spécificités
00:25:24de ce territoire,
00:25:25qui est un territoire
00:25:25extrêmement populaire,
00:25:27c'est que,
00:25:28de ce que j'ai pu observer,
00:25:29il y a assez peu
00:25:30de rejets de la gauche
00:25:30parce qu'en fait,
00:25:31quasiment tous les électeurs,
00:25:33tous les habitants
00:25:33du bassin minier
00:25:34ont un parent
00:25:35ou un grand-parent
00:25:36qui a voté
00:25:36ou eux-mêmes
00:25:37mais qui ont voté
00:25:38communiste
00:25:38ou qui ont voté
00:25:39socialiste
00:25:39à une époque
00:25:40et donc il y a
00:25:41une forme de sympathie.
00:25:42Par contre,
00:25:42ce que j'ai pu noter,
00:25:43c'est que pour beaucoup
00:25:44de ces gens-là,
00:25:44la gauche n'est plus
00:25:45une option électorale
00:25:46et c'est tout particulièrement
00:25:49prégnant
00:25:49chez des nouvelles générations.
00:25:51On parlait des jeunes
00:25:52des grandes villes
00:25:53qui votent assez majoritairement
00:25:54à gauche.
00:25:55Le cas du bassin minier
00:25:56est assez différent.
00:25:57J'ai pu avoir
00:25:58beaucoup de cas
00:25:58de gens dont les grands-parents
00:26:00votaient communistes,
00:26:01les parents s'abstenaient
00:26:03ou étaient relativement
00:26:04peu politisés
00:26:04et eux votent
00:26:05pour le Front National.
00:26:07Ensuite,
00:26:08pour rebondir
00:26:08sur ce qui a été dit
00:26:09sur cette triangulation sociale,
00:26:10sur cette apparition
00:26:11et de là où avant
00:26:13la construction,
00:26:14la vision du monde social
00:26:15des classes populaires
00:26:16s'organisait autour du nous,
00:26:17ouvriers,
00:26:18contre le eux-patrons,
00:26:20il y a eu l'apparition
00:26:20de ce ils
00:26:21qui serait les petits profiteurs,
00:26:25la personne au RSA.
00:26:27Cette évolution-là
00:26:28est assez récente
00:26:29et elle doit aussi
00:26:30aux évolutions
00:26:31du marché de l'emploi.
00:26:32Avant,
00:26:32quand on avait
00:26:33une structuration
00:26:34qui s'organisait
00:26:35autour de grandes usines
00:26:35dans lesquelles
00:26:36l'ensemble des ouvriers
00:26:37travaillaient dans la même zone
00:26:38et le patron
00:26:39était clairement identifié,
00:26:40ça permettait
00:26:41d'actualiser,
00:26:43de créer cette vision
00:26:45binaire du monde social.
00:26:46Maintenant,
00:26:47les patrons
00:26:47et les structures
00:26:48de l'emploi
00:26:49se sont beaucoup plus réduites.
00:26:50Moi,
00:26:51j'ai beaucoup de cas
00:26:51de petites TPE,
00:26:52de petites PME
00:26:53dans lesquels
00:26:53il suffit que le patron
00:26:54soit un électeur frontiste
00:26:55de longue date
00:26:56parce que lui,
00:26:56plutôt dominant
00:26:57dans son territoire,
00:26:58il arrive à pouvoir
00:27:00convaincre
00:27:00les autres ouvriers
00:27:01de sa boîte
00:27:02à pouvoir voter pour lui.
00:27:05Donc,
00:27:05sur cette apparition
00:27:06du ILE
00:27:07et sur l'apparition
00:27:08de la Cistana,
00:27:08on pourra revenir dessus.
00:27:10C'est quelque chose
00:27:10qui est très fort
00:27:11aussi dans le bassin minier
00:27:12alors même,
00:27:13et c'est là tout le paradoxe,
00:27:14que grand nombre
00:27:15de personnes dénonçant
00:27:16la Cistana
00:27:17ont eux-mêmes,
00:27:18à un moment de leur vie,
00:27:18pu bénéficier
00:27:19d'un certain nombre
00:27:20d'aides dans le bassin minier.
00:27:22On pense notamment
00:27:22aux ayants droit minier.
00:27:23Il y a beaucoup de gens
00:27:24qui continuent
00:27:24de toucher de l'argent
00:27:25des ayants droit minier.
00:27:26Et en fait,
00:27:26on voit que cette dénonciation
00:27:29de la Cistana,
00:27:29elle relève en fait
00:27:30d'une volonté de distinction.
00:27:32En fait,
00:27:32on ne veut pas appartenir
00:27:33à ces classes populaires,
00:27:34à ces plus précaires.
00:27:35Donc,
00:27:36en dénonçant la Cistana,
00:27:38on s'en écarte.
00:27:39Donc,
00:27:39c'est une notion
00:27:40qui restera à travailler.
00:27:42Puis,
00:27:42on pourra revenir ensuite
00:27:43par la suite
00:27:43sur cette question
00:27:44du fâché,
00:27:45pas fâcho.
00:27:49La plupart des gens
00:27:50côtoient au quotidien
00:27:52des ouvriers
00:27:53à la fois polonais,
00:27:54italiens ou maghrébins
00:27:55sur la fin du XXe siècle.
00:27:59Et sur la façon
00:28:00dont ils perçoivent
00:28:01ce monde social-là,
00:28:01on voit bien
00:28:02qu'il y a des différences
00:28:03entre des votes locaux
00:28:04qui peuvent se maintenir
00:28:05à gauche
00:28:06et des votes,
00:28:06par contre,
00:28:07pour les présidentielles.
00:28:08J'en ai eu beaucoup
00:28:09qui votent pour le PS
00:28:10ou le PC
00:28:10à leurs élections municipales
00:28:11et qui votent
00:28:12pour le Front National
00:28:13aux élections nationales.
00:28:14Donc,
00:28:14on voit bien
00:28:14qu'en fait,
00:28:15c'est des votes
00:28:16et des représentations
00:28:17qui ne sont pas ancrés
00:28:18définitivement
00:28:19et qu'elles méritent
00:28:19d'être réactualisées
00:28:20et re-questionnées.
00:28:29Bruno Notin,
00:28:30dans un territoire
00:28:31un peu plus ancré à droite
00:28:33mais où une partie,
00:28:34j'allais dire,
00:28:34de la bourgeoisie rurale
00:28:36ou en tout cas
00:28:36de gens
00:28:36qui,
00:28:37traditionnellement,
00:28:38votaient à droite,
00:28:40RPR, UMP, etc.,
00:28:42qui a basculé
00:28:42à l'extrême droite,
00:28:43est-ce que c'est
00:28:43le même type d'arguments
00:28:45qui reviennent
00:28:45sur la cistana
00:28:46ou comme on l'a entendu
00:28:48tout à l'heure,
00:28:49peut-être des formes
00:28:50un peu plus haineuses
00:28:52et xénophobes ?
00:28:54Oui,
00:28:54alors,
00:28:55comme je vous disais,
00:28:56dans ma circo,
00:28:57c'est varié.
00:28:59L'électorat populaire
00:29:00dans les villes
00:29:01de notre agglomération
00:29:02sont plutôt à gauche,
00:29:05notamment à Chalette,
00:29:06ville communiste.
00:29:08Mais le discours
00:29:09qu'on entend,
00:29:09effectivement,
00:29:10oui,
00:29:10je me retrouve
00:29:11dans ce qui vient
00:29:11d'être dit.
00:29:12c'est sur l'assistanat,
00:29:15c'est sur l'idée...
00:29:16Là aussi,
00:29:16il y aurait une réflexion
00:29:18à mener
00:29:18sur les aides sociales.
00:29:20C'est-à-dire
00:29:20qu'on arrive à un moment
00:29:21où le plafond
00:29:22est beaucoup trop bas
00:29:24et où des gens
00:29:24qui travaillent
00:29:25qui ont des 1 500,
00:29:271 600,
00:29:271 700 euros par mois,
00:29:28vous n'avez quasiment
00:29:29plus droit à rien.
00:29:30Et ça,
00:29:30ça crée une ligne
00:29:31de fracture.
00:29:31Parce que les gens disent
00:29:32moi je bosse,
00:29:33je me lève tôt le matin
00:29:34et puis un jour
00:29:35où la voiture
00:29:36elle est en panne,
00:29:36j'ai une fracture
00:29:37qui tombe,
00:29:38c'est mort.
00:29:40On n'arrive pas,
00:29:41il faut faire des crédits.
00:29:42Donc il y a
00:29:43beaucoup de rancœur
00:29:44là-dessus.
00:29:45Déjà,
00:29:45quand on parle
00:29:46de solution,
00:29:47ça serait déjà une chose
00:29:48que des gens
00:29:48qui bossent
00:29:49puissent avoir aussi
00:29:49des fois
00:29:50un retour direct
00:29:51de l'État,
00:29:53pas simplement
00:29:53sous la forme
00:29:54des impôts
00:29:54mais des aides.
00:29:55Prenez,
00:29:56c'est pareil
00:29:56pour les parents
00:29:58qui ont des enfants
00:29:58qui vont faire des études.
00:30:00C'est compliqué aussi
00:30:00quand on est...
00:30:01Il n'y a pas d'aide,
00:30:02il n'y a pas de bourse
00:30:03dès qu'on est à 1 500,
00:30:041 600.
00:30:05Donc là,
00:30:05il y aurait besoin de ça.
00:30:06Vous avez tous
00:30:07ce discours,
00:30:08bien sûr,
00:30:09autour de l'idée,
00:30:09on bosse,
00:30:11on n'a droit à rien,
00:30:13regardez les assistés,
00:30:14etc.
00:30:16Vous avez autre chose
00:30:17dans les quartiers populaires,
00:30:18c'est autre chose,
00:30:20le vote Front National,
00:30:22on le voit autour de l'idée,
00:30:23on a trop d'étrangers,
00:30:24on nous fait venir
00:30:25les étrangers
00:30:25de région parisienne,
00:30:28on ne s'y retrouve plus.
00:30:29La semaine dernière,
00:30:30chez nous,
00:30:30ça a fait tout un pataquès
00:30:31parce qu'il y a eu
00:30:32une prière de rue
00:30:33dans un quartier populaire.
00:30:34Donc c'est monté en...
