- il y a 3 heures
Kiyémis est poétesse et autrice, son premier roman "Et, refleurir" raconte l'histoire de sa grand-mère depuis le village camerounais de Nyokon jusque son exil à Paris. Elle nous raconte comment son militantisme s'est forgé à l'intersection des oppressions et revient sur l'importance de l'espoir dans la lutte.
Avec Violaine de Filippis Abate, Kareen Janselme et Mathilde Gros
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NewsTranscription
00:00Et aujourd'hui, pour l'entretien, on reçoit qui est Miss ?
00:02Je suis ravie d'être là.
00:04Moi aussi, je suis ravie qu'on reçoive, parce que personnellement, je vais parler d'un temps d'avant,
00:10mais moi, je t'ai connue sur Twitter.
00:12Quand j'étais étudiante et que je passais ma journée à scroller les réseaux sociaux,
00:18je vous rassure, le tchat, c'était le Twitter d'avant, celui où il n'y avait pas l'extrême
00:22droite partout.
00:22C'est clair.
00:23Moi, avec Laura de Mrs. Roots, La Salgarse aussi, vous m'avez fait découvrir plein d'autrices afro-féministes.
00:30Vraiment, vous m'avez beaucoup aidé dans mon militantisme.
00:32Donc, ça me fait très plaisir de te recevoir aujourd'hui.
00:35Je suis ravie d'être là et encore plus ravie d'être là pour quelqu'un qui connaît ma période
00:39de Twitter.
00:40Mon Dieu.
00:41La période de shitposting qu'on a tous.
00:44Donc, tu es écrivaine, poétesse.
00:49Tu as écrit notamment « À nos humanités révoltées », qui est un recueil que tu as là,
00:53que tu peux montrer à la caméra, qui est juste ici, qui est sorti en 2018.
00:57Tout à fait.
00:58Puis « Je suis votre pire cauchemar », qui est un essai.
01:02La couverture est magnifique.
01:04Merci beaucoup.
01:04Elle est faite par Ina Hunt, qui est une super autrice graphique que j'aime beaucoup.
01:11J'adore la couverture.
01:13On me dit en régie que les gens peuvent le voir.
01:15Ils ont le retour dessus.
01:17Et tu viens de sortir…
01:18Enfin, non, tu ne viens pas de sortir, il est sorti l'an dernier.
01:20Mais tu as sorti ton premier roman « Et refleurir » en 2024.
01:24Tout à fait.
01:24Moi, avant qu'on parle de tes œuvres, j'ai envie de te demander
01:27qu'est-ce que ça a été ton déclic politique, ton déclic d'engagement ?
01:31Alors, je vais essayer de ne pas casser une micro, c'est mieux.
01:37Il y en a eu plusieurs, je pense.
01:39Déjà, j'ai grandi dans une famille noire qui savait qu'elle était noire,
01:43qui savait qu'elle était immigrée.
01:46Et qui nous…
01:47Où j'ai passé beaucoup de temps à discuter avec mon père,
01:52notamment des déjeuners dominicaux, avec lui, sur les questions d'actualité, de société, etc.
01:58Donc déjà, j'étais un petit peu habituée, j'ai baigné dedans.
02:02Ma mère et mon père étaient vraiment sensibles à l'idée qu'il fallait qu'on s'informe,
02:08qu'on connaisse nos sources.
02:09J'étais abonnée à ceux qui connaissent peut-être le Petit Quotidien.
02:13Je crois que maintenant, c'est de droite, mais bon, bref, à l'époque, tout est de droite.
02:45Enfin, beaucoup de chassons de droite, maintenant…
02:48Je ne sais pas si je dirais à l'époque politisée, mais voilà, avec des enjeux politiques,
02:52c'était… c'est vraiment quelque chose de vieux chez moi.
02:56Ensuite, moi, j'ai grandi en 1993 et je suis partie en… je crois que c'était en septembre 2005.
03:03Donc, je crois qu'un mois, peut-être un peu plus d'un mois après, il y a les émeutes
03:08de 2005 qui connaissaient,
03:10qui commençaient.
03:11Donc, pour celles et ceux qui sont trop jeunes, peut-être, qui n'ont pas connu,
03:15ce sont des émeutes qui ont eu lieu suite à la mort de deux adolescents, Ziyad et Bouna.
03:20Et donc, il y a un troisième dont je ne me souviens pas du nom,
03:21qui faisait aussi partie de la bande qui a été grièvement blessée
03:26parce qu'ils ont été poursuivis par les policiers à l'époque.
03:30Et donc, ça a créé d'immenses révoltes populaires et urbaines.
03:36Et donc, du coup, c'est vrai que ça m'a aussi beaucoup politisée
03:39parce qu'il y avait tous les discours sarcosistes à l'égard de jeunes
03:44qui ressemblaient, en fait, à mes frères, notamment mon frère.
03:49Et le fait d'avoir eu aussi un frère jumeau, ça m'a aussi énormément politisée.
03:54Pourquoi ? Parce que moi, je crois qu'on correspond beaucoup au modèle
03:59des populations immigrées, notamment d'Afrique noire et d'Afrique...
04:04Enfin, d'Afrique...
04:06Qui est que les filles sont bonnes à l'école et les garçons sont disciplinés
04:10et mal disciplinés et dissipés, etc.
04:12Et donc, moi, je voyais ça.
04:13Je voyais comment mon frère était traité.
04:15Je voyais comment on parlait de gens qui ressemblaient à mon frère.
04:19Et je voyais aussi, parce que moi, j'étais dans un milieu, on va dire, de classe moyenne,
04:23je voyais comment d'autres personnes n'étaient pas du tout traitées de la même manière.
04:27Je voyais comment mon frère, il racontait de manière tout à fait résignée, en plus, lui,
04:32qu'il était contrôlé 7-8 fois par la police.
04:35Et moi, j'étais dans mon lycée général et je voyais des garçons qui étaient blancs,
04:40qui étaient aussi mes amis, et qui n'avaient pas du tout ce genre de problème,
04:44alors qu'ils avaient aussi des comportements qui auraient pu être vus comme répréhensibles, etc.
04:48Et donc ça, ça m'a beaucoup...
04:51Ça a beaucoup créé chez moi, beaucoup de colère.
04:56Et ensuite, ce qui s'est aussi passé, c'est que je pense à peu près au début de la
05:01vingtaine,
05:02et je me souviens aussi, alors il faut savoir quelque chose,
05:05les femmes qui sont plus vieilles se souviennent aussi de cette période,
05:09mais en fait, être féministe, là, en ce moment, ça va.
05:12Je me souviens très bien d'une période où moi, je disais,
05:14ah non, mais moi, je ne suis pas du tout féministe, mais...
05:17Mais je pense qu'on est des êtres humains, c'est ça.
05:20Non, mais ouais, alors déjà...
05:22Mais en fait, elles ont raison, puis je me dis, mais en fait, tout ce qu'elles disent, c'est
05:25vrai.
05:27Et donc du coup, donc voilà, il y a plein d'enjeux comme ça,
05:31et puis aussi, j'ai une mère qui nous a beaucoup dit,
05:33vous êtes noire, vous allez devoir travailler deux fois plus,
05:36et alors toi, tu es une femme noire,
05:37donc toi, tu vas devoir travailler encore plus, trois fois plus.
05:40Et elle était féministe, elle, t'as...
05:41Alors, ça va, maintenant, elle dit qu'elle est féministe.
05:44En fait, elle dit qu'elle est féministe à l'époque, elle ne le disait pas,
05:46mais oui, bien sûr, elle était féministe.
05:48Elle était féministe, après, je pense qu'elle était féministe,
05:50donc il y a une espèce de dissonance, en fait,
05:52parce qu'autant elle a été très féministe sur plein de choses,
05:55autant il y a des choses sur, comment dirais-je,
05:59l'organisation de la maison, des tâches ménagères, etc.,
06:05qui n'ont pas été féministes tout de suite, quoi.
06:08Donc, il y a des commentaires qui n'étaient pas du tout féministes,
06:10parce que moi, je vous avoue, je suis un peu paresseuse,
06:13et pour une femme, c'est mal vu d'être paresseuse.
06:14C'est mal vu de ne pas travailler.
06:16Voilà, donc bref, donc voilà,
06:18il y a plein d'éléments comme ça
06:20qui ont poussé à ma politisation, ma conscientisation,
06:26je sais pas comment dire ça.
06:26Qui ont irrigué ton engagement, en fait.
06:27Tout à fait, tout à fait.
06:29Et du coup, aussi, quand j'ai rencontré d'autres lectures,
06:33de féministes noires américaines, notamment,
06:36Patricia Hill Collins, Bell Hooks, ensuite,
06:40ben, en fait, ça allait de soi.
06:41J'avais juste l'impression qu'on disait en langage académique
06:43ce que ma mère me disait depuis que j'avais...
06:47Depuis que j'avais 10 ans, quoi.
06:49On dise 11 ans.
06:50Donc, voilà, donc, plein de choses comme ça.
06:53Et puis aussi, autre chose, une dernière chose,
06:55et ça, vraiment, faut pas le dire,
06:56mais j'avoue que moi, je suis allée en fac d'histoire
06:59et j'étais avec Mathie Glarer et Anne Kerval.
07:02Ah oui, donc, ouais.
07:05Forcément, la question féministe...
07:07Voilà, voilà.
07:08Ah, bon, d'accord.
07:09Je ne décarre pas comme ça, mais bon, voilà.
07:11Donc, du coup, c'est vrai que ça a aussi aidé,
07:14je pense que ça a joué aussi dans mon engagement.
07:19Oui, des études ont forcément...
07:21Voilà, tout à fait.
07:22Et puis aussi, vraiment, j'ai jamais compris pourquoi...
07:24Enfin, de manière très naïve,
07:26mais je pense que la naïveté, c'est bien,
07:28on en parlera davantage peut-être,
07:30j'ai jamais compris cette idée de l'inégalité.
07:34Vraiment, c'est quelque chose qui ne faisait pas sens,
07:36qui me rendait en colère,
07:38mais une colère vraiment juvénile.
07:39Vous voyez les colères un peu viscérales.
07:41Tu ne peux pas supporter l'injustice.
07:42Voilà, viscérales, mais vraiment d'enfant, quoi.
07:44De me dire, mais ça n'a aucun sens, en fait.
07:46Et jusqu'à maintenant, cette colère demeure en moi.
07:49Vraiment, je me dis, mais on est là pour peu de temps.
07:52Alors, je vais essayer de ne pas être trop spirituelle,
07:54parce qu'on est quand même chez l'humain,
07:55donc chez les matérialistes, mais...
07:57Mais bon, voilà, on est là quand même pendant peu de temps.
08:00Pourquoi, en fait, on doit souffrir de l'oppression ?
08:02Ça n'a aucun sens.
08:04Donc, bon, quand j'étais plus jeune, évidemment, je ne disais pas ça,
08:06mais vraiment, c'est vraiment...
