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  • il y a 9 heures
Joe Biden va t’il vraiment changer la donne en Amérique ?
La question revient souvent alors que depuis son élection, le nouveau président étonne par l’audace de ses annonces.On tente d'y répondre dans cette vidéo, avec Christophe Deroubaix, grand reporter à l'Humanité, spécialiste des États-Unis.

Commençons par regarder les annonces :
- Un doublement du salaire minimum pour l’établir à 15 dollars de l’heure.
- Un plan de relance de 1900 milliards de dollars, soit près de 10% du PIB.
Celui-ci a d’ailleurs été adopté le 11 mars par le Congrès.
Il prévoit chèque de 1400 dollars pour chaque Américain et l’extension de l’indemnité chômage fédérale supplémentaire de 400 dollars par semaine jusqu’en septembre 2021.
- Un gigantesque plan d’investissements dans les infrastructures (routes, ponts, réseaux électriques et numériques).
D’un montant total potentiel de 4000 milliards de dollars, en dix ans,
en partie financé par l’augmentation de l’impôt sur les sociétés et une fiscalité accrue pour les ménages les plus riches.
- Un impôt minimum mondial sur les multinationales de 21%, finalement ramené à 15% après un compromis passé au G20.

On peut ajouter à la liste les 17 décrets présidentiels signés dès son entrée en fonction :
- le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris et au sein de l’Organisation mondiale de la santé.
- la fin du « muslim ban » qui interdisait d’entrée sur le territoire américain les ressortissants de plusieurs pays musulmans.
- l’abandon de la construction du mur avec le Mexique.
- enfin, un moratoire imposé au projet d’oléoduc géant Keystone XL.

Cette liste donne presque le vertige pour qui a en tête le parcours politique de Joe Biden.

Depuis son élection au Sénat, il a toujours été un « modéré », un « centriste », enclin aux compromis avec les républicains et enclin aux compromis avec les idées dominantes.
Dans les années 70, il vote l’amendement Hyde qui interdit tout financement fédéral de l’avortement, pourtant reconnu comme un droit constitutionnel depuis un arrêt de la Cour Suprême en 1973.
Dans les années 80, il vote des deux mains les allégements massifs d’impôts voulus par Ronald Reagan.
Durant la décennie suivante, il se fait le chantre des politiques ultra-répressives en rédigeant la loi sur la criminalité de 1994, signée par Bill Clinton , et qui déclenche une hausse vertigineuse de la population carcérale.

Alors, on peut se légitimement se demander ce qui est arrivé à Joe Biden ? John Mason a une hypothèse. John Mason est professeur de sciences-politiques à l’Université William-Patterson dans le New Jersey et il la formule en ces termes: « « Si Joe Biden est un centriste, cela veut dire qu’il suit le centre de gravité de son parti. Quand celui-ci évolue à gauche, il suit. »
Le magazine marxiste Jacobin dit à peu près la même chose lorsqu’il titre dès janvier : « Si Joe Biden vire à gauche, vous pouvez remercier la gauche. »
Le nouveau positionnement politique de Joe Biden correspond donc à u

