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Alain Bauer, professeur émérite en criminologie, spécialiste des questions de sécurité, de terrorisme et de renseignement, était l’invité du Face-à-Face sur BFM et RMC ce vendredi 6 novembre.

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Transcription
00:00Il est 8h29 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV. Bonjour Alain Boer.
00:04Bonjour.
00:04Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes professeur émérite de criminologie, spécialiste des questions de sécurité, terrorisme,
00:10renseignement, défense.
00:11Une question d'abord sur évidemment ce qu'il s'est passé hier.
00:14Beaucoup, beaucoup de monde dans la rue, entre 600 000 versions de la police et 1,6 million versions des
00:22organisateurs.
00:23Mais quoi qu'il arrive, un succès social dans les rues.
00:26Et globalement, avec quelques épisodes, mais globalement le calme.
00:31Est-ce qu'on peut dire ce matin que les épisodes de violence sont derrière nous ?
00:37Alors on ne peut pas dire ça.
00:39On peut dire qu'il y a une amélioration progressive depuis le 17 octobre par un changement des modes opératoires,
00:46un retour à des méthodes qui ont bien fonctionné, qui avaient été oubliées dans la période de la fin du
00:51mouvement des Gilets jaunes.
00:52C'est-à-dire l'arrivée du préfet Lallemand, les méthodes mises en place par le directeur central des CRS
00:56à l'époque,
00:57des sections de CRS beaucoup plus mobiles, des opérations préventives de contrôle des arrivées sur les grandes villes,
01:06l'utilisation discutée mais efficace des interdictions d'apparaître, qu'on appelle les MICAS,
01:12qui appartiennent à la législation antiterroriste, élargies au champ dit insurrectionnel.
01:18C'est un débat où les juristes sont en profond désaccord sur l'usage d'eux,
01:23mais ça concerne plusieurs dizaines voire centaines d'individus.
01:26Un renseignement territorial qui s'est beaucoup amélioré, un renseignement et un suivi de ce qu'on appelle la rajosphère,
01:33c'est-à-dire les espaces des réseaux sociaux et les boucles des uns et des autres.
01:38Donc il y a eu une très nette amélioration avec un cortège syndical contrôlé et structuré par les organisations syndicales.
01:45C'est aussi le retour des syndicats en première ligne.
01:47Exactement. Et donc on est retour à la manifestation classique et traditionnelle sur un parcours classique et traditionnel,
01:55un peu moins long que prévu, ce qui a expliqué l'engorgement massif qui a existé,
02:00un début de manifestation qui a mis un temps infini à arriver jusqu'au bout.
02:05Mais des opérations d'exfiltration de quelques groupes plus motivés, plus déterminés, plus casseurs.
02:13On n'est pas là comme on veut.
02:14Donc oui, une efficacité retrouvée non seulement à la préfecture de police de Paris, il faut souligner,
02:21mais aussi dans la plupart des villes de province.
02:23Il faut toutefois souligner des fortes dégradations et des grandes tensions,
02:26toujours dans le secteur scolaire des lycées et des collèges, avec des agressions réelles.
02:31Il y a moins de blocages, mais visiblement plus radicalisés et avec un sentiment de danger imminent de la part
02:39des proviseurs
02:40qui, pour nombre d'entre eux, tirent le signal d'alarme.
02:43Mais vous avez écrit cette phrase.
02:44Cette année, les exclus, les périphériques, les travailleurs pauvres ont rencontré les Gilets jaunes de 2018 et la génération Naël
02:52de 2023.
02:53C'est ça le regard que vous portez sur les derniers mouvements.
02:56Et j'allais dire les derniers mouvements au sens large.
02:58Vous évoquiez la question du mouvement lycéen le 17 octobre, les manifestations sociales, désormais les syndicats.
03:05C'est tout cela ensemble désormais.
03:07Comment on fait pour que durablement, ils puissent être écoutés sans qu'il y ait les dérives violentes qu'il
03:13y a eues ?
03:14Alors d'abord, on pourrait commencer par leur parler et pas attendre que ça casse pour leur parler.
