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Chaque week-end, Alice Darfeuille vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Il est 22h02 et nous accueillons notre invité, c'est Pierre Moscovici. Bonsoir.
00:05Bonsoir.
00:05Membre de la Cour des comptes européennes et ancien ministre de l'économie.
00:09Je voudrais qu'on commence avec cette toute dernière réaction qui concerne les accusations de messages antisémites visant Jordan Bardella
00:18suite aux révélations de Mediapart.
00:20On rappelle évidemment ce qui s'est passé cette semaine. Mediapart a publié ses messages datant de 2013 attribués à
00:28Jordan Bardella qui était alors jeune militant du Front National.
00:31Ça s'est fait en plusieurs épisodes. Ce jeudi, le journal a détaillé sa méthode, l'extraction de ces conversations
00:38au Messenger qui ont été obtenues auprès de Meta.
00:41Facebook est authentifié par un huissier. Je rappelle que Jordan Bardella continue de clamer son innocence.
00:46Sur ce deuxième volet de révélation, on n'avait jusqu'ici pas entendu Marie Le Pen.
00:52Eh bien, ça y est, elle réagit. Elle le fait dans la tribune dimanche.
00:56Elle dit qu'elle maintient totalement sa confiance à Jordan Bardella.
01:01J'ai totalement confiance en Jordan.
01:04Surprenant ou pas ?
01:06C'est une méthode de défense. Vous savez, je suis ça parce que je suis un peu concerné,
01:10puisque je fais partie des ministres juifs ou soutien d'Israël qui étaient visés par ses propos.
01:18On m'a même prêté l'idée folle d'avoir sauvé des entreprises comme l'Ise des Finances pour venger
01:24Moïse.
01:24Vous êtes effectivement cité dans ces conversations.
01:26Absolument.
01:27« Moscovici veut sauver les entreprises françaises pour venger Moïse.
01:30Pour lui, le socialisme, c'est aussi se battre pour le sionisme. »
01:35Voilà les mots qui vous concernent.
01:37C'est un langage typiquement complotiste, totalement tiré de la logistique, de la logorée d'Alain Soral.
01:45Bon, je ne peux réagir jusqu'à présent, mais je vais le faire.
01:48D'abord, pour utiliser une formule qu'aime bien Marie Le Pen, c'est une dinguerie.
01:53Considérer qu'un homme d'État, responsable politique, qui se trouve au ministère de l'Économie et des Finances en
01:59crise,
02:00sauverait des entreprises, éventuellement même des banques, par je ne sais quel souci de venger Moïse,
02:05c'est complètement fou.
02:08Et je ne peux pas penser qu'un responsable politique de haut niveau puisse avoir une telle rhétorique.
02:15Ça me paraît complètement dingue, pour le coup.
02:17Et scandaleux.
02:18Ce sont des propos extrêmement graves.
02:20Après, je ne suis évidemment pas convaincu par la stratégie de défense de Jordan Bardella,
02:25Mediapart que je connais, en général ne travaille pas son filet.
02:29Ils ont quand même montré que tout ça reposait sur des bases assez solides.
02:34Jordan Bardella aurait pu dire qu'il était jeune, qu'il avait 17 ans, qu'il avait 18 ans,
02:37que c'était à l'époque Jean-Marie Le Pen qui présidait le parti.
02:39Ils ont choisi de nier tout.
02:42Ça n'est pas convaincant du tout.
02:44Donc il ment ?
02:45C'est ce que vous pensez ?
02:47Gérald Darmanin dit qu'il ment de manière éhontée.
02:50Moi, je ne suis pas garde des sceaux, je ne suis pas juge.
02:53Ce que je vois, en tout cas, je crois que Mediapart sait ce qu'il dit.
02:56Et qu'à partir de ce moment-là, la défense de Jordan Bardella n'est pas convaincante.
03:01Elle n'est pas convaincante.
03:02Et donc, moi, je suis très troublé par tout ça.