08:08Je ne comprends pas cette inégalité, en fait.
08:10Donc, voilà.
08:11C'est vrai.
08:12La vie est trop courte pour vous.
08:13Vraiment, la vie est trop courte.
08:15Est-ce qu'on se souvient qu'on est là pendant un clin d'œil,
08:18et donc on doit souffrir, mais guys, ça n'a ni queue ni tête.
08:22Tu as fait des références de belloux,
08:25des références afro-américaines,
08:28mais tu te présentes souvent comme afro-pn.
08:31Est-ce que tu peux dire d'où vient ce concept ?
08:35Comment...
08:35Depuis quand tu emploies ce terme ?
08:38Alors, merci pour cette question.
08:40Quand j'ai rencontré ce terme,
08:43je l'ai rencontré grâce à Léonore Amiano,
08:46une autrice franco-camournaise que j'aime énormément,
08:50qui parle, en fait, de l'afro-péanité, etc.
08:54Et c'est vrai que moi, en fait, quand je lisais des...
08:57Comment dirais-je ?
08:58Quand je lisais des féministes afro-américaines,
09:01je les aime beaucoup, j'apprécie beaucoup.
09:03Elles m'ont beaucoup...
09:04Elles ont beaucoup irrigué mon travail.
09:05Jusqu'à maintenant, elles irriguent beaucoup mon travail.
09:07Mais néanmoins, je suis française.
09:09Oui, je suis française et fille d'immigrés camerounais.
09:14Donc, il y a une question sur la migration qui est en jeu,
09:17sur la question du rapport à un territoire qui a été colonisé,
09:23un territoire qui est aussi lointain,
09:25un rapport à la migration vraiment intercontinentale
09:29qui, forcément, ne fait pas forcément sens pour des afro-américaines.
09:34Et là, quand je parle d'afro-américaines,
09:35je parle vraiment des descendants d'esclaves sur le sol américain.
09:39Parce qu'évidemment, il y a des caribéens.
09:41Évidemment, il y a eu des migrations intra dans le pays.
09:44Mais voilà, moi, je suis camerounaise aussi.
09:47Donc, du coup, ça me parlait...
09:48Je trouvais que le terme afro-américaine ne me parlait plus
09:51parce que j'ai quand même grandi ici.
09:54Je suis née ici.
09:55Je pense que par beaucoup d'aspects, je suis très occidentale.
09:59Néanmoins, j'ai aussi grandi dans un environnement
10:03très camerounais, très africain,
10:06avec des références africaines, un rapport aussi au corps,
10:09à la nourriture, à la danse,
10:11qui est, de mon point de vue, pour ne pas faire de culturalisme,
10:14et qui est un petit peu quand même différent de d'autres personnes, j'imagine.
10:19Et donc ça, c'était important aussi d'en faire état, en fait, tout simplement.
10:23Et en plus, j'aime bien utiliser le néologisme.
10:25Donc, j'adore utiliser le néologisme.
10:27La langue est là pour évoluer.
10:29C'est son principe absolu.
10:31Donc, c'est très bien.
10:32Moi, j'ai découvert...
10:33C'est trop de la rigidité, quoi.
10:34J'ai découvert ce terme en préparant cette vidéo grâce à Karine.
10:38Et c'est vrai que c'est super intéressant ce que tu dis,
10:40que, évidemment, en fait,
10:42un vécu de belles hooks,
10:44de Maya Angelou et Afro-Américaine.
10:46Je ne dis pas une bêtise.
10:47Oui, bien sûr.
10:48J'ai eu peur.
10:48J'ai eu peur.
10:50Enfin, je peux comprendre
10:52qu'il y a un angle mort, du coup,
10:54au récit que toi, tu veux mettre en place aussi, quoi.
10:58Tout à fait.
10:59Je vois une question.
10:59Je vais répondre, je pense.
11:00C'est une super question.
11:01Vas-y.
11:02Mais juste avant,
11:03je veux aussi dire que je pense qu'il y a aussi un...
11:05Même si j'y contribue
11:06et j'y ai aussi cédé,
11:08enfin, cédé, entre guillemets,
11:09je pense qu'en France,
11:10on a aussi beaucoup tendance
11:11à parler, en fait,
11:13de l'expérience américaine,
11:14l'expérience noire américaine aussi du racisme,
11:17de par la position, je pense,
11:19hégémonique des États-Unis,
11:20aussi de par le fait que la France
11:23peut avoir un beau rôle.
11:25Oui, de ce que je voulais dire,
11:25c'est pire là-bas.
11:26Voilà, c'est pire là-bas.
11:28On a accueilli des personnes noires américaines ici.
11:31Du coup, on peut totalement oublier
11:32la manière dont on a traité
11:34les intellectuels,
11:35les militants africains et caribéens
11:37et on peut les plonger dans l'oubli.
11:40Et aussi, du coup,
11:41on n'est pas trop...
11:42En tout cas, moi,
11:43j'ai moins de références,
11:44j'essaie d'en avoir,
11:45mais c'est vrai qu'elles ne viennent pas
11:46immédiatement des références
11:47avec, par exemple,
11:48des Black Brits,
11:52des Allemands noirs,
11:54même des Belges, en fait, finalement,
11:56qui ont aussi...
11:57Oui, en Belgique en plus.
11:57Ou des Espagnols,
11:58bon, après, je parle pas d'espagnol,
11:59mais néanmoins,
12:00des Espagnols ou des Portugais
12:02et qui, je pense aussi,
12:05sont peut-être plus proches,
12:06enfin, même si les dynamiques
12:07avec les anglophones
12:08sont encore différents,
12:09parce que les colonisations
12:10sont un peu différentes,
12:11mais au moins,
12:13on parle, je pense,
12:14plus de colonisation,
12:15alors que là,
12:15bon, bah, c'est facile aussi de...
12:17Voilà, on a des gares
12:17Rosa Parks,
12:19Martin Luther King,
12:20voilà, bon,
12:21on essaie de changer un petit peu
12:22parce que les gens leur ont dit
12:23bon, c'est bien,
12:24c'est des Noirs américains,
12:24mais il y a quand même
12:25eu des Noirs
12:26sur le territoire français
12:27qui proviennent des colonies
12:28qui ont fait aussi des choses,
12:30mais bon, bref.
12:30Oui, surtout en France,
12:32on aime certaines figures
12:33du mouvement des civil rights,
12:35mais on se garde bien
12:36d'en mentionner d'autres, quoi.
12:37On joue toujours sur la dualité,
12:39la fausse dualité,
12:40Martin Luther King,
12:41Malcolm X, quoi.
12:42Je crois pas qu'Anne Hidalgo
12:43a prévu de faire une guerre
12:43à Malcolm X,
12:44mais bon,
12:44peut-être,
12:45je veux toujours la surprise,
12:47le monde n'est pas la surprise.
12:47Les municipales,
12:48c'est bientôt, hein.
12:49Ouais, ouais.
12:50Je sais pas si c'est pro-j'aime.
12:53Je pensais que Malcolm X,
12:54de toute façon,
12:55il aurait en vivé,
12:55bon, bref.
12:56C'est encore autre chose.
12:57Et puis,
12:58il y a cette culture francophone,
12:59en plus,
13:01qui peut être intéressante,
13:02justement,
13:03quand tu parles
13:04de franco-camournaise,
13:05de plusieurs...
13:06Enfin,
13:07la culture francophone,
13:08c'est pas la culture française.
13:09Tout à fait.
13:09Elle peut être beaucoup plus large
13:10et ça peut apporter ça
13:12à tous ces auteurs différents
13:14qu'on n'apprend pas à l'école,
13:16par exemple.
13:16Qu'on n'apprend pas,
13:17tout à fait.
13:18En plus,
13:18il y a plein d'autres...
13:18J'ai l'impression
13:19que grâce
13:22ou parce que,
13:22je sais pas,
13:24aux réseaux sociaux
13:25et à l'organisation
13:27de la diffusion,
13:28je pense,
13:28du savoir,
13:30il y a...
13:31Et aussi,
13:32parce qu'il y a les marges
13:33qui se font très vocales.
13:35Et tant mieux,
13:36d'ailleurs.
13:36Les podcasts,
13:36par exemple.
13:38les blogs,
13:39à l'époque...
13:40Les newsletters.
13:41Les newsletters,
13:43exactement.
13:44Bon,
13:45du coup,
13:45il y a ces figures
13:47qui ont toujours existé
13:48et qui sont plus connues.
13:51Mais c'est vrai
13:52que,
13:52par exemple,
13:53le fait qu'on connaisse...
13:55Maintenant,
13:56malheureusement,
13:56elle est décédée,
13:56mais le fait qu'on apprenne encore
13:59à connaître une Maryse Condé,
14:01le fait que là,
14:01récemment,
14:02il y a un film qui est sorti
14:03sur Fanon
14:04et il y a beaucoup de gens
14:04qui ne le connaissaient pas encore.
14:06Alors qu'il faut savoir
14:06que, par exemple,
14:07là,
14:07j'ai pris des exemples
14:09de caribéens,
14:10je crois que Maryse Condé,
14:10il me semble,
14:11si je dis pas de bêtises,
14:12elle est guadeloupéenne.
14:14Et France Fanon,
14:14c'est un grand auteur.
14:17Martinique,
14:17qui a contribué aussi,
14:19d'ailleurs,
14:19à la...
14:20Comment dirais-je ?
14:21Au mouvement des coloniaux algériens.
14:24C'est pas décoloniaux le mot,
14:25mais j'ai plus le mot...
14:28Anticolonialistes algériens.
14:30C'est des grandes figures,
14:31c'est des figures internationales.
14:32Il faut savoir qu'elles sont apprises
14:33dans le monde entier.
14:34Et en France,
14:35c'est à peine si on les a...
14:36La première fois que j'ai entendu
14:38parler de Fanon,
14:38c'était à l'étranger.
14:39C'était un cursus à l'étranger.
14:41Ma mère m'a dit la même chose.
14:42Elle est partie en Hongrie.
14:43Alors déjà,
14:44en Hongrie,
14:46ils connaissaient
14:46et elle était dans un...
14:48Justement,
14:48elle était dans un cours
14:49avec plein de personnes étrangères.
14:50Les gens connaissaient Fanon.
14:52En France.
14:53Et ma mère m'aimée,
14:54elle est martiniquaise en plus.
14:55En France,
14:55mais c'est à peine si...
14:56Bon,
14:57elle est brillante par ailleurs,
14:59mais...
14:59Donc,
14:59elle le connaissait un peu,
15:00mais c'est à peine si on le mentionne.
15:01Et là,
15:01c'est le premier grand film
15:02sur Fanon
15:03qui vient de sortir.
15:05Fallait voir
15:05tout ce que ça a demandé
15:06pour qu'il soit...
15:09Pour qu'il soit...
15:10Voilà,
15:10qu'il soit célébré.