03:19La réponse du gouvernement, vous le dites depuis le début, a été inouïe parce qu'elle n'a été que
03:23sécuritaire au départ.
03:25Et il a fallu attendre hier soir pour qu'on nous annonce enfin lundi une conférence sociale.
03:30Oui, c'est quand même absolument fascinant de voir à quel point, depuis mille ans, l'État reproduit systématiquement le
03:36même schéma.
03:37Si on ne casse pas, ce n'est pas sérieux.
03:38Quand on casse, on donne tout.
03:40C'est un process.
03:41Je ne sais pas comment on va en sortir.
03:43Mais c'est un process qui est dans la culture de l'État et pas seulement dans la culture de
03:47la nation.
03:47La nation, probablement qu'elle aimerait bien qu'on discute avec elle.
03:51Et je précise que plus tôt on discute, moins ça coûte cher à la fin, plus tôt on avance sur
03:56un Grenelle, une conférence sociale, voire des États généraux.
03:59Je rappelle que les États généraux ont été inventés pour discuter de l'impôt et de son usage.
04:04Ça sert à ça.
04:05Et c'est quand on ne discute pas avec les gens de l'usage de l'impôt, du consentement à
04:09l'impôt, de l'efficacité de l'impôt et de la redistribution.
04:13Dans un pays qui redistribue énormément mais où ça ne se voit pas en termes de pouvoir d'achat.
04:17Dans un pays qui garantit un contrat de protection qui va du social au sécuritaire.
04:24Alors que l'ensemble des services publics sont en voie d'effondrement.
04:27Je redis le mot une fois pour toutes.
04:29Mais ça veut dire que le rôle du gouvernement a été de souffler sur les braises ?
04:36Non, il a attendu et laissé pourrir.
04:39Il a laissé pourrir.
04:40Puis à un moment il s'est dit, bon c'est vraiment sérieux, le 17 octobre il a vraiment pris
04:44peur.
04:45D'ailleurs les indications données par le chef de l'État, le Premier ministre, d'autres membres du gouvernement ont
04:50été assurés.
04:51Ça aurait pu vacciner encore plus ?
04:51Oui bien sûr.
04:52Vous vous dites, on a évité, on n'a pas évité, il y a eu beaucoup de choses qu'on
04:57n'a pas réussi à éviter.
04:58On a évité décembre 2018, c'est-à-dire la marche vers l'Élysée.
05:03Parce qu'il y a une sorte de symbolique traditionnelle sur, on va couper la tête au roi, slash au
05:10président, enfin à qui que ce soit qui symboliquement le représente.
05:13Il y a un enjeu qui est de retrouver le dialogue au début et pas à la fin.
05:18L'État ne sait toujours pas faire ça.
05:19C'est un désastre en tant que tel, mais c'est comme ça.
05:22Quand on est en fin de règne, puisque vous reprenez l'image du roi, qu'on est un président qui
05:26est aujourd'hui le plus impopulaire jamais calculé,
05:29et qu'on a un gouvernement qui de toute façon, tout le monde l'a bien compris, gère comme il
05:35peut gérer, mais ne prend plus la moindre décision.
05:38C'est surtout quand on a un Parlement qui a réussi à donner zéro voix au budget, y compris le
05:42bloc central.
05:42Parce que pendant ce temps-là, cette semaine, le budget a été rejeté à l'unanimité.
05:48Au moins sur le projet de loi de finances et de sécurité sociale, il y en a eu un qui
05:50a voté pour.
05:51Ce qu'il faut saluer, il faudrait peut-être lui élever une statue, tous les autres étant abstenus au vote
05:56en compte.
05:56Là, on a atteint un degré nouveau. Il n'y a personne pour soutenir le budget.
06:00Et donc, vous êtes face à un débat qui est comment on tient jusqu'au mois de mai.
06:03Mais ça veut dire que les discussions, elles seront quasiment pour l'hubeur. On sait déjà qu'elles seront pour
06:05l'hubeur.
06:05Absolument. Comment on tient jusqu'au mois de mai ?