03:04D'abord, ça rappelle les racines quand même antisémites du Rassemblement National.
03:10Ça jette un doute sur cet homme qui était, paraît-il, destiné à être Premier ministre.
03:17Et s'il y a un mensonge, c'est extrêmement grave.
03:20Ça redouble encore la gravité de la démarche.
03:24Donc je suis très troublé par tout ça.
03:27Je pense que les Français doivent l'être et que c'est une source de perte de confiance.
03:30Et si, à un moment donné, il persiste dans cette stratégie de la négation,
03:35il faudra démontrer que ces propos sont faux.
03:38Parce que Mediapart a tout de même mis sur la table des éléments extrêmement solides.
03:42Donc que devrait-il faire, par exemple, demander lui aussi ?
03:45J'ai été, moi, l'objet de ces propos antisémites.
03:48Je ne vais pas être leur conseiller technique pour leur défense.
03:50Mais c'est pour ça que je suis surpris par...
03:51Vous avez, quand même, vous êtes relativement réservé.
03:56Vous pourriez dire, encore une fois, non, l'explication de Mediapart est solide.
04:01C'est ce que je viens de vous dire.
04:02Oui, mais pourtant, vous ne dites pas qu'il ment, sûrement.
04:05Il y a dans ce pays une notion à laquelle je tiens beaucoup, qui s'appelle la justice.
04:11Et donc, Jordan Bardella a engagé une procédure judiciaire.
04:15Il dit qu'il y a une diffamation, il dit qu'il dément ses propos, il le fait avec force.
04:21Comment dire ? D'une certaine façon, j'aimerais qu'il ait raison.
04:25J'aimerais que ce soit vrai.
04:27Je ne le crois pas.
04:28Je ne le crois pas.
04:29De tout ce que je vois, je ne le crois pas.
04:31J'ai le sentiment que ces propos ont été tenus.
04:34J'ai le sentiment que Mediapart sait de quoi il parle.
04:37Après, voilà, on ne peut pas non plus condamner.
04:40Je ne suis pas juge.
04:41Je suis, pour l'occurrence, plutôt victime.
04:43Je suis choqué, troublé.
04:45Je suis troublé à la fois par les propos eux-mêmes, parce qu'ils disent aussi d'une racine antisémite
04:50qui n'est pas disparue complètement dans l'extrême droite, malgré le discours de Marine Le Pen,
04:56qui, elle, je crois, s'y est engagée de manière assez sincère il y a longtemps.
05:01Et puis, ça dit aussi tout de même que pour se défendre, on est prêt à mentir.
05:06Et ça, c'est gênant, parce que les Français ont besoin d'avoir confiance dans ceux qui se présentent à
05:11leur scrutin.
05:12Mais c'est effectivement pariant ce qui est dit de vous dans ses propos.
05:16Si c'était effectivement ses propos à lui, qu'est-ce que vous réclameriez ?
05:20Des excuses, un minima ?
05:21Je considérerais que si ces propos étaient tenus, ils disqualifient celui qui les aurait tenus pour exercer des fonctions d
05:29'État.
05:29On ne peut pas imaginer que quelqu'un qui aurait écrit des choses pareilles, qui aurait pensé des choses pareilles,
05:35qui aurait dit des choses pareilles, puisse être Premier ministre.
05:38Ça, c'est inimaginable.
05:39La France ne peut pas, ne doit pas être dirigée comme ça.
05:42Vous savez, il y a une histoire des Juifs et de la République.
05:46Les Juifs sont une partie intégrante de la République.
05:48Les Juifs de France comptent pour ce pays.
05:50C'est une histoire révolutionnaire, c'est une histoire républicaine.
05:54C'est une histoire laïque aussi.
05:56Je n'ai pas été ministre parce que j'étais juif.
05:58Je n'ai pas été ministre comme juif.
06:00Et je ne suis pas sioniste.
