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Alain Bauer, professeur émérite de criminologie, auteur de "Il faut sauver nos enfants", était invité sur BFMTV ce lundi 5 octobre 2026. Il a notamment été interrogé sur la colère des lycéens
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00:0018h29 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Alain Boer.
00:03Bonjour.
00:04Merci d'être mon invité ce matin. Vous êtes professeur émérite de criminologie,
00:07spécialiste des questions de sécurité, de terrorisme, de renseignement.
00:10Il y a évidemment ces craintes de débordement à nouveau ce matin qui ont conduit.
00:16Le ministère de l'éducation nationale a décidé de laisser fermer 4 à 500 lycées ce matin
00:21en prévention d'éventuels débordements.
00:23Et quand on fait les comptes, 170 lycéens blessés, 78 personnels de l'éducation,
00:3024 lycées qui ont été saccagés, incendiés et 5000 jeunes qui ont été interpellés les derniers jours.
00:36Est-ce que ça peut se calmer ?
00:38Pas avant demain. Il y a toujours dans un mouvement social un moment où il part, l'étincelle,
00:43celle qu'en général l'État ne voit jamais, dont il considère que ce n'est pas très grave et
00:47que ça va passer.
00:47Puis l'embrasement, puis un moment culminant qui sera probablement demain.
00:52à la suite de quoi ? Si le processus est mis en place, le dialogue, la négociation, une ouverture,
00:59bref quelque chose et s'il n'y a pas de morts ni de blessés trop graves, ce que évidemment
01:04j'espère,
01:05alors à ce moment-là, le mouvement passe de la revendication radicale à une forme de négociation,
01:11de compromis et de dialogue.
01:13C'est le moment où il faut passer à la repolitisation, parce qu'en général un mouvement de ce genre
01:18dépasse toujours les forces politiques.
01:20Un mouvement social, il accouche d'une génération, puis d'une avant-garde,
01:26à la fin d'un mouvement politique, en évitant la réaction autoritaire.
01:32Ce que je trouve très intéressant dans ce que vous dites, Alain Bauer,
01:34c'est qu'il y a presque un prêt à penser sur la question des révoltes, de ces colères.
01:40Est-ce que ça veut dire que ce mouvement, en réalité, est un mouvement comme les autres ?
01:43Quand on écoute le gouvernement, il laisse entendre que non, ça n'est pas un mouvement lycéen comme les autres,
01:48qu'il a été cette fois-ci, en quelque sorte, chauffé à blanc ou accéléré, que la violence est plus
01:53rapide, plus forte.
01:54Vous, vous dites non, c'est un classique.
01:58Il y a 40 ans, je suis désormais un très vieil émeutier.
02:04Je vous laisse le dire, je ne dis rien.
02:05J'étais vice-président de l'UNEF et rocardien.
02:08Chacun sait que c'est l'étape ultime du gauchisme révolutionnaire.
02:12Et déjà, le gouvernement de l'époque, devant un mouvement lycéen et étudiant considérable,
02:17avec des exactions, des violences, des morts, Malik Ousekin, disait que tout ça était manipulé,
02:25je pense, depuis le bureau de Michel Rocard, où il y avait un bouton avec marqué émeute,
02:28puis ensuite, il y avait un bouton avec marqué négociation.
02:30Tout ça, c'est quand on ne comprend rien, on raconte n'importe quoi.
02:33Vous avez été un des leaders des mouvements étudiants, l'UNEF.
02:38Est-ce que vous vous dites qu'aujourd'hui, ça ressemble, en réalité, à la même chose ?
02:42Alors, ça ressemble en pire.
02:44Ça ressemble, parce que ça parle de la même manière.
02:46Un lycée à Créteil, personne ne voit rien, huit jours d'intermoiement.
02:52Évidemment, toutes les organisations politiques, notamment de gauche,
02:56y compris le député de la circonscription, puisque c'est chez lui,
03:00arrivent pour à la fois dialoguer, discuter, surfer sur le mouvement.
03:04Un mouvement, quand vous vous opposez à lui...
03:06Surfer ou agiter, parce que quand on écoute le gouvernement,
03:09il laisse entendre que les renseignements généraux auraient décelé
03:14dès les tout premiers jours du mouvement.