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Transcription
00:00Alors, Biden va-t-il vraiment changer l'Amérique ?
00:03Sacrée question, vous avouerez, à laquelle nous allons tenter de répondre dans cette vidéo.
00:07Si elle se pose cette question, c'est que depuis 6 mois, le nouveau président étonne par l'audace de
00:10ses annonces.
00:11Alors, un doublement du salaire minimum pour l'établir à 15 dollars de l'heure.
00:15Un plan de relance de 1900 milliards de dollars, soit près de 10% du PIB.
00:18Un plan qui a d'ailleurs été adopté au Congrès le 11 mars et qui prévoit un chèque de 1400
00:22dollars pour chaque Américain.
00:23Et l'extension de l'indemnité chômage fédérale supplémentaire de 400 dollars par semaine.
00:27Troisièmement, un gigantesque plan d'investissement dans les infrastructures.
00:30Parlons ici de routes, de ponts, de réseaux électriques et numériques.
00:34Un montant total prévu d'investissement sur 10 ans de 4 000 milliards de dollars.
00:37Et qui sera en partie financé par l'augmentation de l'impôt sur les sociétés.
00:40Et une fiscalité accrue pour les ménages les plus riches.
00:43Enfin, un impôt minimum mondial sur les multinationales de 21%.
00:46Le taux a finalement été ramené à 15% après un compromis passé au G20, mais c'est une grande
00:51première.
00:51On peut ajouter à cette liste les 17 décrets présidentiels signés par Joe Biden dès son entrée en fonction.
00:57Le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris et au sein de l'Organisation mondiale de la santé.
01:01La fin du Muslim Ban qui interdisait d'entrer sur le territoire américain les ressortissants de plusieurs pays musulmans.
01:06L'abandon de la construction du mur avec le Mexique.
01:09Et enfin, un moratoire au projet de l'Eau-Duc géant Keystone XL.
01:12Alors cette liste donne presque le vertige pour qui est en tête le parcours politique de Joe Biden.
01:17Depuis son élection au Sénat en 1972, il a toujours été un modéré, un centriste et enclin au compromis avec
01:23les républicains et au compromis avec les idées dominantes.
01:25Dans les années 70, il vote l'amendement Hyde qui interdit tout financement fédéral de l'avortement,
01:29pourtant reconnu comme un droit constitutionnel depuis un arrêt de la Cour suprême de 1973.
01:34Dans les années 80, il vote des deux mains les allègements massifs d'impôts voulus par Ronald Reagan.
01:38Et dans les années 90, il se fait le champ des politiques ultra-répressives en rédigeant la loi sur la
01:42criminalité de 1994, signée par Bill Clinton,
01:45et qui déclenche une hausse vertigineuse de la population carcérale.
01:48Alors on peut légitimement se demander ce qui est arrivé à Joe Biden.
01:52John Mason a une hypothèse.
01:53John Mason est professeur de sciences politiques à l'université William Paterson, dans le New Jersey, et il la formule
01:58dans ses termes.
01:58Si Joe Biden est un centriste, cela veut dire qu'il suit le centre de gravité de son parti.
02:02Quand celui-ci est voulu à gauche, il suit.
02:04Le magazine marxiste Jacobin dit à peu près la même chose lorsqu'il titre dès janvier « Si Joe Biden
02:09vire à gauche, vous pouvez remercier la gauche ».
02:11Le nouveau positionnement politique de Joe Biden correspond donc à une évolution centrale majeure de la vie politique américaine.
02:16Le glissement à gauche des électeurs démocrates.
02:18Il s'agit d'un phénomène sans doute rendu trop peu visible, voire invisible, par le glissement à droite des
02:22électeurs républicains, incarnés par Donald Trump et le Trumpisme.
02:24Les deux évolutions conjuguées traduisent le phénomène le plus marquant de la période aux États-Unis.
02:28La polarisation.
02:29Elle est politique, idéologique, sociologique et géographique.
02:32Ce qui nous intéresse aujourd'hui, à savoir l'évolution à gauche, on peut dire qu'elle s'est vraiment
02:36accélérée au cours des mandats de Barack Obama,
02:38qui ont généré déception et frustration.
02:41Disons qu'à partir de 2010, les mouvements sociaux gagnent de l'audience et du terrain, alors que les inégalités
02:45sociales, raciales, de genre continuent de progresser.
02:48La campagne de Bernie Sanders lors de la primaire démocrate de 2016 catalyse ses revendications et mobilisations et en fait
02:54un projet politique.
02:55Un projet notamment porté par la nouvelle génération.
02:57On les appelle les « millenials » aux États-Unis.
02:59Et le mot commence à arriver un peu en France.
03:00Ils sont nés entre 1981 et 1996, ils ont donc entre 25 et 40 ans.
03:04Ils sont la force motrice du renouveau de la lutte pour les droits civiques avec Black Lives Matter.
03:09De la nouvelle page du féminisme avec le mouvement MeToo.
03:11Du retour du mouvement syndical avec la puissante revendication pour un salaire minimum à 15 dollars de l'heure.
03:15Ainsi que de l'émergence de la nouvelle grande question moderne, celle du changement climatique.