06:01Tout ça est totalement faux.
06:02Il se trouve que je suis juif, que ce sont mes origines, que c'est la culture de ma famille.
06:09Que c'est l'histoire de ma famille aussi qui a souffert de la guerre.
06:12Ma mère a été cachée par des justes en Lausanne.
06:15Mon père a été en grand travail en Roumanie.
06:16Donc, je reconnais ça.
06:18Mais ce n'est pas comme juif et a fortiori pas comme sioniste que j'ai occupé des fonctions d
06:22'État.
06:23D'aucune façon.
06:24Vous avez ressenti quoi quand vous avez lu ces mots ?
06:27Vous savez, pardon de le dire, mais quand on est dans ces positions qui sont les miennes
06:31et avec la vie qui a été la mienne, on a un peu l'habitude.
06:34D'être visé pour ça ?
06:36Oui.
06:36Donc, on a le cuir un peu épais.
06:38C'est peut-être pour ça que vous me trouvez réservé.
06:39Je ne suis pas réservé.
06:40Je n'affiche pas quelque chose d'émotionnel.
06:43Non, je me suis dit surtout que voilà, d'abord la bâtiment n'était pas morte.
06:49Et que dans les tréfonds de l'extrême droite, il restait encore cela.
06:55Et que quelqu'un comme Alain Soral, qui n'est pas n'importe qui, qui est non seulement antisémite profond,
07:00mais complotiste profond, puisse inspirer encore des générations qui aspirent au pouvoir.
07:07Bon, je pense aussi que ça jette quand même un petit doute sur la thèse du Rassemblement national de se
07:13présenter comme le défenseur des Juifs de France.
07:16Quand même, il ne faut pas exagérer.
07:17Donc, ça veut dire que le RN de 2026 n'est pas si loin du FN de 2013 ?
07:23Non, je ne dirais pas ça.
07:24Par exemple, j'ai eu l'occasion, je connais Marine Le Pen, j'ai eu des échanges avec elle.
07:31Ce n'est pas ma tasse de thé, ce n'est pas ma conviction politique.
07:34Mais je pense sincèrement que cette femme, elle a rompu avec l'antisémitisme.
07:37Déjà en expulsant, d'une certaine façon, son père du parti qu'il avait créé.
07:42Mais tout de même, dans les racines, dans les tréfonds, dans la culture de l'extrême droite,
07:47l'antisémitisme n'est pas du tout exclu.
07:49Et Jean-Marie Bardella, il faut quand même rappeler une chose,
07:51c'est qu'il avait dit, il y a quelques années, qu'il pensait que Jean-Marie Le Pen n
07:55'était pas antisémite.
07:56Si quelqu'un qui considérait que les chambres à gaz étaient à détail de l'histoire n'était pas antisémite,
08:02alors qui est antisémite ?
08:03Jean-Marie Le Pen était un antisémite forcené,
08:06qui a été condamné à plusieurs reprises pour des propos absolument inqualifiables,
08:10pas seulement outranciers.
08:12Et bon, voilà, Jean-Marie Bardella, disons, c'est pas net.
08:17C'est pas net.
08:18Et que Marine Le Pen, aujourd'hui...
08:20Alors justement, est-ce que vous êtes surpris ?
08:22Lui, vous dites, vous n'êtes pas convaincu par la manière dont il se défend.
08:25Mais est-ce que vous êtes surpris par la manière dont le Rassemblement National,
08:29aujourd'hui, fait bloc derrière lui, sans laisser la moindre place aux doutes ?
08:35Parce que c'est un bloc.
08:36Voilà, ça nous rappelle ça.
08:37C'est un bloc.
08:38C'est un bloc politique qui est capable, justement, de faire la torture romaine,
08:41et aussi de déployer une certaine violence, une violence symbolique.
08:46Je ne parle pas de violence physique, une violence symbolique.
08:48Et elle est là.