03:17une volonté, pas de récupération, mais quasiment d'organisation
03:21de la part de ce qu'ils appellent LFI et ses proxys de gauche.
03:25Alors, c'est la même chose, sauf que surfer dessus,
03:31encadrer, bouger, en fait, c'est quand la gauche
03:33essaie d'être débordée par plus radicale qu'elle-même.
03:37Un mouvement pour qu'il puisse déboucher, il faut donc déboucher.
03:41C'est un processus des stops, pour qu'on comprenne.
03:44C'est-à-dire que si vous ne voulez pas être débordé,
03:47si vous ne voulez pas perdre le contrôle de quelque chose
03:50qui vous a échappé au début, d'abord, il faut feindre d'en être,
03:54si ce n'est l'initiateur, en tout cas l'organisateur,
03:56et ensuite lui permettre d'arriver à un espace de négociation.
03:59Ce que Jean-Luc Mélenchon, mais pas seulement,
04:01il y a beaucoup de députés socialistes qui sont allés avec...
04:05Monsieur Glucksmann, qui n'est pas connu non plus
04:07pour être le gauchiste le plus révolutionnaire que je connaisse,
04:09explique qu'il faut être dans la rue demain.
04:11Et tous ces gens-là ont parfaitement compris...
04:13Et tous, tous, les cinq candidats à la primaire socialiste
04:17qui étaient face à nous hier soir,
04:20effectivement, n'ont pas demandé aux lycéens d'arrêter de manifester.
04:22Non, parce qu'ils ont tous compris comment ça marche.
04:24Les seuls qui n'ont visiblement tout oublié,
04:26et pas tout compris, alors le seul qui avait tout compris,
04:28je tiens à lui rendre un hommage,
04:29c'est Jacques Chirac, qui au moment de la loi de Vaquet
04:31était le premier à dire, il fallait la retirer tout de suite,
04:33et c'est son gouvernement qui s'est opposé à lui.
04:35Et ça s'est terminé dans une église à Saint-Étienne-du-Mont
04:38avec Charles Pasquois, qui a dit, bon, allez, on va retirer
04:40et puis on passera à autre chose.
04:41Sur la montagne Saint-Geneviève, dans le quartier latin ?
04:43Devant la Sorbonne.
04:44La question centrale aujourd'hui, elle est,
04:46est-ce que le gouvernement, qui n'a pas vu arriver la brindille,
04:49qui voit arriver l'embrasement,
04:51est capable de dire, trouvons une voie de discussion,
04:54de négociation, avec des revendications
04:56qui sont très différentes de 1986,
04:57c'est là où je réponds aussi à votre question,
05:00c'est qu'en 1986, il suffisait de retirer un projet.
05:02Là, ce sont des revendications locales disparates,
05:06pour certaines qui sont nationales,
05:08sur la question du remplacement des professeurs,
05:09mais pour d'autres, c'est des questions aussi de bâtiments,
05:12de difficultés à avoir des agendas corrects,
05:14d'angoisse du futur, avec Parcoursup.
05:17Quand vous les écoutez, vous avez des enfants,
05:20moi j'ai des filloles, c'est pas exactement la même chose,
05:22mais la relation est à peu près du même niveau,
05:24franchement, vous trouvez quelque chose à redire aux revendications ?
05:26Pourquoi est-ce qu'il y a ce problème ?
05:28Alors par contre, il y a des opérateurs
05:30qui, eux aussi, surfent sur ça.
05:32Les casseurs, les narcos,
05:34parce qu'eux c'est un...
05:35Les narcos ?
05:36Bien sûr.
05:36Alain Boer, vous nous dites que les narcos sont présents là,
05:39quelque part, d'une manière ou d'une autre,
05:40qu'ils font quoi ?
05:40Ceux qui ne sont pas du lycée,
05:42ceux qui ne sont pas des étudiants,
05:43ceux qui ne sont pas des lycéens,
05:44et qui viennent s'affronter durement
05:47avec la police qui attaquent les institutions de l'État,
05:51ils le font pour des questions de territoire,
05:53ils ne les font pas pour des questions de revendications.
05:55Il y a évidemment des lycéens et des étudiants violents,
05:57on ne va pas tout généraliser,
05:59mais il y a derrière tout ça...