00:30:35Il y a ces discours-là
00:30:37mais ces mêmes quartiers populaires,
00:30:38c'est aussi des quartiers,
00:30:40nous,
00:30:40le score,
00:30:42on le multiplie par 2,
00:30:43voire par 3
00:30:43entre les élections nationales
00:30:45et locales
00:30:46parce que des gens
00:30:46qui, en effet,
00:30:47au national
00:30:48peuvent voter à droite
00:30:49ou RN,
00:30:50aux élections locales,
00:30:51ils votent pour nous
00:30:52parce qu'on est combattif,
00:30:53parce qu'on parle
00:30:53de leurs préoccupations.
00:30:55Ça aussi,
00:30:55c'est...
00:30:57Moi, je parle peut-être
00:30:57en tant que communiste,
00:30:59un parti communiste,
00:31:00s'il veut avoir un lien
00:31:01avec des classes populaires,
00:31:02il a intérêt
00:31:02à être sacrément organisé,
00:31:04à être structuré,
00:31:04à avoir un vrai travail
00:31:06d'éducation populaire,
00:31:07de faire du porte-à-porte,
00:31:09de faire des distributions
00:31:10de tracts
00:31:10qui pleuvent,
00:31:11qui vendent,
00:31:11qui neigent
00:31:11au plein milieu
00:31:12des quartiers pop
00:31:13tout au long de l'année.
00:31:14Il faut aider les gens,
00:31:16il faut avoir une intervention
00:31:17d'élus et de militants.
00:31:18On ne va pas leur tenir
00:31:19des discours
00:31:20dans des tweets à Paris
00:31:21et on ne va pas leur dire
00:31:22que la police est tue.
00:31:23On va leur dire
00:31:24qu'on a besoin
00:31:24d'une police de proximité
00:31:26quand il y en a besoin
00:31:26parce qu'ils sont
00:31:27dans des difficultés noires,
00:31:28les gens,
00:31:28dans nos quartiers,
00:31:30qu'il faut se battre
00:31:31des heures et des heures
00:31:31pour que des fois
00:31:32la police,
00:31:34d'ailleurs,
00:31:34elle ne vient quasiment jamais,
00:31:36mais qu'elle vienne
00:31:36pour simplement
00:31:37de la tranquillité publique
00:31:38pour des travailleurs
00:31:40qui, quand ils ont fini
00:31:40de bosser
00:31:41ou des retraités
00:31:41qui ont bossé
00:31:42toute leur vie,
00:31:43qu'est-ce qu'ils veulent ?
00:31:43Ils veulent aller dans un square
00:31:44où il fait beau le soir
00:31:45pour se rafraîchir
00:31:46parce qu'il fait 40 degrés
00:31:47dans les logements sociaux.
00:31:48Ils ne peuvent pas aller.
00:31:49Donc, c'est des choses concrètes
00:31:50et puis, c'est une organisation
00:31:53des communistes.
00:31:54Ils doivent avoir
00:31:54un discours
00:31:56très proche
00:31:57de proximité.
00:31:58On leur parle
00:31:59de leurs conditions
00:31:59de logement,
00:32:00on leur parle
00:32:01de l'école,
00:32:02les moyens
00:32:02que la mairie de droite
00:32:03ne donne pas.
00:32:04On leur parle
00:32:04de tout ça.
00:32:05C'est des choses
00:32:05très concrètes.
00:32:06Et là,
00:32:06quand ils voient
00:32:07que des élus,
00:32:08que des militants
00:32:09de gauche
00:32:10sont proches
00:32:11dans la proximité
00:32:12sur le terrain,
00:32:13ça se passe tout de suite
00:32:14beaucoup mieux.
00:32:15Nous, dans les quartiers
00:32:15populaires,
00:32:16on est majoritaire.
00:32:18Et à Chalette,
00:32:18ville communiste,
00:32:19où il y a
00:32:19une vraie politique sociale,
00:32:20d'éducation,
00:32:21de culture,
00:32:22il y a un centre
00:32:22de santé publique,
00:32:23on y fait 57%
00:32:24au deuxième tour,
00:32:25alors qu'il y a
00:32:25des forts taux d'abstention.
00:32:26On arrive quand même
00:32:27à gagner pas loin
00:32:28de 600 voix
00:32:29entre les deux tours.
00:32:30Voilà,
00:32:31dans tous les quartiers
00:32:31populaires,
00:32:33on est devant,
00:32:34sauf dans les quartiers
00:32:35pavillonnaires,
00:32:35où là, en effet,
00:32:36ce n'est pas la même chose
00:32:37parce qu'il y a toujours
00:32:38ce sentiment
00:32:40de l'assistanat,
00:32:41etc.
00:32:42Alors,
00:32:43je ne sais pas
00:32:43si on y reviendra après,
00:32:44je dirais aussi,
00:32:45la gauche,
00:32:46ce qui lui manque,
00:32:47c'est un vrai discours,
00:32:50sur l'économie,
00:32:51la souveraineté politique
00:32:52des travailleurs
00:32:53sur le travail,
00:32:54sur l'organisation
00:32:55du travail.
00:32:56C'est nous.
00:32:57La gauche,
00:32:57elle ne peut pas avoir
00:32:58un discours
00:32:59qui est simplement
00:33:00on veut un peu plus
00:33:01de salaire,
00:33:02un peu plus de SMIC,
00:33:03on veut davantage d'aide.
00:33:05Ça, on est d'accord.
00:33:06Mais la gauche,
00:33:06elle doit reprendre
00:33:07un discours,
00:33:08véritablement,
00:33:08comment on reprend
00:33:09le contrôle
00:33:10et la souveraineté économique
00:33:11sur le travail.
00:33:12C'est nous qui produisons,
00:33:13c'est nous qui décidons,
00:33:14c'est nous qui organisons
00:33:15le travail,
00:33:16c'est nous qui prenons
00:33:17le contrôle
00:33:17des banques
00:33:18et de la finance.
00:33:19Et c'est nous
00:33:20qui nous disons
00:33:20ce qu'on veut produire.
00:33:22Comment on veut le produire ?
00:33:23Mais en tant que communiste,
00:33:24je ne vois pas d'autres issues.
00:33:26C'est ça notre plus-value,
00:33:27c'est ça notre originalité
00:33:28de communiste
00:33:28et j'espère que ça
00:33:29peut irriguer
00:33:30toute la gauche.
00:33:31C'est quand la gauche,
00:33:31elle a tenu ce discours-là
00:33:33fort, concret,
00:33:34de souveraineté économique
00:33:35sur le travail
00:33:36par les producteurs,
00:33:37par les milieux populaires,
00:33:38par les classes moyennes,
00:33:39par les salariés, quoi.
00:33:41Si la gauche,
00:33:41elle tient ce discours-là
00:33:42et si elle a des actes
00:33:44qui sont en lien,
00:33:44c'est-à-dire
00:33:45qu'elle est organisée,
00:33:46et qu'elle est structurée
00:33:47et qu'elle parle
00:33:47du concret des gens,
00:33:49eh bien là,
00:33:49ça peut aller.
00:33:50Nous, on a un député,
00:33:51le député Rassemblement national.
00:33:53Là, dans la presse locale,
00:33:54on m'a demandé mon avis
00:33:55sur ses premiers mois de mandat.
00:33:56Ce qui m'est venu à l'esprit,
00:33:57c'est de dire
00:33:58que c'est le discours
00:33:58de l'imposture sociale.
00:34:00C'est un imposteur,
00:34:01notre député.
00:34:01Il se disait être
00:34:03le premier opposant à Macron.
00:34:07Moi, je vois,
00:34:08et c'est ça qu'on va dire aux gens,
00:34:10et j'ai vu
00:34:10que ça touche les gens déjà.
00:34:12C'est bien dit.
00:34:12Il a refusé de voter
00:34:13l'augmentation du SMIC
00:34:14et des salaires.
00:34:15Il a refusé le gel des loyers.
00:34:17Il a refusé le gel
00:34:19des tarifs des produits
00:34:21de première nécessité.
00:34:22Jean-Philippe Tanguy,
00:34:23à l'Assemblée nationale,
00:34:25justifie le vote
00:34:27du Rassemblement national
00:34:29contre l'augmentation du SMIC
00:34:30en disant,
00:34:31je le cite,
00:34:32ça serait un mauvais signal
00:34:34envoyé au marché.
00:34:35Excusez-moi,
00:34:36ça c'est un discours de droite,
00:34:37libéral, classique.
00:34:39Le Front national,
00:34:40c'est l'imposture sociale.
00:34:41On se fait passer
00:34:42pour de l'opposition,
00:34:43mais en réalité,
00:34:44ce sont des gens de droite.
00:34:46Et moi,
00:34:47le député qui a été élu,
00:34:49c'est un petit bourgeois,
00:34:50c'est un cadre,
00:34:52visiblement,
00:34:52dans l'immobilier,
00:34:53mais il n'a jamais travaillé
00:34:53de sa vie.
00:34:54Il bossait avec Nicolas Dupont-Aignan,
00:34:57il était le directeur
00:34:58de cabinet Dupont-Aignan.
00:34:59Il est venu s'inscrire
00:35:00à Montargis
00:35:00un mois avant l'élection
00:35:01parce qu'il a vu
00:35:02que Le Pen était en tête
00:35:03dans la circo,
00:35:04que le député de droite
00:35:05assurait mal sa succession,
00:35:06qu'il y avait des divisions
00:35:06à droite.
00:35:07Et il a tenu un discours
00:35:08de petit patron,
00:35:11mais qui prenait en compte
00:35:12aussi les besoins des gens
00:35:13en termes de services publics
00:35:15dans les villages,
00:35:16parce qu'il n'y a plus
00:35:17de services publics,
00:35:18il n'y a plus rien.
00:35:18Ça aussi,
00:35:19ça serait une question.
00:35:20Imposer la présence physique
00:35:21des services publics
00:35:22dans les villes
00:35:23et arrêter avec
00:35:24la dématérialisation.
00:35:26Nous, c'est terrifiant
00:35:27chez nous,
00:35:27la dématérialisation.
00:35:29Essayer un petit peu
00:35:30la sécu,
00:35:31les impôts,
00:35:32c'est un drame.
00:35:33Moi, je travaille
00:35:33dans la justice,
00:35:34les gens,
00:35:34ils n'y comprennent rien.
00:35:35Ils n'y comprennent rien
00:35:36en dématérialisation.
00:35:37Il faut qu'ils nous appellent
00:35:3820 fois et c'est normal
00:35:39pour qu'on leur explique
00:35:39une procédure.
00:35:40On ne peut pas faire
00:35:41du service public
00:35:41à distance.
00:35:42Ce n'est pas possible.
00:35:44Donc ça,
00:35:44c'est une question concrète.