06:09Moi, je propose simplement que tout le monde se reparle avec moins d'arrogance, moins de condescendance, moins de mépris,
06:16moins de télégramme.
06:17Un président ne devrait pas dire ça. Un président ne devrait pas télégrammer ça non plus.
06:21Faites référence au livre de François de Gouin, dans lequel, effectivement, elle dévoile un certain nombre de messages, d'échanges,
06:27souvent très tardifs le soir, sur la boucle, en effet, télégramme.
06:31Parce qu'on s'était beaucoup moqué de François Hollande dans un livre qui...
06:34Un président ne devrait pas dire ça. C'était des échanges directs avec Dave et l'homme.
06:37Mais là, il y a un enjeu qui est... Plutôt que de faire du télégramme, il faut parler aux gens.
06:43Les gens, quand on parle avec eux tous les samedis, je suis dans une réunion, une conférence.
06:47Là, je vais être à Brive, samedi et dimanche, à la foire du livre. Il va y avoir beaucoup de
06:50monde. On se parle, on discute, on écoute.
06:52Et en fait, les gens, ils sont beaucoup plus intelligents, collectivement et intellectuellement, que l'idée que l'État se
06:58fait d'eux.
06:59Alors, j'aime beaucoup ce rêve presque utopique que vous avez, parce que vous parlez de ces moments-là.
07:04Mais il y a eu un moment, par exemple, dans la manifestation d'hier.
07:07Raphaël Guxman, candidat à l'élection présidentielle, qui arrive dans la manifestation et qui, au début, dit...
07:13Non, mais s'il y a des militants qui ne veulent pas de moi, je m'en fous, je m
07:17'en contrefous, pour le citer.
07:18Enfin, malgré tout, il arrive là. Il arrive avec un service d'ordre, 20 personnes autour de lui, une organisation,
07:24parce qu'il a besoin de cette espèce de cordon de sécurité. Et malgré cela, il a dû finir par
07:30être exfiltré.
07:31Il n'a pas pu rester dans la manifestation. Donc moi, j'aime bien, vous dites...
07:34Non, mais l'important, c'est de se parler. Quand on est dans une situation telle où un candidat ne
07:39peut pas faire campagne...
07:40Alors, une manifestation n'est pas un lieu de campagne. Je le rappelle pour tout le monde.
07:44Une manifestation n'est pas un lieu de campagne. Un meeting est un lieu de campagne.
07:46Alors, où un candidat à l'élection présidentielle ne peut pas manifester, soyons plus précis.
07:49Oui, mais c'est important de... Vous avez raison.
07:51Parce que beaucoup de manifestants n'aiment pas qu'on surfe sur leurs manifestations, qu'on leur vole leurs manifestations,
07:55qu'ils soient amis ou ennemis ou opposés.
07:58Il y avait d'autres politiques qui étaient là.
08:00Non, mais je ne dis pas le contraire. J'explique simplement ce qu'est la nature d'une manifestation.
08:04Par exemple, quand on faisait organiser une manifestation étudiante, on ne voulait pas de politique du tout.
08:08C'était une autre époque.
08:09Vous, à votre époque, aujourd'hui, il y avait beaucoup d'élus, notamment de la France Insoumise,
08:15avec en plus leur statut d'élu affiché avec l'écharpe tricolore.
08:20C'est ce qui permet de les reconnaître, ce qui n'est pas totalement inutile,
08:22notamment quand il y a des petites tensions avec les forces de l'ordre.
08:26Mais je veux dire par là, le niveau de tension et de radicalisation, de conflictualisation,
08:31comme dirait Jean-Luc Mélenchon, est tel qu'effectivement c'est très compliqué.
08:35Mais c'est très compliqué parce qu'on ne s'est pas parlé pendant très longtemps.
08:38Et que les candidats en question s'invectivent à qui mieux mieux ?
08:42Chacun disant jamais je ne ferai alléance avec...
08:44Alors tout le monde sait qu'ils vont bien être obligés au deuxième tour.
