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Le couple d'explorateurs, fondateurs de l'ONG Under The Pole, publie "Subantarctica. Une expédition à la recherche des forêts animales marines" (Ulmer).

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:08On commence avec le grand portrait. Dans la famille Bardou, je voudrais monsieur et madame, mari et femme, une fois
00:14n'est pas coutume, ensemble au micro du grand portrait.
00:18Je voudrais qu'ils racontent comment leur est venue l'exploration des grands fonds.
00:22Je voudrais savoir à quoi ressemblent les forêts et les jardins aquatiques qui poussent 20 000 lieux sous les mers.
00:28Pour cela, nous allons embarquer à bord d'un navire, le Wai, qui a transporté en Antarctique les époux Bardou,
00:36d'autres plongeurs de l'extrême et des scientifiques, à la recherche de la vérité sur le continent blanc, du
00:42moins sur ces abysses.
00:44Quand j'étais petite, à la télé, il y avait un feuilleton sur un couple très glamour qui s'intitulait
00:49l'amour du risque. Je crois qu'on y est. Portrait numéro 187.
00:55Et bonjour à tous les deux, Emmanuelle et Guylain Bardou.
00:59Bonjour Sonia.
00:59Bonjour et soyez les bienvenus sur la terre ferme à France Inter avec ce livre, Sub Antarctica, une expédition à
01:07la recherche des forêts animales marines.
01:10C'est Paris. Alors Under the Pole, ça, c'est l'ONG que vous avez fondée justement, qui est vouée
01:15à la recherche et à l'exploration.
01:16Et puis, il y a aussi un co-éditeur, c'est Ulmer, c'est ça ?
01:20Un éditeur, en fait. Un éditeur qui donne une grande place à notre logo parce que c'est un éditeur
01:24exceptionnel.
01:25Mais c'est Ulmer qui édite le livre.
01:26D'accord, c'est Ulmer qui édite le livre.
01:28Et puis, il y a les photographies de Franck Gazzola.
01:30Et puis, je précise que vous allez le retrouver sur le site de France Inter et sur notre appli.
01:36Sophie Becherel, de la rédaction de France Inter, est venue vous voir là-bas, en Antarctique.
01:43Comment vous vous êtes connus, tous les deux ?
01:45D'abord, on va faire connaissance, avant de partir avec vous en mer.
01:49Comment vous vous êtes connus ?
01:50Eh bien, avec Emmanuel, on s'est rencontrés en plongée dans le cadre.
01:54En plongée ?
01:54Oui, on était sur la terre ferme, mais pas longtemps après, on était ensemble sous l'eau, effectivement, en Bretagne,
01:59sur un petit archipel qui s'appelle l'archipel des Glénans, qui est une région de cœur pour Emmanuel et
02:04moi.
02:05Et c'est d'ailleurs là-bas qu'on s'est basé avec Under the Pole.
02:07D'accord. Les Glénans, donc l'école de voile mythique.
02:12Alors, en l'occurrence, c'était l'école de plongée, où j'ai travaillé cinq ans à l'école de
02:16voile.
02:16Et là, je revenais de ma première expédition avec Jean-Louis Etienne à Clipperton, où j'avais fait mes premières
02:21plongées.
02:22Et Jean-Louis Etienne m'avait dit, mais forme-toi à la plongée aussi.
02:24Et donc, je suis allée dans l'archipel des Glénans pour me former à la plongée.
02:27Et Guylain, c'était mon moniteur.
02:28De plongée ? Guylain, c'était votre moniteur de plongée ?
02:31Ah, mais c'est très, très, très joli !
02:33Sauf que, fut un temps, dans les écoles de voile, on disait qu'il y avait les glouglous et les
02:37voileux.
02:38C'était ceux qui descendaient sous la mer et ceux qui naviguaient.
02:41Et que c'était deux mondes qui ne cohabitaient pas.
02:44Mais bon, on les a fait cohabiter.
02:45Et qui ne s'aimait pas.
02:46Ils vous aient fait plus que cohabiter.
02:47Et puis, ça reste des amoureux de la mer, tous ces gens-là.
02:49Donc, il n'y a pas de raison non plus.
02:50En fait, c'est simplement qu'ils se rencontrent et puis ils se croisent.
02:53Et puis, dans ce qu'on a mené par la suite, en fait, on a lié les deux.
02:57Puisque le bateau est devenu le moyen de transport pour aller explorer les océans.