08:49Mais ça veut dire que si finalement ces propos lui sont attribués que c'est bien lui,
08:53ils seront tous, les uns autant que les autres, discrédités par cette affaire ?
08:58C'est quand même sacrément risqué, non ?
09:00Je pense que s'ils ont un doute, et je ne peux pas imaginer que Marine Le Pen n'ait
09:04pas un doute raisonnable,
09:06cette stratégie est une stratégie risquée.
09:07Après, on entre dans autre chose.
09:09Non, je crois surtout que ça nous a rappelé que, voilà, l'histoire de l'extrême droite par rapport aux
09:16Juifs,
09:16son rapport à l'antisémitisme n'est pas si clair qu'on aime à le dire aujourd'hui.
09:20Non, non, c'est pas vrai.
09:21Mais dernière question, s'il nous regarde, vous lui diriez à Jordan Bardella, prouvez que ça n'est pas vous
09:25?
09:26D'abord, il doit prouver que ce n'est pas lui.
09:28Et ensuite, pardon de le dire, si c'était lui, il aurait mieux fait de l'avouer.
09:33Il aurait pu plaider qu'il avait 17 ans, qu'il avait 18 ans, qu'en 2013, c'était Jean
09:37-Marie Le Pen qui dirigeait le Rassemblement national,
09:40qu'Alain Searle était proche de lui, qu'il avait été formé là-dedans, qu'il avait évolué.
09:45Enfin, que sais-je ?
09:46Simplement, voilà, il a choisi de ne pas avouer, de ne rien céder.
09:49Et c'est pour ça qu'ils font bloc, ils font bloc sur quelque chose dont, pardon, tout le monde
09:54a des raisons de penser que c'est un mensonge.
09:56Parlons de cette colère des lycéens, cette semaine de mobilisation, les violences aussi que ça a entraîné.
10:02Pierre Moscovici, la France dépense beaucoup pour ses lycées.
10:0813 895 euros par lycéen par an, c'est 28% de plus que la moyenne des pays de l
10:13'OCDE.
10:13Et pourtant, on en est là aujourd'hui.
10:16Qu'est-ce que ça dit de notre pays et de la gestion de notre pays, selon vous ?
10:20D'abord, il y a des inégalités.
10:22On a investi dans l'éducation nationale de manière forte, mais pas de la même façon sur tous les territoires
10:29de la République.
10:29Et donc, il y a des oubliés, il y a des exclus, il y a des inégalités.
10:34Et ensuite, il y a des choses qui n'ont pas forcément bien fonctionné.
10:38Parcoursup a laissé de côté beaucoup de jeunes qui ont une grande inquiétude pour l'avenir.
10:43C'était une erreur, Parcoursup ?
10:45Je ne suis plus pas un spécialiste de ces sujets-là.
10:47Non, mais vous suivez quand même.
10:50Je suis ça.
10:51Je vois qu'il y a en tout cas des effets pervers très importants.
10:53Et que tout ça, ça crée des inquiétudes chez une jeunesse qui...
10:56Écoute, il faut se mettre à la place d'un jeune qui aujourd'hui a 15 ans, 16 ans, 17
10:59ans, 18 ans.
11:01Il a vécu le Covid.
11:02Il était comme ça, dans une forme très anxiogène.
11:06Il a été séparé de ses grands-parents, parfois de ses parents.
11:10Il voit que l'avenir est bouché.
11:12Il sent que le pays est à fleur de peau.
11:17Il voit que l'avenir n'est pas garanti.
11:19Il a envie de sécurité.
11:20Il voit qu'il y a moins de profs.
11:21Parce qu'au-delà du bâti, il y a aussi l'absenté de la classe.
11:26Il voit que...
11:26Un remplacement de profs.
11:28Il voit que les traitements de la santé dans l'Etat n'est pas assurés.
11:30Mais je ne suis pas en train d'épouser cette...
11:32Non, mais vous dites que les revendications sont légitimes.
11:35Je veux dire, non.