08:47Je veux dire, si on veut avoir un candidat de gauche et un candidat de droite au deuxième tour,
08:50à la place d'un candidat dit d'extrême gauche et un candidat dit d'extrême droite,
08:55parce que moi, la classification, je ne sais plus vraiment m'y retrouver aujourd'hui,
08:59entre les ultra-gauches et les ultra-droites.
09:00Tu sais qu'on a diversifié le champ des possibles.
09:03Il y a extrême et il y a ultra-désormes.
09:04Voilà, il va falloir qu'ils commencent à se parler entre eux.
09:08Donc si l'invective est l'élément initial de leur relation, ça ne pourra jamais se passer,
09:13y compris dans une manifestation dont je ne peux pas dire qu'elle est de gauche.
09:16La manifestation d'hier, je ne crois pas que c'est une manifestation de gauche.
09:19C'est une manifestation sociale de rage et de colère cumulée de l'intégralité des personnes qui vivent mal en
09:27France.
09:28Et on entend effectivement l'ancien patron de la jeunesse étudiante.
09:35Alain Boer, ce que vous êtes en train de dire, c'est qu'au fond, le politique n'avait pas
09:39grand-chose à y faire.
09:39C'est-à-dire que malgré tout, Raphaël Luxemani prend un risque quand il y va et ce n'est
09:43pas forcément sa place.
09:45Il aurait pu manifester dans une configuration où les propos précédents des uns et des autres
09:51auraient été plus tendres, du genre au deuxième tour, je n'exclus rien.
09:55Pas jamais je ne ferai d'accord avec une autre branche de la gauche.
09:59Et c'est réciproque de l'autre côté, ce n'est pas Raphaël Glucksmani en tant que tel.
10:02Et les candidats de droite ne font pas beaucoup mieux dans leur incapacité à trouver un moyen de choisir les
10:08uns les autres.
10:09Alain Boer, il y a eu malgré tout des moments de crispation.
10:14D'abord symbolique et ensuite physique dans les lycées.
10:16Symbolique, je voudrais revenir sur cette effigie de CRS à Strasbourg, marquée du signe SS et brûlée en pleine manifestation,
10:24très symboliquement.
10:25Comment est-ce que vous jugez cet épisode ?
10:28Alors, je n'ai jamais trouvé que le slogan CRS-SS était particulièrement intelligent,
10:32puisqu'on a créé les forces mobiles justement pour éviter de tirer dans le tas en envoyant l'armée.
10:36Je rappelle que c'est comme ça que ça marche presque à 1921.
10:39Mais il y a peu de souvenirs et ni de mémoires collectifs sur la gestion du maintien de l'ordre,
10:43même chez les policiers parfois.
10:44Et donc, il y a un sujet général sur la manière dont on réexplique comment fonctionne le maintien de l
10:51'ordre,
10:52qui n'est pas seulement la gestion du désordre et qui n'est pas seulement envoyer des policiers ou des
10:57gendarmes chargés ou tapés.
10:59Et en contrepartie, il faut aussi expliquer que lancer un cocktail Molotov sur des gendarmes ou des CRS aspergés préalablement
11:07de White Spirit n'est pas un acte militant, mais une tentative d'homicide.
11:09Et ça, c'était le samedi précédent.
11:11Oui. Et donc, il y a un sujet. Il faut être deux pour désescalader.
11:15On ne peut pas désescalader tout seul.
11:17Et donc, pour ceci, ça nécessite d'abord une repolitisation de la jeunesse qui se fait à allure grand V.
11:23Toute cette jeunesse tiktokisée qui ne pensait à rien, qui ne s'engageait à rien, qui ne vivait que dans
11:27un univers d'influenceurs à Dubaï,
11:29s'est repolitisée à vue d'œil sur des sujets d'une clarté...
11:34Plus de profs.
11:35Qui font l'objet, d'ailleurs.
11:36Des écoles qui fonctionnent, un avenir étudiant.
11:40Enfin, quelque chose.
11:41Et vous noterez d'ailleurs que de l'ultra-ultra-droite à l'ultra-ultra-gauche, tout le monde trouve
11:45que les revendications sont légitimes.