00:35:45On pourrait dire,
00:35:45pareil, je suis trop long,
00:35:46je vais arrêter.
00:35:47On pourrait dire,
00:35:48supprimer toutes les dettes
00:35:49de ceux qui sont endettés
00:35:51par des crédits usuraires,
00:35:53qui sont fichés
00:35:53Banque de France
00:35:54dans les milieux populaires,
00:35:55classe moyenne,
00:35:56de gens qui bossent.
00:35:57Combien il y en a
00:35:57qui sont concernés par ça ?
00:35:58Aujourd'hui,
00:35:59il faudrait faire le ménage
00:36:00là-dedans.
00:36:00Il faut que la gauche,
00:36:01elle ait aussi un discours
00:36:02extrêmement concret là-dessus,
00:36:08pas assez.
00:36:09La souveraineté économique
00:36:11sur le travail,
00:36:12je finis là,
00:36:13c'est la question centrale
00:36:15aujourd'hui.
00:36:15Pas simplement
00:36:16des augmentations de salaire.
00:36:17Ce n'est pas suffisant ça.
00:36:18Vous êtes d'accord ?
00:36:19Reprendre le contrôle
00:36:20sur les choses.
00:36:27D'abord,
00:36:29à Violaine,
00:36:30et puis après Pierre,
00:36:30ça peut être intéressant,
00:36:31vous dans des territoires
00:36:32un peu différents.
00:36:33Donc vous,
00:36:34c'est quoi les types
00:36:34d'arguments que vous avez ?
00:36:36Et finalement,
00:36:36est-ce que de venir
00:36:38expliquer ça,
00:36:39reprendre le...
00:36:41Gagner un peu
00:36:41la victoire idéologique ?
00:36:42On va dire ça,
00:36:43ça pourrait faire évoluer
00:36:44un peu les choses
00:36:44ou sur des territoires
00:36:45ancrés à droite,
00:36:46c'est un bascule de la droite
00:36:47vers l'extrême droite
00:36:48et finalement,
00:36:49voilà.
00:36:49Qu'est-ce que vous...
00:36:49Je sais que c'est compliqué
00:36:50pour des chercheurs
00:36:51de répondre à ce genre
00:36:51de questions.
00:36:53Oui, alors merci.
00:36:54Du coup, moi,
00:36:55effectivement,
00:36:55en tant que chercheuse,
00:36:57je ne me pose pas la question
00:36:59de qu'est-ce qu'il faudrait
00:37:00dire aux gens
00:37:01pour qu'ils changent
00:37:02leur vote.
00:37:02D'abord,
00:37:03parce que moi,
00:37:03ce que j'ai vu
00:37:04très concrètement
00:37:05dans le territoire
00:37:06dans lequel j'ai enquêté,
00:37:08ce n'est pas uniquement
00:37:09des discours
00:37:09de la part des élus locaux
00:37:11mais des pratiques
00:37:13discriminatoires
00:37:13et c'est quelque chose
00:37:14dont on n'a pas parlé.
00:37:15On a commencé
00:37:16par parler du monde du travail
00:37:17mais le monde du travail,
00:37:18tout comme le monde résidentiel,
00:37:20il est traversé
00:37:21par des inégalités
00:37:22ethno-raciales également.
00:37:24Moi,
00:37:24ce que j'ai vu
00:37:24très concrètement,
00:37:25c'est que dans des communes,
00:37:26dans des petites communes
00:37:27périurbaines
00:37:29où la respectabilité,
00:37:30elle passe par être propriétaire
00:37:32d'une maison individuelle,
00:37:33il y a des pratiques
00:37:34de préférence locale,
00:37:35de préférence communale
00:37:36qui sont aussi
00:37:37des pratiques
00:37:37d'entre-soi blanc
00:37:38et il faut le dire,
00:37:40enfin moi,
00:37:40je le dis comme ça
00:37:41parce que c'est
00:37:42scientifiquement précis,
00:37:43c'est-à-dire que les élus
00:37:45mais aussi les habitants
00:37:46s'attachent à éviter
00:37:48l'arrivée de ménages
00:37:49qui sont racisés
00:37:50et même si ces ménages
00:37:51travaillent,
00:37:52ce sont des ménages
00:37:52de double actif,
00:37:53il y a un élu
00:37:53qui m'a dit
00:37:54on va leur dire
00:37:55on n'a plus de terrain
00:37:56à vendre dans la commune,
00:37:57ne vous installez pas ici.
00:37:58Il y a un rejet
00:37:59dans le voisinage,
00:38:00notamment des familles
00:38:02dont les femmes peuvent porter
00:38:06un foulard,
00:38:07etc.
00:38:08Donc il y a des inégalités
00:38:09qui sont construites
00:38:10sur des pratiques
00:38:11et ce sont des pratiques
00:38:12qui sont portées
00:38:13par des élus locaux
00:38:14sans étiquette
00:38:15et ces élus,
00:38:16ils ne font pas
00:38:16des grands discours
00:38:17pour défendre le vote FN
00:38:18mais dans leur pratique
00:38:19depuis une vingtaine d'années
00:38:21en fait,
00:38:23ils reviennent à banaliser
00:38:24quand Éric Zemmour
00:38:26fait des grandes déclarations
00:38:27contre le logement social,
00:38:29etc.
00:38:30Il s'inscrit finalement,
00:38:31enfin ça renvoie
00:38:32à des choses
00:38:33qui se passent concrètement
00:38:34qui sont portées
00:38:35par des élus locaux,
00:38:36je dis encore
00:38:37sans étiquette
00:38:38ou de la droite classique
00:38:39et puis même parfois
00:38:40il y a des élus
00:38:41qui ont pu mettre en place
00:38:43comme ça
00:38:43des préférences communales
00:38:45dans l'attribution
00:38:45des logements
00:38:46en disant
00:38:46ne vous inquiétez pas,
00:38:47on contrôle
00:38:48qui vient s'installer
00:38:49dans la commune
00:38:50et ce ne seront pas
00:38:51des ménages musulmans
00:38:53ou ce ne seront pas
00:38:53des ménages
00:38:54d'ascendance migratoire
00:38:56et donc ça,
00:38:57ça veut dire
00:38:57qu'il y a dans les faits
00:38:59concrètement
00:38:59de vraies inégalités
00:39:01qui ne passent pas
00:39:02que par le marché du travail
00:39:04qui passent aussi
00:39:05par les mobilisations locales
00:39:07il y a des mobilisations
00:39:08enfin voilà
00:39:09dans le voisinage
00:39:10les gens ça va être
00:39:10très soudé
00:39:11très très soudé
00:39:12pour éviter
00:39:14l'arrivée
00:39:15de ménages racis
00:39:16donc ça veut dire
00:39:16que des biens économiques
00:39:17qui sont rares
00:39:18notamment des terrains
00:39:20des maisons
00:39:20un statut résidentiel
00:39:23qui est valorisé
00:39:24il est refusé
00:39:26et donc il y a
00:39:26des privilèges aussi
00:39:27économiques
00:39:28à être blanc
00:39:29et du coup ça
00:39:30moi la question
00:39:31que je voudrais
00:39:32que je pourrais me poser
00:39:34c'est au delà
00:39:36d'une question scientifique
00:39:37mais c'est
00:39:37quelle mobilisation sociale
00:39:39associative
00:39:40collective
00:39:41ou syndicale
00:39:42peuvent contrecarrer
00:39:43c'est des inégalités
00:39:44qui traversent
00:39:45la société française
00:39:46et d'une certaine manière
00:39:47c'est un peu comme
00:39:48les inégalités femmes-hommes
00:39:49c'est pas juste
00:39:49les employeurs
00:39:50qui sont responsables
00:39:51des inégalités femmes-hommes
00:39:52il y a aussi
00:39:53des stéréotypes
00:39:54et des pratiques
00:39:54de certains hommes
00:39:55qui vont dénier
00:39:56à leurs collègues femmes
00:39:57la reconnaissance
00:39:58de qualification
00:39:59là il y a aussi
00:40:00des gens
00:40:00qui habitent
00:40:01dans ces territoires
00:40:02et qui vont dénier
00:40:03la légitimité
00:40:04à des personnes
00:40:05parce qu'elles sont racisées
00:40:06à pouvoir venir
00:40:07s'installer
00:40:08dans une maison
00:40:09dans leur voisinage
00:40:10donc c'est quelque chose
00:40:12je pense qu'il faut
00:40:12combattre par
00:40:14combattre déjà
00:40:15tous les propos
00:40:18racistes
00:40:18qu'on entend
00:40:18dans la classe politique
00:40:19traditionnelle
00:40:20depuis des décennies
00:40:21et des décennies
00:40:22mais aussi s'intéresser
00:40:23à ce qui se passe
00:40:24concrètement
00:40:26dans les pratiques
00:40:28dans les actes
00:40:29et essayer de réfléchir
00:40:30peut-être
00:40:31à des politiques publiques
00:40:34du logement
00:40:35qui ne seraient pas
00:40:36vectrices
00:40:37de telles inégalités
00:40:38dans le logement
00:40:39voilà
00:40:39je ne sais pas
00:40:40si c'est clair
00:40:41mais c'est quelque chose
00:40:42que je voulais dire
00:40:45et juste
00:40:45si je peux
00:40:46juste je rajoute
00:40:48en deux secondes
00:40:49je n'ai pas enquêté
00:40:51spécifiquement
00:40:51dans tous les lieux
00:40:52de travail
00:40:53du terrain
00:40:54où j'allais voir
00:40:55les gens
00:40:55parce que je n'avais pas
00:40:56le temps de tout faire
00:40:57mais ces inégalités