06:00Des individus extérieurs,
06:02plutôt de la mouvance narco,
06:04qui profitent en quelque sorte de cette situation...
06:07Pour montrer à l'État qui c'est le patron.
06:09Et pour gagner des territoires.
06:11En tout cas, pour dire à l'État,
06:13on vous explique,
06:15l'extension de notre zone de chalandise
06:17est aujourd'hui un enjeu,
06:18et donc on en profite,
06:20à la fois pour montrer à la police
06:22qu'elle n'est plus chez elle,
06:24elle l'était déjà difficilement,
06:26mais là elle les demande...
06:27Et puis vous avez un effet
06:28qui s'appelle la génération Naël.
06:30La génération Naël,
06:31elle a durablement marqué les esprits,
06:33parce que, soi-disant,
06:34ces émeutes lycéennes sont inédites.
06:36Alors, 1986, c'était pire, c'était pire,
06:38et 2023, génération Naël, c'est pire.
06:42Alors, je renvoie tout le monde
06:43à la commission d'enquête du Sénat
06:44sur les événements de 2023,
06:47y compris pour que le gouvernement
06:48lise les documents
06:49de sa propre majorité sénatoriale.
06:51Qu'est-ce qu'il y avait dans ce rapport
06:53qui vous paraît éclairant pour aujourd'hui ?
06:55Le nombre de bâtiments brûlés,
06:56le nombre d'écoles brûlées,
06:58le nombre de bâtiments pillés,
07:00le nombre d'interpellations,
07:02le nombre de personnels
07:03de la fonction publique agressés.
07:05Certes, policiers et pompiers,
07:07ça fait déjà longtemps.
07:08On m'a ressorti l'autre jour
07:09une émission d'il y a 10 ans
07:11avec Natacha Poleni
07:11où je m'affrontais avec un jeune homme barbu
07:14et très sûr de lui
07:15expliquant que c'était normal
07:16de caillasser ou d'agresser les pompiers.
07:18Vous voyez, c'est pas nouveau, nouveau.
07:19Le problème, c'est l'intensification
07:21de cette violence.
07:23Le fait de passer directement,
07:25non pas de l'affrontement
07:26avec quelqu'un qui n'est pas là,
07:27est là au mauvais endroit,
07:29au mauvais moment,
07:30mais d'aller à l'agression directe
07:32sur des personnels,
07:33sur cette jeune femme
07:35brûlée aux chalumeaux,
07:38sur ce collègue...
07:39Alors qu'elle tentait
07:40de protéger un abribus...
07:41Ou ce collègue
07:42qui essaye d'arrêter l'incendie
07:43d'un arbre,
07:44je précise quand même.
07:45Alors, puisque vous évoquez
07:47ces scènes qui ont été
07:48quand même particulièrement
07:50emblématiques,
07:51arrêtons-nous un instant,
07:52notamment sur la Ciota
07:53et sur Belfort.
07:54Pourquoi je voudrais
07:54qu'on s'arrête un instant là-dessus ?
07:55C'est parce que deux jeunes
07:57ont été arrêtés.
07:58L'un, parce qu'il serait
08:00celui qui a tenté
08:01d'asperger un professeur.
08:03C'est la scène
08:03que vous décriviez à l'instant.
08:04Un professeur qui tente
08:06d'éteindre l'incendie
08:07qui commence à se propager
08:08sur un arbre
08:09et alors qu'il s'en approche
08:10pour tenter de l'éteindre,
08:11un jeune, on le voit,
08:12lui jette un jet d'essence dessus.
08:15Il a porté plainte.
08:16Il s'agit d'un mineur,
08:1816 ans, lycéen
08:20et il a donc été arrêté.
08:22Belfort, c'est un policier
08:24qui est à terre
08:25et qui se fait littéralement
08:27rouer de coups,
08:27tabassés,
08:28des coups de pied
08:29notamment dans la tête.
08:30Là, ce sont deux jeunes
08:31qui ont été arrêtés
08:32mais le plus jeune des deux,
08:3315 ans je crois,
08:34lui-même porte plainte
08:36de l'autre côté
08:37disant que ce policier
08:39a tenté de le noyer.
08:41Plainte contre plainte.