15:11Plus diffusé.
15:11Qu'il soit diffusé.
15:14Donc voilà,
15:15donc c'est quand même...
15:16Ça dit quand même des choses.
15:17Et mes Césaires aussi,
15:18tout à fait,
15:19je vois dans le cas.
15:20Ça me fait penser aussi,
15:21on a fait l'an dernier
15:23un format avec Tani
15:24sur des femmes oubliées.
15:26Et il y avait notamment...
15:27Elle avait fait un format
15:28sur Ozan Palsy.
15:29Oui !
15:30Et tu te dis,
15:30mais en fait,
15:31une Française oscarisée...
15:32Enfin,
15:32c'était...
15:33C'est fou le parcours de cette femme.
15:35Elle a été totalement nextée, quoi.
15:37Totalement.
15:37Totalement.
15:38Heureusement.
15:38C'est pour ça que je me dis
15:39tout petit,
15:40de manière vraiment lente,
15:43il y a un petit changement
15:44parce qu'effectivement,
15:45il y a une rétrospective
15:46au Centre Pompidou
15:47l'année dernière,
15:48mais par exemple,
15:49une pareille de mes amies
15:50qui est vraiment quelqu'un
15:52qui a vraiment œuvré aussi
15:53pour le travail
15:54de vulgarisation sur Internet.
15:57Elle s'appelle Mélissa
15:57qui m'a fait découvrir,
15:59par exemple,
16:00cette réalisatrice
16:01que je ne connaissais pas du tout,
16:02Sarah Maldoror.
16:03Là,
16:03de plus en plus,
16:04on commençait à en parler
16:05parce qu'elle a filmé
16:06justement des mots...
16:08son travail,
16:09c'est aussi sur
16:10les mouvements anticoloniaux,
16:12etc.
16:13Ça se fait de plus en plus,
16:14mais c'est lent.
16:15Après,
16:15j'essaie toujours de me dire
16:17que les changements,
16:18parfois,
16:19en général,
16:20les changements,
16:20ils ne sont pas vraiment
16:21à vie humaine.
16:22À la fois,
16:22ils sont à vie humaine
16:23et en même temps,
16:24ils le sont pas.
16:24Mais c'est difficilement
16:25mesurable à vie humaine,
16:26parfois.
16:27Tout à fait.
16:27Et puis même,
16:28par exemple,
16:28et ce n'est pas du tout
16:29pour s'en féliciter,
16:30mais je me dis,
16:31voilà,
16:31moi,
16:31quand j'étais plus jeune,
16:32à 18-19 ans,
16:33je disais,
16:34je ne suis pas féministe,
16:35mais je pense qu'elles ont raison.
16:37Je pense qu'il y a
16:37beaucoup de jeunes filles
16:38maintenant
16:38qui ne vont pas prononcer
16:39cette phrase.
16:40Soit elles ne sont pas féministes
16:41ou si elles sont féministes,
16:43elles vont le dire tout de suite.
16:44Ce ne sera même pas une question.
16:46Après,
16:46attention,
16:47parce qu'il y a des mésis
16:47qui s'affirment féministes,
16:49toutes en les trompent pas du tout.
16:50mais bon,
16:52je ne parlais pas
16:53des lesquels en telle conscience.
16:55Je ne parlais pas
16:55des d'un profil.
16:56C'était parce qu'il fallait
16:57faire le bingo
16:58extrême droite
16:58commencé par Julia
16:59tout à l'heure.
17:01Non,
17:01mais je pense qu'il y a
17:03quand même des changements
17:04qui s'opèrent malgré tout,
17:05même si c'est lent,
17:06même si c'est lent
17:07parce qu'ils sont retenus
17:08par le pouvoir.
17:10Mais je pense qu'il y a
17:11quand même des choses
17:11qui sont aussi
17:14qui sont de plus en plus dites.
17:15Il y a des choses
17:16qui sont symboliques
17:17et nous,
17:17je pense qu'on est à l'humanité
17:19donc je pense que ce qui compte
17:20c'est quand même
17:20les changements matériels.
17:21Mais par exemple,
17:22je pense à Paulette Nardal,
17:24on parle de plus en plus
17:25de Paulette Nardal,
17:27des sœurs Nardal,
17:28typiquement,
17:29qui sont donc des autrices,
17:30qui sont les mères
17:30de la négritude
17:31et pourquoi elles sont
17:32les mères de la négritude
17:33parce que c'est elles
17:33qui ont traduit
17:34beaucoup de textes
17:35de la Arlène Renaissance.
17:36Bref, on ne va pas
17:37faire un cours là maintenant.
17:37Et qui faisaient des salons.
17:39Qui faisaient des salons
17:40et qui traduisaient
17:41en fait les textes.
17:42Donc c'est aussi pour ça
17:43qu'Aimé Césaire et Senghor,
17:45ils ont pu aussi
17:45avoir accès à ces textes
17:48parce qu'en fait,
17:48elles traduisaient aussi
17:49ces textes.
17:50Bon, l'année dernière,
17:51pendant les JO,
17:52on n'aime pas les JO,
17:52etc.
17:53Mais il y avait une statue.
17:53Je me dis,
17:54ça aurait été impossible
17:55il y a dix ans.
17:55Je ne dis pas
17:56que la statue,
17:57clairement,
17:57ça a changé les choses
17:58parce que ça n'a pas changé,
17:59ça n'a pas non plus
18:00changé les choses.
18:01Ce n'est pas en nommant
18:02des choses que,
18:02enfin,
18:03ce n'est pas en rendant
18:05monuments que ça change.
18:06Mais néanmoins,
18:07on peut quand même...
18:08Et le symbole ne suffit pas,
18:09mais ça fait quand même plaisir
18:10et ça plante
18:11des petites graines aussi.
18:12Et surtout,
18:12ça montre que,
18:13en fait,
18:14s'ils font ça,
18:14c'est qu'ils n'ont pas le choix.
18:16Donc,
18:16du coup,
18:16ils se disent
18:17qu'il y a un enjeu
18:18de le faire.
18:20Et ça,
18:20c'est important
18:21de se dire,
18:22ah ouais,
18:22même si le pouvoir,
18:23il n'est pas immense,
18:24ce n'est pas le pouvoir
18:24du grand soir
18:25comme on l'aimerait,
18:26mais il est quand même présent.
18:27Parce que je pense
18:28que c'est aussi important
18:29et je veux vraiment
18:29en profiter aussi
18:30de dire ça.
18:32Et on voit avec
18:33Solimov aussi pareil.
18:34En fait,
18:35je pense que quand on est
18:36concentré sur la réaction,
18:38on se rend,
18:38on oublie qu'on a pas...
18:39On oublie qu'on a du pouvoir,
18:40en fait.
18:41Et c'est aussi,
18:41c'est aussi d'ailleurs
18:42le rôle des structures oppressives,
18:46c'est de nous faire,
18:47de nous déposséder
18:48de notre pouvoir.
18:49Et en fait,
18:49on en a.
18:50Je ne dis pas
18:50qu'encore une fois,
18:51on a le pouvoir
18:52de la nusque.
18:53Mais tu vois,
18:54bingo,
18:54extrêmement hot, là.
18:56Mais on en a.
18:57Ouais.
18:58Mais justement,
18:58sur ça,
19:00moi,
19:00ce que tu dis
19:00sur la dépossession
19:02du pouvoir,
19:03tout ça,
19:03ça me fait penser
19:03à une question
19:04que Karine,
19:04tu avais sur le pouvoir
19:06financier, en fait.
19:07Ouais,
19:07sur l'indépendance économique,
19:08parce que je trouve
19:09que dans ton livre
19:11principalement,
19:12aussi dans ton roman
19:13« Et refleurir »,
19:14qui est remarquablement écrit.
19:15Oh, merci.
19:16Non, c'est un très,
19:16très beau récit.
19:18Je l'ai fini
19:18il n'y a pas longtemps,
19:19en plus.
19:20Ça fait longtemps
19:22que je n'arrive pas
19:22à lâcher le livre
19:23dans le métro.
19:24D'habitude,
19:25tu vas te rejouer
19:26un entre nos armes.
19:27C'est bien d'être là.
19:29En plus.
19:30Merci.
19:31Oui,
19:31tu parles justement
19:32de ces femmes
19:33qui sont sans cesse
19:33mises en difficulté financière
19:35parce qu'elles sont
19:36entraînées vers la précarité,
19:38c'est quand même au corps,
19:39parce qu'elles sont veuves,
19:40parce qu'elles ont
19:41des enfants à charge
19:42et que le mec,
19:43il n'assume pas,
19:43le père s'en va,
19:45parce que les frères
19:46ou compagnons,
19:47ils récupèrent,
19:48ils s'approprient
19:49l'argent que tu gagnais.
19:50Est-ce que tu penses
19:51qu'on sous-estime
19:52la dépendance économique
19:53des femmes
19:54pour accepter
19:55à leur émancipation ?
19:57Oui,
19:58je pense que vraiment,
19:59c'est clé,
19:59c'est fondamental.
20:01Je pense que,
20:02pourquoi ne serait-ce que…
20:03Parce qu'en fait,
20:04si tu as une indépendance financière,
20:06je pense que mentalement,
20:07tu peux te dire
20:07« Ok, je peux partir ».
20:09Alors que quand tu n'en as pas,
20:11et surtout quand tu as des enfants,
20:13parce que moi,
20:14je vis célibataire,
20:15donc c'est encore autre chose,
20:16mais quand tu sais
20:16que tu as une bouche à nourrir,
20:18c'est cette espèce de poids
20:19en te disant
20:20« Mais en fait,
20:20comment je vais faire ? »
20:22Ça se trouve,
20:22« Je n'ai pas accès aux cartes bleues,
20:25je n'ai pas de travail »
20:26ou « J'ai un travail,
20:28mais ce n'est pas assez cher.
20:29Comment je vais faire
20:29pour déménager ? »
20:30« Trouver un appartement ? »
20:31« Est-ce que j'ai des fiches de paix ? »
20:39« J'ai émancipé tout simplement ? »
20:41Je crois que je voulais dire quelque chose.
20:43Non, c'était…
20:44Par rapport à ce que tu disais tout à l'heure,
20:47je suis un petit retour à rien,
20:48mais ça va mourir à ce que c'est de savoir justement
20:50quel a été peut-être le point de bascule
20:52sur le moment
20:54où tu as commencé à te définir comme féministe.
20:57Est-ce que tu te souviens
20:57s'il y a eu un point de bascule ?
20:58Est-ce que tu disais ?
20:59Je ne disais pas que j'étais féministe,
21:00mais j'étais d'accord avec elle.
21:02Et finalement,
21:02où est-ce que ça fait ?
21:03J'imagine que ça s'est fait progressivement,
21:04mais est-ce que tu te souviens
21:05à partir de quand
21:05tu as commencé à te définir comme telle
21:07et est-ce que ça a changé pour toi
21:08peut-être de le verbaliser
21:09ou au contraire,
21:10ça n'a pas changé grand-chose ?