00:40:59non-raciales
00:41:00elles traversent
00:41:02aussi le monde
00:41:02du travail
00:41:03et dans le territoire
00:41:04dans lequel j'ai enquêté
00:41:05il y a eu quand même
00:41:05des dénonciations
00:41:06dans la presse
00:41:07sur des pratiques
00:41:08de discrimination raciste
00:41:10à l'embauche
00:41:10et ce que je pense
00:41:11aussi moi
00:41:12c'est qu'il y a des formes
00:41:12de connivence
00:41:13dans le travail
00:41:14des ouvriers
00:41:15des salariés
00:41:16qui vont recommander
00:41:17leurs cousins
00:41:17leurs voisins
00:41:18leurs amis
00:41:19etc
00:41:19et qui expliquent
00:41:21qu'il y a aussi
00:41:21des différences
00:41:22de salaire
00:41:23entre les personnes blanches
00:41:25et c'est comme
00:41:25entre les hommes
00:41:26et les femmes
00:41:26à compétence égale
00:41:28à diplôme égal
00:41:29il y a une note
00:41:30de la Dares
00:41:31qui est sortie
00:41:31il n'y a pas longtemps
00:41:32en manque de données
00:41:32en France
00:41:33parce que les services
00:41:35statistiques
00:41:36ne veulent pas voir
00:41:37les inégalités
00:41:38fondées sur
00:41:39ethno-raciales
00:41:40mais il y a des inégalités
00:41:41de salaire
00:41:41qui existent
00:41:42entre les personnes racisées
00:41:43et les personnes blanches
00:41:44et il y a donc
00:41:45les employeurs
00:41:45qui sont en cause
00:41:46mais il y a sans doute aussi
00:41:47moi les personnes
00:41:48que j'ai rencontrées
00:41:49qui votaient
00:41:50à droite
00:41:51ou FN
00:41:52elles avaient aussi
00:41:53cette pratique
00:41:54de faire rentrer
00:41:54dans les entreprises
00:41:55dans des entreprises
00:41:56sous-traitantes
00:41:57dans des petites entreprises
00:41:58familiales
00:41:59des personnes
00:42:00qu'elles connaissent
00:42:01et des personnes blanches
00:42:07je te laisse réagir
00:42:09sur un autre territoire
00:42:11oui alors
00:42:12l'un des éléments
00:42:15sur lesquels
00:42:15je voudrais rebondir
00:42:15et qui a rapidement
00:42:17été évoqué
00:42:18c'est cette notion
00:42:19de justice sociale
00:42:21ou d'égalité
00:42:23en fait
00:42:23ce qui est intéressant
00:42:24c'est que
00:42:25si on revient
00:42:26un petit peu
00:42:26sur ce nous
00:42:27ce nous ouvrier
00:42:28ou ce nous populaire
00:42:29qui a existé
00:42:30et qui continue
00:42:31d'être traversé
00:42:32par un certain nombre
00:42:32de clivages
00:42:33mais qu'on veut
00:42:33pouvoir faire exister
00:42:34pour amener
00:42:35un vote de gauche
00:42:36c'est que
00:42:36ce que j'ai beaucoup
00:42:37pu observer
00:42:38et il y a d'autres sociologues
00:42:39notamment Benoît Cocard
00:42:40qui a pu l'observer
00:42:41sur ce terrain
00:42:41en fait c'est un resserrement
00:42:43du sentiment du nous
00:42:44du fait de la précarisation
00:42:45du travail
00:42:47et des conditions
00:42:49de plus en plus difficiles
00:42:50ce sentiment de solidarité
00:42:51il existe
00:42:52en fait le paradoxe
00:42:53c'est comment est-ce qu'on peut
00:42:53avoir des populations
00:42:54qui se prévalent
00:42:56d'avoir un discours
00:42:57social
00:42:57de solidarité
00:42:59et qui aboutissent
00:43:00à un vote d'extrême droite
00:43:01c'est parce qu'en fait
00:43:02c'est ce que Benoît Cocard
00:43:03a appelé le déjà nous
00:43:04c'est un petit peu
00:43:05ce qui a été évoqué avant
00:43:06mais c'est que ces classes populaires
00:43:08vont s'organiser
00:43:09en fait entre groupes
00:43:10de potes
00:43:10entre groupes d'amis
00:43:11entre groupes de pères
00:43:12pour se souder entre eux
00:43:14et on va passer
00:43:15en fait d'une
00:43:16ce qu'on appelait avant
00:43:17une solidarité froide
00:43:18qui pouvait passer
00:43:19par la redistribution
00:43:20et par l'impôt
00:43:20à une solidarité plus chaude
00:43:22dont l'objectif en fait
00:43:23est de choisir
00:43:24qui on va vouloir aider
00:43:25parce que chacun et chacune
00:43:26va être suspecté
00:43:27d'être plus ou moins profiteur
00:43:28ou non
00:43:29et la difficulté
00:43:31à trouver un emploi
00:43:31fait que chaque
00:43:32si on n'a pas un groupe de pères
00:43:34où le cousin
00:43:35de telle personne
00:43:36va pouvoir nous aider
00:43:37à trouver un emploi
00:43:38à refaire notre maison
00:43:39on va être isolé
00:43:41donc en fait
00:43:41on va se resserrer
00:43:42sur ce petit groupe d'amis
00:43:43ce qui transforme
00:43:44en fait la version
00:43:44la définition qu'on a nous
00:43:46d'une forme de solidarité
00:43:48et de justice sociale
00:43:48en quelque chose
00:43:49de beaucoup plus choisi
00:43:51et de beaucoup plus fermé
00:43:54voilà pour l'instant
00:44:00pour revenir un petit peu
00:44:02sur les arguments
00:44:03qui ont pu être entendus
00:44:05entendus pardon
00:44:06de la part des lecteurs
00:44:06du RN
00:44:07il y a eu beaucoup
00:44:09sur l'assistanat
00:44:11ou sur les étrangers
00:44:12vous disiez
00:44:13Bruno Notin
00:44:14et François Ruffin
00:44:14tout à l'heure
00:44:15que c'était compliqué
00:44:16d'affronter directement
00:44:18ces arguments là
00:44:19et presque
00:44:20que c'était plus efficace
00:44:22par exemple
00:44:23de parler
00:44:24des vrais profiteurs
00:44:26des profits
00:44:26qui s'accumulent
00:44:27ou alors
00:44:28de justice sociale
00:44:29et des propositions
00:44:30que vous avez à faire là dessus
00:44:31est-ce que
00:44:32de ne pas affronter
00:44:33directement
00:44:35les arguments
00:44:36sur l'assistanat
00:44:38sur les étrangers
00:44:39c'est pas un risque
00:44:40de renoncement
00:44:41sur ces combats là
00:44:42presque d'abandon
00:44:44alors que
00:44:45Violaine Girard
00:44:46nous disait
00:44:46tout à l'heure
00:44:47qu'il y avait
00:44:47des pratiques discriminatoires
00:44:49qui sont aujourd'hui
00:44:49banalisées
00:44:54il faut se rendre compte
00:44:55de ce que sont
00:44:55les conditions
00:44:57matérielles
00:44:57concrètes
00:44:57d'une campagne
00:44:59moi d'abord
00:45:00je ne prétends pas
00:45:01que je sais
00:45:02que les gens
00:45:02qui me parlent
00:45:03d'assistanat
00:45:03ils votent
00:45:03rassemblement national
00:45:04parce qu'il y en a
00:45:05un paquet
00:45:05qui peuvent voter
00:45:06Macron aussi derrière
00:45:07aussi
00:45:08donc
00:45:09c'est pas comme si
00:45:09je faisais un sondage
00:45:10avec des entretiens
00:45:12sur la sociologie
00:45:13du vote
00:45:13moi quand je fais campagne
00:45:15quand même
00:45:15c'est une bagarre
00:45:17qui est en cours
00:45:18et la bagarre
00:45:19elle se déroule
00:45:19en quelques semaines
00:45:20et avec des arguments
00:45:22qui sont échangés
00:45:23qui tiennent
00:45:24en 37 secondes
00:45:25c'est ça la réalité
00:45:27d'une campagne
00:45:27c'est pas
00:45:28comme aujourd'hui
00:45:30un discours
00:45:31qui peut s'étaler
00:45:32sur 20 minutes
00:45:32ou un bouquin
00:45:33qui peut tenir
00:45:34sur 150 pages
00:45:36c'est se trouver
00:45:37sur le parking
00:45:38des Whirlpool
00:45:39alors qu'il vient
00:45:40d'y avoir
00:45:42la décision
00:45:43de fermer
00:45:43l'usine
00:45:44se trouver
00:45:45face à
00:45:45des gars
00:45:47et des nanas
00:45:49qui ont comme
00:45:50premier réflexe
00:45:50de vous parler
00:45:51des assistés
00:45:52et des réfugiés
00:45:53et de leur dire
00:45:53mais attendez
00:45:54c'est qui qui a fait ça
00:45:56c'est les assistés
00:45:56et les réfugiés
00:45:57ou c'est les PDG
00:45:58et les actionnaires
00:46:00peut-être que c'est pas
00:46:01combattre le racisme
00:46:02directement
00:46:03mais enfin
00:46:03c'est quand même
00:46:04remettre la balle au centre
00:46:06et voilà le combat
00:46:07qu'on mène
00:46:11sur un front
00:46:12et en un lieu
00:46:13où c'est bien compliqué
00:46:14et c'est pas d'en rester là
00:46:15mais c'est derrière
00:46:16de dire
00:46:16le nom de votre PDG
00:46:18vous le connaissez ?
00:46:19Non
00:46:19Jeff Fetig
00:46:20ah bon ?
00:46:20D'accord
00:46:21vous avez déjà vu sa baraque ?