11:47Tout le monde dit. Les profs, les proviseurs, tout le monde.
11:49Et tous les politiques.
11:50Et une fois que tout le monde a dit ça, on dit, mais on ne peut rien.
11:53Et si on ne peut rien, quel est le mode de débouché d'un mouvement ?
11:58Un mouvement social, une génération politique, une avant-garde radicale, une réponse autoritaire.
12:02Et ensuite, il y a un débouché.
12:03On trouve une solution.
12:05Ça s'appelle Grenelle Convention.
12:07Moi, j'appelle ça État généraux.
12:08Parce que je pense que le niveau est suffisamment grave pour revenir à ce qui ressemblait à vos cahiers de
12:13doléances
12:14qu'on a mis à la poubelle la dernière fois, en vous racontant n'importe quoi,
12:17mais en faisant un chèque à 13 milliards,
12:18qui ne se suffisait pas parce que la partie financière n'enlève pas la partie symbolique.
12:23Et bien maintenant, le moment est venu de reprendre les cahiers de doléances
12:26et d'en faire quelque chose d'utile pour que, un, le régime républicain survive à cette crise.
12:33Vous pensez qu'il est menacé ?
12:34C'est-à-dire que la République est menacée ?
12:36Oui, le système est menacé.
12:37Le système est menacé en lui-même parce que la noblesse d'État a failli
12:42et qu'elle méprise le peuple.
12:44C'est bien de dire que les populistes sont en levant en poupe,
12:46mais eux, ils parlent au peuple.
12:47C'est tout leur problème, d'ailleurs.
12:49Qui parle au peuple à part les populistes ?
12:51Personne.
12:52Donc que ceux qui ne parlent pas au peuple ne s'étonnent pas que le peuple ne les écoute pas,
12:55puisqu'ils ne les respectent pas.
12:57On a le droit de se tromper, on a le droit de changer d'avis, on s'excuse.
13:01Il m'est arrivé de dire des choses totalement inexactes et de me corriger ensuite,
13:05parce que c'est mon rôle comme prof de dire que ça, c'était faux, ça, c'était pas tout
13:09à fait vrai,
13:10ça, ça a changé.
13:11C'est la vie de ce qu'on apprend.
13:15Quand vous donnez une information inexacte et que vous la corrigez, vous faites votre métier.
13:20Exactement, mais Alain Boer, ça veut dire aussi qu'aujourd'hui, vous estimez qu'on est au bord d'un
13:27changement de régime, d'une révolution ?
13:30Je suis d'accord avec Patrick Boucheron, ça ne m'arrive pas tous les jours.
13:34Mais quand il dit qu'on est plus proche d'un réflexe autoritaire que d'un réflexe révolutionnaire.
13:39Et dans le réflexe autoritaire, il y a pour moi une dérive qui veut dire la fin d'un certain
13:44nombre de libertés,
13:45y compris celle de dire exactement l'inverse de quelqu'un, mais de respecter ce qu'il me dit ou
13:49ce qu'elle me dit.
13:50Le débat aujourd'hui, c'est que tout le monde croit que nous sommes d'une période pré-révolutionnaire.
13:53Je ne le crois pas. Nous sommes dans une période pré-autoritaire,
13:57c'est-à-dire la victoire de ceux qui considèrent que le retour à l'ordre se justifie en tant
14:02que tel.
14:02Ce qui ne répondra pas plus aux problématiques sociales ou politiques exprimées par ceux qui sont aujourd'hui dans la
14:08rue.
14:08Ça ne changera rien à la dette, ça ne changera rien à l'absence de budget,
14:11mais ça donnera une idée que, contre les casseurs et les pilleurs,
14:15la première des problématiques, c'est de réduire les libertés
14:19et pas de trouver un moyen qu'on arrête de casser et de piger.
14:21J'ai encore de nombreuses questions à vous poser, Alain Boer.
14:24Une encore sur la question des lycées.
