00:00Alors, Biden va-t-il vraiment changer l'Amérique ?
00:03Sacrée question, vous avouerez, à laquelle nous allons tenter de répondre dans cette vidéo.
00:07Si elle se pose cette question, c'est que depuis 6 mois, le nouveau président étonne par l'audace de
00:10ses annonces.
00:11Alors, un doublement du salaire minimum pour l'établir à 15 dollars de l'heure.
00:15Un plan de relance de 1900 milliards de dollars, soit près de 10% du PIB.
00:18Un plan qui a d'ailleurs été adopté au Congrès le 11 mars et qui prévoit un chèque de 1400
00:22dollars pour chaque Américain.
00:23Et l'extension de l'indemnité chômage fédérale supplémentaire de 400 dollars par semaine.
00:27Troisièmement, un gigantesque plan d'investissement dans les infrastructures.
00:30Parlons ici de routes, de ponts, de réseaux électriques et numériques.
00:34Un montant total prévu d'investissement sur 10 ans de 4 000 milliards de dollars.
00:37Et qui sera en partie financé par l'augmentation de l'impôt sur les sociétés.
00:40Et une fiscalité accrue pour les ménages les plus riches.
00:43Enfin, un impôt minimum mondial sur les multinationales de 21%.
00:46Le taux a finalement été ramené à 15% après un compromis passé au G20, mais c'est une grande
00:51première.
00:51On peut ajouter à cette liste les 17 décrets présidentiels signés par Joe Biden dès son entrée en fonction.
00:57Le retour des Etats-Unis dans les accords de Paris et au sein de l'Organisation mondiale de la santé.
01:01La fin du Muslim Ban qui interdisait d'entrer sur le territoire américain les ressortissants de plusieurs pays musulmans.
01:06L'abandon de la construction du mur avec le Mexique.
01:09Et enfin, un moratoire au projet de l'Eau-Duc géant Keystone XL.
01:12Alors cette liste donne presque le vertige pour qui est en tête le parcours politique de Joe Biden.
01:17Depuis son élection au Sénat en 1972, il a toujours été un modéré, un centriste et enclin au compromis avec
01:23les républicains et au compromis avec les idées dominantes.
01:25Dans les années 70, il vote l'amendement Hyde qui interdit tout financement fédéral de l'avortement,
01:29pourtant reconnu comme un droit constitutionnel depuis un arrêt de la Cour suprême de 1973.
01:34Dans les années 80, il vote des deux mains les allègements massifs d'impôts voulus par Ronald Reagan.
01:38Et dans les années 90, il se fait le champ des politiques ultra-répressives en rédigeant la loi sur la
01:42criminalité de 1994, signée par Bill Clinton,
01:45et qui déclenche une hausse vertigineuse de la population carcérale.
01:48Alors on peut légitimement se demander ce qui est arrivé à Joe Biden.
01:52John Mason a une hypothèse.
01:53John Mason est professeur de sciences politiques à l'université William Paterson, dans le New Jersey, et il la formule
01:58dans ses termes.
01:58Si Joe Biden est un centriste, cela veut dire qu'il suit le centre de gravité de son parti.
02:02Quand celui-ci est voulu à gauche, il suit.
02:04Le magazine marxiste Jacobin dit à peu près la même chose lorsqu'il titre dès janvier « Si Joe Biden
02:09vire à gauche, vous pouvez remercier la gauche ».
02:11Le nouveau positionnement politique de Joe Biden correspond donc à une évolution centrale majeure de la vie politique américaine.
02:16Le glissement à gauche des électeurs démocrates.
02:18Il s'agit d'un phénomène sans doute rendu trop peu visible, voire invisible, par le glissement à droite des
02:22électeurs républicains, incarnés par Donald Trump et le Trumpisme.
02:24Les deux évolutions conjuguées traduisent le phénomène le plus marquant de la période aux États-Unis.
02:28La polarisation.
02:29Elle est politique, idéologique, sociologique et géographique.
02:32Ce qui nous intéresse aujourd'hui, à savoir l'évolution à gauche, on peut dire qu'elle s'est vraiment
02:36accélérée au cours des mandats de Barack Obama,
02:38qui ont généré déception et frustration.
02:41Disons qu'à partir de 2010, les mouvements sociaux gagnent de l'audience et du terrain, alors que les inégalités
02:45sociales, raciales, de genre continuent de progresser.
02:48La campagne de Bernie Sanders lors de la primaire démocrate de 2016 catalyse ses revendications et mobilisations et en fait
02:54un projet politique.
02:55Un projet notamment porté par la nouvelle génération.
02:57On les appelle les « millenials » aux États-Unis.
02:59Et le mot commence à arriver un peu en France.
03:00Ils sont nés entre 1981 et 1996, ils ont donc entre 25 et 40 ans.
03:04Ils sont la force motrice du renouveau de la lutte pour les droits civiques avec Black Lives Matter.
03:09De la nouvelle page du féminisme avec le mouvement MeToo.
03:11Du retour du mouvement syndical avec la puissante revendication pour un salaire minimum à 15 dollars de l'heure.