00:46:23Ah non
00:46:23attendez je vous l'amène
00:46:24j'en vais chercher sur Google
00:46:25on voit une plante d'en haut
00:46:27de la baraque
00:46:28elle est au bord de la mer
00:46:30il y a accès direct
00:46:31à la plage
00:46:32il y a 26 salles de bain
00:46:33il y a un terrain de tennis
00:46:34en extérieur
00:46:35et c'est un espèce
00:46:37de château moderne
00:46:39et évidemment
00:46:39quand on ramène ça
00:46:40les gars ils disent
00:46:41putain mais c'est ça
00:46:42qui nous bouffe sur le dos
00:46:43puis encore ils nous licencient
00:46:44bon ben voilà
00:46:45je veux dire
00:46:46c'est un travail
00:46:47en effet de redirection
00:46:49de la colère
00:46:49mais qui s'effectue
00:46:52comme ça
00:46:53parce que
00:46:54je veux dire
00:46:55c'est une bataille de terrain
00:46:56là je fais pas de la sociologie
00:46:58quand je suis comme ça
00:46:59donc voilà
00:47:00je veux dire
00:47:01la différence de position là dessus
00:47:03moi j'ai pas d'outil
00:47:03en matière de logement
00:47:05donc je me bagarre
00:47:06à me demander
00:47:07mais qu'est-ce qui fait
00:47:08que je vais pouvoir
00:47:10faire que
00:47:11les gens s'en prennent
00:47:12à leur véritable adversaire
00:47:14et pas qu'il y ait de la confusion
00:47:16et qu'est-ce qui fait
00:47:17que
00:47:17on va
00:47:18alors moi
00:47:18c'est sûr que
00:47:19je suis né
00:47:21au journalisme
00:47:22et je suis né
00:47:23à la politique
00:47:24par le travail
00:47:25par une espèce
00:47:26de centralité du travail
00:47:27moi par exemple
00:47:28dans la dernière campagne
00:47:29je trouve qu'il y a un coche
00:47:30qui a été raté
00:47:34je vous prends une séquence
00:47:37et ça rejoint
00:47:38ce que vous disiez
00:47:39tout à l'heure
00:47:39madame Girard
00:47:41sur les couples
00:47:43logistiques
00:47:45auxiliaires de vie sociale
00:47:46en gros
00:47:47dans la dernière
00:47:48la campagne présidentielle
00:47:50pour moi
00:47:51se déroule
00:47:51dans une séquence
00:47:52où il y a la crise
00:47:53du Covid-19
00:47:54qu'est-ce qu'elle vient dire
00:47:55cette crise
00:47:56elle vient dire
00:47:56nous avons besoin
00:47:57des caissières
00:47:58nous avons besoin
00:48:00des auxiliaires de vie
00:48:01nous avons besoin
00:48:02des aides soignantes
00:48:03nous avons besoin
00:48:03des assistantes maternelles
00:48:05nous avons besoin
00:48:05des caristes
00:48:06nous avons besoin
00:48:06des manutentionnaires
00:48:07nous avons besoin
00:48:08des camionneurs
00:48:09nous avons besoin
00:48:10des chefs des rayons
00:48:11parce que si on n'a pas tout ça
00:48:12il n'y a plus de soins
00:48:13apportés aux personnes âgées
00:48:15aux autres
00:48:15et il n'y a plus
00:48:16une boîte de cassoulet
00:48:17dans les supermarchés
00:48:20donc là
00:48:21qu'est-ce qu'a démontré
00:48:22cette crise
00:48:23le caractère central
00:48:25des travailleurs
00:48:26et souvent des travailleurs
00:48:27les plus invisibles
00:48:27d'ailleurs
00:48:28Macron
00:48:29l'a réalisé lui-même
00:48:30quand il a dit
00:48:31il faudra se rappeler
00:48:32que notre pays tout entier
00:48:33repose aujourd'hui
00:48:34sur ces femmes
00:48:34et ces hommes
00:48:35que nos économies reconnaissent
00:48:36et rémunèrent si mal
00:48:37et qu'il a ajouté
00:48:39citant la déclaration universelle
00:48:40des droits de l'homme
00:48:41les distinctions sociales
00:48:42ne peuvent reposer
00:48:43que sur l'utilité commune
00:48:44je connais très bien
00:48:45mon Macron de gauche
00:48:46il dure 30 secondes
00:48:51après ça
00:48:52après ça
00:48:53on a un rapport
00:48:55qui est rendu
00:48:56à la ministre du travail
00:48:58sur les travailleurs
00:48:58de la deuxième ligne
00:48:59je suis tombé amoureux
00:49:00d'un rapport
00:49:01le rapport RL
00:49:02le rapport RL
00:49:03il vient dire quoi ?
00:49:04il vient dire
00:49:05il y a 5 millions de travailleurs
00:49:07sur 17 métiers
00:49:08il y a ceux que j'ai cités
00:49:10mais il y a les travailleurs
00:49:11du bâtiment
00:49:11il y a les ouvriers
00:49:13de l'industrie agroalimentaire
00:49:145 millions de travailleurs
00:49:15qui en moyenne
00:49:16sont payés 30%
00:49:17en dessous
00:49:18de ce qui devrait être
00:49:20la norme dans le privé
00:49:21ils sont en contrat plus court
00:49:22ils ont des horaires décalés
00:49:25et ils respirent plus
00:49:26de produits chimiques
00:49:27mais en revanche
00:49:28ils ont un grand sentiment
00:49:30d'utilité
00:49:31et ils ont bien raison
00:49:32parce que sans eux
00:49:33le pays s'écroule
00:49:35quelle est la conclusion
00:49:36quant à Elisabeth Borne ?
00:49:38c'est
00:49:38nous faisons le pari
00:49:40avec confiance
00:49:41que le dialogue social
00:49:42aboutira à quelque chose
00:49:43d'intéressant
00:49:45ça veut dire que
00:49:46par la main invisible
00:49:47du marché
00:49:48rebaptisé dialogue social
00:49:49l'harmonie va régner
00:49:51et la femme de ménage
00:49:53qui n'avait que
00:49:54deux heures de contrat
00:49:54le matin
00:49:55et qui devait courir
00:49:56le soir vers un autre contrat
00:49:57va se voir être mise
00:49:58en journée pleinement
00:50:00et toucher un salaire plein
00:50:01voilà
00:50:01bon ça s'est pas produit
00:50:02comme ça
00:50:03rien n'a changé
00:50:03pour les femmes de ménage
00:50:04rien n'a changé
00:50:05pour les auxiliaires de vie
00:50:06rien n'a changé
00:50:06pour les caristes
00:50:07ainsi de suite
00:50:09pour moi le rôle
00:50:10de la gauche
00:50:11dans cette séquence
00:50:12c'est de centraliser
00:50:14sur cette question là
00:50:15de centraliser
00:50:16sur ces 5 millions
00:50:17de travailleurs
00:50:18qui sont invisibles
00:50:19et qui éprouvent
00:50:20un sentiment d'injustice
00:50:22moi quand je fais
00:50:22la tournée
00:50:22des ronds-points
00:50:24pour les gilets jaunes
00:50:25avec le film
00:50:26jeu du soleil
00:50:27au masculin
00:50:28je rencontre des charistes
00:50:29je rencontre
00:50:29des matutentionnaires
00:50:30au féminin
00:50:31je rencontre
00:50:32des auxiliaires de vie sociale
00:50:33et des assistantes maternelles
00:50:35donc on a là
00:50:37un noyau
00:50:38d'un salariat
00:50:39qui devrait être avec nous
00:50:41parce qu'il éprouve
00:50:41un sentiment d'injustice
00:50:42et qui aujourd'hui
00:50:44n'est pas avec nous massivement
00:50:45et je pense que la gauche
00:50:48aurait dû dire
00:50:481
00:50:50nous sur ces métiers là
00:50:51très concrètement
00:50:52ça va changer
00:50:53les auxiliaires de vie sociale
00:50:54elles auront du travail
00:50:55à la tournée
00:50:55à la place d'avoir
00:50:56des petites tâches
00:50:57qu'elles accumuleront
00:50:58comme ça
00:50:58et il y aura
00:50:59une équipe qui fera
00:51:00du 7h-14h
00:51:01une équipe qui fera
00:51:02du 14h-21h
00:51:03et ça sera temps plein
00:51:05salaire plein
00:51:06ça c'est sur le côté matériel
00:51:07des choses
00:51:08mais je dirais presque
00:51:08qu'il faudrait y ajouter
00:51:09un volet spirituel
00:51:11c'est quoi ?
00:51:12c'est la fierté du travail
00:51:14c'est le parti communiste
00:51:16dans l'après-guerre
00:51:17il avait construit
00:51:20une héroïsation
00:51:21du mineur de fond
00:51:22et du métallo
00:51:24parce qu'il rebâtissait
00:51:26la France
00:51:27et bien je pense
00:51:28que de la même manière
00:51:29aujourd'hui
00:51:29on devrait héroïser
00:51:31l'auxiliaire de vie sociale
00:51:33et le chariste
00:51:33parce que sans eux
00:51:34la France s'écroule
00:51:39et je pense
00:51:39c'est quand même
00:51:40un moyen
00:51:41pour que
00:51:42les gens soient
00:51:43attirés vers nous
00:51:44pour qu'ils se sentent
00:51:45reconnus
00:51:46pour qu'ils se sentent
00:51:46représentés
00:51:47pour qu'ils se disent
00:51:48ceux-là ils parlent pour nous
00:51:49que de parler
00:51:51de leur métier
00:51:51ces métiers
00:51:52dont je souhaite
00:51:52l'héroïsation
00:51:53dans la campagne
00:51:55ils n'ont pas été cités
00:51:57et je pense
00:51:58que cette invisibilisation
00:52:00là
00:52:00est un souci
00:52:01et c'est un moyen
00:52:02moi j'utilise
00:52:03ce moyen là
00:52:03ce moyen de récupérer
00:52:05alors d'autant
00:52:06que je pense
00:52:06que ça se conjugue
00:52:07quartier-campagne
00:52:09parce que
00:52:10la banlieue de Paris
00:52:11c'est des charistes
00:52:12aussi
00:52:13et c'est
00:52:14des auxiliaires
00:52:15de vie sociale
00:52:15qui prennent le métro
00:52:16pour aller à Paris
00:52:18donc ce qu'on retrouve
00:52:20en blanc
00:52:21dans les campagnes
00:52:23on l'a
00:52:23enracisé
00:52:24bien souvent
00:52:25pour les mêmes métiers
00:52:26dans les banlieues
00:52:27donc je pense
00:52:27que cette question
00:52:28de la fierté du travail
00:52:29doit être
00:52:30un point
00:52:31avec lequel
00:52:32la gauche doit renouer
00:52:33voilà une des réponses
00:52:34que je propose
00:52:42Bruno Notin
00:52:43est-ce que vous êtes d'accord
00:52:44avec ce que vient de dire
00:52:45François Ruffin
00:52:46et pour aller plus loin
00:52:47comment est-ce qu'on peut faire
00:52:49justement
00:52:49pour que ces travailleurs
00:52:50de la deuxième ligne
00:52:51se sentent représentés
00:52:53par la gauche
00:52:54oui je suis en accord
00:52:57après sur la question
00:52:59tout à l'heure
00:52:59on disait
00:53:00par rapport
00:53:01au discours
00:53:01qu'on entend
00:53:02de discrimin
00:53:02ou des pratiques
00:53:03de discrimination
00:53:03je pense qu'en tant que
00:53:05personne de gauche
00:53:06et communiste
00:53:07moi j'ai confiance
00:53:09dans
00:53:10profondément confiance
00:53:10dans le peuple
00:53:11je pense qu'il y a
00:53:11une véritable intelligence
00:53:12politique
00:53:13au sein du peuple français
00:53:15qui est un peuple
00:53:16très politique
00:53:16très intelligent
00:53:17mais aussi très en colère
00:53:19aujourd'hui
00:53:19et je pense que
00:53:20quand on est de gauche
00:53:20on ne peut pas
00:53:21et on ne doit jamais
00:53:23désespérer du peuple
00:53:25parce que sinon
00:53:26on se coupe
00:53:26sinon on accepte
00:53:28de rentrer dans
00:53:29ces logiques
00:53:29de division
00:53:30je crois qu'il y a toujours
00:53:33une façon
00:53:34et là je suis vraiment
00:53:35d'accord à 100%
00:53:36avec François Ruffin
00:53:38une façon
00:53:39qu'on va trouver
00:53:40de jouer sur les contradictions
00:53:41qu'il peut y avoir
00:53:42chez les gens
00:53:42quand ils sont en colère
00:53:43les gens
00:53:43ils sont pleins de contradictions
00:53:45on est tous
00:53:46pleins de contradictions
00:53:47alors nous on l'est peut-être
00:53:48moins quand on est militant
00:53:49élu politique etc
00:53:50parce qu'on a
00:53:51quelque chose
00:53:52qui nous forme
00:53:52politiquement
00:53:53des débats
00:53:53avec nos camarades
00:53:54on a une vision
00:53:55mais il y a beaucoup
00:53:56de gens
00:53:56qui n'ont que des bribes
00:53:57qui subissent
00:53:59l'idéologie dominante
00:54:00qui voilà
00:54:01moi je vois
00:54:02je vais prendre un exemple
00:54:03la semaine dernière
00:54:04je parlais avec une responsable
00:54:05associative
00:54:06plutôt proche de nous
00:54:07et puis là
00:54:08j'apprends
00:54:10que beaucoup de gens
00:54:11dans le quartier
00:54:11écrivent aux nouveaux
00:54:12députés RN
00:54:14dès qu'ils ont maintenant
00:54:14des problèmes dans le quartier
00:54:16je me rendais compte
00:54:17enfin je vais dire
00:54:18vous êtes en train
00:54:18de lui donner des clés
00:54:20rentrer dans le quartier
00:54:20pour avoir des contacts
00:54:21un de ses assistants
00:54:23a passé une journée
00:54:24après à répondre
00:54:25aux questions
00:54:25de ce quartier populaire là
00:54:28et puis j'avais vraiment
00:54:29des propos
00:54:29qui étaient choquants
00:54:31et j'ai réussi
00:54:32enfin j'ai réussi vraiment
00:54:33à renouer
00:54:35avec elle
00:54:35vraiment sur la question
00:54:37c'est un quartier
00:54:38où il n'y a que du logement social
00:54:38c'est à dire vraiment
00:54:39sur la question
00:54:40du gel des loyers
00:54:41le fait que le RN
00:54:42était un opposant
00:54:43au logement social
00:54:44qui ne voulait pas
00:54:45le gel des loyers
00:54:46et qui dénonçait
00:54:47le logement social
00:54:47parce qu'il y a toujours
00:54:48un discours en disant
00:54:49c'est rempli d'étrangers
00:54:50etc.