03:01Oui. Alors, Jean-Louis Etten, on l'écoute justement.
03:03J'avais des hallucinations auditives, donc des oiseaux.
03:05Mais j'étais, attends, mais ça c'est des oiseaux, c'était une évidence.
03:07Mais il n'y avait rien.
03:09J'ai eu un oedème cérébral d'altitude parce que je n'avais plus assez d'oxygène.
03:12Tout ça pour dire qu'on ne repousse pas ses limites.
03:17On se découvre.
03:19On a des performances qu'on ignore de soi.
03:22« Résister à la tentation de l'abandon ».
03:24Ça, c'est quelque chose que je peux partager avec tout le monde.
03:26Quand vous avez une envie, c'est le moteur, l'envie, vous voyez ?
03:30Un truc profond, quelque chose.
03:32C'est vrai que j'ai frôlé des moments très difficiles.
03:36Mais résister à la tentation de l'abandon, c'est une façon très constructive d'avancer.
03:42Donc, quand vous rencontrez Guylain et Emmanuel,
03:45vous revenez d'une expédition avec Jean-Louis Etienne.
03:48Et maintenant, vous avez Jean-Louis Etienne en commun,
03:50comme une sorte de parrain, de menteur, de mentor, de guide, d'inspirateur.
03:56Oui, évidemment, on est très proche.
03:58On était encore avec lui hier soir.
03:59C'est vrai.
04:00C'est quelqu'un qui nous inspire beaucoup parce qu'il a fait une carrière sur l'exploration.
04:05C'est un vulgarisateur hors normes.
04:07Après, nous, on a trouvé notre propre voie avec Under the Pole.
04:10Il nous y a aussi toujours encouragés.
04:12Et donc, oui, c'est une chouette aventure qui se continue.
04:14Oui. Et donc, vous, vous êtes installés tous les deux à Concarneau.
04:20La légende veut que, fut un temps, vous avez vendu votre maison pour pouvoir acquérir un bateau.
04:26Ce n'est pas une légende.
04:28Ce n'est pas une légende.
04:28Non, parce qu'en fait, quand on parle de persévérance,
04:31quand Jean-Louis Etienne parle de ne pas abandonner,
04:34en fait, c'est exactement ça.
04:35Les projets complexes, c'est des parcours, c'est des chemins qui sont semés dans bûches.
04:39Et donc, oui, monter des expéditions en Arctique, dernièrement en Antarctique ou ailleurs dans le monde,
04:45c'est des expéditions qui sont toujours compliquées.
04:48Trouver des financements, rassembler des équipes, s'entraîner, atteindre le juste niveau,
04:53donner du sens à tout ce travail.
04:55En fait, ça prend en général des années.
04:58Et en fait, on se décourage parfois bien avant de partir bien avant d'être confronté aux risques et aux
05:04dangers.
05:05Et vous avez retrouvé un toit depuis que vous ne vivez pas complètement sur le bateau.
05:09Mais c'était une belle expérience, en fait, parce qu'on est partis au Groenland.
05:12Notre fils avait deux ans et on n'avait plus que le Wai.
05:15En fait, c'est la seule fois.
05:17Le Wai, c'est notre voilier.
05:18Et c'est la seule fois, en fait, c'est rare dans une vie de plus rien avoir, d'avoir
05:22tout vendu.
05:23Et nous, on s'est retrouvés, on avait quand même ce voilier, notre équipe.
05:27On avait tout ce qu'on rêvait de faire au Groenland pendant deux ans.
05:30Notre fils avec nous.
05:31Tout était là et notre jardin, c'était les glaces, c'était les icebergs.
05:35Et donc, ça a été dur.
05:36Évidemment, c'était une décision difficile.
05:38Mais en même temps, c'était un plus grand espace de liberté qu'on ait jamais eu.
05:41Je voudrais que vous racontiez, parce qu'on va plonger dans ces trois mois passés en Antarctique.
05:48Vous n'étiez pas tout seul, je l'ai dit.
05:51C'était tout un équipage.
05:52Avec vous, je voudrais que vous nous racontiez cette vie sur le bateau, qui est quand même nerveusement exigeante, physiquement
06:01épuisante.
06:02Vous êtes nombreux dans un espace vital extrêmement réduit et dans un environnement qui est souvent hostile.
06:08C'est ça qu'il faut comprendre.
