00:00Parlons cash.
00:01Et oui, on parle cash sur Sud Radio et dans le Grand Matin.
00:06Clara, on vous retrouve.
00:08On parle ce matin de ce laboratoire qui décide de ne plus rembourser un médicament.
00:14Oui, on vient d'apprendre qu'un médicament utilisé dans le traitement du cancer,
00:18de la prostate, du cancer du sein, va peut-être être déremboursé par la Sécurité Sociale.
00:23Ce qui est surprenant, c'est que ce n'est pas l'État qui a décidé,
00:26mais c'est le laboratoire qui l'aurait demandé.
00:28Alors, comment c'est possible ça ?
00:29Eh bien, c'est une procédure qui existe, mais qu'on voit rarement.
00:32AstraZeneca a déposé une demande de déremboursement du Zoladex
00:36auprès de l'Agence Nationale de Sécurité du Médicament.
00:38Le médicament reste sur le marché, il n'est pas retiré,
00:41mais il ne sera plus pris en charge par l'assurance maladie.
00:45Et la décision s'est prise très discrètement, sans aucune concertation publique,
00:49sans que les patients ou les médecins soient prévenus.
00:52Alors, pour le cancer de la prostate, il y aurait des alternatives,
00:55mais pour le cancer du sein, c'est une autre histoire.
00:57Et c'est là que ça devient préoccupant.
00:59Comme vous le dites, Jacques, pour la prostate, des traitements comparables existent,
01:03même si changer de molécule n'est jamais anodin pour un patient en cours de traitement.
01:06Mais pour le cancer du sein, il n'y aurait pour l'instant pas d'alternative thérapeutique et équivalente.
01:11Des femmes sous Zoladex se retrouveraient sans solution de remplacement identique.
01:15C'est le point le plus grave de ce dossier.
01:17Et si le médicament n'est plus remboursé, qu'est-ce que ça change concrètement pour le prix ?
01:23Eh bien, c'est ce qu'on va voir avec notre invité.
01:25Merci Clara.
01:26On est avec Pierre-Olivier Vario, qui est président de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine.
01:31Bonjour Pierre-Olivier Vario.
01:33Bonjour à vous.
01:33Soyez le bienvenu sur Sud Radio.
01:36Merci.
01:37Disons-le, c'est vous, d'une certaine manière, qui avez découvert ce stratagème, j'ai envie de dire.
01:46Comment avez-vous fait ?
01:48En fait, on a appris très fortuitement, par une dépêche,
01:52qu'il y avait cette demande du laboratoire AstraZeneca de dérembourser le Zoladex.
01:57Alors, aujourd'hui, c'est l'assurance maladie qui fixe le tarif.
02:0086 euros pour un traitement court, 257 pour une cure de plusieurs mois.
02:06Concrètement, quelles vont être les conséquences si, effectivement, le laboratoire obtient ce qu'il a demandé ?
02:12Je voudrais juste remettre un peu dans l'objectif tout ça.
02:15Il y a déjà des laboratoires qui ont demandé des déremboursements.
02:18Par exemple, vous avez un sirop très connu comme le Toplexi.
02:20Le laboratoire a demandé le déremboursement, mais il existait des génériques.
02:23Donc, on pouvait remplacer, sans aucun surcoût pour le patient, par ces médicaments-là.
02:28Là, le problème de l'ADEC, c'est qu'il est tout seul.
02:30Donc, dès lors qu'il va être déremboursé, le Comité économique des produits de santé, le CEPS,
02:35ne pourra plus fixer le prix du médicament, puisqu'il va être un prix libre.
02:39Il n'y a plus d'arbitrage ministériel.
02:42Et donc, du coup, généralement, le prix de ce médicament monte terriblement.
02:45On l'a vu, par exemple, avec l'homéopathie,
02:47où le tube était à 2 euros et passait à 6 ou 7 euros dès lors qu'il a été
02:51déremboursé.
02:52Là, on parle de sommes qui pourraient avoisiner les 400, 500, voire le double ?
02:58Il n'y a plus de limite.
02:59Ce sera le prix que le laboratoire voudra.
03:00Et on voit bien qu'il y a une certaine politique des laboratoires américains de dire
03:04aujourd'hui, on dérembourse et ce n'est plus à l'assurance maladie de prendre en charge,
03:07mais ça va plutôt être à une assurance privée.
03:09En fait, ils sont en train de refaire ce que les États-Unis ont fait.
03:12Et c'est honteux.
03:12Alors, quelle est l'explication de AstraZeneca ?
03:15Alors, je l'ai demandé.
03:17J'ai un rendez-vous qui s'est calé avec eux dans les jours qui viennent.
03:20Je n'ai pas d'explication.