00:54:51le RN n'a jamais défendu ça
00:54:53donc il faut aller
00:54:54sur des choses concrètes
00:54:55pour pouvoir retrouver
00:54:56comme ça
00:54:58peut-être
00:54:58et c'est retrouver
00:55:00ce qu'il peut y avoir
00:55:00de meilleur
00:55:00dans notre peuple
00:55:01voilà il y a des choses
00:55:02qui ne sont pas bonnes
00:55:03alors des fois
00:55:04quand on entend bien sûr
00:55:05est-ce qu'on évite
00:55:06le problème
00:55:07on ne l'évite pas
00:55:07moi quelqu'un
00:55:08qui me tient
00:55:08à propos raciste
00:55:10oui on ne laisse pas passer
00:55:11on dit
00:55:12ce n'est pas comme ça
00:55:12que ça se passe
00:55:13regardez quand il y a des luttes
00:55:14et victorieuses
00:55:15avec les gens
00:55:16dans les quartiers populaires
00:55:17on n'arrive plus facilement
00:55:18à faire un lien
00:55:18parce qu'on voit que
00:55:19quand on lutte ensemble
00:55:21j'ai l'exemple
00:55:22dans le nord
00:55:23où il y avait des luttes
00:55:24fortes de la CGT
00:55:25avec les mineurs
00:55:25marocains
00:55:26algériens
00:55:26pour qu'ils puissent acquérir
00:55:28eux aussi
00:55:29le statut de mineurs
00:55:30et ça
00:55:31ça crée de la solidarité
00:55:31de classe
00:55:32ça permet peut-être
00:55:33de dépasser
00:55:34les fausses oppositions
00:55:36le renfermement sur soi
00:55:37c'est aussi à ça
00:55:38que ça sert
00:55:39la gauche
00:55:40syndicale
00:55:41politique
00:55:41associative
00:55:42et je dirais
00:55:43François le dit
00:55:44donc je ne peux que le reprendre
00:55:46mon propos
00:55:46si je suis communiste
00:55:47donc oui
00:55:48le parti communiste
00:55:48il a joué un rôle décisif
00:55:50là-dedans
00:55:50donc je crois
00:55:52qu'aujourd'hui
00:55:52on doit essayer
00:55:54de tout faire
00:55:54pour que les gens
00:55:56une des premières causes
00:55:57de leur vote
00:55:57ça soit véritablement
00:55:58la question du travail
00:56:00parce qu'en effet
00:56:01beaucoup nous disent
00:56:02vous à gauche
00:56:03vous voulez
00:56:03vous êtes pour l'assistanat
00:56:04vous êtes pour les aides
00:56:05en gros ça veut dire
00:56:07si on suit leur raisonnement
00:56:08on l'entend même des fois
00:56:09vous êtes pour les étrangers
00:56:10je dis pour moi
00:56:10ça n'a aucun sens
00:56:11de vous raconter
00:56:12ce qu'on veut à gauche
00:56:13c'est que les gens
00:56:14puissent vivre dignement
00:56:14de leur travail
00:56:15quand on est un salarié
00:56:16on n'est pas à compter
00:56:17les fins de mois
00:56:18on puisse payer
00:56:19ce qu'on a à payer
00:56:20on puisse vivre
00:56:21correctement
00:56:21qu'on puisse avoir accès
00:56:23à la culture
00:56:24à l'éducation
00:56:24au savoir
00:56:25c'est ça qu'on défend
00:56:26c'est le salaire
00:56:27c'est l'emploi
00:56:28et qu'on se bat
00:56:28pour des conditions de travail
00:56:29qui sont meilleures
00:56:30et je le disais tout à l'heure
00:56:31on veut gérer la production
00:56:32on veut que ce soit nous
00:56:33qui décidions dans les boîtes
00:56:34parce que tant que les patrons
00:56:35décideront
00:56:35on n'y arrivera pas
00:56:37recréer cet espoir là
00:56:42parce qu'on voit
00:56:43qu'il y a une dichotomie
00:56:43qui est très forte aujourd'hui
00:56:44entre le citoyen
00:56:45entre le travailleur
00:56:46et le consommateur
00:56:47les mêmes qui
00:56:48des fois qui vous disent
00:56:50dans les quartiers pop
00:56:50oui au travail
00:56:51on n'est pas respecté
00:56:52le jour j'envoie un
00:56:53c'est les mêmes
00:56:53qui des fois peuvent gueuler
00:56:55le livreur de pizza
00:56:56qui va pas assez vite
00:56:57ou alors se faire livrer
00:56:59vous voyez
00:57:01par Uber
00:57:02et tout ça
00:57:04il y a des contradictions
00:57:05la gauche doit essayer
00:57:06de renouer tout ça
00:57:07de redonner un sens général
00:57:08sur les salaires
00:57:10sur l'emploi
00:57:11sur la souveraineté
00:57:12dans le travail
00:57:13par exemple
00:57:14un exemple
00:57:14on en a pas parlé
00:57:15mais la sécurité sociale alimentaire
00:57:16c'est une drôlement belle idée
00:57:17que la gauche devrait développer
00:57:18de dire qu'on paye une cotisation
00:57:20et qu'en retour de quoi
00:57:21on va dans des magasins
00:57:23qui sont labellisés
00:57:24pour une nourriture de qualité
00:57:26de proximité
00:57:26pour tous
00:57:27et qu'on puisse assurer
00:57:28une alimentation de qualité
00:57:29pour tous
00:57:30l'équivalent de la sécurité sociale
00:57:32mais pour l'alimentation
00:57:33c'est quand même des choses aussi
00:57:34qu'aujourd'hui
00:57:34on devrait prendre en compte
00:57:36on doit développer
00:57:37ça crée un imaginaire
00:57:38ça c'est concret
00:57:39on peut le mettre en place
00:57:41voilà
00:57:41donc c'est tout ça
00:57:42que la gauche doit faire
00:57:43aujourd'hui
00:57:44voilà
00:57:44le travail
00:57:46les salaires
00:57:47les conditions de vie
00:57:48et je ne le redirai jamais assez
00:57:49la proximité
00:57:51des organisations politiques
00:57:52dans les quartiers
00:57:52c'est ça qui change tout
00:57:53quand il y a des militants
00:57:55qui sont là
00:57:55quand il y a des militants
00:57:57qui parlent
00:57:57avec la population
00:57:58ça change les choses
00:57:59parce qu'on est à l'écoute
00:58:00on sait ce qui se dit
00:58:01on discute avec les gens
00:58:02on a des solutions
00:58:03qui sont proches
00:58:04et un parti politique
00:58:07c'est un
00:58:08Gramsci disait
00:58:09c'est un intellectuel collectif
00:58:11c'est la première cellule de vie
00:58:13etc
00:58:13et il doit faire un travail
00:58:15d'éducation populaire
00:58:17de ses adhérents
00:58:17de ses militants
00:58:18et auprès des gens
00:58:19pour donner un sens politique
00:58:20général aux choses
00:58:21et refaire du lien
00:58:23la gauche
00:58:24depuis trop longtemps
00:58:25je trouve
00:58:25elle a abandonné
00:58:26elle a abandonné ça
00:58:27elle n'est pas assez bonne là-dessus
00:58:28et elle a laissé le peuple
00:58:29en déshérence
00:58:30alors que le peuple
00:58:31ce n'est pas une donnée en soi
00:58:33c'est une construction politique
00:58:34et il a besoin
00:58:35d'une gauche forte
00:58:36une gauche combative
00:58:38et qui renoue
00:58:39comme ça
00:58:39tous les liens
00:58:40idéologiques
00:58:41politiques
00:58:41associatifs
00:58:42culturels
00:58:43et qui redonne un vrai sens général
00:58:44au changement de société
00:58:45aujourd'hui
00:58:46créer un véritable univers
00:58:47de combat
00:58:48pour créer une société
00:58:50moi je dirais
00:58:50une société communiste
00:58:51débarrassée d'exploitation
00:58:52et organiser le peuple
00:58:54pour une autogestion
00:59:03alors une question
00:59:04pour vous deux
00:59:05dans vos enquêtes
00:59:07que ce soit
00:59:08donc des électeurs
00:59:10réguliers
00:59:10ou intermittents
00:59:11du Front National
00:59:12étant qu'à faire aussi
00:59:12chez les abstentionnistes
00:59:13aussi qui sont plus ou moins
00:59:14intermittents
00:59:15est-ce qu'ils vous parlent
00:59:16de ces valeurs de gauche
00:59:17d'égalité
00:59:18de solidarité
00:59:19est-ce que ça résonne
00:59:20est-ce que c'est quelque chose
00:59:20qui finalement est considéré
00:59:22comme du passé archaïque
00:59:23qui n'a pas de sens
00:59:24et qui serait bisounours
00:59:25ou je ne sais quoi
00:59:26ou est-ce que c'est des valeurs
00:59:27auxquelles on peut s'identifier
00:59:29voilà ce que c'est une manière
00:59:30de ne pas dire
00:59:31si jamais en faisant un discours
00:59:33ça ferait changer les choses
00:59:34mais en tout cas
00:59:34quelle est la résonance
00:59:36de ces valeurs de gauche
00:59:37chez vos enquêtés
00:59:41oui alors peut-être
00:59:42juste avant de répondre
00:59:43je veux rajouter quelque chose
00:59:44sur la centralité du travail
00:59:46ou la valeur du travail
00:59:47moi j'ai envie de dire
00:59:49c'est aussi des travaux
00:59:51des recherches
00:59:52qui l'ont montré
00:59:52mais des gens l'ont vécu
00:59:53dans leur expérience
00:59:54c'est qu'il y a aussi
00:59:55les syndicats
00:59:55qui ont réussi
00:59:57à porter cette fierté
00:59:58et pour combattre
00:59:59par exemple
01:00:00les violences faites
01:00:01aux femmes au travail
01:00:02moi je fais
01:00:03enfin je dirais
01:00:04voilà
01:00:04développons des implantations
01:00:05syndicales
01:00:06dans tous les lieux de travail
01:00:07pour combattre ces violences
01:00:08et pour combattre
01:00:09les inégalités
01:00:10et celles aussi
01:00:11dont je parlais
01:00:14inégalités
01:00:14dans le monde du travail
01:00:15en défaveur
01:00:16des personnes
01:00:17qui sont racisées
01:00:18et c'est aussi
01:00:18les syndicats
01:00:19qui peuvent faire la preuve
01:00:19enfin les militants syndicaux
01:00:21qui peuvent faire la preuve
01:00:22en acte
01:00:23de voilà
01:00:23au-delà des discours
01:00:24etc.