11:36Je parle des racines de la colère.
11:38Je pense que les racines de la colère doivent être comprises,
11:40qu'elles doivent être entendues.
11:41La violence, elle est inacceptable.
11:43Ces formes d'aujourd'hui, cette violence dans la société,
11:48les formes qu'elle prend, tout ça, c'est inqualifiable.
11:51Et ça doit vraiment être condamné.
11:53Et puis, s'il le faut, aussi traité.
11:56Mais derrière ça, il y a aussi une jeunesse,
11:58une jeunesse qui souffre.
11:59Ce sont nos enfants.
12:00Il faut l'entendre.
12:01Il faut l'entendre, il faut le traiter.
12:03Et donc, l'éducation nationale,
12:07je pense qu'elle s'est sentie un peu délaissée.
12:09Il y a beaucoup de problèmes dans l'éducation nationale.
12:11Il y a des problèmes d'inégalité.
12:13Il y a des problèmes aussi de ségrégation.
12:16Parce que beaucoup sont partis dans le privé
12:19pour éviter la carte scolaire.
12:22Et tout ça fait que la mixité sociale est moins assurée qu'elle le fût.
12:26Il y a beaucoup de choses à changer.
12:27Il n'y a pas assez d'autonomie dans les établissements.
12:29Je crois que l'éducation nationale n'a pas fait...
12:32On a investi.
12:33On n'a pas réformé.
12:34C'est ça.
12:35Donc, ce n'est pas un problème forcément de moyens,
12:38mais c'est plus un problème de gestion, d'investissement et de répartition.
12:42Il y a des inégalités dans le déploiement de moyens.
12:45Je crois que vous receviez le président de conseil général de la Seine-Saint-Denis,
12:49c'est-à-dire Troussel.
12:50En Seine-Saint-Denis, il y a moins de moyens qui sont mis en place
12:53que dans d'autres régions.
12:55Ça, c'est clair.
12:55Est-ce que vous trouvez que le gouvernement a mis trop de temps à réagir ?
13:00C'est compliqué.
13:01Les mouvements lycéens, on sait quand ça démarre.
13:03On ne sait pas comment ça s'étend.
13:06Surtout, ce qui m'a étonné, c'est autre chose.
13:07C'est que la réaction du gouvernement a d'abord été une réaction
13:11par le ministre de l'Intérieur, puis ensuite par le ministre de l'Education nationale.
13:15Alors que c'est un problème qu'il faut traiter au niveau de l'Education nationale.
13:18Parce que c'est aux angoisses des jeunes qu'il faut répondre d'abord,
13:22avant de réprimer un mouvement.
13:24Est-ce que pour vous, la France insoumise...
13:25Donc, si vous voulez, du point de vue éducatif, on a réagi un peu tard, peut-être, oui.
13:30Aujourd'hui, d'ailleurs, les réponses sont surtout sur le plan sécuritaire.
13:34On voit qu'il y a une accélération, notamment sur le confrère du Parisien,
13:38sur la loi Casseur-Payeur.
13:39Le ministre de l'Education nationale, lui, n'a pas pu, à ce stade,
13:43apporter des réponses concrètes, au-delà d'une plateforme collective
13:47pour entendre les revendications des uns et des autres.
13:49Est-ce que vous trouvez que la France insoumise a une part de responsabilité
13:52dans ces débordements et a soufflé sur les braises ?
13:55Ou pas ?
13:56Il y a eu des maires qui ont expliqué que la violence pouvait être légitime.
14:00Il m'a semblé que Jean-Luc Mélenchon, là-dessus, avait eu des propos assez définitifs,
14:02condamnant toute prise de position qui pouvait encourager les violences.
14:06Donc, on ne peut pas faire tous les procès à la France insoumise.
14:09Je ne suis pas son défenseur du tout.
14:10Mais bon, il faut aussi garder raison.