21:11Je crois que c'était à 19-20 ans,
21:13j'étais sur un forum
21:14avec plein de femmes
21:16qui s'appelaient mademoiselles à l'époque.
21:18Et ouais,
21:19là, on va dans les archives.
21:21Et en fait,
21:22sur ce forum,
21:23il y avait plein de féministes
21:23et à chaque fois,
21:24je me disais « mais elles ont raison ».
21:25Et en plus,
21:26je lisais toujours des féministes
21:27qui étaient ultra radicales
21:29et je me disais
21:30« Oh là là,
21:30elles sont quand même radicales. »
21:31Mais ça me faisait du bien,
21:32de lire des féministes radicales.
21:34Ça t'a ouvert ta fenêtre d'Overton.
21:36Ouais, exactement.
21:37C'était vraiment ça.
21:37C'était vraiment la fenêtre d'Overton.
21:39Ça me l'a vraiment ouvert.
21:41Et après,
21:42à un moment,
21:42je me suis dit
21:42« mais il ne faut pas dire
21:43que tu n'es pas féministe
21:44parce qu'en fait,
21:44tu es féministe. »
21:45Et quand j'ai dit ça,
21:45personne n'était surpris.
21:46Tout le monde disait
21:46« un bonnet blanc ».
21:50« Ah bon ? »
21:51Donc voilà.
21:53Mais je crois que c'était
21:54vers la vingtaine,
21:55début vingtaine,
21:56je pense 20-21 ans,
21:57où en fait,
21:59je trouvais que c'était
22:00vraiment un disclaimer inutile.
22:02Ça n'avait ni queue ni tête,
22:03en fait.
22:03Je venais dire
22:04« je ne suis pas féministe ».
22:06Et en fait,
22:06je pense qu'aussi,
22:07le fait de me dire ça,
22:08c'est parce que j'avais peur
22:09de la réaction des autres.
22:11Et je pense qu'au bout d'un moment,
22:12je me suis dit
22:13« c'est bon, fuck it ! »
22:15« Excusez-moi,
22:15on a droit de juré ici. »
22:17« Oui, on a droit. »
22:18« C'est bon. »
22:19Non, mais je me suis dit
22:20« mais en fait,
22:21peu importe, en fait.
22:22On va me prendre
22:23comme on va me prendre.
22:24Et puis voilà.
22:25Et puis en plus,
22:26elles ont raison.
22:27Donc pourquoi je...
22:30En fait, je fais partie...
22:30En fait, je suis féministe.
22:31Donc...
22:32Tu avais pris ta place.
22:33Tout à fait.
22:34Et je pense que ce qui m'a aussi
22:35beaucoup aidée,
22:35c'était aussi de me dire
22:36que j'étais afroféministe.
22:39Donc c'est-à-dire
22:39que j'avais aussi trouvé
22:40un espace
22:41où la question raciale
22:43et la question de genre,
22:44des discriminations de genre
22:45et la question
22:46des discriminations liées
22:47à la race,
22:49entre guillemets,
22:50on va dire ça
22:50vraiment très rapidement,
22:52en fait, c'était lié.
22:53Et en fait, je me suis dit
22:54mais c'est littéralement
22:55ce que ma mère me dit
22:55depuis que je suis petite.
22:56Donc ça fait sens, en fait.
22:58En fait, c'est comme si...
22:59Vraiment, je me suis dit
23:00mais bien sûr, c'est logique.
23:02Comme si c'était quelque chose
23:03que je savais déjà.
23:04Donc en fait,
23:05ne pas me reconnaître là...
23:09Bon déjà, afroféministe,
23:10je pense aussi,
23:10c'était quelque chose
23:11qui a été...
23:12Le terme,
23:13pas le mouvement.
23:15Le terme,
23:15c'était quelque chose aussi
23:16qui a été créé
23:17en collaboration
23:17avec des gens
23:18que je respectais énormément, etc.
23:20Donc du coup,
23:20ça me paraissait aller de soi.
23:24Mais du coup,
23:25c'est vraiment...
23:25Je me suis dit
23:26mais c'est moi, en fait.
23:27Enfin, pas c'est moi
23:28parce que c'est pas une identité
23:29mais c'est vraiment
23:29ce en quoi je crois.
23:30Ce sont des valeurs
23:31qui me parlent,
23:33qui font sens.
23:34Donc pourquoi j'en aurais honte ?
23:37Surtout quand on sait
23:38ce que c'est que le féminisme.
23:40C'est vraiment...
23:41Et l'afroféministe,
23:42c'est des mouvements
23:43d'émancipation,
23:44de libération, en fait.
23:45C'est beau.
23:46C'est magnifique, en fait.
23:49C'est de se dire
23:50qu'on a le droit
23:50d'exister,
23:52de se tenir droite
23:52et de ne pas être exploité.
23:54Waouh, c'est génial.
23:55Mais ça fait chaud ici, quoi.
23:56Ça irradie un petit peu.
23:57C'est clair.
23:58On courbe moins les épaules.
24:00Mais c'est ça.
24:00Et justement,
24:02sur ce que tu dis
24:02sur l'afroféminisme,
24:03moi, je me souviens,
24:04on a reçu Angela Davis
24:06à la fête de l'humanité.
24:07Enfin non.
24:08Cette année,
24:09c'était un magnifique moment.
24:10Et peut-être,
24:11on va voir à l'écran,
24:12mais elle nous a dit
24:13cette chose
24:13qui m'a beaucoup marquée.
24:15C'est lorsque ce sont
24:16les droits des femmes noires
24:17qui avancent,
24:18tous les droits
24:19de tout le monde avancent.
24:23c'est les groupes
24:24les plus minorisés.
24:26Forcément qu'avancer
24:27leurs droits,
24:28ça va rapporter
24:29à tout le monde.
24:30Et est-ce que toi,
24:31c'est une observation
24:31que tu partages ?
24:33Moi, je pense qu'effectivement,
24:35quand on parle des femmes noires,
24:36on parle de l'humanité.
24:38Ce qui touche
24:38des femmes noires,
24:39en plus,
24:40comme c'est un groupe
24:40quand même extrêmement divers,
24:42il y a des femmes noires
24:44d'orientation de genre différent,
24:46il y a des femmes noires
24:48d'orientation de genre,
24:49je veux dire,
24:50c'est pas ça que je voulais dire.
24:53D'expression de genre ?
24:54D'expression de genre,
24:56mais même aussi
24:56qui appartiennent à...
24:57qui sont homosexuelles,
24:59qui sont lesbiennes,
25:01qui sont queers,
25:02qui sont des femmes trans aussi,
25:04intersexes, etc.
25:06Il y a des femmes
25:07qui sont musulmans,
25:08des femmes noires musulmanes,
25:09il y a des femmes noires juives,
25:11il y a des femmes noires grosses,
25:14il y a des femmes noires
25:14travailleuses du sexe,
25:15il y a des femmes noires...
25:16Voilà.
25:17Je pense que considérer
25:19que ces personnes
25:20appartiennent à l'humanité
25:26et ça, c'est moi
25:27en tant que fille de gauche,
25:29je considère qu'appartenir
25:30à l'humanité,
25:30ça veut dire avoir droit
25:32à une vie douce
25:34et remplie,
25:35et pleine,
25:36et libre,
25:36et vibrante.
25:38Quel que soit ce que ça veut dire,
25:39tout le monde est pas obligé
25:39d'être poétesse.
25:40On peut vibrer dans son jardin.
25:42Bien sûr.
25:42Le droit à la joie.
25:43Voilà, voilà.
25:44Le droit à la joie,
25:45le droit à la douceur,
25:47à la protection,
25:48à la liberté.
25:51Ben, je crois que
25:52si on regarde
25:55les femmes noires
25:55et comment elles sont traitées
25:56et tout ce qui les empêche
25:57dans cette joie,
25:58dans cette liberté,
25:59dans cette expression
26:01d'elles-mêmes
26:02qui leur permettent
26:03d'expérimenter cette vie
26:04le plus...
26:07Librement.
26:08Librement, joyeusement,
26:09pleinement possible.
26:11Je pense qu'effectivement,
26:12si on essaye
26:13de faire en sorte
26:14que ces oppressions reculent,
26:16ça allège
26:17beaucoup de gens aussi.
26:19Voilà.
26:20Je pense qu'il y a d'autres aussi
26:21groupes qui sont concernés.
26:23Je pense à ça parce que
26:24je viens de voir
26:25un Jadé Vif
26:26qui a un Kéfi
26:27et du coup,
26:27je pense au génocide
26:28et je me dis
26:28là aussi, c'est pareil
26:29au génocide à Gaza.
26:31Elle en avait parlé
26:32de mémoire d'ailleurs
26:33dans cette table ronde
26:36qu'il y a eu
26:36à la fête de l'humanité.
26:38C'était assez émouvant.
26:39Tout à fait, en fait.
26:40Ces génocides
26:41qui déshumanisent,
26:43vraiment, en fait,
26:43qui nous flétrissent,
26:45en fait.
26:46Le fait de voir
26:47qu'il ne se passe rien,
26:49c'est comme si ça
26:51disloquait l'âme.
26:52Vraiment, je pense.
26:53Vraiment, je pense qu'on marche
26:53en étant disloqués.
26:56Ces génocides
26:56qui arrivent aussi,
26:57ces crimes
26:59qui arrivent au Soudan,
27:00ce qui se passe au Congo.
27:02Tout ça, en fait,
27:03quand on pense
27:05à un monde
27:05qui fait en sorte
27:06que les personnes
27:07qui sont les plus minorisées,
27:08les plus oppressées
27:09peuvent vivre et vibrer,
27:11je pense que ça nous élève tous.
27:14On s'élève tous.
27:15Et les femmes noires
27:15en font partie,
27:16mais il y a évidemment
27:17d'autres groupes,
27:17je pense à ça.
27:18Il y a d'autres groupes aussi
27:19qui, en les élevant,
27:21on s'élève tous.
27:22Et ce n'est pas notre but.
27:24C'est peut-être spirituel,
27:25cette manière de penser,
27:26mais ça se concrétise.
27:28Ça peut être matériel aussi.
27:30D'ailleurs, pour moi,
27:31ce n'est pas du tout antinomique.
27:34Je veux dire,
27:34ça se matérialise aussi.
27:38Je pense que c'est aussi
27:39l'objectif des mouvements de gauche,
27:40objectivement.
27:41L'élévation.
27:42L'anticapitaliste aussi,
27:43de ne pas le détruire,
27:44de ne pas être dans la compétition,
27:45mais au contraire,
27:46dans l'émancipation
27:47et l'élévation.
27:48Tout à fait.
27:49Et vibrer et vivre.
27:51Voilà.
27:53Écoute, c'était d'ailleurs
27:54dans le Conseil National de Résistance,
27:56il a appelé son programme
27:57Les Jours Heureux.