01:00:25et il y avait
01:00:26enfin voilà
01:00:26le vote
01:00:28des classes populaires
01:00:29pour le PC
01:00:29c'est aussi nourri
01:00:30de mobilisation syndicale
01:00:33voilà
01:00:33et puis de mobilisation
01:00:34associative
01:00:35voilà
01:00:35et donc juste pour redire
01:00:37sur ces valeurs
01:00:37moi j'avais beaucoup de gens
01:00:40qui parlaient pas forcément
01:00:41d'égalité
01:00:42mais qui étaient très sensibles
01:00:43à des formes d'injustice
01:00:44donc qui étaient très sensibles
01:00:45notamment à dire
01:00:46mais comment vont faire
01:00:47les gens
01:00:48pour partir à la retraite
01:00:49à 67 ans
01:00:51alors qu'ils travaillent
01:00:52dans des métiers
01:00:54difficiles
01:00:54épuisants
01:00:55fatigants
01:00:56qui usent la santé
01:00:57qui mettent la santé à mal
01:00:58quand ils ne tuent pas
01:01:00voilà
01:01:00mais donc
01:01:01il y a ces formes d'injustice là
01:01:03mais il y avait aussi justement
01:01:04le sentiment d'injustice
01:01:05mais comment font
01:01:06les jeunes ménages
01:01:06qui se voient refuser
01:01:07des crédits par les banques
01:01:08pour l'accès à la propriété
01:01:10alors qu'ils travaillent
01:01:11et du coup
01:01:12ces formes d'injustice
01:01:13elles étaient ressenties
01:01:14mais pas traduites
01:01:16dans un
01:01:17en fait
01:01:18retraduites
01:01:18par des formes
01:01:19de mobilisation collective
01:01:21dans l'espace local
01:01:22pour essayer quand même
01:01:23de préserver
01:01:24une forme de primauté
01:01:26à l'installation
01:01:27à des ménages
01:01:28à des gens
01:01:29qu'on veut
01:01:29respectables
01:01:30etc
01:01:31donc du coup
01:01:32voilà
01:01:32c'est
01:01:33il y a un sens
01:01:34en fait
01:01:35il y avait
01:01:35j'essaie d'aller vite
01:01:37mais il y a quand même
01:01:38le sentiment
01:01:39que
01:01:39les responsables politiques
01:01:41de la gauche
01:01:42ou de la droite classique
01:01:43n'ont pas en tête
01:01:45les réelles contraintes
01:01:46les réelles conditions
01:01:47de vie
01:01:47les réelles conditions
01:01:48de travail
01:01:48donc ça c'est très clair
01:01:50mais ensuite
01:01:51voilà
01:01:52le pas sur le vote
01:01:53il est aussi
01:01:54rarement un vote
01:01:55d'adhésion
01:01:56pleine et entière
01:01:57ou beaucoup d'abstention
01:01:58et vote
01:01:59pour la droite classique
01:02:00ou pour
01:02:01l'extrême droite
01:02:02voilà
01:02:09oui alors
01:02:10justement
01:02:10pour aller un peu
01:02:11dans le même sens
01:02:12il y a un écueil
01:02:13auquel on est
01:02:13assez naturellement
01:02:14tous et toutes
01:02:15confrontés
01:02:15c'est qu'en fait
01:02:16on cherche souvent
01:02:16une cohérence
01:02:17entre une idéologie
01:02:18ou des valeurs
01:02:19et un vote
01:02:19ce qui en fait
01:02:20quand on fait un peu
01:02:21de socio-électorale
01:02:22on voit très vite
01:02:23qu'il y a souvent
01:02:24des décalages
01:02:24moi j'ai des gens
01:02:25qui m'ont dit
01:02:26pour moi le plus important
01:02:28c'est le pouvoir d'achat
01:02:29et la justice sociale
01:02:32et ça peut aboutir
01:02:33à un vote d'extrême droite
01:02:34donc il n'y a pas toujours
01:02:36à cointance
01:02:37entre les valeurs
01:02:38qui sont prônées
01:02:39et le vote
01:02:40ensuite
01:02:40sur les valeurs
01:02:41de solidarité
01:02:43ou d'égalité
01:02:43j'ai eu une très rapide
01:02:45anecdote de terrain
01:02:45qui démontre bien
01:02:46que la question
01:02:46c'est quelles sont
01:02:47les représentations
01:02:48que l'on met
01:02:48derrière ces différentes valeurs
01:02:50en fait je travaillais
01:02:51du coup
01:02:51j'avais un enquêté
01:02:53qui est votant
01:02:54Front National
01:02:55depuis toujours
01:02:56mais qui se revendique
01:02:58énormément
01:02:58de l'histoire minière
01:02:59et après plusieurs
01:03:01entretiens ensemble
01:03:02j'avais fini par lui raconter
01:03:03en fait l'histoire
01:03:04d'une grève de mineurs
01:03:05qui avait été faite
01:03:06pendant la seconde guerre mondiale
01:03:07contre l'invasion nazie
01:03:09pour essayer de voir
01:03:10s'il y avait
01:03:10en fait s'il voyait
01:03:11un décalage
01:03:12entre son vote
01:03:14d'extrême droite
01:03:14et sa revendication
01:03:15et le fait
01:03:17qu'il se revendiquait
01:03:18de l'histoire minière
01:03:19et cette grève
01:03:21des mineurs
01:03:21et en fait
01:03:22comment est-ce que
01:03:23lui il l'a retraduit
01:03:23il a dit
01:03:24ah bah tu vois
01:03:25il se battait
01:03:26contre des étrangers
01:03:27donc pour lui
01:03:28en fait c'était des allemands
01:03:29et non pas des nazis
01:03:30et donc en fait
01:03:31il a réencodé
01:03:33cette question
01:03:33de la solidarité
01:03:34non plus sur une question politique
01:03:36mais sur une question territoriale
01:03:37et en fait
01:03:38la question de la solidarité
01:03:40dans le bassin minier
01:03:41elle est extrêmement
01:03:41prégnante
01:03:42mais elle prend des formes
01:03:43très différentes
01:03:44que celles qu'on peut imaginer
01:03:46ce nous par exemple
01:03:47dont on parlait tout à l'heure
01:03:48en fait il est presque
01:03:49au-delà du nous ouvrier
01:03:50il est nous habitants
01:03:51et habitantes du bassin minier
01:03:53et la question
01:03:54si on veut réussir
01:03:55à pouvoir récupérer
01:03:57un certain nombre
01:03:58d'électeurs frontistes
01:03:58et les ramener à gauche
01:03:59c'est de repolitiser
01:04:01en fait cette question du nous
01:04:02pour lui redonner
01:04:03un sens plus large
01:04:04et en cela
01:04:06on l'a rapidement évoqué
01:04:07mais si on veut montrer
01:04:09une nuance en fait
01:04:10à ce vote Front National
01:04:11il faut avoir conscience
01:04:11que par exemple
01:04:12dans le bassin minier
01:04:1360% des mairies
01:04:14si on retire les petites mairies
01:04:16sans étiquette
01:04:16sont des mairies de gauche
01:04:17donc on a souvent l'impression
01:04:18d'avoir un territoire
01:04:19qui est complètement acquis
01:04:19au Rassemblement National
01:04:21de fait parce qu'il y a
01:04:22un certain nombre de députés
01:04:22et parce que Marine Le Pen
01:04:23fait des très hauts scores
01:04:24aux élections présidentielles
01:04:26à l'échelon local
01:04:27ça se passe très différemment
01:04:29et le Front National
01:04:30a beaucoup de mal
01:04:30à s'implanter localement
01:04:32l'une des spécificités
01:04:33par exemple
01:04:33moi j'ai beaucoup travaillé
01:04:34sur la ville de Lens
01:04:34là où ça a disparu ailleurs
01:04:36mais par exemple à Lens
01:04:37il y a encore un coût social
01:04:38à être militant du Front National
01:04:40ce qui empêche
01:04:41le Front National
01:04:41de pouvoir créer
01:04:42et monter des cadres locaux
01:04:44ce qui leur permettrait
01:04:45de récupérer des mairies
01:04:46et on le voit
01:04:46avec un énorme
01:04:47quand ils arrivent
01:04:48à faire monter
01:04:48des cadres locaux
01:04:49ils s'implantent
01:04:50et ça devient difficile
01:04:51de les déloger
01:04:52mais en fait
01:04:53ce pourquoi la force
01:04:54de la gauche
01:04:55a été très forte
01:04:56pendant très longtemps
01:04:57c'est justement
01:04:58de politiser ce nous
01:04:59à l'aide d'un certain nombre
01:05:01de réseaux
01:05:03qui soient associatifs
01:05:04syndicaux ou politiques
01:05:05il y a un certain nombre
01:05:06de ces lieux
01:05:07de politisation
01:05:08mais aussi de socialisation
01:05:09moi à Lens
01:05:09le nombre de bars
01:05:11a été divisé par 5
01:05:12je crois
01:05:13ces 50 dernières années
01:05:14ont permis au Front National
01:05:16en fait
01:05:16de s'insérer
01:05:17dans des réseaux privés
01:05:17et l'une des spécificités