14:11Vous savez, j'ai été un jeune d'extrême-gauche, il y a bien longtemps, avec les cheveux longs.
14:18Et j'étais dans des mouvements lycéens et dans des mouvements étudiants.
14:21Et bon, j'étais plutôt du côté de la Ligue communiste révolutionnaire,
14:25j'étais un sympathisant, ce qui n'est pas du côté LFI, ce n'est pas la même branche.
14:28Ce n'est pas du tout la même chose.
14:30Mais il y a toujours eu des mouvements d'extrême-gauche dans les mouvements lycéens
14:33et dans les mouvements étudiants.
14:36Ça coagule, si vous voulez.
14:38Mais ce n'est pas le parti politique d'extrême-gauche qui crée le problème.
14:42Le problème, il préexiste.
14:44Et donc, on ne peut pas donner la réponse.
14:46Ce n'est pas LFI qui a décidé de mettre le feu à l'éducation nationale.
14:50Il y avait quelque chose sous la cendre.
14:52Mais est-ce qu'ils essaient, à minima, d'instrumentaliser cette contestation ?
14:58Instrumentaliser, je ne sais pas.
14:59En tout cas, ils sont dedans, bien sûr.
15:00Et c'est leur place, dans leur couloir ?
15:05Historiquement, c'est quelque chose qui arrive, oui.
15:07Comme il y a d'autres mouvements qui sont ailleurs.
15:08Il y a d'autres mobilisations qui sont prévues la semaine prochaine.
15:11Et les syndicats, puisqu'ils entrent aussi dans la danse à partir de mardi,
15:13préviennent qu'il n'y aura pas de sortie de crise sans réponse politique nationale.
15:18Pour une réponse nationale, ça passe forcément par le budget.
15:22Et c'est là où ça coince.
15:23Et c'est peut-être pour ça aussi que le ministre de l'Éducation nationale
15:25n'a pas pu apporter des réponses concrètes hier.
15:29Est-ce qu'on a les moyens, aujourd'hui, de répondre à ces revendications ?
15:32Et est-ce que le budget, la copie du budget du gouvernement qui a été présenté,
15:36vous semble la bonne aujourd'hui ?
15:37Je voudrais élargir un petit peu le propos, sortir de l'éducation nationale pour le coup.
15:41Pour vous dire ma très grande préoccupation.
15:44J'ai été visé à l'économie des finances,
15:47j'ai été commissaire européen en charge de l'économie des finances,
15:49j'ai été premier président de la Cour des comptes.
15:51Et depuis une douzaine d'années,
15:52je ne cesse d'alerter sur la montée de la dette et ses dangers.
15:55Je veux dire ici, de manière assez solennelle,
15:58que la situation de la France est extrêmement préoccupante,
16:00et même qu'elle devient grave.
16:01Ces dernières semaines, les taux d'intérêt auxquels nous empruntons
16:06sont passés d'à peu près 4% à près de 5%.
16:10Notre spread, c'est-à-dire notre différentiel de taux d'intérêt avec l'Allemagne,
16:14est passé de 80 points à 150 points.
16:16Ça a été multiplié par deux.
16:17Il y a un doute fondamental sur la capacité de la France
16:21à faire adopter un budget et à réduire ses déficits.
16:23Et il faut absolument répondre à ça.
16:25Est-ce que c'est la bonne réponse, ce budget qui a été présenté ?
16:29Est-ce que la copie va dans le bon sens ?
16:31Elle n'a pas encore convaincu les marchés, constatons-le.
16:34Ce que je souhaite, c'est qu'il y ait un budget,
16:36et que ce budget réduise les déficits.
16:39Tous ceux qui aiment la France,
16:41qui s'apprêtent à voter en 2027,
16:43doivent être conscients que cette question est là devant nous et pour longtemps.
16:46Vous savez, on parlait d'éducation nationale.