08:42Toutes ces images,
08:43je voudrais qu'on prenne un instant
08:44pour essayer de les décrypter
08:45avec vous Alain Boer.
08:46Vous avez un phénomène
08:47qui s'est développé massivement
08:49depuis quelques années
08:50qui est le retour
08:51à ce qu'on appelle
08:51l'instinct de mort,
08:52la capacité à ne plus comprendre
08:54que la vie humaine
08:55a une valeur
08:55parce que l'univers est devenu
08:57un univers viral,
08:59un univers tiktokisé.
09:01C'est-à-dire que plus rien
09:02n'a jamais de conséquences.
09:03Il n'y a pas d'après le moment
09:06et un moment d'un temps jouissant
09:08sur le moment.
09:09Comme le disait l'avocat du jeune homme
09:11ou le procureur parlant
09:12de ce que le jeune homme aurait dit.
09:14Il y a eu l'avocat
09:15et il y a eu le procureur.
09:16Mais qui dit
09:17j'ai été submergé par l'adrénaline.
09:20En général,
09:21on fait du sport,
09:22ça permet de décompenser.
09:24Mais la question centrale
09:26aujourd'hui,
09:26c'était que
09:27le passage à l'acte,
09:28le passage à l'acte violent,
09:29le niveau d'homicidité en France,
09:31homicide et tentative d'homicide,
09:33par exemple l'année dernière,
09:33était le plus élevé
09:34des 50 dernières années.
09:36Le niveau de la violence physique
09:38et pas seulement
09:38des agressions sexuelles
09:39qui est déjà un autre sujet,
09:41sont des éléments
09:42absolument majeurs
09:43et moteurs
09:44de ce qui est en train
09:44de se passer dans le pays.
09:46Et donc la jeunesse
09:46n'y échappe pas.
09:47Ça veut dire quoi ?
09:47Ça veut dire que
09:48l'habitude de la violence
09:49génère la violence ?
09:51Oui, bien sûr.
09:51L'habitude de la violence subie
09:53et l'habitude de la violence émise
09:54et parfois même les deux.
09:57Je raconte ça
09:58en matière sexuelle
09:59dans le livre
10:01qui paraît...
10:02Je vais le citer évidemment,
10:03mais je ne voudrais pas
10:04que ça crée de la confusion.
10:06Il se trouve que votre livre,
10:06il s'appelle
10:07Il faut sauver nos enfants,
10:08mais ce n'est pas sur la question
10:10là des enfants
10:10au sens des lycéens,
10:12c'est sur la pédocriminalité
10:13en France et le fait
10:14qu'il faut sauver nos enfants
10:15de la pédocriminalité.
10:16Ça concerne aussi
10:17beaucoup de très jeunes
10:18qui reproduisent
10:19la violence subie
10:20en matière sexuelle.
10:21Je veux dire par là,
10:22la référence que je fais
10:23n'est pas aussi éloignée
10:24qu'il n'y paraît.
10:25La violence subie,
10:26c'est souvent de la violence émise
10:28et de ce point de vue-là,
10:29notre incapacité à gérer
10:31les pulsions de violence,
10:32le retrait général de l'État
10:34dans toutes ses dimensions,
10:35sociale, éducative, familiale,
10:37le fait que les parents
10:38ne sont pas démissionnaires,
10:39beaucoup d'entre eux
10:39sont licenciés,
10:40ce n'est pas la même chose,
10:41qui ont peur de leurs propres enfants
10:43et qui sont dans une immense
10:44difficulté à les gérer.
10:45Moi, j'appelle par exemple demain
10:47à ce que tous les parents sortent.
10:49Vous faites partie de ceux,
10:50et d'ailleurs,
10:50Jean-Luc Mélenchon l'a dit,
10:51il faut s'habiller en blanc
10:52et aller dans les manifs.
10:54Il y a certains députés
10:55qui disent
10:56les parents doivent descendre
10:58dans la rue.
10:59On l'avait dit en 1986,
11:00pour faire tomber la pression
11:02après la mort de Malik Ouseki,
11:03nous avions fait
11:04les casques blancs.