06:12Le livre est dédicacé à cet équipage parce que c'est une équipe exceptionnelle.
06:16Et qu'en effet, vivre à 15 pendant trois mois sur un bateau de 19 mètres, tout en travaillant, tout
06:21en répétant des plongées profondes,
06:22qui sont des plongées extrêmement difficiles et rudes, faire du travail scientifique, avoir deux enfants, adolescents à bord,
06:30qui, eux, passent leur brevet et ont leur travail.
06:33En fait, tout ça, ça demande un niveau de tolérance, de camaraderie et de passion, en fait, pour ce qu
06:41'on fait, qui est immense et qui est rare.
06:43Il n'y a pas d'intimité à bord ?
06:44Il n'y a aucune intimité.
06:46Il ne faut pas avoir l'image d'un bateau scénographique, d'un grand bateau de recherche, ni même de
06:51la Calypso du commandant Cousteau.
06:53On est sur un voilier de 19 mètres 50 et il n'y a pas un mètre carré au sol
06:58de libre.
06:58Il y a des caisses partout, on slalome.
07:00Quand on se croise dans les coursives ou les couloirs, on se touche l'épaule délicatement pour signaler sa présence
07:05et passer.
07:06On est à deux, voire à trois par cabine.
07:08On est dans l'humidité, on est dans le bruit, on est dans le balancement permanent.
07:12En fait, c'est difficile.
07:13Mais en fait, ce n'est pas ça qui compte.
07:16Ce qui compte, c'est ce qu'on arrive à faire de tout ça.
07:18Et en fait, on se rend compte à chaque expédition, finalement, qu'avec une bonne équipe, avec une bonne cohésion,
07:23ce qu'il en ressort, c'est des souvenirs qui sont démultipliés.
07:27En fait, c'est une expérience de vie qui est hors norme, qui soude l'équipe à un point.
07:31C'est une expérience qui est unique dans une vie.
07:33Et la famille, alors ? Pourquoi emmener les enfants ?
07:35On ne s'est jamais posé la question.
07:38Depuis qu'ils sont nés tous les deux ?
07:39Parce qu'on fait des projets qui durent des années, parfois.
07:41Tom et Robin.
07:42Tom et Robin, on est partis deux ans en Groenland.
07:45Dans le Pacifique, on est partis trois ans.
07:46En fait, la science prend du temps, l'exploration prend du temps.
07:49Et à un moment donné, soit on fait ça en famille, soit ça peut être très compliqué, en fait, sur
07:58le long terme.
07:59Et avec Emmanuel, on a cette chance d'avoir monté ces projets ensemble à l'origine.
08:03Et dès le début, c'était un choix de le faire ensemble.
08:05Quand les enfants sont arrivés, c'était une évidence de continuer ainsi.
08:07Des petits garçons qui ont le même écart d'âge que les vôtres.
08:10Trois mois sur un bateau, c'est trois mois, on ne peut pas marcher.
08:13En fait, on ne peut pas marcher, on ne peut pas courir.
08:14Moi, mes deux garçons, s'ils ne pouvaient pas marcher, s'ils ne pouvaient pas courir, je ne sais pas.
08:18Alors, nous, du coup, ils grimpent.
08:20C'est-à-dire ?
08:21Nous, on a notre plus jeune fils, qui en effet déborde d'énergie.
08:24Alors, le plus grand, il a 14 ans.
08:25Il avait quand même pas mal de travail à faire.
08:27C'était son année de troisième.
08:28Oui, parce que vous embarquez un enseignant.
08:30On embarque une enseignante.
08:32En l'occurrence, Aurélie, qui était avec nous depuis quatre ans, qui a fait un travail exceptionnel.
08:35Parce qu'elle fait l'école à bord aux garçons.
08:38Et elle les suivait dans toute leur scolarité.
08:40Elle faisait le lien avec leur collège et leur école.
08:42Donc, voilà, c'est une grande chance.
08:44Parce qu'on ne pourrait pas faire ça en plus de notre travail à nous, comme tous les parents du
08:48monde.
08:49Mais donc, ils grimpent.
08:50Et donc, oui, Tom...
08:51Pour se défouler, ils grimpent.
08:52Tom, il grimpe au mât.
08:53Au mât.
08:53Enfin, il grimpe partout.
08:54En fait, il a grimpé chaque centimètre carré de ce bateau.
08:57Il se balade avec un baudrier, une corde et il grimpe partout.
