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« Je ne vois pas les couleurs. » Mais est-ce suffisant pour combattre le racisme ?

En France, le colorblindness, ou cécité à la race, pose une question essentielle : comment combattre des discriminations qu’on peine à reconnaître ?

Trois conséquences possibles : brouiller la mesure du racisme, fragiliser la parole des personnes concernées et compliquer l’action.

📚 Sociologie de la race, de Solène Brun et Claire Cosquer, éditions Armand Colin. Deux citations exactes, page 125.

Tu as déjà entendu cette phrase ? Dans quel contexte ?


#AntiRacisme #Colorblindness #Discriminations #Sociologie

Catégorie

✨
Personnes
Transcription
00:00Ah, mais je n'avais pas vu que tu étais noir.
00:02Désolé, je ne vois pas les couleurs.
00:03Je ne vois pas les couleurs ?
00:05Cette phrase peut paraître antiraciste.
00:08Mais si la société discrimine selon la couleur,
00:12que se passe-t-il quand on refuse de la voir ?
00:15En France, c'est tout l'enjeu du...
00:18ce qu'on appelle colorblindness,
00:20c'est-à-dire la cécité à la couleur, à la race.
00:23L'idée, c'est de considérer tous les citoyens français
00:25sans tenir compte de leur couleur de peau ou de leur origine.
00:29L'objectif affiché, vous le comprenez, c'est l'égalité républicaine.
00:33Mais une égalité proclamée sur le papier
00:35ne garantit pas une égalité vécue.
00:37Dans l'ouvrage Sociologie de la race, que vous voyez juste ici,
00:40Solène Brun, que j'aime beaucoup, et Claire Kosker,
00:43écrivent ceci à la page 125, je cite.
00:45La France a pour particularité d'être un pays
00:47dans lequel la colorblindness est inscrite
00:50dans les fondements institutionnels de l'État.
00:52Cette prudence a en réalité une histoire.
00:55Les catégories raciales ont servi à dominer
00:57dans les colonies françaises,
00:59mais aussi à persécuter sous le régime de Vichy.
01:02Mais cette histoire pose aussi une autre question.
01:04Comment mesurer concrètement les discriminations aujourd'hui ?
01:08Ici, la race désigne une construction sociale,
01:12comme je le dis très souvent,
01:13c'est-à-dire la manière dont une société
01:15place les personnes selon une origine attribuée
01:18ou une couleur de peau perçue.
01:20Cette cécité peut avoir trois effets majeurs, je pense.
01:24Le premier effet qui est de brouiller la mesure du racisme.
01:27Les autrices de l'ouvrage analysent une enquête de 2003
01:31qui regroupait des expériences très différentes.
01:34On parle de moquerie, de mise à l'écart, de refus d'un droit.
01:39Avec des catégories beaucoup trop larges,
01:41les discriminations raciales pouvaient être diluées
01:44parmi d'autres traitements négatifs.
01:46Un problème mal identifié concrètement
01:48devient beaucoup plus facile à contourner, à minimiser.
01:51Deuxième effet parmi les trois, fragiliser la personne
01:54ou plutôt la parole des personnes concernées.
01:57Concrètement, si on refuse d'examiner la dimension raciale
02:00d'un refus d'emploi ou de logement,
02:02on risque de réduire une discrimination
02:04à un accident individuel.
02:07Et le troisième et dernier effet,
02:08c'est de compliquer l'action.
02:10C'est-à-dire comment corriger une inégalité,
02:13identifier les pratiques qui la produisent
02:15ou vérifier qu'une politique fonctionne
02:17si on examine mal ses mécanismes.
02:19Dans l'ouvrage, encore une fois, à la page 125 toujours,
02:23les autrices disent ceci, je cite,
02:24« De même que supprimer le mot race
02:26ne suffit pas à supprimer le racisme,
02:28se refuser à étudier les effets de la race
02:30ne produit pas leur disparition. »
02:32Concrètement, reconnaître ces mécanismes
02:34permet de rendre l'égalité concrète, en fait.
02:36On peut défendre l'égale dignité de tous
02:40et regarder aussi les traitements inégaux en face.
02:42Alors, dire qu'on ne voit pas les couleurs
02:45est suffisant, selon vous, pour combattre le racisme.
02:48C'est-à-dire qu'on ne voit pas le racisme.
02:49C'est-à-dire qu'on ne voit pas le racisme.
02:49C'est-à-dire qu'on ne voit pas le racisme.

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