27:57Je trouve qu'on y retombe.
27:59Mais totalement !
28:00À chaque fois,
28:01je vais en parler.
28:01À chaque fois,
28:02je dis ça.
28:03Et puis, je pense qu'aussi,
28:04parfois,
28:04les gens en profitent
28:05parce que je suis allumable
28:05donc je peux faire
28:06pas mon coup de gueule,
28:07mais je pense qu'on oublie
28:08à quel point c'est magistral
28:09que des gens,
28:11que ce soit au 19e siècle,
28:12au 20e siècle,
28:13ont pensé l'émancipation.
28:14Franchement,
28:15il fallait être fou.
28:16Mais oui.
28:16Il fallait être fou,
28:17en fait,
28:17pour pouvoir imaginer
28:18un autre monde
28:19dans des conditions pareilles.
28:20Et même dans des périodes
28:23de destruction totale.
28:24Après-guerre,
28:25on était dans un...
28:26Tout le monde était malade,
28:29mort.
28:30Et c'est là
28:31où on a créé
28:31l'émancipation pour tous,
28:33les services publics,
28:36la sécurité sociale.
28:37C'est quand même extraordinaire.
28:38Moi, je suis désolée.
28:39Moi, je pense qu'il faut
28:40être en dehors de la raison.
28:41Et du coup,
28:42je suis sûre
28:42qu'il y avait quand même
28:44un côté de foi,
28:45de spiritualité
28:46parce que pour penser à ça,
28:47à ces moments-là,
28:48il faut sortir de soi-même.
28:50Il faut se dire
28:51que tout est possible.
28:53Mais c'est magistral,
28:54c'est magique.
28:55Et c'est vraiment
28:55notre héritage en plus.
28:56Oui.
28:57Enfin...
28:58Est-ce que Bell Hooks,
28:59avec son côté
29:00justement assez spirituel
29:02qui est dans un parallèle
29:04avec son académisme,
29:05en fait,
29:06parce que Bell Hooks,
29:06c'est assez incroyable
29:08la façon dont,
29:09dans ses ouvrages,
29:10elle est à la fois
29:11très universitaire
29:12et puis à la fois
29:13très spirituelle.
29:13Ça, ça t'a apporté aussi
29:14dans tes réflexions ?
29:15C'est quelque chose que...
29:17J'adore Bell Hooks.
29:19J'adore Bell Hooks pour ça.
29:20En plus,
29:21cette capacité,
29:22comme tu dis,
29:22à changer de langage.
29:24Et c'est toujours...
29:25Enfin, je trouve que c'est
29:26très intelligible.
29:28Et j'ai un sentiment aussi,
29:30quand je relis ça,
29:31qu'il y a des fois
29:31où j'ai compris quelque chose.
29:34Quand je lis sur les livres,
29:35par exemple,
29:35à propos d'amour,
29:36on parle beaucoup
29:36d'à propos d'amour.
29:39Mais par exemple,
29:39je relis à propos d'amour.
29:40Et bon,
29:41il y a certaines choses,
29:41je me dis,
29:42oui, bon, d'accord,
29:42je savais.
29:43Mais quand elle parle
29:44du divin, par exemple,
29:45et c'est juste après,
29:46elle nous a fait
29:46tous des textes
29:47sur l'émancipation
29:51anticapitaliste
29:51et le patriarcat
29:53et l'antiracisme
29:54et le racisme.
29:54Puis elle parle du divin
29:55et je me dis,
29:56ah ouais, mais tellement
29:58je comprends
29:58ce qu'elle veut dire.
30:00Et vraiment,
30:01mais parce que je pense
30:02que c'est des langues
30:03qui sont similaires.
30:04Vraiment,
30:05pour moi,
30:05je me dis,
30:06j'arrive aussi parfois
30:07à ces endroits-là
30:08parce que j'ai eu
30:09un héritage matérialiste,
30:10parce que aussi,
30:11j'ai été accompagnée
30:12par des héritages
30:13de personnes
30:13qui ont cru
30:15quand c'était impossible.
30:17Franchement,
30:18même j'imagine
30:19les communards aussi,
30:20il fallait être fou
30:22pour croire à ça,
30:23il fallait être fou
30:24pour croire
30:24à un monde meilleur.
30:26Il faut être,
30:27jusqu'à maintenant
30:28et encore plus maintenant
30:29ou toujours maintenant,
30:31il faut être fou
30:31pour croire
30:31à un monde meilleur,
30:32il faut être en dehors
30:33de la raison en fait.
30:35Et pourtant,
30:35c'est ça qui nous fait,
30:37qui nous élève justement.
30:38Ou est-ce que c'est pas
30:39l'inverse ?
30:40Parce que la folie,
30:41c'est pas justement
30:42d'être dans la compétition,
30:46dans le piétinage du voisin,
30:48de ne pas être dans
30:48l'attention à l'autre.
30:49C'est peut-être ça
30:50la folie en fait ?
30:51Peut-être,
30:51moi je prends la version.
30:54Je pense qu'on prend tout.
30:55Moi je prends la version,
30:57c'est eux qui se font.
30:59Et en plus,
31:00ils ne sont pas heureux.
31:00Moi, c'est ma théorie.
31:01Peut-être que c'est des joies
31:02différentes,
31:03mais ils n'ont pas l'air
31:04de kiffer personnellement.
31:05Et on parle là
31:07de s'émanciper en esprit,
31:09tout ça.
31:09Nous aussi,
31:10on voulait revenir avec toi
31:11sur le corps.
31:13Oui, ton essai.
31:13Sur ton essai
31:14« Je suis votre pire cauchemar »
31:16où tu interroges
31:17les fondements
31:17de la grossophobie.
31:18D'ailleurs,
31:19tu montres d'où ça vient,
31:21que ça vient de la société
31:22esclavagiste,
31:23en grande partie,
31:24tout ça.
31:25Et tu montres aussi
31:26comment la beauté
31:27c'est une construction sociale.
31:29Selon la société,
31:30c'est quoi un corbeau ?
31:32Je vais juste faire
31:33une petite parenthèse
31:34en disant
31:34« Je ne montre pas »
31:35parce que je pense
31:36que c'est important
31:36de rendre l'image
31:37à plein de chercheurs
31:39qui ont fait ce travail.
31:41Je ne me suis pas...
31:42C'est Dashaun
31:43qui avait fait
31:43« Belly of the Beast ».
31:45Il y a plein de textes
31:46qui ont été écrits
31:46sur la beauté avant moi.
31:47Mais c'est important
31:48de s'ancrer aussi,
31:49de s'inscrire dans une lignée.
31:51J'ai absolument rien inventé.
31:52Lisez quand même
31:52« Je suis votre pire cauchemar »
31:53Ça vous donne une petite entrée.
31:55Mais vraiment...
31:55Il y a une super bibliographie.
31:57Oui,
31:58parce qu'en fait,
31:58moi,
31:59je m'inscris dans une lignée.
32:01Je n'invente rien.
32:02Il y a des chercheurs
32:02incroyables,
32:03chercheurs,
32:03chercheuses
32:04qui font des travaux
32:05exceptionnels
32:06et c'est important
32:06de leur rendre hommage.
32:09Pour moi,
32:10un corbeau...
32:10En tout cas,
32:11ce qu'on nous dit
32:11dans la société,
32:12on va commencer comme ça.
32:13Ce que dit la société,
32:14c'est qu'un corbeau,
32:15c'est un corbeau
32:16mince.
32:16Et quand je dis
32:17un corbeau,
32:18je veux même dire
32:18un corbeau de femme beau.
32:20D'accord ?
32:21C'est un corbeau mince,
32:23jeune,
32:24qui a l'air
32:25visiblement jeune,
32:26donc je dirais
32:26sans ride,
32:29frêle,
32:31dominable,
32:32finalement,
32:33petit,
32:34étroit
32:35et d'une beauté
32:38qui ne bouge pas.
32:39Donc,
32:39on va dire,
32:40je pense que
32:42pour les...
32:42En tout cas,
32:43ce qu'on essaie
32:43de nous vendre,
32:44c'est que
32:44la meilleure période
32:45de ta vie,
32:45c'est 21 ans
32:46quand tu es une femme
32:47et il faut être blanche.
32:48Donc,
32:48si tu n'es pas blanche,
32:49déjà,
32:49bon,
32:50good luck.
32:51Pas de meilleur moment
32:52de ta vie.
32:52Voilà,
32:53si tu n'as pas les cheveux,
32:53si tu n'as pas les cheveux,
32:54ou si tu veux atteindre
32:56le meilleur moment
32:57de ta vie,
32:57achète un maximum
32:58de produits,
32:59change ton corps
33:00au maximum
33:00pour atteindre ça.
33:03Et même
33:04quand tu es une femme
33:04blanche mince,
33:05parce qu'en plus,
33:05moi,
33:06j'ai eu la chance
33:06d'être entourée
33:07de femmes blanches minces.
33:08Certaines étaient bourgeoises,
33:09elles n'étaient même pas bien.
33:10Donc,
33:10parce qu'il ne faut
33:10évidemment pas
33:11que les femmes,
33:12y compris les femmes belles,
33:14soient en agentivité
33:15face à leur pouvoir.
33:16Bien sûr.
33:17Dans le sens où
33:17il ne faut pas
33:17qu'elles l'utilisent quand même.
33:18Pas exagéré.
33:19Pas déconner.
33:20Elles ont droit
33:20d'être belles,
33:22mais comme des objets.
33:23Pas fière.
33:24Pas fière,
33:25pas arrogante,
33:26pas...
33:26Et comme tu dis,
33:27pas bruyante,
33:28mais attention,
33:29de toute façon,
33:29ça ne va pas durer.
33:30C'est ça.
33:30Et puis,
33:31il faut que tu la boucles aussi.
33:33Pas bruyante,
33:34tu ne prends pas de place.
33:36Exactement.
33:36Et franchement,
33:37excusez-moi,
33:37mais la mère
33:38parle de ta vie
33:38à 21 ans,
33:39quelle horreur !
33:40Je n'ai pas un coup de gueule.
33:41Mon Dieu,
33:42c'est horrible.
33:43Et puis aussi,
33:44ça te met dans,
33:45comme on le dit
33:46tout ensemble,
33:48je crois,
33:48ça te met aussi
33:49dans des stratégies
33:49où tu as peur en fait.
33:50À chaque instant,
33:51ta beauté,
33:51elle s'effondre
33:52et puis si tu es plus belle,
33:53tu n'existes pas.
33:57C'est très angoissant.
33:58Je pense que c'est aussi
33:58beaucoup de personnes
34:00qui sont angoissées
34:01aussi par rapport à ça,
34:02qui sont complexées.
34:04Après,
34:04j'utilise beaucoup
34:04le mot complexé,
34:05mais en fait,
34:05je ne suis pas sûre
34:06que je l'aime bien.
