00:00C'est une contradiction dans les termes de parler de racisme anti-blanc,
00:03comme ce serait une contradiction dans les termes de parler de sexisme inversé.
00:07Je reprends ici, comme vous le voyez, l'analyse structurelle que défend la sociologue que j'aime beaucoup, Solène Brun,
00:13qui est que le racisme est un rapport de domination chargé d'une histoire.
00:18C'est dans ce sens que je conteste le racisme anti-blanc en France.
00:22J'avais déjà réagi à cette affaire au meurtre de Thomas Acrépole.
00:26Le 25 septembre, 11 jeunes, je le rappelle encore une fois, 11 jeunes hommes ont été renvoyés aux assises avec
00:32une circonstance aggravante de racisme.
00:35Le parquet et plusieurs avocats aussi ont fait appel.
00:38Les accusés, eux, restent présumés innocents, bien évidemment.
00:41La mort de Thomas exige justice.
00:44Ça, c'est inquestionnable.
00:46Mais une qualification pénale ne tranche pas à elle seule cette question sociologique.
00:51Solène Brun explique.
00:52Nous, en sociologie, on définit le racisme comme un rapport de pouvoir.
00:55Le système de pouvoir, il découpe des groupes en groupes dominants et dominés.
00:59Parce que, en fait, le racisme tel qu'on le définit, c'est pas juste, en fait, l'expression d
01:03'une hostilité inter-individuelle.
01:04Ce rapport classe des groupes et organise durablement leurs avantages et leurs désavantages.
01:11Les actes individuels prennent leur signification dans cette histoire et cette organisation sociale.
01:16L'histoire, concrètement, aide à comprendre.
01:18Dans les colonies françaises, je le rappelle, le Code noir classait juridiquement les personnes esclavagisées comme des biens meubles.
01:25L'ordre colonial a organisé l'exploitation et a construit des hiérarchies raciales favorisant les populations considérées comme blanches.
01:33Changer le droit ne remet pas en question automatiquement les patrimoines à zéro.
01:39Cela n'efface pas d'un coup les représentations héritées.
01:42L'analyse structurelle étudie justement la reproduction de ces inégalités.
01:47Prenons un exemple très concret.
01:48Une étude de la DAES, publiée en 2021, compare des candidatures de qualité équivalente.
01:54Lorsque le prénom et le nom évoquent le Maghreb, la probabilité d'un contact est en moyenne inférieure de 31
02:01,5% à celle obtenue avec une identité évoquant une origine française.
02:07L'analyse structurelle cherche, elle, à comprendre ces écarts répétés de traitement.
02:12On va me dire derrière, mais moi, je parle de racisme individuel.
02:16Un acte peut-être individuel en son sens, dans sa réalisation, et structurel dans les rapports qu'il produit.
02:23Une personne prononce une insulte.
02:25Cette insulte peut réactiver une hiérarchie qui la dépasse.
02:29La question porte donc aussi, je le dirais, sur le rapport de pouvoir auquel l'acte s'adoce.
02:34Solène Prenne reconnaît aussi que des personnes blanches peuvent subir une hostilité parce qu'elles sont blanches.
02:40La question est de savoir, est-ce qu'il y a des blancs qui peuvent vivre des expériences d'hostilité
02:44parce qu'ils sont blancs ou parce qu'ils sont perçus comme blancs ?
02:47La réponse est oui.
02:47Tout le monde peut s'accorder pour, évidemment, que ça existe.
02:50Ces hostilités et ces violences doivent être condamnées, bien sûr.
02:54Dans l'approche qu'elle défend, elle ne constitue pas un racisme anti-blanc,
02:58puisqu'elle ne s'adosse pas à un système qui domine les blancs comme groupe parce qu'ils sont blancs.
03:04Le parallèle avec le sexisme inversé éclaire toute cette distinction-là.
03:09Une femme peut haïr un homme ou lui faire violence.
03:12Cela ne crée pas pour autant un système dans lequel les hommes sont collectivement dominés par les femmes.
03:18De même, une hostilité envers une personne blanche ne renverse pas le système, ne renverse pas l'organisation raciale de
03:25la société.
03:25Cela, je le rappelle encore une fois, ne signifie pas que tous les blancs sont riches ou puissants.
03:30On peut être blancs et pauvres.
03:31Les rapports de classe comptent aussi.
03:33C'est pourquoi, dans cette analyse, le racisme dit anti-blanc est un contresens.
03:38Des hostilités existent, oui.
03:40Sans le système de domination qui ferait des blancs un groupe racialement dominé.
03:45Toutes les victimes méritent justice.
03:47Comprendre les rapports de domination fait aussi partie du combat contre le racisme.