11:05Les casques de chantier,
11:06c'est assez facile,
11:07on en trouvait un peu partout
11:08et nous avions réussi
11:09à sortir de la spirale
11:11de la violence,
11:12à la fois dans l'émotion
11:14de l'événement
11:16qui était le décès
11:17de Malik Ouseki,
11:18mais surtout,
11:19en faisant sortir
11:20des dizaines,
11:21des centaines,
11:22des milliers de personnes
11:23pour,
11:23lors des émeutes
11:25après la mort de Naël,
11:27des parents ont fait
11:28des cordons
11:29pour protéger
11:29Bati Morpik,
11:30pour aller chercher
11:30leurs enfants,
11:31y compris en leur reprenant
11:32l'oreille
11:32ou en les mettant
11:33dans le coffre d'une voiture,
11:34ce qui était peut-être
11:34un peu excessif,
11:36mais assez efficace.
11:37La question aujourd'hui,
11:38c'était pour qu'on redonne
11:40leur espace aux parents
11:40pour protéger
11:41leurs enfants,
11:43les personnels enseignants
11:45et aussi les policiers,
11:46paradoxalement,
11:47qui défendent
11:48les institutions,
11:49il faut que les parents
11:50redeviennent
11:50un élément central
11:51de l'autorité parentale.
11:54On leur a beaucoup enlevé,
11:55le moment est venu
11:56qu'ils la reprennent.
11:58Remettons les parents
11:59au devant de la scène ?
12:01Oui,
12:01au cœur de la scène,
12:02au devant,
12:02au-dessus,
12:03à côté,
12:03bref,
12:04ce sont des parents.
12:05Les enfants sont des mineurs
12:06et la minorité
12:08est une minorité.
12:08Tant qu'elle est à 18 ans,
12:09elle est à 18 ans,
12:10c'est ainsi fait.
12:11Mais donc,
12:11la responsabilité aujourd'hui,
12:13leur responsabilité,
12:14c'est de sortir demain
12:16pour faire en sorte
12:16qu'il y ait le moins
12:17de blessés possibles
12:19de toute part.
12:20Le préfet de police
12:21de Paris dit l'inverse.
12:22Il dit,
12:22ne sortez pas
12:23et gardez vos enfants
12:24chez vous.
12:25C'est l'option inverse,
12:26ça ne me dérange pas.
12:26Oui,
12:27mais vous vous dites,
12:27s'il y a des manifestations,
12:28il faut y aller
12:29et il faut que les parents
12:30reprennent toute la place.
12:31Si les parents n'arrivent pas
12:32à tenir les enfants
12:32à la maison,
12:33je suis pour qu'ils aillent
12:34les protéger à l'extérieur.
12:35Et je précise que
12:36Jean-Luc Mélenchon,
12:36qui doit se souvenir
12:37comme vous des manifestations
12:38de 1986,
12:39lance le même appel
12:40que vous aux parents
12:40et il les appelle
12:41soit à avoir un casque blanc
12:42soit à avoir un brassard blanc.
12:43On ne s'est pas concerté
12:44mais je pense qu'il a
12:45les mêmes souvenirs.
12:46Alain Boer,
12:47vous dites aussi
12:48la brutalité politique
12:49crée la brutalité sociale
12:51qui crée de la violence.
12:53Est-ce que vous pouvez
12:54nous expliquer
12:54ce que vous avez en tête
12:55dans cette violence politique,
12:58sociale
12:58et ensuite physique ?
13:00Alors la France
13:00c'est mille ans de jacquerie.
13:01mille ans de jacquerie.
13:02Pourquoi ?
13:03Parce que la France
13:03c'est un État
13:04qui a créé la nation.
13:05Ce n'est pas la nation
13:06qui a créé l'État.
13:07L'État a créé une nation
13:08avec des diversités,
13:09des Basques,
13:10des Bretons,
13:11des Corses,
13:12des Alsaciens
13:12qui n'ont rien en commun
13:13si ce n'est d'être devenus français.
13:15Nous avons inventé
13:16un magnifique roman national
13:17pour dire ce qu'était
13:18devenu la France.
13:19Mais l'État ne sait pas négocier.
13:20Il ne sait pas.
13:22Il sait négocier
13:23quand il y a un rapport de force
13:24et donc il donne toujours
13:25cet exemple horrible
13:26dont le dernier
13:27était avec les gilets jaunes.