14:27Ce que l'on a constaté cette semaine, c'est qu'il y avait moins de blocages,
14:30mais qu'ils étaient, semble-t-il, plus violents, plus radicalisés.
14:33Avec, notamment hier, une mise en incendie d'un lycée.
14:38J'ai reçu ce matin sur RMC un proviseur, proviseur à Évry,
14:43qui était, je dois le dire, et il le dit comme ça, totalement à bout.
14:46Il est d'ailleurs en arrêt maladie.
14:48Il ne peut plus retourner à son lycée.
14:50Il n'y arrive plus. Il n'a plus la force.
14:52Et il dit qu'ils sont très nombreux
14:54et que désormais, leur problème est un problème à tous les étages.
14:58Il dit qu'on a peur physiquement,
15:00on a peur moralement,
15:02parce qu'on ne sait plus.
15:03Il le disait comme ça.
15:04Il disait qu'on est tiraillés.
15:05C'est-à-dire qu'on soutient, en effet, les revendications de nos élèves,
15:08mais on ne comprend pas que nos élèves aient pu avoir,
15:12y compris à notre endroit, une telle violence.
15:15Ils ne sont pas soutenus par leur hiérarchie.
15:18Ils disent que ça fait des années qu'on les alerte sur tout ce qui arrive.
15:21Donc, on le sentait dans un sentiment de solitude et d'abandon total,
15:25au point de ne tout simplement plus être en mesure de faire son travail.
15:28Oui, mais chez moi, j'ai beaucoup de sympathie et de considération
15:31pour mes collègues du secondaire.
15:33Le supérieur connaît des moments aussi parfois extrêmement difficiles
15:38dans des universités qui, elles aussi, peuvent être bloquées.
15:40Et puis, il faut savoir que notre processus aujourd'hui
15:42de sélection par l'échec et l'abandon,
15:45par l'élimination de gens qu'on fait semblant d'accueillir.
15:49Vous savez, l'enphiène à Tolbiac,
15:50quand j'étais vice-président de Panthéon-Sorbonne,
15:52on avait deux fois la contenance le 30 septembre
15:56et la moitié de la contenance le 15 janvier.
15:59Ça veut dire qu'en fait, on les fait venir ?
16:01Enfin, on leur dit, OK, vous pouvez devenir étudiant ou pé,
16:03être à la Sorbonne ?
16:04On leur ment.
16:05Et en réalité, au bout de quelques semaines,
16:08il y avait une sorte d'écrémage ?
16:09Oui, on leur ment.
16:10D'abandon ?
16:11On fait la sélection par l'échec et l'abandon.
16:12Mais est-ce que l'idée désormais,
16:14est-ce que l'idée désormais de dire,
16:16est-ce que l'idée désormais,
16:17et qui est aussi une des revendications
16:18de la plupart des engagés sur les questions des étudiants,
16:22de dire, il faut que tout le monde puisse aller à la fac,
16:25on va se retrouver avec ce que vous êtes en train de décrire ?
16:26Non, il faut que tout le monde puisse avoir un choix
16:29d'entrer dans le supérieur court ou long.
16:32Nous avons un système formidable,
16:33il est sélectif dans l'enseignement court professionnalisé
16:36qui mène à l'emploi rapidement,
16:37et totalement ouvert dans l'enseignement supérieur long,
16:40où on sait qu'il n'y a pas d'accès à l'emploi,
16:43et de moins en moins,
16:43notamment au moment de l'arrivée de l'IA générative et haute,
16:47et de la robotisation,
16:48et donc on continue à faire semblant
16:50parce qu'on n'a pas le courage de dire,
16:52mais bien sûr qu'il faut que tout le monde soit au niveau du bac,
16:54ça ne veut pas dire que tout le monde ait le bac.
16:56L'erreur, c'est ce mensonge, cette hypocrisie.
16:59Quand j'étais président du jury du bac à Paris,
17:01un des innombrables jurys du bac à Paris,
17:02Vous avez fait des choses à la voir ?
17:03Tous les ans, le bac, je rappelle,
17:05est le premier grade du supérieur
17:06et pas le dernier grade du secondaire.