16:49Si on a des taux d'intérêt à 5, à 7%,
16:52si la charge de la dette passe à 90, à 100 milliards d'euros dès l'an prochain,
16:57à 130 milliards d'euros en 2030,
17:00bien nous ne pourrons rien faire.
17:02Nous ne pourrions plus investir pour l'éducation nationale,
17:04nous ne pourrons plus investir pour l'innovation et la recherche.
17:06On ne pourra pas traiter la question du réchauffement climatique.
17:09On ne pourra pas faire face aux dangers géopolitiques.
17:11Un pays qui est impuissanté, qui est paralysé par la dette,
17:15ce pays-là est un pays impuissant à répondre aux aspirations de la jeunesse
17:20ou aux défis du futur.
17:22Et donc, il faut absolument que les Français soient conscients de cette question de la dette.
17:26Il faut que les responsables politiques la traitent.
17:28Il faut qu'il y ait un budget.
17:29Qu'est-ce que vous leur dites aux responsables politiques, justement,
17:31qui vont débattre de ce budget ?
17:32Vous leur dites tous, les uns autant que les autres,
17:36vous devez prendre responsabilité, voter ce budget,
17:39en attendant la présidentielle ?
17:41On sait que ce sera de toute façon un budget de fin de législature,
17:44que ce sera un budget provisoire,
17:46qui aura forcément...
17:47Oui, mais c'est quand même un premier signal pour les marchés.
17:49Alors, le signal...
17:50En tout cas, les voies et moyens, je ne peux pas les discuter.
17:53Ce que je constate, c'est qu'après, il y avait une discussion politique.
17:56Il y a plus d'impôts qu'on l'avait dit.
17:58Il y a plus de gel de prestation qu'on l'avait pensé.
18:02Après, il y aura une discussion politique dans le cadre de l'Assemblée nationale.
18:05Il faudra que le gouvernement trouve une majorité
18:07pour ne pas rejeter ce budget.
18:09Ça, c'est son travail.
18:11Mais simplement, ce que je souhaite, moi,
18:12c'est qu'à la fin, il y ait un budget
18:13et que ce budget réduise vraiment les déficits.
18:16Pourquoi ?
18:17Parce que si ça n'est pas le cas,
18:18on nous fera payer notre argent,
18:21nos emprunts de plus en plus chers.
18:22Nous serons paralysés, nous serons impuissants.
18:24Vous savez, on parle beaucoup de crise financière.
18:27Je n'ai jamais joué les cassandres.
18:28Je ne pense pas qu'il y ait une crise financière à la grecque,
18:30c'est-à-dire qu'il y a tout à coup une sorte de collapsus
18:33ou un étouffement
18:35et que la France défaille
18:36et faille défaut,
18:38soit en faillite.
18:38Je ne le crois pas.
18:39En revanche, la crise financière,
18:41elle est déjà là.
18:42C'est une crise d'étranglement.
18:43C'est une crise rampante.
18:45C'est une crise des taux d'intérêt.
18:48Quand j'étais commissaire européen,
18:49il y a quelque temps,
18:51mais c'est quand même jusqu'à la fin 2019,
18:52jamais je n'aurais imaginé
18:53que la France emprunterait plus cher
18:54que la Belgique, l'Espagne ou le Portugal.
18:57Aujourd'hui, plus cher que la Grèce,
18:59plus cher que l'Italie
19:00et de manière systématique.
19:01Ça veut dire que nous sommes dans le viseur.
19:03Et pourquoi nous sommes dans le viseur ?
19:04Parce que nous avons, d'une part,
19:06une instabilité politique
19:07et d'autre part,
19:08parce que nous ne traitons pas sérieusement
19:09cette question de la dette.
19:10Cette question de la dette,
19:11elle est vitale.
19:12Je vais faire simple.
19:14Quand on n'a pas d'argent,
19:15on ne peut rien faire.
19:15Et on ne peut pas répondre
19:16aux problèmes les plus urgents comme...