01:05:19du vote Front National
01:05:19par rapport au vote de gauche
01:05:21c'est à la fois
01:05:21qu'il y a un grand nombre
01:05:23de motivations différentes
01:05:25derrière un vote Front National
01:05:26donc c'est l'idée
01:05:26qu'il n'y a pas un vote Front National
01:05:27mais des votes frontistes
01:05:29qui recouvrent des réalités
01:05:30et des motivations
01:05:31très différentes
01:05:31entre un électeur convaincu
01:05:33une personne qui le fait
01:05:34parce qu'il est en colère
01:05:35une personne qui le fait
01:05:36parce qu'il connait
01:05:37parce qu'il a vu Marine Le Pen
01:05:38lors d'un meeting
01:05:38bref il y a plein de motivations
01:05:40mais là où est très fort
01:05:41le Front National
01:05:41c'est qu'il arrive à s'insérer
01:05:42très fortement
01:05:43dans un certain nombre
01:05:44de réseaux privés
01:05:44donc c'est ce qu'on disait
01:05:45un peu ce
01:05:46dans des petites entreprises
01:05:47ou dans le groupe d'amis
01:05:48ou dans le groupe de potes
01:05:49là où la gauche
01:05:50était très forte
01:05:50parce qu'elle s'insérait
01:05:51elle dans des réseaux publics
01:05:52syndicaux, associatifs, politiques
01:05:54et là
01:05:55l'affaiblissement
01:05:56de ces différents réseaux
01:05:57a rendu plus compliqué
01:05:59le fait de politiser à gauche
01:06:01la notion de solidarité
01:06:02et d'entraide
01:06:02et le redéveloppement
01:06:04de ces structures là
01:06:05sera au niveau local
01:06:06en particulier
01:06:07l'un des éléments essentiels
01:06:08si on veut pouvoir récupérer
01:06:10un certain nombre
01:06:10de ces électeurs
01:06:11et de ces électrices
01:06:18Merci Pierre Wadelot
01:06:19il nous reste 3 minutes
01:06:21pour conclure ce débat
01:06:22je propose François Ruffin
01:06:23de vous laisser la parole
01:06:24pour la fin de ce débat
01:06:25est-ce que vous voulez
01:06:26Bruno Notin ?
01:06:29si vous vouliez rajouter
01:06:30je raconte n'importe quoi
01:06:31bon
01:06:33non
01:06:35que les choses soient clairs
01:06:36moi je viens comme acteur politique
01:06:37c'est-à-dire pour
01:06:38qu'il y ait le constat
01:06:40qu'il y ait l'analyse
01:06:41mais que derrière
01:06:42on puisse gagner
01:06:45avec des bords
01:06:46qu'on puisse juguler
01:06:47parce que quand
01:06:48moi j'ai d'un coup
01:06:508 députés sur 17
01:06:51rassemblements national
01:06:52il faut stopper
01:06:54mais ensuite
01:06:55est-ce qu'on peut reconquérir ?
01:06:56je vois mon camarade
01:06:57Christophe Bex
01:06:58qui est là
01:06:59député de la Haute-Garonne
01:07:00qui a gagné dans un coin
01:07:02de zone pavillonnaire
01:07:03qui était
01:07:03voilà
01:07:04mais par exemple
01:07:06quand on voit
01:07:06pour moi
01:07:06la circonscription
01:07:08de Jaurès
01:07:09à Carmeau
01:07:10est symbolique de ça
01:07:11est symbolique
01:07:12d'un moment de l'histoire
01:07:13où
01:07:14il nous reste des bastions
01:07:17mais
01:07:17on ne sait pas
01:07:18de quel côté
01:07:18ça va basculer
01:07:19puisque Carmeau
01:07:20c'est Karen Herody
01:07:21député NUPS
01:07:23la gauche
01:07:24mais
01:07:25à notre bout
01:07:26la circonscription
01:07:27où Jaurès
01:07:27est passé
01:07:28rassemblement national
01:07:30et on a une troisième circonscription
01:07:32dans le département
01:07:32qui est macroniste
01:07:34je dirais que la question
01:07:35qui va se poser
01:07:37dans cinq ans
01:07:38c'est
01:07:38les circonscriptions
01:07:40macronistes
01:07:40qu'est-ce qu'elles vont devenir
01:07:41si la vague continue
01:07:43de reculer
01:07:43est-ce que ça va basculer
01:07:45chez nous
01:07:45ou est-ce que ça va basculer
01:07:46du côté du rassemblement national
01:07:48Madame Girard
01:07:49je veux dire quand même
01:07:51que je suis complètement d'accord
01:07:52sur le marché du travail
01:07:54en tout cas
01:07:54sur le phénomène
01:07:55d'exclusion
01:07:57au faciès
01:07:58le resserrement
01:08:00du marché du travail
01:08:01dans les années 80
01:08:02il a fait que
01:08:03là où on cherchait
01:08:04des travailleurs
01:08:05y compris d'origine immigrée
01:08:06pour aller
01:08:06dans les usines
01:08:08massivement
01:08:08et bien
01:08:09c'est arrivé
01:08:10comme à coup près
01:08:11non seulement
01:08:12il fallait le bac
01:08:12pour les mêmes emplois
01:08:13mais en plus
01:08:14il y avait
01:08:15ça passait par du piston
01:08:16et de l'interrelationnel
01:08:17et les premiers
01:08:18qui ont été éliminés
01:08:19du marché du travail
01:08:20à ce moment-là
01:08:20ça a été
01:08:21les jeunes des quartiers
01:08:22à Amiens
01:08:23comme ici
01:08:26donc là
01:08:26se pose pour moi
01:08:28la question
01:08:29et pourtant
01:08:29le travail
01:08:31et c'est pour ça
01:08:32est le facteur
01:08:33d'intégration centrale
01:08:35pour moi
01:08:35dans la société
01:08:36toujours
01:08:37il y a la langue
01:08:38il y a le travail
01:08:38je donne deux exemples
01:08:40deux histoires
01:08:40et j'en termine
01:08:41d'accord
01:08:42Patrick
01:08:42qui est un travailleur
01:08:44du bâtiment
01:08:44qui habite à Belleville
01:08:45le gars
01:08:46il a fait tous les chantiers
01:08:47de désambientage
01:08:48il est allé
01:08:50quand il y a eu
01:08:51le tunnel du Mont Blanc
01:08:52qui a cramé
01:08:53il y est allé aussi
01:08:54il arrive à 55 ans
01:08:56cancer du poumon
01:08:56un cancer du poumon
01:08:58deux cancers du poumon
01:08:58trois cancers du poumon
01:08:59quand je le rencontre
01:09:00le premier truc
01:09:01il me dit
01:09:01t'as vu
01:09:03les réfugiés
01:09:03mais là
01:09:04de où ils arrivent
01:09:05à vendre des téléviseurs
01:09:06de où ils ont eu ça
01:09:07pour la braderie
01:09:08bon voilà
01:09:09c'est son premier réflexe
01:09:10et quand il me raccource
01:09:11son parcours professionnel
01:09:13alors il votait communiste
01:09:14et si je passais pas chez lui
01:09:16il allait voter
01:09:17Rassemblement National
01:09:18bon je suis passé chez lui
01:09:19mais il me raconte
01:09:21tout son parcours professionnel
01:09:22en disant
01:09:25moi je travaillais
01:09:26avec des Algériens
01:09:26je travaillais avec des Turcs
01:09:28je travaillais avec des Polonais
01:09:29je travaillais avec des Portugais
01:09:31et ça s'est toujours bien passé
01:09:33Marion Fontaine
01:09:34historienne de la gauche
01:09:35me dit
01:09:35il n'y a pas de fond populaire
01:09:36s'il n'y a pas l'alliance
01:09:37des mineurs polonais
01:09:38et des mineurs français
01:09:40donc ça doit rester pour moi
01:09:42le travail
01:09:43et donc évidemment
01:09:44c'est au niveau du travail
01:09:45qu'il faut lever des obstacles
01:09:46pour que
01:09:47à nouveau
01:09:48on fasse
01:09:49non pas du salarié passif
01:09:51mais du travailleur
01:09:51un acteur de l'histoire
01:09:52et qu'on ait ensemble
01:09:54le sentiment
01:09:55de faire avancer notre pays
01:09:57voilà l'objectif
01:09:59qu'on doit avoir
01:09:59pour regagner
01:10:00fierté du travail
01:10:02et faire que
01:10:03tout le monde
01:10:04puisse travailler ensemble
01:10:05merci à vous en tout cas
01:10:10applaudissements
01:10:13juste
01:10:14désolé
01:10:15le mot pour moi
01:10:16c'est que
01:10:16ce que tu as dit
01:10:18ce n'est pas ancré définitivement
01:10:20il faut se mettre ça dans la tête
01:10:22ça n'est pas ancré définitivement
01:10:24ce ne sont pas des terrains
01:10:25où par essence
01:10:26c'est acquis au Rassemblement National
01:10:29merci beaucoup
01:10:30merci
01:10:31merci à tous les quatre
01:10:33on est un petit peu en retard
01:10:34donc on va se dépêcher
01:10:35de laisser la place
01:10:36au prochain débat
01:10:38merci
01:10:38et bonne fête de l'humanité
01:10:39à tous
01:10:39merci