17:08Tout le monde a oublié.
17:10Une garantie d'accès à l'université.
17:11Les processus sélectifs sont tous immoraux ou illégaux.
17:15Nous les pratiquons dans des conditions extrêmes.
17:17Donc on a inventé des trucs,
17:20Ravel, Parcoursup, machin, je ne sais pas quoi.
17:22Mais dans la réalité, oui,
17:23il faudrait que tout le monde puisse y accéder,
17:25mais à condition d'avoir un niveau du baccalauréat
17:27qui redevienne ce qui doit être sa direction alitatif.
17:30Hier, lorsque une trentaine de personnes encagoulées
17:32ont pénétré un peu avant 8h dans un lycée près de Toulouse,
17:36qu'ils ont tiré du mortier d'artifice,
17:38qu'ils ont provoqué un incendie,
17:39dans un local en particulier,
17:41pour mettre le feu,
17:44c'est quoi ?
17:45À quoi avons-nous affaire ?
17:46Alors on a affaire à quelque chose de nouveau,
17:49mais qui n'est pas des lycéens,
17:51au sens traditionnel du terme.
17:52Certains peuvent être évidemment attrapés.
17:54Ce sont en général...
17:55Les sapeurs-pompiers sont arrivés.
17:56Ils ont été victimes eux-mêmes,
17:58ciblés par les tirs de mortiers.
18:00Il y a eu des tentatives de vol de matériel des pompiers.
18:02Ils n'ont pas pu, tout simplement,
18:04accéder rapidement au feu.
18:05Ça arrive malheureusement de plus en plus souvent,
18:07mais vous vous rappelez sans doute d'une émission
18:09avec une de vos concerts,
18:10Natacha Polini,
18:10où j'expliquais que l'agression des pompiers
18:12était devenue un enjeu majeur,
18:13sous le regard hilar d'un jeune gauchiste,
18:18entre guillemets,
18:20qui trouvait que ça était normal.
18:21La réalité,
18:22c'est qu'aujourd'hui,
18:23à part les lycéens et les collégiens plutôt joyeux,
18:26les syndicalistes qui ont des revendications,
18:28les casseurs qui viennent pour casser,
18:29qui sont très politisés,
18:30les pilleurs qui viennent pour piller,
18:31parce que les deux précédents ont créé la masse nécessaire
18:34pour occuper les policiers.
18:36Vous avez une quatrième catégorie aujourd'hui,
18:38les petites mains du narcotrafic,
18:39souvent exclues du système scolaire
18:41ou qui ne sont pas loin de l'être
18:42et qui en profitent pour régler leur compte
18:44avec l'institution scolaire,
18:46les proviseurs,
18:46les professeurs,
18:48les lycées
18:48et parfois même les collèges.
18:50Cette quatrième catégorie,
18:51c'est une tentative nouvelle
18:52de repousser l'État,
18:54une nouvelle fois hors des limites habituelles
18:56qui sont les siennes,
18:57c'est-à-dire la perte du contrôle du territoire,
18:59fait partie des enjeux du narcotrafic.
19:01Et ils en font partie aussi.
19:03Ce n'est pas qu'ils sont dirigés par,
19:04mais ils en profitent.
19:06Alain Boer,
19:07j'ai une dernière question à vous poser
19:08qui n'a officiellement rien à voir
19:10avec ce qu'on vient de se dire là,
19:11mais qui en réalité reprend aussi
19:13un morceau de ce que vous avez dit.
19:14Vous avez dit au fond,
19:15la noblesse d'État a failli.
19:17La noblesse d'État,
19:18ce sont ses fonctionnaires,
19:19ce sont ses politiques,
19:20ce sont ceux qui tiennent en quelque sorte
19:22officiellement les postes de décision.
19:24Il y a eu,
19:25et je sais que c'est un sujet
19:26qui vous tient particulièrement à cœur,
19:27une information du Parisien hier
19:29qui raconte que face à des parents d'élèves
19:32désespérés dans le périscolaire à Paris,
19:35ils ont avoué cette semaine
19:38que les plannings officiels
19:40des animateurs du périscolaire
19:42avaient en réalité été
19:44peut-être sciemment modifiés
19:47ou en tout cas négligemment modifiés,
19:49mais que ces plannings n'étaient pas fiables.