03:19Alors je ne sais pas vraiment si Joe Biden a connu à près de 80 ans une épiphanie progressiste.
03:23En tout cas, je suis à peu près sûr qu'il a appris quelque chose de la vie politique et
03:27sans doute encore plus des mandats de Barack Obama.
03:29Si on ne gouverne pas en lien avec sa base sociale et politique, on est réduit à l'impuissance.
03:34C'est en effet ce qui est arrivé à Barack Obama lorsqu'il a perdu en 2010 la majorité de
03:38la Chambre des représentants.
03:39Alors des élections de mi-mandat, deux ans seulement après son entrée à la Maison-Blanche.
03:44Alors Joe Biden dispose toujours, lui, d'une majorité à la Chambre des représentants.
03:48Jusqu'ici tout va bien. Sauf que sur le chemin, il y a le Sénat.
03:51Là, le rapport de force est plus compliqué.
03:53Alors théoriquement, les démocrates ont une majorité puisqu'ils disposent de la voix prépondérante de Kamala Harris
03:57qui départage les 50 sénateurs démocrates et les 50 sénateurs républicains.
04:01En pratique, c'est un peu plus compliqué.
04:03Un peu plus compliqué parce que deux sénateurs démocrates, dits modérés, Joe Manchin et Kirsten Sinema,
04:08refusent de voter les lois les plus progressistes, comme le salaire minimum à 15 dollars.
04:11Ensuite, c'est beaucoup plus compliqué car les républicains usent une pratique d'obstruction parlementaire
04:15connue sous le nom de filibuster, qui nécessite un vote à la majorité qualifiée, soit 60 sénateurs.
04:19Il ne faut vraiment pas s'attendre à ce que 10 sénateurs républicains votent des projets de loi très progressistes.
04:24En revanche, il peut être mis fin au filibuster à une majorité simple, 50 voix.
04:27C'est le dont disposent toujours, théoriquement, les démocrates.
04:29Sauf que Manchin et Sinema refusent de l'abolir.
04:32Il faut se figurer à quel point le Sénat des États-Unis est un organe antidémocratique.
04:36Chaque État est représenté par deux sénateurs.
04:37Le Wyoming, avec ses 700 000 habitants, envoie deux sénateurs.
04:40La Californie et ses 40 millions d'habitants envoient également deux sénateurs.
04:44Ce qui donne un avantage évident aux États ruraux, qui sont également des bastions républicaines.
04:48Si on prend les 22 États les moins peuplés du pays, ils comptent 40 millions d'habitants
04:52et sont représentés par 44 sénateurs.
04:54Tandis que l'État le plus peuplé du pays, la Californie, toujours, n'a que deux sénateurs.
04:58Bon, résumons.
04:59Effectivement, Joe Biden ne dispose pas d'une majorité au Sénat,
05:01ni pour faire passer ses projets les plus audacieux,
05:03ni pour empêcher l'obstruction de l'opposition.
05:05On peut penser que Bernie Sanders, président, aurait dû faire face au même problème au démarrant.
05:09Il l'aurait géré différemment, certainement,
05:11en mettant au pied du mur chaque sénateur lors d'un vote officiel
05:14et en développant une campagne nationale, là où Biden a renoué avec un tropisme centriste.
05:18Qui a marqué des points fin juillet avec l'adoption d'une partie du plan d'investissement.
05:21Alors, quant à la suite, comment peut-elle s'écrire ?
05:26Le blocage institutionnel va sûrement perdurer jusqu'aux élections de novembre 2022.
05:31C'est un scrutin qui est habituellement peu favorable au parti du président en place.
05:35Si les Républicains regagnaient la Chambre, le blocage serait absolument total.
05:38En fait, pour que les annonces de Biden puissent devenir des lois,
05:41il faudrait que les démocrates gagnent deux sièges,
05:43avec des élus favorables à l'abolition du filibuster.
05:45En attendant, une partie de l'avenir du pays se jouera au printemps prochain, lors des primaires.
05:49C'est là qu'au sein des deux grands partis se joue la bataille entre modérés et radicaux.
05:52L'affaire semble entendue au parti républicain, manifestement Trumpisé pour longtemps,
05:56mais pas encore au sein du parti démocrate,
05:58où le bras de fer entre l'establishment et l'El Sanders se poursuit.
06:01Les primaires sont un moment absolument clé.
06:03Et ainsi qu'en août 2018, vous vous en souvenez peut-être,
06:05une jeune militante milléniole, totalement inconnue du grand public,
06:08avait battu à la stupéfaction générale le baron local new-yorkais Joe Crowley.
06:13Désormais, tout le monde connaît son nom.
06:15Alexandria Ocasio-Cortez.
06:16Les primaires sont l'occasion pour la gauche de pousser et son avantage au sein de la coalition démocrate,
06:21et Joe Biden encore un peu plus à gauche.
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06:28Vous pouvez également venir sur le site www.humanit.fr
06:32pour lire nos articles, nos informations, nos reportages, nos entretiens.
06:36Et on se retrouve bientôt pour un nouveau Décryptage.
06:37A bientôt !
06:38Sous-titrage Société Radio-Canada
06:43Sous-titrage Société Radio-Canada
06:45Sous-titrage Société Radio-Canada

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