09:00Et après, c'est des enfants qui sont nés comme ça.
09:03Tom, dont on parle là, il a fait ses premiers pas à bord dans le passage du Nord-Ouest.
09:06Donc, dans le Haut-Arctique, côté Amérique.
09:09Il a appris à marcher à bord.
09:11Donc, disons qu'ils ont des habitudes, des repères, des références qui sont peu communes.
09:28Alors, avec mon équipage à moi, c'est-à-dire Alexandre Abrouillet, Étienne Bertin, Maude Butler,
09:33on cherche des sons d'orques.
09:35Et on se retrouve bien embêtés parce qu'on tombe là-dessus.
09:38Et on ne sait pas très bien si on tombe juste ou pas.
09:42Parce que nous, des orques, on n'en a jamais vu, on n'en a jamais entendu.
09:45Alors que votre équipage raconte dans le livre.
09:48Et vous racontez, Emmanuel, que c'est ça.
09:51Oui, je pense que c'est la plus belle rencontre de toute ma vie, en fait.
09:55Des orques ?
09:56Moi, je vibre pour ça, au départ, quoi.
10:00Enfin, moi, je suis née à Paris.
10:01J'ai grandi à Troyes, en Champagne.
10:03Et en fait, ce qui a été le fil rouge de toute ma vie, c'est les cétacés.
10:06C'était les baleines, les dauphins, les explorations cousteaux.
10:08Et je ne savais pas comment j'allais atteindre mon rêve.
10:11Et donc, voilà, j'ai pris différents chemins pour y arriver.
10:14Mais à la fin, quand je me retrouve en Antarctique,
10:16avec une trentaine d'orques autour de nous pendant deux heures et demie,
10:20qui viennent à se frotter au bateau,
10:23qui viennent sur le côté, en fait,
10:24et qui se tournent pour nous regarder dans les yeux,
10:27en fait, qui nous apportent un manchot,
10:29qui le lancent en l'air,
10:30qui sont dans la communication, en fait.
10:32Et dans une communication puissante avec nous.
10:35En fait, moi, je réalise mon rêve d'enfant à 100%.
10:38Écoutez la voix du commandant Cousteau,
10:40qui vous a précédé en Antarctique.
10:44Nous étions venus en Antarctique
10:46pour y mener la première expédition entièrement consacrée à la plongée.
10:50Nous avons été navrés de rencontrer bien peu de baleines
10:53en raison du massacre inconsidéré dont elles ont été l'objet.
11:03Mais nous avons pu constater que ces eaux
11:04étaient biologiquement les plus riches du monde.
11:08Et au-dessus de la surface,
11:09une atmosphère transparente me rappelait celle de mon enfance,
11:12quand on pouvait encore apercevoir les Alpes depuis la Tour Eiffel.
11:16Quand on pouvait encore apercevoir les Alpes depuis la Tour Eiffel,
11:20Guylain Bardou, moi, ça m'a vraiment frappé cette phrase.
11:23Mais oui, mais en fait, le témoignage,
11:26en quelques phrases, il dit beaucoup de choses importantes.
11:29Peu de baleines,
11:29des eaux très riches,
11:31une visibilité dans l'air qui est extrêmement importante.
11:33Et c'est vrai qu'en Antarctique,
11:34nous, c'est ce qui nous a marqués.
11:35Quand on est arrivé sur les premières îles,
11:37les Shetlandes du Sud,
11:38et qu'on s'est rapproché en sud du continent,
11:39on voit, mais à des centaines de kilomètres,
11:42et puis cette calotte polaire,
11:44ces montagnes très alpines, majestueuses,
11:46noires, blanches,
11:47qui s'élèvent en altitude,
11:49on voit, mais très, très, très, très loin.
11:51Et puis là, on s'enfonce,
11:52on rentre là-dedans.
11:53Et en fait, se rapprocher du continent,
11:55ça prend encore des heures et des heures et des heures,
11:57tellement, en fait,
11:58on voit loin dans cette terre qui est cristallin.
12:01À la différence de Cousteau,
12:02les baleines sont revenues,
12:03et ça, c'est une sacrée bonne nouvelle.
12:05C'est ça.