19:51Ces plannings qui pourtant
19:52sont ceux sur quoi la justice s'est appuyée
19:55pour certains de ces animateurs
19:58qui étaient dans le viseur,
20:00les dédouaner.
20:01C'était un alibi
20:02au sens le plus juridique du terme.
20:05Vous qui avez écrit
20:05« Il faut sauver nos enfants »,
20:07le livre noir de la pédocriminalité en France.
20:10Comment vous réagissez
20:11à cette faillite morale coupable
20:15d'un certain nombre de responsables scolaires ?
20:17Ce qui est terrible, c'est qu'elle dure.
20:20Dire qu'il y a 30 ans,
20:21à apostrophe,
20:22on pouvait rigoler du viol
20:23de petits garçons et de petites filles
20:25sous l'œil médusé d'une Canadienne
20:27qui est mon héroïne personnelle ces temps-ci,
20:29Denise Bombardier,
20:30qui leur dit
20:30« Chez moi, vous seriez tous en prison »,
20:32qui se fait injurier.
20:33Par tous les hommes qui sont sur ce plateau
20:34et qui la moquent.
20:36Il y a eu la pétition
20:37des 200, 300 intellectuels
20:39pour dire la pédophilie,
20:40c'est formidable.
20:41Tout ça, c'est le passé.
20:42On pourrait se dire
20:43« Ça y est, c'est fini ».
20:43Pas du tout.
20:44En quelques jours,
20:45en une semaine,
20:46et ça a été très peu traité,
20:48sauf chez vous,
20:49sur cette antenne,
20:50je tiens à le signaler
20:51parce que ça n'arrive pas toujours.
20:53Vous avez eu une enquête
20:54qui dit que 40% des élèves de CO2,
20:56ils ont 9 ans,
20:58ont été soumis à une agression sexuelle
20:59de par leur propre signalement
21:01sur un questionnaire,
21:02le premier que l'Éducation nationale
21:04ait lancé.
21:0540%,
21:05on pensait 10.
21:07Que 20% des élèves
21:09de 18 à 25 ans
21:11ont été,
21:11ou des jeunes, pardon,
21:12ont été soumis
21:13à une agression sexuelle.
21:1420%, on pensait 10.
21:15qui a 5,5 millions de victimes adultes
21:18d'une agression sexuelle
21:18qui vivent encore en France
21:19et qui ont somatisé.
21:20Et que dans ce contexte-là,
21:22on n'arrive pas à en parler.
21:23On a encore une inspection générale
21:25qui arrive devant des parents
21:26et qui avoue
21:27« Ah bah oui,
21:29mais c'est pas très grave,
21:31tous ces éléments-là sont faux ».
21:33Ils sont tous faux,
21:34mais c'est pas très grave.
21:36C'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas
21:36à intégrer la dimension gravissime
21:39de ce que représente
21:40une agression sexuelle
21:41pour la durée d'une vie.
21:42À la fois dans la somatisation,
21:44dans l'effondrement personnel,
21:46voire dans la reproduction.
21:46Parce qu'ils veulent protéger le système ?
21:48Non, ils veulent se protéger eux-mêmes,
21:49d'abord, je pense.
21:50Mais ils veulent protéger le système.
21:51Et à ce jour,
21:52c'est toujours pas un sujet
21:53de candidat à l'action présidentielle,
21:55sauf une.
21:56Vous pouvez compter sur moi,
21:57là, je le pose sur la table.
21:59Et je pense en particulier
22:01à ses parents
22:01qui, face à cet aveu,
22:03se sont littéralement effondrés,
22:05effondrés,
22:06le récit de mes confrères
22:07du Parisien
22:10est poignant.
22:11Merci Alain Boer.
22:12Il est 8h51
22:13et vous êtes bien sur RMC
22:14et BFM TV.

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