19:18Ni les problèmes urgents,
19:19ni les problèmes structurels,
19:20ni les problèmes du long terme.
19:20Dernière question.
19:21Demain, sur BFM TV,
19:23demain soir,
19:24c'est le dernier round
19:25de la primaire de la gauche
19:27du Parti Socialiste et Place Publique.
19:29Le premier tour de la primaire
19:30aura lieu la semaine prochaine.
19:32Dernier débat demain soir sur BFM TV.
19:34À qui vous souhaitez bonne chance ?
19:37Ce que je souhaite...
19:38Je ne suis plus membre du Parti Socialiste.
19:41Je suis resté un homme de gauche.
19:42Mais du coup, justement,
19:43vous êtes libre
19:43de prendre parti pour l'un ou l'autre.
19:45Je souhaite qu'il y ait pas mal de gens
19:46qui participent à la primaire.
19:47J'ai vu qu'il y avait
19:48beaucoup de Français
19:49qui s'y intéressaient.
19:49Je crois 25%.
19:51C'est par des candidats.
19:52À qui vous souhaitez bonne chance ?
19:54Ce que je souhaite,
19:55c'est que le candidat le plus crédible,
19:58celui qui portera la gauche le plus haut,
20:01sortent de ça.
20:01Pourquoi ?
20:02Parce que, tout simplement,
20:03dans un pays avec une bonne santé démocratique,
20:05on a besoin d'avoir une gauche forte,
20:06une droite forte.
20:07Et quand je parle d'une gauche,
20:08je parle d'une gauche démocratique,
20:10d'une gauche qui veut transformer la société,
20:12d'une gauche qui veut gouverner.
20:13Est-ce que, pour vous,
20:13le candidat le plus crédible de la gauche
20:15participe à cette primaire ?
20:18En tout cas,
20:19il faut que ce soit le candidat
20:20le plus crédible de la primaire
20:21qui l'emporte.
20:22Est-ce que le candidat le plus crédible
20:23va participer à cette primaire
20:25ou il va la regarder à la télé ?
20:27Vous voyez à qui je fais référence ?
20:29Ah !
20:30Je me suis déjà prononcé là-dessus.
20:32Non, non, je pense...
20:32Pour François Hollande.
20:33Non, non, je pense que
20:35les hommes et les femmes de gauche,
20:36de gauche socialiste,
20:37social-démocrate,
20:38doivent soutenir le vainqueur de la primaire.
20:39Non, il ne faut surtout pas observer la primaire...
20:43Pas de retour, pas de comeback.
20:44C'est ce que vous dites.
20:46Je n'y crois pas beaucoup.
20:47Je pense que président et ex-président,
20:49ça ne rime pas.
20:50Je ne crois pas beaucoup au recours.
20:52Mais bon, cela dit,
20:53je connais le piquet à côté,
20:54le talent de François Hollande.
20:57Je devine qu'il est à fond.
20:58Mais je pense que ce n'est pas comme ça
21:00que ça se passera.
21:01Merci Pierre Moscovici.
21:02Merci à vous.
21:03Merci d'avoir été avec nous.
21:04Dans un instant,
21:05nous accueillons notre prochain invité.
21:07Ce sera François-Xavier Bellamy,
21:08député européen.
21:09vice-président des Républicains.
21:11Tiens, on fera réagir notamment
21:12à ce message lancé aujourd'hui
21:14par Gabriel Attal
21:15qui propose une grande coalition
21:17des électeurs de Raphaël Glucksmann
21:19à ceux de la droite républicaine.
21:21Est-ce que ça le convainc ?
21:23Oui ou non ?
21:23J'aurais aussi pu vous interroger là-dessus.
21:25Vous reviendrez pour en parler.
21:26On va dire bouf.
21:27Bouf, ok.
21:28Merci, merci Pierre Moscovici.
21:30Merci à vous.
21:30Une pause et on se retrouve
21:31dans quelques instants.
21:32A tout de suite.
21:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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