12:05Alors, c'est une bonne nouvelle,
12:06mais merci de m'offrir cette transition,
12:08parce que c'est vrai que l'Antarctique,
12:10c'est le dernier sanctuaire de cette planète,
12:12c'est ce que je disais tout à l'heure,
12:13c'est-à-dire que quand on arrive là-bas,
12:14pour la première fois,
12:15on a l'impression d'être dans le monde tel qu'il serait
12:18si l'homme n'était pas intervenu.
12:20Donc, les animaux viennent à nous,
12:21n'ont pas peur de nous,
12:22donc il y a cette abondance, en fait,
12:25et cette proximité avec les animaux,
12:27qui est rare ici,
12:27mais qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
12:29Et en même temps,
12:30on est quand même en train,
12:31et Cousteau parle des eaux biologiquement riches,
12:34et donc les baleines sont revenues,
12:36les baleines ne sont plus chassées,
12:37et là, on est en train de les mettre en danger
12:39et de vouloir les affamer
12:40en pêchant le krill de manière industrielle.
12:43Et donc ça, c'est quand même
12:43l'énorme paradoxe actuel,
12:45c'est-à-dire qu'on a réussi à protéger les baleines,
12:47mais on est à deux doigts de les affamer
12:50à cause de la pêche industrielle, le krill.
12:51Alors, avec mon équipage,
12:53on est parti en forêt.
12:55Ça,
12:57c'est le son d'une forêt tropicale sur Terre.
13:00Je voudrais,
13:02Guylain-Emmanuel Bardou,
13:03que vous nous racontiez
13:04ce que c'est qu'une forêt sous la mer.
13:08Une forêt sous la mer,
13:09parce que c'est précisément
13:10ce que vous avez découvert en Antarctique,
13:13ce que vous n'aviez jamais vu.
13:15À quoi ça ressemble,
13:16une forêt sous la mer ?
13:18Une forêt sous la mer,
13:20c'est un écosystème très riche,
13:23luxuriant,
13:23qui joue un rôle écologique
13:25qui est fondamental,
13:26et évidemment,
13:28un concept qui a été développé
13:29en analogie avec les forêts terrestres,
13:31par un chercheur,
13:32Lorenzo Bramanti,
13:33affilié au CNRS,
13:34qui est un peu le père de ce concept,
13:36et avec qui on a étudié
13:38les forêts animales marines
13:39depuis 6-7 ans,
13:40à travers le monde,
13:41dans un grand programme
13:42qui s'appelle Deep Life.
13:43Donc, on fait ça en Antarctique,
13:44mais pas seulement.
13:45Et les forêts,
13:46en fait,
13:46c'est des écosystèmes
13:48qui se structurent autour d'habitants.
13:50Comme la forêt,
13:51si on a un arbre,
13:52deux arbres,
13:52trois arbres,
13:53ça ne fait pas encore une forêt,
13:54mais on va commencer à avoir
13:55des insectes,
13:55des papillons,
13:56etc.
13:57Et à partir du moment
13:58où on va avoir une densité d'arbres
13:59plus importante,
14:00on va retrouver des biches,
14:02des sangliers,
14:02et ainsi de suite.
14:03Sous la mer,
14:04c'est exactement la même chose.
14:05Les animaux s'agrègent
14:07autour des gorgones,
14:08autour des coraux,
14:09autour des éponges.
14:10Et puis, petit à petit,
14:12tout ça se densifie,
14:13s'élève dans la colonne d'eau,
14:15et on va avoir des crustacés
14:17qui vont nicher,
14:18des poissons qui vont venir y chasser.
14:20Mais Emmanuel Bardou,
14:21en fait,
14:22c'est chatoyant de couleurs.
14:24Oui, c'est ça.
14:24C'est ça, l'immense surprise.
14:26L'immense surprise,
14:26c'est que...
14:26C'est-à-dire que le continent
14:27blanc, vide, hostile,
14:31pour l'œil,
14:32c'est très aride,
14:33et en réalité,
14:33sous l'eau.
14:34C'est ça,
14:35on passe d'un camélieu de gris,
14:36de blanc,
14:36de bleu,
14:37de glace,
14:38en fait,
14:38un monde très minéral,
14:39en surface,
14:40assez austère,
14:41finalement.
14:42Et d'un coup,
14:42on va passer la surface
14:43et on va tomber
14:44dans cette explosion de couleurs,
14:46en fait,
14:46du rouge,
14:47du orange,
14:48du jaune,
14:48des éponges,
14:49d'oranges,
14:50immense.
14:52Il n'y a rien à envier
14:53aux récifs coralliens,
14:54des mers plus chaudes.