03:15Ainsi que de l'émergence de la nouvelle grande question moderne, celle du changement climatique.
03:19Alors je ne sais pas vraiment si Joe Biden a connu à près de 80 ans une épiphanie progressiste.
03:23En tout cas, je suis à peu près sûr qu'il a appris quelque chose de la vie politique et
03:27sans doute encore plus des mandats de Barack Obama.
03:29Si on ne gouverne pas en lien avec sa base sociale et politique, on est réduit à l'impuissance.
03:34C'est en effet ce qui est arrivé à Barack Obama lorsqu'il a perdu en 2010 la majorité de
03:38la Chambre des représentants.
03:39Alors des élections de mi-mandat, deux ans seulement après son entrée à la Maison-Blanche.
03:44Alors Joe Biden dispose toujours, lui, d'une majorité à la Chambre des représentants.
03:48Jusqu'ici tout va bien. Sauf que sur le chemin, il y a le Sénat.
03:51Là, le rapport de force est plus compliqué.
03:53Alors théoriquement, les démocrates ont une majorité puisqu'ils disposent de la voix prépondérante de Kamala Harris
03:57qui départage les 50 sénateurs démocrates et les 50 sénateurs républicains.
04:01En pratique, c'est un peu plus compliqué.
04:03Un peu plus compliqué parce que deux sénateurs démocrates, dits modérés, Joe Manchin et Kirsten Sinema,
04:08refusent de voter les lois les plus progressistes, comme le salaire minimum à 15 dollars.
04:11Ensuite, c'est beaucoup plus compliqué car les républicains usent une pratique d'obstruction parlementaire
04:15connue sous le nom de filibuster, qui nécessite un vote à la majorité qualifiée, soit 60 sénateurs.
04:19Il ne faut vraiment pas s'attendre à ce que 10 sénateurs républicains votent des projets de loi très progressistes.
04:24En revanche, il peut être mis fin au filibuster à une majorité simple, 50 voix.
04:27C'est le dont disposent toujours, théoriquement, les démocrates.
04:29Sauf que Manchin et Sinema refusent de l'abolir.
04:32Il faut se figurer à quel point le Sénat des États-Unis est un organe antidémocratique.
04:36Chaque État est représenté par deux sénateurs.
04:37Le Wyoming, avec ses 700 000 habitants, envoie deux sénateurs.
04:40La Californie et ses 40 millions d'habitants envoient également deux sénateurs.
04:44Ce qui donne un avantage évident aux États ruraux, qui sont également des bastions républicaines.
04:48Si on prend les 22 États les moins peuplés du pays, ils comptent 40 millions d'habitants
04:52et sont représentés par 44 sénateurs.
04:54Tandis que l'État le plus peuplé du pays, la Californie, toujours, n'a que deux sénateurs.
04:58Bon, résumons.
04:59Effectivement, Joe Biden ne dispose pas d'une majorité au Sénat,
05:01ni pour faire passer ses projets les plus audacieux,
05:03ni pour empêcher l'obstruction de l'opposition.
05:05On peut penser que Bernie Sanders, président, aurait dû faire face au même problème au démarrant.
05:09Il l'aurait géré différemment, certainement,
05:11en mettant au pied du mur chaque sénateur lors d'un vote officiel
05:14et en développant une campagne nationale, là où Biden a renoué avec un tropisme centriste.
05:18Qui a marqué des points fin juillet avec l'adoption d'une partie du plan d'investissement.
05:21Alors, quant à la suite, comment peut-elle s'écrire ?
05:26Le blocage institutionnel va sûrement perdurer jusqu'aux élections de novembre 2022.
05:31C'est un scrutin qui est habituellement peu favorable au parti du président en place.
05:35Si les Républicains regagnaient la Chambre, le blocage serait absolument total.
05:38En fait, pour que les annonces de Biden puissent devenir des lois,
05:41il faudrait que les démocrates gagnent deux sièges,
05:43avec des élus favorables à l'abolition du filibuster.
05:45En attendant, une partie de l'avenir du pays se jouera au printemps prochain, lors des primaires.
05:49C'est là qu'au sein des deux grands partis se joue la bataille entre modérés et radicaux.
05:52L'affaire semble entendue au parti républicain, manifestement Trumpisé pour longtemps,
05:56mais pas encore au sein du parti démocrate,
05:58où le bras de fer entre l'establishment et l'El Sanders se poursuit.
06:01Les primaires sont un moment absolument clé.
06:03Et ainsi qu'en août 2018, vous vous en souvenez peut-être,
06:05une jeune militante milléniole, totalement inconnue du grand public,
06:08avait battu à la stupéfaction générale le baron local new-yorkais Joe Crowley.
06:13Désormais, tout le monde connaît son nom.
06:15Alexandria Ocasio-Cortez.
06:16Les primaires sont l'occasion pour la gauche de pousser et son avantage au sein de la coalition démocrate,
06:21et Joe Biden encore un peu plus à gauche.
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06:36Et on se retrouve bientôt pour un nouveau Décryptage.
06:37A bientôt !
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