13:28Je ne négocie pas,
13:29je ne négocie pas,
13:30je ne négocie pas,
13:30ça casse de partout,
13:31je négocie,
13:32je lâche tout.
13:33Donc on passe de rien à tout.
13:35Les enfants aujourd'hui
13:36disent ça.
13:36Ils disent
13:36mais on fait comme les gilets jaunes.
13:38La démonstration
13:39par l'absurde
13:40de l'incapacité
13:41de préempter les choses
13:43est ça.
13:44Rocard a essayé
13:45de faire l'inverse
13:45en expliquant
13:46qu'on pouvait négocier
13:47avec les infirmières,
13:48avec les étudiants,
13:48avec tout le monde.
13:50Et d'ailleurs,
13:50on a eu relativement peu
13:52de casses,
13:53y compris avec une très bonne
13:54maîtrise du budget.
13:55Je le rappelle pour l'époque d'ailleurs.
13:57Tout n'est pas...
13:57Pour vous,
13:58tout ça est lié ?
13:59Oui, bien sûr.
13:59Pour vous,
13:59tout ça est lié ?
14:00La politique,
14:00c'est un art particulier
14:01et difficile.
14:01Est-ce que ça veut dire aussi,
14:03et d'ailleurs,
14:05les étudiants,
14:05enfin les lycéens
14:06et les quelques étudiants
14:07qui les ont rejoints
14:11disent aussi
14:11nous de toute façon
14:12on ne peut pas se projeter,
14:13on sait qu'il n'y a plus d'argent,
14:14on sait qu'il n'y a plus d'avenir.
14:16Pour vous,
14:16c'est aussi ça
14:17qui génère cette violence ?
14:18C'est un phénomène
14:19qui est quand même...
14:20La désespérance en général
14:21ne produit pas la bonté
14:23ni la sagesse.
14:24Donc à partir du moment
14:25où on explique
14:26que l'IA
14:27qui est à la fois
14:28un outil,
14:28un drame,
14:29une espèce d'outil Frankenstein,
14:31un apprenti sercier,
14:32un golem
14:33comme dirait d'autres,
14:35on sent bien
14:35que tout le monde
14:36a bien compris
14:37que tout ce qui était
14:37le modèle du travail historique
14:39est en train de disparaître
14:40sous nos yeux
14:41et que les principaux victimes
14:43sont les classes moyennes supérieures
14:44et pas les classes populaires.
14:45D'habitude,
14:46les classes populaires,
14:46on leur disait
14:47c'est de votre foot,
14:47vous n'êtes pas assez formés,
14:48vous n'avez pas été assez à l'école,
14:49aller aux arts et métiers
14:51où on vous redonnera
14:52un professeur
14:54comme Alain Boer
14:55et avec de nombreux autres collègues.
14:57Moi, je suis maintenant
14:58un peu hors du jeu.
14:59Mais en fait,
15:00on leur redonnait
15:01cet espoir-là.
15:02Aujourd'hui,
15:02on leur dit
15:02vous êtes très formés
15:03mais l'IA va vous remplacer.
15:05Et d'ailleurs,
15:05vous êtes en train de créer
15:06pour les codeurs
15:07l'outil qui est en train
15:08de vous remplacer.
15:09Donc, il faut bien
15:10leur redonner un espoir,
15:11une capacité.
15:12Vous savez,
15:12dans mes fillules,
15:13je disais tout à l'heure,
15:14j'ai des générations Z
15:15et des Y
15:15qui sont très différents.
15:17La génération Y,
15:18c'est vrai qu'elle se projette
15:18dans l'avenir.
15:19Elle veut acheter un appart,
15:20se marier,
15:20avoir des enfants.
15:22Tardivement,
15:22mais quand même.
15:22La génération Z,
15:24on n'a plus d'espoir,
15:25il faut vivre intensément
15:25tout de suite.
15:26Il y a à la fois un côté
15:27extrêmement émouvant
15:28et désespérant
15:29et en même temps,
15:29il faut les remotiver
15:30vis-à-vis de quelque chose.
15:32Mais ce n'est pas seulement
15:33une activité des parents
15:34ou des enseignants.