14:55Mais alors,
14:55pour ça,
14:56il vous a fallu battre
14:57des records de plongée
14:59en milieu polaire.
15:01Vous êtes descendu
15:02à combien de mètres
15:04sous la mer ?
15:06Guylain ?
15:06Alors,
15:07c'est un programme,
15:08ces forêts,
15:09leur spécificité,
15:10c'est qu'elles sont
15:10en profondeur.
15:11On appelle ça
15:12la zone mésophotique,
15:13mais assez simplement,
15:14on va dire que c'est généralement
15:15en dessous d'une trentaine de mètres
15:17et puis ça peut s'étendre
15:18selon les mers
15:18jusqu'à 150,
15:20200 mètres de profondeur.
15:21En Antarctique,
15:22le programme,
15:22il nous a conduit
15:23quasi quotidiennement
15:24jusque dans la zone
15:25des 100 mètres de profondeur
15:26et même deux fois,
15:27on est allé plus loin
15:28jusqu'à 130 mètres
15:29pour aller voir
15:30l'extension en profondeur
15:31de ces forêts animal marines
15:33et ça a été une surprise,
15:36une découverte
15:37d'une certaine manière
15:38qui a été extraordinaire
15:39parce qu'on était
15:40sur des forêts
15:40de Briozoer
15:41dans la zone
15:41des 70, 80, 90 mètres.
15:43Il y avait un tombant
15:44magnifique au-delà
15:45qui nous portait doucement
15:46jusqu'à 100 mètres
15:46mais on ne savait pas,
15:47on voyait que ça continue
15:48mais on ne savait pas
15:49et donc deux fois,
15:51un peu comme
15:51pour prolonger l'exploration,
15:53on est allé voir
15:54et on a retrouvé
15:55à partir de 110 mètres
15:56une nouvelle forêt
15:57de deux espèces de Briozoer.
15:58Et c'est extrêmement difficile
15:59de plonger à ces profondeurs.
16:01Là d'abord,
16:01c'est un équipement
16:03très lourd.
16:04Vous descendez,
16:04vous avez combien de kilos
16:05sur le dos ?
16:05On a entre 100 et 120 kilos
16:08sur le dos
16:08donc moi je double mon poids.
16:10Moi en Antarctique,
16:11je vais être transparente,
16:11j'ai fait deux plongées
16:13à 100 mètres de profondeur.
16:15C'est les plongées
16:16les plus dures de ma vie
16:17en fait.
16:18Physiquement ?
16:19C'est donc immense admiration
16:20pour mes collègues plongeurs
16:22qui ont répété
16:23ces plongées quotidiennement
16:24et qui en ont ramené
16:26tous ces échantillons
16:27parce que non seulement
16:28c'est des plongées difficiles,
16:29il fait très froid,
16:30on a des systèmes de chauffage
16:31qui marchent
16:32quand ils marchent.
16:34Parfois ça marche bien
16:35et ça nous soulage
16:35mais ça ne marche pas
16:36toujours bien.
16:37On peut avoir
16:38des petites prises d'eau.
16:39Parfois on se brûle,
16:40Guylain,
16:40on a un petit tatouage
16:42antarctique sur la main.
16:43On se fait électrocuter
16:44la mâchoire.
16:45Parfois on se fait électrocuter
16:46s'il y a un peu d'eau
16:47qui vient faire un court-circuit
16:48avec le système de chauffage
16:49et c'est lourd,
16:50ça fait,
16:50enfin globalement
16:51on se fait mal aux d'eau,
16:52c'est les plongées
16:53les plus dures du monde
16:53en fait.
16:55J'ai plongé
16:56dans les Méditerranées
16:56surtout
16:57et dans les eaux
16:59plus chaudes
17:00et quand je suis arrivé
17:01à l'Antarctique,
17:01la première plongée,
17:03déjà dans la première plongée
17:03je trouvais
17:04les colores.
17:05Les colores
17:06ont été
17:07surprenantes.
17:08On a fait
17:1035 plongées,
17:10on a visité
17:1210 différents sites
17:14et il n'y a pas vu
17:15une seule plongée
17:16en que j'ai dit
17:17je ne trouvais rien
17:18c'est un peu
17:20tous les plongées
17:21qu'on a fait
17:21j'ai trouvé des choses
17:23remarquables
17:23et sur toutes les colores.