34:08Parce que complexé,
34:09c'est un peu limitant.
34:11En gros...
34:12Jugeant presque.
34:13Dans le sens où
34:13c'est toi qui es complexé,
34:14c'est toi le problème.
34:16Gars !
34:17On n'est pas dans une...
34:17Ou fille !
34:18On n'est pas dans une...
34:19gars étant neutre.
34:20On pourrait utiliser
34:21d'autres mots, bref.
34:24Comment tu veux
34:24ne pas être complexé
34:25en fait dans ce moment ?
34:27Et pour toi,
34:28c'est quoi un corbeau
34:29justement ?
34:30Pour toi ?
34:30Pour moi,
34:31c'est tous les corps.
34:33La vie,
34:33c'est magnifique.
34:34Je suis désolée,
34:35je pense qu'on ne se rend pas compte
34:36à quel point
34:37un corps,
34:37c'est magnifique.
34:39Un corps,
34:39c'est vibrant.
34:40C'est le témoignage
34:41de milliers et milliers
34:43de vies
34:43qui nous font amener
34:44jusqu'à là.
34:45C'est littéralement
34:46le temple
34:47de nos rêves,
34:48de nos espoirs,
34:49de nos orgasmes,
34:50de nos souvenirs,
34:52de nos beautés à vivre,
34:53de nos rires à vivre.
34:54C'est magnifique
34:56un corps,
34:56en fait,
34:57où on peut manger.
34:58Moi, j'adore manger.
34:58On peut boire,
34:59on peut dormir,
35:00on peut crier,
35:01on peut rêver,
35:02on peut embrasser,
35:03on peut tenir,
35:03on peut soutenir.
35:04Mais tous les corps
35:05sont beaux,
35:06en fait,
35:06dans cette logique-là.
35:07Après, évidemment,
35:08moi, je suis matrixée.
35:09Des fois,
35:09quand je regarde mon corps,
35:10je me dis,
35:10t'es trop grosse.
35:11Après, je me dis,
35:12mais souviens-toi,
35:13en fait.
35:14Souviens-toi.
35:14Comment ton corps
35:15te porte au quotidien.
35:16Mais c'est ça.
35:17Et comment il le temple
35:18aussi de beaucoup de choses.
35:19Sans lui,
35:19qu'est-ce que tu fais ?
35:20Rien.
35:22Donc,
35:24et puis,
35:25toute cette potentialité,
35:26en fait,
35:27toutes ces choses
35:28qui sont encore possibles,
35:29qui vont peut-être
35:30advenir,
35:30qui vont venir de toi.
35:33Tous ces moments,
35:34tous ces rires,
35:35tous ces espoirs,
35:36tous ces rêves,
35:37toutes ces créations,
35:39quelles qu'elles soient.
35:41Mais ça,
35:42mais comment on peut pas dire
35:43que c'est pas beau,
35:44ça ?
35:46Il y a quelqu'un dans le chat
35:48qui dit,
35:48vous dites les termes.
35:49Mais c'est clairement ça.
35:51C'est quand t'écoutants,
35:52ça met du baume,
35:53en fait.
35:53C'est-à-dire que c'est
35:54une forme de colère,
35:56mais qui est aussi,
35:58enfin,
35:58qui est,
35:59je trouve,
35:59qui est dans un parallèle
36:00avec une forme d'apaisement
36:01et de joie de vivre.
36:02C'est assez fascinant.
36:03Bravo.
36:04Merci.
36:05J'ai pas un écrivain.
36:08Comment fais-tu ?
36:09Parce que c'est vrai
36:10qu'avec le militantisme,
36:11parfois,
36:12on est épuisé
36:12et à t'écouter,
36:14c'est plein d'énergie.
36:17Après,
36:18je pense que déjà,
36:19je suis pas forcément
36:20tout le temps
36:20face aux choses horribles.
36:23Moi,
36:23je pense que c'est important
36:24de le dire
36:25parce que je suis quand même
36:26privilégiée, guys.
36:28Je suis pas en train de me...
36:29Je suis pas à Gaza, quoi.
36:31Même sans être à Gaza,
36:33je veux dire,
36:33je suis pas...
36:34Tu vois,
36:34t'es avocate,
36:35t'es confrontée constamment
36:37à la connerie des gens,
36:38à la connerie des institutions.
36:40Mais on serait fatigué à moins !
36:42Moins...
36:43Enfin, voilà.
36:43Donc déjà,
36:44je pense que ça,
36:44ça m'aime.
36:45Je pense que visiblement,
36:48certaines personnes
36:48m'ont dit
36:49que j'ai une capacité à la joie
36:50qui est plus simple que d'autres.
36:52Donc, je pense que du coup,
36:53c'est mon rôle
36:53d'être un peu en mode
36:54« Non, mais n'oubliez pas,
36:56ça va quand même ! »
36:57Voilà.
36:58Il y a plein de choses
36:59belles à vivre.
37:00Ouais !
37:00Et on est beaux, en fait.
37:02Ouais.
37:02Et on est beaux
37:04d'une manière
37:05qui est pas ce qu'on nous dit,
37:07en fait.
37:09Et aussi,
37:09après, c'est très égoïste.
37:10Parce que moi,
37:11je veux qu'il y ait plein de gens
37:12qui dansent avec moi.
37:13Je veux que les gens soient heureux
37:14avec moi.
37:15J'ai besoin que les gens soient
37:15heureux avec moi.
37:16Donc, je dis aux gens
37:17« Allez, abonnez ! »
37:17Parce qu'en fait,
37:18j'ai besoin de camarades de jeu.
37:19T'as besoin de villes d'un joint
37:20en collectif.
37:21C'est clair !
37:21Parce que la joie seule,
37:23c'est un peu boring, quoi.
37:24Désolée pour l'anglais,
37:25si, il en fallait au moins un.
37:28Mais voilà.
37:29Mais je pense que du coup,
37:29ça aide.
37:30Et je pense aussi que
37:32comme je suis poétesse,
37:34et je suis souvent dans ma tête,
37:34je suis souvent dans les nuages,
37:36mais aussi, je crée beaucoup.
37:37Et du coup, je crois que j'ai un...
37:39Alors, je vais pas vous cacher,
37:40c'est très dur pour m'a décrire.
37:42C'est le seul truc
37:42que je puisse faire de ma vie,
37:43mais c'est dur.
37:44Mais du coup, je crée.
37:46Tu vois ?
37:47Et donc, je suis en pou...
37:48Enfin,
37:49ma capacité de pouvoir,
37:50elle est là,
37:52tout de suite.
37:53Et je pense que
37:54comme je passe beaucoup de temps
37:54à réfléchir à ça,
37:55du coup,
37:56j'en ai vraiment conscience.
37:58Mais voilà.
37:59Mais je pense que...
38:00Je sais pas quoi dire d'autre,
38:01mais...
38:02Mais il y a un rapport...
38:03Moi, il y a quelque chose
38:04quand tu parlais du corps.
38:05Enfin, souvent,
38:06les femmes,
38:06elles sont envoyées,
38:07enfin, toujours,
38:08envoyées à leur corps.
38:09Et je trouve dans tes textes,
38:11notamment,
38:11je reviens au roman
38:13qui n'est pas que roman,
38:17puisqu'il y a aussi
38:18scandé à chaque chapitre
38:19par des poèmes.
38:20Et à un moment,
38:20tu parles de potrimoine.
38:23Et j'aimerais bien
38:24que tu nous développes ça,
38:26parce que...
38:26Sur ce que peut être
38:29comme richesse
38:29le corps pour une femme,
38:30peut-être ?
38:31Enfin,
38:31qu'est-ce que tu voulais dire
38:32avec ce très beau terme ?
38:34Merci.
38:35Moi, je pense que vraiment,
38:38je...
38:38Comment dirais-je ?
38:39Parce que j'ai passé
38:40beaucoup de temps
38:41à me détester ce corps.
38:44On m'a appris à le détester.
38:45On m'a plus facilement
38:46appris à me détester.
38:47Après, on m'a dit
38:48« Aime-toi ! »
38:48C'était vraiment bancal.
38:50Mais bon,
38:51on en parlera tout à l'heure
38:51de ça.
38:52Je pense qu'il a fallu,
38:53pour moi,
38:54une manière de récupérer
38:55ce corps
38:56et de me rappeler
38:58que ce corps,
38:59il est aussi
39:02le témoignage
39:02de mes ancêtres.
39:04Et comme je suis une femme
39:06dans un...
39:07En France,
39:08la question des origines,
39:09notamment les origines
39:10subsahariennes,
39:11c'est pas très bien vu.
39:12Ça a demandé
39:12tout un travail
39:14sur moi-même.
39:15Et il faut savoir
39:16qu'il refleurir,
39:17c'est l'histoire
39:18d'une femme
39:19qui décide
39:21qu'elle mérite mieux
39:22et qui part
39:23de son village
39:24et qui vit
39:24plein d'aventures.
39:25Bref,
39:25c'est l'histoire
39:26de ma grand-mère.
39:28Et donc,
39:28du coup,
39:29je crois que la question
39:30du potrimoine,
39:32je voulais raconter ça.
39:33En fait,
39:33qu'est-ce qu'il y a
39:33derrière nos peaux ?
39:34Qu'est-ce qu'il y a
39:35derrière nos corps ?
39:35Au-delà de...
39:38Comment dirais-je ?
39:40De...
39:42De ce à quoi
39:43on s'attache
39:44et c'est pas nous.
39:45C'est vraiment
39:46la société nous rappelle
39:47qu'on n'est pas assez
39:48ou on est trop.
39:49Par exemple,
39:49moi,
39:50je serais trop grosse
39:51ou je ne suis pas
39:52assez jeune
39:53ou je ne suis pas
39:54assez mince.
39:54Bref,
39:55peu importe.
39:56En fait,
39:56je me suis rappelé
39:56que mon corps
39:57est autre chose.
39:58Il est le témoignage
40:00et en même temps
40:01la maison d'autre chose.
40:03Donc moi,
40:03ce qu'il me parlait,
40:04c'était le rapport
40:05aux ancêtres,
40:06le rapport à Anyokon,
40:07mon village natal
40:09où je ne fais pas souvent,
40:10mais je porte ça en fait.
40:12Et ça,
40:12du coup,
40:13ça décale un peu la...
40:14Du coup,
40:15je crois que ça décale
40:17le regard.
40:17Je regarde plus seulement
40:18mon corps
40:19comme étant
40:20pas assez
40:20dans les normes
40:21de beauté,
40:22mais maintenant,
40:23il devient
40:23le témoignage
40:25d'une histoire
40:27multicentenaire.
40:28Donc,
40:29c'est pas exactement
40:30la même chose.
40:31Oui,
40:31t'as plus le même rapport
40:33juste jugeant
40:34que tu pouvais avoir
40:36sur ce corps
40:37ou juste,
40:38on va dire,
40:39esthétique
40:39avec tous les grands guillemets.