03:21Je pense que c'est quelque chose de purement économique,
03:22mais ça ne l'engage que ma vision des choses.
03:24Je ne suis pas sûr de ce que je vous dis.
03:25J'attends leur explication.
03:27Mais je pense que le laboratoire AstraZeneca voulait faire des économies
03:31et ne plus être soumis à la dictate du CEPS pour fixer le prix.
03:36Vous évoquez une décision inhumaine.
03:38Pourquoi ?
03:40Eh bien, c'est ce qu'a été dit par votre collègue tout à l'heure.
03:42C'est que le Zoladex, peut-être, il y a deux indications prioritaires.
03:47La première, c'est le cancer de la prostate chez l'homme,
03:49qui peut avoir des alternatives.
03:51Alors, c'est ce qu'elle a dit exactement et très justement.
03:53Les alternatives vont quand même provoquer des changements
03:56qui ne sont pas faciles à gérer par les patients.
03:59Et en particulier, le souci que ça peut provoquer quand le médicament marche bien.
04:02Mais aussi, il est utilisé en cancer du sein.
04:04Et là, il n'y a pas d'alternative.
04:05Donc, ça veut dire qu'on va laisser des femmes atteintes de cancer du sein
04:09et sous-traitement Zoladex sans traitement médicamenteux.
04:16C'est irresponsable de la part d'un laboratoire.
04:18Irresponsable, surtout au moment, en cet octobre rose,
04:21où on essaye de sensibiliser les gens en leur disant
04:24« faites-vous dépister » parce qu'on sait que le dépistage est compliqué
04:28et que parfois il est tardif.
04:30Et de mémoire, je n'ai pas les chiffres sous les yeux,
04:33mais je crois qu'une femme sur deux ne le fait pas au moment où il devrait être fait.
04:37Donc, c'est totalement contradictoire avec cette décision du laboratoire.
04:43Qu'est-ce que l'État peut faire ?
04:44Est-ce que l'État peut rappeler à la raison ce laboratoire
04:47ou est-ce qu'il n'en a pas les moyens ?
04:49L'État peut effectivement essayer de discuter et faire une médiation.
04:53C'est peut-être d'ailleurs ce que cherche ce laboratoire,
04:55de faire une médiation économique.
04:57Mais l'État peut aussi dire « je vous demande de ne pas le faire »
05:00étant donné que dans certains cas, il n'y a pas d'alternative.
05:02Quand un laboratoire décide de ne plus fabriquer un médicament
05:05parce qu'il n'est plus rentable, par exemple en France,
05:07l'État peut parfois lui imposer de transmettre son dossier de fabrication
05:11à un autre laboratoire qui reprend la fabrication,
05:13quand c'est un médicament qu'on appelle
05:16« médicament d'intérêt thérapeutique majeur ».
05:18Disons-le clairement, Pierre-Olivier Vario,
05:21président de l'Union des syndicats des pharmaciens d'officine, l'USPO,
05:24c'est une affaire de gros sous au détriment de la santé.
05:28C'est ce qu'il me semble.
05:29J'attends pour être certain la confirmation d'AstraZeneca.
05:33Tout cela demande effectivement à être vérifié auprès d'AstraZeneca,
05:41mais dans la mesure où AstraZeneca ne répond pas pour le moment,
05:44on fait le constat suivant à cette heure-là et aujourd'hui.
05:48Et puis si vous voulez, pour terminer,
05:49juste, moi j'ai quand même eu accès à une conférence du LEM,
05:53donc du LEM c'est les industries du médicament
05:57qui aujourd'hui regroupent les industriels qui sont étrangers,
06:01en particulier américains,
06:02qui ont clairement dit
06:03« moi je demande à ce que certains médicaments soient déremboursés en France
06:06pour pouvoir être repris en charge par des assurances privées ».
06:09Donc c'est la stratégie de certains grands groupes,
06:11en particulier américains.
06:13Et quand vous savez que Trump a demandé à ce que,
06:16s'il y avait des médicaments qui étaient mieux vendus en France,
06:20enfin en Europe,
06:21que ce qu'il ne devrait,
06:22l'argent retourne directement chez le contribuable américain,
06:27enfin directement dans les caisses de l'État.
06:28Enfin je veux dire, on marche sur la tête.
06:30Qu'est-ce qu'on veut ?
06:31On veut soigner des gens ou pas ?
06:33Oui, bonne question.
06:34Affaire à suivre en tous les cas à Pierre-Olivier Vario
06:36et vous reviendrez avec effectivement la réponse de AstraZeneca.
06:39C'est une affaire qu'on va continuer de suivre
06:41parce que vous l'avez très bien rappelé,
06:43c'est le seul médicament aujourd'hui capable de lutter
06:46contre le cancer du sein.
06:48Merci infiniment.
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