17:26Lorenzo Bramanti
17:27voilà
17:29plongeur
17:30plongeur
17:31chercheur
17:31au CNRS
17:32je le disais
17:34poète
17:35philosophe
17:35compagnon
17:36d'expédition
17:37extraordinaire
17:38pour tout le monde
17:38Il était avec vous
17:39sur le wild
17:40Il était avec nous
17:40de toutes les expéditions
17:42depuis 2019
17:43et c'est une expédition
17:45à l'Antarctique
17:45qui avait
17:46cette saveur particulière
17:48aussi
17:48qu'on est parti
17:49en équipage
17:50L'Antarctique
17:51c'est une destination
17:51qui est complexe
17:52parce que c'est loin
17:53c'est le bout du monde
17:53il faut traverser
17:54le Drec
17:55qui est un bras de mer
17:57un détroit immense
17:58on met 4-5 jours
17:59à le franchir
18:00dans une mer
18:01c'est le Cap Horn
18:02c'est une zone
18:03qui est difficile
18:04et donc on part
18:05pour 3 mois
18:06d'expédition
18:06ensemble
18:07pendant 3 mois
18:08on est parti
18:09à 15
18:09on est rentré
18:10à 15
18:10et pendant 3 mois
18:12on a vécu
18:13les uns sur les autres
18:14on a plongé
18:15quasiment quotidiennement
18:16on a fait cette science
18:17à bord
18:17on a raconté
18:19l'Antarctique
18:19on a milité
18:20aussi pour cette
18:21grande air marine
18:22dominoise
18:23pour la sauvegarder
18:23pour la protéger
18:24pour protéger cette zone
18:25et Lorenzo Bramanti
18:26vous a fait la mauvaise blague
18:28de mourir
18:29en rentrant
18:31et c'est extrêmement difficile
18:33parce que d'abord
18:34c'était la 3ème personne
18:36autour de notre épaule
18:37parce que c'est un scientifique
18:39exceptionnel
18:39mais au-là d'être un scientifique
18:40c'était un écologue
18:42un philosophe
18:43un éthologue
18:44et c'est vraiment le père
18:46de ce concept
18:46de forêt animale marine
18:47donc aujourd'hui
18:48il nous fait cette mauvaise blague
18:50mais il nous fait aussi
18:50ce cadeau
18:51en fait
18:52de ce qu'il a amené
18:53avec ce concept
18:54et l'exigence
18:56qu'il y a derrière
18:57de prouver tout ça
18:58scientifiquement
18:59et de le faire protéger
19:00donc il nous laisse ça
19:02évidemment
19:03et des souvenirs immenses
19:05avec cette expédition
19:06et cette équipe
19:07où on a eu
19:08les 3 plus beaux mois
19:09de notre vie
19:09c'est ça
19:10et vous les entendrez
19:11tous
19:12et vous entendrez
19:13la voix de Lorenzo Bramanti
19:14dans le podcast
19:15de Sophie Becherel
19:16évidemment
19:17dans les reportages
19:18signés Sophie
19:19puisqu'elle était avec vous
19:20qu'elle est là d'ailleurs
19:22qu'elle est en coulisses
19:23qu'elle est venue
19:24vous saluer
19:25ça c'est à retrouver
19:26sur l'appli Radio France
19:27et puis il y a ce livre
19:28donc il y a toutes les photos
19:29il y a les enfants
19:30il y a un possible
19:31il y a toutes les photos
19:33qui sont signées
19:33Franck Gazzola
19:35Subantartica
19:35aux éditions Ulmer
19:36et Ander de Paul
19:37Guylain pour se quitter
19:39et je voulais aussi préciser
19:41en fait on sort
19:41un film documentaire
19:43qui fait 90 minutes
19:44qui sera un peu
19:45le pendant du livre
19:46et on fait
19:47une avant-première publique
19:48donc pour les gens
19:49en ville de France
19:49les parisiens
19:50qui veulent venir
19:50ce sera le 16 octobre
19:52au Grand Aix
19:53à 20h
19:53il faut aller voir
19:54la billetterie en ligne
19:55et vous pourrez y acheter le livre
19:57et nous rencontrer
19:57parce que toute l'équipe
19:58sera là
19:59pour rencontrer le public
20:00Emmanuel et Guylain Bardou
20:02merci à tous les deux
20:03merci Sonia
20:03merci à tous les deux
20:03merci à tous les deux
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