15:35C'est une activité globale
15:36d'une société
15:37qui doit prendre en compte
15:38ce qui est en train
15:38de se passer,
15:39y compris écouter
15:40ce que disent
15:41les principaux promoteurs
15:42de l'IA
15:48te mettre sur pause.
15:49Alain Boer,
15:50les images que l'on voit
15:51pour ceux qui nous suivent
15:52sur BFM TV,
15:53mais je l'ai décrit évidemment
15:53pour ceux qui nous écoutent
15:55sur RMC,
15:55ça se passe à Lille
15:56et ce sont des dégradations
15:58alors qu'on a vu
15:58tout à l'heure
15:59des pavés qui étaient jetés
16:00sur des camions de pompiers.
16:03Là, c'est visiblement
16:03des abribus
16:04qui sont en train
16:05d'être cassés
16:06par un certain nombre
16:07d'individus
16:08qui sont cagoulés.
16:10Alain Boer,
16:10avant d'essayer de comprendre
16:11comment on sort
16:12de cette situation,
16:13un mot aussi
16:14sur la question
16:15de la riposte
16:17ou non proportionnée.
16:18ou non
16:18des forces de l'ordre.
16:20Il y a un débat
16:21quasiment politique
16:22désormais
16:22entre la violence,
16:24est-ce que c'est la faute
16:25de ces jeunes casseurs
16:27ou est-ce que c'est la faute
16:29des policiers ?
16:30Elle est venue d'où ?
16:31C'est-à-dire qu'un certain nombre
16:32de politiques la semaine dernière,
16:33plutôt de gauche,
16:34disent au fond
16:34le problème,
16:35c'est la police.
16:37D'autres disent
16:37le problème,
16:38c'est les jeunes.
16:39L'œuf et la poule,
16:40je leur dis toujours ça
16:40parce que je n'ai pas
16:41d'autres expressions
16:42qui puissent vous poser
16:43la question aussi franchement.
16:45Alors, d'abord,
16:46il faut savoir que désormais
16:47vous avez des amateurs
16:48de la manifestation
16:48et de l'occupation
16:49qui sont gérés
16:50par des amateurs
16:50du maintien de l'ordre.
16:51Car la plupart des Robocop
16:53que vous voyez
16:53en train de faire
16:54le maintien de l'ordre
16:55un peu partout en province
16:55ne sont pas des CRS
16:57ou des gendarmes mobiles.
16:58Ils en ont la tenue
16:59mais ils ne le sont pas ?
16:59Non, ce n'est pas la bonne couleur.
17:01Donc, il faut être très bon
17:02pour les repérer,
17:03couleur jaune, couleur bleue.
17:04En fait, la plupart
17:05de ces gens-là
17:06sont des gens
17:06de la sécurité publique
17:07ou des compagnies
17:08départementales d'intervention
17:09qui ne sont pas
17:10structurellement formées
17:10au maintien de l'ordre.
17:11Ils n'ont ni la patience
17:12ni la résistance
17:13ni la résilience
17:14des CRS
17:15et des gendarmes mobiles
17:16dont on a beaucoup réduit
17:17le nombre
17:18et la quantité
17:19et du coup...
17:19Mais ça veut dire
17:20à la boîte
17:20qu'ils ne sont pas du tout
17:21prêts pour ça ?
17:22Qu'ils ne sont pas formés
17:23pour ça ?
17:23Ils ne sont peu formés
17:24ou pas assez formés
17:25mais ils gèrent
17:26un mouvement
17:26d'une intensité considérable
17:28comme la question
17:29de l'affaire Naël
17:31avait nécessité
17:32des moyens considérables
17:34et surtout
17:34avec des unités
17:35moins spécialisées
17:36que les autres.
17:37Ceci pose un problème.
17:38Deuxièmement,
17:38ceux qui sont en phase 2,
17:40les lycéens
17:41qui sont entraînés
17:42par le mouvement
17:44habituel
17:44d'effet de masse
17:45et qui se disent
17:46chouette
17:47pourquoi ne pas envoyer
17:48tout et n'importe quoi
17:49sur les policiers
17:49parce que
17:50moi j'écoute bien
17:51ce que disent les jeunes.
17:52Je voudrais qu'ils se mettent
17:52une heure
17:53à la place
17:54d'un policier statique
17:55qui ne fait rien
17:56devant un lycée
17:57pour voir ce que ça fait.