40:40Ça comporte quoi.
40:41Tout à fait.
40:42Et puis du coup,
40:43il y a aussi une question,
40:44mais là,
40:44je pense que c'est aussi
40:45encore une fois
40:45ma perspective
40:46sur beaucoup de choses
40:47qui ont changé
40:48à la fois
40:49de la question
40:50qui vient encore une fois,
40:52je pense que c'est important,
40:52je pense,
40:53chez plein de gens,
40:54ça peut être le cas,
40:55qui vient d'abord
40:56des matérialistes,
40:57mais aussi qui portent
40:59un héritage spirituel
40:59qui est aussi
41:00un héritage
41:01qui est le mien.
41:02C'est que je me dis,
41:03mais en fait,
41:04du coup,
41:04je suis...
41:07Et ça,
41:07je pense que j'en parle
41:08un petit peu
41:08dans Je suis votre pire cauchemar,
41:10mais là,
41:10j'approfondis sur la question.
41:13Si on nous dit constamment
41:14que nos corps
41:15manquent de quelque chose,
41:16manquent de beauté,
41:17manquent de capital,
41:18manquent de quelque chose,
41:19c'est beaucoup plus facile
41:20de nous opprimer,
41:21de nous hiérarchiser,
41:23de nous classer,
41:24de légitimer
41:24une forme de violence
41:26qu'on mériterait
41:27de manière intrinsèque.
41:28Mais si tu commences
41:29à dire que ton propre corps,
41:30en fait,
41:31il est magistral
41:33et magnifique
41:34pour des choses
41:34qui dépassent
41:35des classements de beauté.
41:37C'est plus difficile
41:39d'accepter l'oppression.
41:41C'est beaucoup plus difficile
41:42de se dire,
41:43« Ah non,
41:43mais attends,
41:43tous mes ancêtres,
41:44toute une lignée... »
41:48Moi, j'ai plein de frères et sœurs.
41:48Enfin, j'ai des frères
41:50et sœurs d'ailleurs,
41:51et donc, du coup,
41:51je ne suis pas la seule,
41:52mais moi,
41:52je porte une lignée.
41:54Et on porte tous,
41:55en fait,
41:55une lignée avec nous.
41:56Parfois,
41:57on n'a pas forcément
41:57les mêmes rapports
41:58avec nos parents
41:59ou nos racines,
42:00mais normalement,
42:01on porte des lignées.
42:02Oui, on est plus grand
42:03que soi-même.
42:03On est beaucoup plus grand.
42:04On est à la fois tout petit
42:05et à la fois,
42:06on est beaucoup plus grand
42:06que nous-mêmes,
42:07en fait.
42:08Donc, qu'est-ce qui justifie
42:10qu'on nous dise,
42:10« Ah oui,
42:11mais parce que du coup,
42:12tu as un an de plus
42:13ou dix ans de plus
42:13ou quinze ans de plus
42:14que la date de péremption
42:16déclarée,
42:17ça mérite que du coup,
42:18tu sois violentée,
42:20oppressée, etc. »
42:21Mais ça n'a aucun sens.
42:22Encore plus,
42:23comme tu dis
42:24en ayant ça en tête.
42:26Moi, je me permets
42:27de revenir sur la poésie.
42:28Oui.
42:29Parce que tu as dit,
42:29« La poésie est une autre
42:30de mes langues. »
42:32Depuis...
42:32Quand est-ce que tu as commencé
42:33à écrire de la poésie ?
42:35Toujours.
42:35Mais ne mentez pas.
42:36Combien d'entre vous
42:37ont écrit des poèmes
42:38chez vous quand vous étiez tiens ?
42:40Non, mais moi,
42:40mon journal
42:41devraient en être plein.
42:42Voilà.
42:43Mais...
42:46Quand est-ce que tu t'es dit
42:47« Je veux publier ça ? »
42:51Alors, moi,
42:52j'ai eu beaucoup de chance,
42:53mon privilège,
42:54je ne dis pas,
42:54un des deux, sûrement,
42:57de rencontrer
42:58d'autres autrices
42:59qui étaient
42:59et qui me ressemblaient.
43:01Parce que...
43:02Moi, j'ai toujours voulu
43:03être écrivain.
43:04Toujours.
43:05J'ai toujours écrit,
43:07mais pendant très longtemps,
43:08et c'est normal,
43:09d'ailleurs,
43:09elle n'a pas tort.
43:10Ma mère me disait
43:10« Mais OK,
43:10mais comment tu vas vivre ? »
43:11Elle n'a pas tort, d'ailleurs.
43:13Mais c'est une crainte
43:14qu'ont beaucoup de parents,
43:15de toute façon.
43:16Tout à fait.
43:17Et encore plus
43:18quand tu es des personnes
43:19immigrées
43:20qui sont dans le pays
43:21depuis,
43:22comparativement à d'autres,
43:23beaucoup moins longtemps,
43:24qui ont des racines
43:24un peu plus friables,
43:25on va dire,
43:26que d'autant que ça se comprend.
43:29Mais du coup,
43:30c'est un rêve
43:30que je mettais un peu de côté.
43:32J'ai toujours écrit,
43:32mais je mettais ça de côté.
43:33En fait,
43:33j'ai rencontré des femmes
43:34qui me ressemblaient
43:36qui écrivaient.
43:37Et moi,
43:37en fait,
43:37il faut savoir quelque chose
43:38que c'est que
43:41je suis un peu envieuse.
43:44Quelqu'un m'a dit
43:44« Il faut que tu arrêtes
43:45de dire ça,
43:45mais c'est un peu vrai. »
43:47Je regarde les autres
43:48et je me dis
43:49« Mais moi,
43:49je ne le fais pas,
43:50mais ça me saoule. »
43:51Et moi,
43:51quelque chose qui me saoule
43:52vraiment,
43:52c'est de ne pas
43:54réaliser mes rêves.
43:55J'ai vraiment un enfant
43:56par rapport à ça.
43:57Mais t'as un côté un peu
43:58« Mais pourquoi pas moi ? »
43:59Mais vraiment,
44:00vraiment,
44:00je me dis
44:00« Mais pourquoi pas moi ? »
44:01Et surtout,
44:02à la fin de ma vie,
44:02je n'ai pas envie d'être aigri.
44:03C'est mon pire cauchemar,
44:04vraiment pour le coup.
44:05Je me dis
44:06« Je ne veux pas être
44:06à la fin de cette vie
44:07et me dire
44:07que je suis passée
44:08à côté de quelque chose. »
44:09Et comme je trouve
44:11qu'en général,
44:13j'aime bien rencontrer des gens,
44:15je n'ai pas envie
44:15d'être jalouse.
44:16Je n'ai pas envie de me dire
44:17« Je suis jalouse
44:18parce qu'il m'a manqué
44:18quelque chose
44:19et il m'a manqué de courage.
44:20J'ai eu peur, etc. »
44:21J'ai toujours peur.
44:22Je suis une flippette.
44:23Ça ne doit pas les deux.
44:25C'est vrai ?
44:25Si, si, si.
44:26J'ai souvent peur.
44:27Mais j'ai peur
44:27d'un quelque chose
44:28qui est plus grand
44:28qui est passer à côté de ma vie.
44:30Ça, c'est une peur
44:30vraiment fondamentale.
44:32De toute façon,
44:33le vrai courage,
44:33c'est d'avoir peur
44:34et d'y aller.
44:35Oui, exactement.
44:36Mais après,
44:36quand tu n'as pas le choix,
44:37j'essaie de ne pas y aller.
44:38Ça, c'est ma fille.
44:42Donc, du coup,
44:43c'est ça qui m'a vraiment poussée
44:44vraiment d'être entourée
44:49mais en fait,
44:49ton rêve est possible.
44:50Parce que là,
44:51vous me voyez,
44:51j'ai 33 ans.
44:52Mais quand j'avais 22,
44:5222, 23 ans,
44:53j'avais encore plus peur.
44:55Je mettais beaucoup de temps
44:56à faire des choses.
44:56Je me disais
44:57« Bon, bon, bon, bon, bon. »
45:01Merci.
45:02« 66, 63, mips. »
45:05Et je suis d'accord.
45:06On a vraiment une commune
45:08qui est vraiment trop cool.
45:09Merci le chat
45:09pour vos interventions.
45:11Encore une fois,
45:12n'hésitez pas à poser des questions.
45:15Mais ce que je voulais dire,
45:16c'est juste que
45:17j'ai eu la chance
45:18d'avoir des étoiles
45:19qui étaient proches,
45:20qui me ressemblaient.
45:21Et du coup,
45:21je me suis dit
45:22« Mais allez, moi aussi,
45:23j'y vais. »
45:24Alors,
45:24est-ce que j'aurais pu
45:27imaginer
45:28ce qui allait se passer,
45:29tout ce qui s'est passé
45:29avec nos humanités révoltées ?
45:31Absolument pas.
45:32Je n'ai pas écrit pour ça.
45:33J'ai écrit parce que
45:34j'étais en vrac
45:34et il fallait écrire.
45:36Tu avais un besoin viscéral.
45:37Tout à fait.
45:38C'est pour ça que la poésie,
45:39c'est la vie aussi
45:40par rapport à ça.
45:41Et autre chose,
45:42je pense qu'aussi,
45:42j'ai rencontré
45:43d'autres types d'écriture aussi.
45:47D'autres types de poésie.
45:51Donc, en fait,
45:51je pense que j'avais aussi
45:52un rapport à la poésie
45:53qui était un peu moins distant
45:54que d'autres personnes peuvent...
45:57Non, ma phrase n'est pas bonne.
45:58J'avais un rapport à la poésie
46:00qui était moins distant
46:01que pour d'autres personnes.
46:03C'est toujours pas bon, même ça.
46:04Oui, mais on voit ce que tu veux dire.
46:05On a compris.
46:06Ça serait moins éloigné
46:08dans la pratique, peut-être.
46:11Oui, puis moi, vraiment...
46:12Parce qu'il y a beaucoup de gens
46:13qui m'ont dit
46:13« Mais la poésie, vraiment, non. »
46:15Jusqu'à maintenant,
46:16on continuait à me dire
46:16« Ça, non, vraiment, la poésie... »
46:18Ça change par rapport à 2018.
46:20Mais vraiment, on me dit...
46:21Je pense que plein de poétesses...
46:23Je vais faire des petits shout-outs.
46:25Comme Douce Dibondo
46:26ou Lisette Lombé
46:27ou Joël Sambi
46:29ou Rimbattal.
46:30Je pense que beaucoup d'entre elles
46:32ont pu entendre aussi ça.
46:33Moi, on m'a dit
46:34« Vraiment, la poésie,
46:34c'est pas mon truc. »
46:35Parce qu'on a un souvenir
46:36de la poésie
46:37qu'il faut apprendre par cœur
46:39avec aucune sensation,
46:40aucune émotion
46:42et juste la note.
46:43Ce qui est quand même
46:43la pire manière
46:44d'apprendre la poésie.
46:45Et les alexandrins ?
46:46C'est peut-être des formes
46:47très classiques,
46:49très cadrées,
46:51restreintes ?
46:52Restreintes, cadrées,
46:54incompréhensibles aussi.
46:55On ne comprend pas...
46:56Parce que moi,
46:56je ne comprends ça que récemment.
46:58Je me disais
46:58« Ah ouais, quand même,
46:59ils étaient forts ! »
47:00Et puis,
47:01des gens qui sont morts
47:02il y a 200 ans...
47:04Moi, j'ai rien...
47:04300 ans, 400 ans même...
47:06J'ai rien vraiment
47:06contre ce qu'on appelle
47:07les classiques.
47:08Mais comment voulez-vous
47:09que les gens,
47:10ils se voient...
47:11Eux, enfin,
47:12ces poètes,
47:13même Victor Hugo, etc.,
47:15ils écrivaient pour
47:15leur contemporain.
47:16Bien sûr.
47:17Donc,
47:18il faut...
47:19Si on veut apprendre la poésie,
47:21il faut apprendre
47:21la poésie contemporaine,
47:22même si on veut prendre
47:23des formes rigides,
47:24etc., en fait.
47:25Sinon, ça n'a aucun sens,
47:26en fait.
47:27C'est pour ça qu'en plus,
47:28en plus,
47:29on note les gens.
47:30On leur dit
47:30« Allez, vas-y,
47:31va devant toute la classe
47:32et récite un truc ! »
47:33Mais non,
47:33mais c'est le pire truc à mort !
47:35C'est très triste
47:36de ne pas s'ouvrir
47:37à la poésie contemporaine,
47:38ne serait-ce que
47:38pour la culture générale
47:40des élèves,
47:41en fait.
47:42Et ce qu'on disait
47:43sur aussi
47:43l'accessibilité du rêve,
47:44d'avoir des petites filles
47:46qui se disent
47:46« Ah, ben, en fait,
47:47c'est possible.
47:48S'il y a quelqu'un,
47:49là, aujourd'hui,
47:50qui est encore vivante
47:51et qui le fait,
47:53pourquoi pas, quoi ? »
47:55Non, je pensais
47:56la poésie,
47:57ça peut être aussi du rap,
47:58ça peut être
47:58une autre façon
47:59de slam,
48:00une autre façon
48:00d'écrire,
48:02à chanter.
48:03Tout à fait.
48:04Pardon.
48:05Et du coup,
48:05je t'écoutais.
48:05Non, non, non,
48:05mais tout à fait.
48:06Tu as tout à fait raison.
48:09D'ailleurs,
48:10je dis que souvent,
48:11moi,
48:11j'ai écrit
48:11quand j'étais plus petite,
48:12parce que j'écoutais,
48:13bon, maintenant,
48:13il est un peu daté,
48:14mais j'écoutais
48:15Kerry James.
48:16J'écoutais les textes
48:17de Kerry James
48:18qui me promennaient
48:19au ventre.
48:19En plus,
48:20c'était pendant les...
48:21tout ce qui s'est passé aussi
48:22en 2005,
48:23etc.
48:23Et c'est ça aussi
48:24qui me poussait
48:24à écrire d'autres choses.
48:26Je n'écrivais pas forcément
48:27des choses engagées,
48:27mais ça me faisait me dire
48:29« Ah ouais,
48:29mais je peux écrire aussi ! »
48:31Et donc,
48:33oui,
48:33je pense qu'il y a ça.
48:35Et puis,
48:35j'ai eu la chance
48:37d'encre des collégiens,
48:38des lycéens
48:39qui ont vu aussi.
48:40Parfois,
48:40je viens avec une chuteure
48:41« Ah, il y en a qu'à moi ! »
48:42Ils voient,
48:42en fait,
48:43« Ah, les poétesses,
48:43ça peut être ça ! »
48:44Ce n'est pas forcément ça.
48:45Il y a plein de types
48:46de poètes différents
48:47et moi,
48:47je suis impressionnée
48:48par plein de types
48:49de poétesses,
48:51poètes,
48:51femmes aussi,
48:52parce qu'il y a plein de femmes
48:53poètes qui n'aiment pas
48:54le mot poétesse,
48:55plein de poètes aussi
48:57qui ne sont pas des femmes.
49:00Mais néanmoins,
49:01c'est important
49:02qu'elles puissent se dire
49:03« Ah, mon rêve
49:04peut exister
49:05dans cette forme-là ! »
49:07Vraiment.
49:07Puisque moi,
49:08c'est ça aussi
49:09qui m'a fait me dire
49:11« Allez, vas-y ! »
49:13Et ça,
49:14vraiment,
49:14c'est...
49:15Franchement,
49:16j'avoue,
49:16c'est l'un des meilleurs
49:16trucs que j'ai fait
49:17de ma vie,
49:17je pense.
49:18Bravo,
49:18en tout cas,
49:19pardon.
49:19Mais juste,
49:20on arrive à la fin.
49:22Est-ce que vous auriez
49:23une dernière question,
49:24Karine,
49:25Violaine ?
49:26Oui,
49:27mais c'est très bien,
49:27c'est ce qu'il faut.
49:28J'ai trop parlé.
49:29Non, c'était super.
49:30Moi,
49:30j'avais peut-être
49:31une petite question sur...
49:33J'en avais deux,
49:34parce que moi,
49:34je trouve ça dingue
49:35que tu dises
49:35que le roman,
49:37pour toi,
49:37c'est plus compliqué
49:38à écrire
49:38que la poésie.
49:39Et ça,
49:39ça m'interroge
49:40vraiment.
49:41Et ce que je voulais
49:42savoir aussi,
49:43c'est pourquoi
49:43tu mets vachement
49:44de récits personnels
49:45et dans tes essais
49:47et dans tes...
49:48Il y a beaucoup
49:49d'intimes dedans.
49:50Et est-ce que c'est
49:50parce que c'est
49:51une façon de t'inscrire
49:52aussi dans les écrits
49:53féministes très incarnés
49:55ou est-ce que c'est
49:57obligatoire ?
49:57D'où ça vient ?
49:59Merci pour cette question.
50:00Parfois,
50:00je m'en veux à chaque fois.
50:01Je me dis,
50:01mais pourquoi tu écris
50:02des trucs ?
50:02C'est toujours hardcore
50:03pour toi d'écrire.
50:04C'est comme si tu mettais
50:05ton bonte sur la table,
50:06etc.
50:07Mais en fait,
50:07je crois que je ne choisis pas.
50:09Je pense que ça vient
50:11aussi du fait
50:11que c'est viscéral
50:12pour moi l'écriture
50:13et que c'est aussi
50:13une manière de transformer
50:16des choses
50:17qui me paraissent...
50:21C'est une manière
50:22de transformer.
50:22Je vais mettre un point là
50:23et je vais...
50:24Pourquoi je dis ça ?
50:25C'est parce qu'en fait...
50:25Pourquoi j'ai commencé
50:26à écrire ?
50:27Parce qu'en fait,
50:27je faisais des rêves
50:29quand j'étais petite.
50:30Et mes rêves...
50:31Mais vraiment la nuit,
50:32je rêvais que je mourrais
50:33et que j'allais au paradis
50:35et que je faisais
50:36plein d'aventures.
50:37Mais en fait,
50:38quand je...
50:39Quand je me réveillais,
50:41je me rappelais que...
50:41Ah, mais attends,
50:42j'aimerais bien continuer ce rêve.
50:43Comment je fais
50:44pour continuer ce rêve ?
50:45En fait, j'écris.
50:47Et en plus,
50:47ça, je peux contrôler le rêve.
50:48Bon, bref.
50:49Et donc, du coup,
50:49je pense que c'est pas...
50:50Je pense que c'est parce que...
50:51En fait, je crois que mon désir
50:53d'écriture,
50:53ou c'est pas un désir,
50:56c'est quelque chose
50:57qui vient du ventre,
50:58c'est inexplicable.
50:59Il est aussi né
51:02de quelque chose
51:02qui est vraiment
51:03très, très intime
51:04de vraiment ce qui se passait
51:05dans ma tête, quoi.
51:07Et pendant très longtemps,
51:07j'ai écrit sans que ce soit lu,
51:09d'ailleurs.
51:09J'ai écrit pour moi,
51:11j'ai écrit, voilà.
51:12J'ai écrit des romans,
51:14disons, un peu nuls.
51:16Des poèmes un peu nuls,
51:17pour moi, vraiment.
51:18C'est bien d'écrire pour soi aussi.
51:20Thérapeutiquement,
51:21c'est vachement bien.
51:21Et c'est trop bien
51:22d'écrire des trucs nuls aussi.
51:23Oui.
51:24Voilà.
51:25Non, mais vraiment,
51:26il faut le dire.
51:26Et d'ailleurs,
51:26la plupart des trucs
51:27qu'on commence par écrire
51:27sont nuls.
51:28Là, c'est la personne
51:29qui a fait des ateliers
51:30d'écriture, je vous assure.
51:31Faut pas que ça vous empêche
51:32de réaliser vos rêves.
51:33Les premiers trucs
51:33sont nuls en général.
51:34Une parole de mon éditrice.
51:36Peut-être que moi,
51:36mais je pense pas quand même.
51:38Non, je crois que ça
51:38tu peux répondre.
51:39Et puis, la première question,
51:41je me souviens...
51:42Ah oui, l'intime,
51:43dans ça, on a répondu à ça.
51:44Et donc, voilà,
51:44je crois que le roman...
51:46automatique, l'écriture.
51:47C'est presque automatique.
51:48Tu as écrit
51:49comme tu as marché.
51:51Exactement.
51:52Exactement.
51:53J'écris comme j'ai respiré
51:55du tout en ça.
51:55Donc, c'est pour ça,
51:56j'ai dit exactement tout à fait.
51:58Inspirant.
51:59Ouais, vraiment,
52:00ça fait beaucoup de bien aussi.
52:02Écrire.
52:02Cette désacralisation
52:03de l'écriture,
52:04moi, me parle beaucoup.
52:05Ça me fait beaucoup de bien
52:06ce que tu viens de dire.
52:07J'espère que dans le chat,
52:08je vois Reading
52:10qui nous dit
52:10qu'il te découvre
52:12et qu'elle a tellement
52:13envie de te lire.
52:14Trop bien.
52:15Et du coup,
52:15si je peux faire une dédicace,
52:16moi, j'ai besoin d'écrire des...
52:18J'ai besoin de lire
52:18de nouveaux poètes,
52:21nouvelles poétesses,
52:21nouveaux écrivains,
52:22écrivaines,
52:24réalisateurs, réalisatrices,
52:25tous les créateurs,
52:27tout ce que vous voulez.
52:27S'il vous plaît, faites
52:28parce que j'en ai besoin.