17:58Au bout d'une heure
17:58après avoir pris
17:59des boules de pétanque
18:00des extincteurs
18:01des cailloux
18:02des cocktails Molotov
18:03etc.
18:03Je pense que leur vision
18:05du maintien de l'ordre
18:05va peut-être
18:06un peu changer.
18:07Donc il y a
18:07dans ces deux affaires
18:09deux extrémismes.
18:10Quelques policiers
18:11qui sont l'allie
18:12de la profession
18:13protégée par les autres
18:14beaucoup de policiers
18:16qui sont tellement
18:17qui ne savent plus
18:18quoi faire
18:19qu'à la fin
18:19ils provoquent
18:20des exactions
18:21des exactions
18:22des délits
18:22parfois même des crimes
18:23en tout cas c'est à l'agir.
18:24Comment ils les provoquent ?
18:25Pardon, c'est-à-dire quoi
18:26ils les provoquent ?
18:26Au bout de trois heures
18:28où vous en prenez
18:28plein la figure
18:29entre insultes
18:30et objets divers
18:31il vous arrive d'avoir
18:32un geste qu'on va qualifier
18:33de plus que malheureux
18:33puisque c'est soit un délit
18:34soit un crime.
18:35Et puis de l'autre côté
18:36vous avez des gens
18:38dont c'est le métier
18:39des casseurs professionnels
18:41qui sont là.
18:42Vous savez en 86
18:43vous voyez ça
18:43dans le rapport
18:43de la commission d'enquête
18:44sur les événements de 86
18:46le service d'ordre central
18:47de l'UNEF
18:47et les gendarmes mobiles
18:48ont chargé ensemble
18:49au Esnopeltri
18:50contre les casseurs
18:51c'était nos ennemis communs.
18:52Vous voulez dire
18:53que les manifestants
18:54et les policiers
18:55ensemble
18:56contre les individus
18:57qui voulaient en quelque sorte
18:58perturber les manifestations ?
18:59Pas perturber
19:00ils étaient allés
19:01il y a eu 10%
19:02du service d'ordre central
19:03de l'UNEF
19:03est parti à l'hôpital
19:05et ça a été une opération commune
19:07parce que nous avions
19:08des intérêts communs
19:08la liberté du droit
19:09de manifester
19:10et le respect des institutions.
19:11Alain Boer
19:11vous vous dites que malgré tout
19:13s'il y a dialogue
19:15ça peut se calmer
19:17d'ici la fin de la semaine ?
19:17S'il n'y a plus de masse
19:19mouvante
19:21énervée
19:21par pas de prof
19:23trop chaud quand il fait chaud
19:24trop froid quand il fait froid
19:26tout ce qui est compréhensible
19:27à ce moment-là
19:30le mouvement
19:31naturellement
19:32doit déboucher
19:32sur une issue politique
19:34et c'est là d'ailleurs
19:35où les politiques ont un rôle
19:36à la fois d'accompagnement
19:38et d'orientation
19:39ou pas
19:40pour prendre la main
19:41sur les lycéens
19:42et les étudiants
19:42ils ne sont pas stupides
19:43ils savent très bien
19:44ce qu'ils veulent
19:44beaucoup plus
19:45que les générations précédentes
19:47par contre
19:47pour leur dire
19:48voilà le mode d'emploi
19:49le mode d'emploi
19:50le mode d'emploi
19:50c'est qu'il y a une crise
19:51il faut qu'elle débouche
19:52et qu'il y a une sortie de crise
19:53mais le mode d'emploi
19:54il doit aussi être relu
19:55par le gouvernement
19:56merci beaucoup Alain Boer
19:58d'avoir répondu
19:58à nos questions
19:59ce matin
20:00je rappelle effectivement
20:01votre livre
20:03Il faut sauver nos enfants
20:04le livre noir
20:05de la pédocriminalité
20:06en France
20:07ça donne le vertige
20:08il faut les sauver
20:09des prédateurs
20:10et parfois
20:10il faut les sauver d'eux-mêmes
20:11merci Alain Boer
20:13d'avoir répondu
20:13à nos questions
20:14sur RMC et BFM TV
20:15il est 8h49
20:16on a f***
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