00:01Charline avec vous, on passe la semaine à Mel, près de Nord, de New York, dans les Deux Sèvres.
00:06Alors c'est une petite ville qui pratique l'accueil inconditionnel des réfugiés.
00:11Mel, 5000 habitants, est une tradition protestante qui explique en partie sa conception de l'accueil.
00:17C'est aussi un lieu de résistance où les habitants ont appris à s'organiser.
00:20C'est la région où sont nées les premières coopératives laitières par exemple.
00:24Et puis je rappelle que Mel a longtemps été le fief de Ségolène Royal.
00:28Les gens là-bas ont tous donc de garder un degré de bravitude assez exceptionnel.
00:34Alors la commune accueille des demandeurs d'asile depuis le démantèlement de la jungle de Calais en 2016, depuis 10
00:41ans donc.
00:42Et à Mel, c'est pas un sujet clivant.
00:44Alors je sais que c'est plutôt l'inverse qui fait de l'audience, mais moi je fais avec ce
00:47que les Français me donnent.
00:49Françoise, elle est professeure à la retraite, elle se souvient d'avoir vu arriver les premiers Afghans.
00:53Je les ai vus débarquer un soir, je faisais nuit, dans un bus.
00:57Ils sont sortis avec un sac poubelle et 3-4 fringues.
01:00On leur a enseigné le français.
01:03Oui, des associations s'occupent des réfugiés déboutés de leurs droits et des OQTF.
01:08Si Darmana apprend ça demain, les 5000 habitants de Mel sont fichés S.
01:12Alors pour que ça se passe bien, ces assos ont fait un travail de pédagogie auprès de la population,
01:16au point que des dizaines de gens se sont portés bénévoles.
01:19Vous voyez, Mel pour un militant RN, c'est l'équivalent de la maison hantée à Disneyland.
01:23Attention parce que les deux reporters de guerre dans le studio,
01:25elles vont se prendre une claque de reportage.
01:27Je ne vous explique pas.
01:28J'ai rencontré Raziala, réfugié afghan.
01:30Il a grandi dans la vallée du Panjshir.
01:33Il est arrivé à Mel, il y est resté.
01:36Il dit que la campagne méloise, ça lui rappelle le Panjshir.
01:39Il faut dire qu'avec la méga-bassine de Sainte-Soline à 15 kilomètres de là,
01:42quand il a vu les gendarmes tirer au lait de BD, il a dû se dire « Merde ! »
01:45Voilà que ça recommence.
01:46Raziala.
01:46J'ai fait presque quatre mois de cours de français après quand j'ai vu mon statut réfugié.
01:53L'année dernière, j'ai fait une formation de mécanique.
01:58Au mois de mi-juin, c'était fini et maintenant je cherche du travail.
02:02On peut lancer un appel peut-être ?
02:04Ah bah ouais !
02:06Écrivez-nous et si vous cherchez un mécano du côté de New York,
02:10ce que je n'aime pas lui conseiller de traverser la rue.
02:13Alors Raziala est tellement bien intégré qu'il est devenu une figure locale.
02:15Écoutez Françoise.
02:16Chaque fois que je revois Raziala, je revois un copain.
02:20Et on a toujours été inquiets de savoir s'ils allaient avoir des papiers
02:24ou s'ils allaient être renvoyés.
02:26Donc c'est une joie de pouvoir le retrouver ce matin.
02:29Il a grossi un peu mais c'est grossi.
02:31Ouais ouais, c'est comme vous.
02:34Quoi c'est comme nous ?
02:35Tu l'as dit ce matin, tu trouves qu'on a grossi un peu ?
02:38Non, chaque fois que je vous vois le matin, je revois les copines.
02:41J'étais dedans.
02:43Allez, on enchaîne avec Ekaterina.
02:46Elle a aussi été accueillie par l'association Ça Passe par Toi.
02:48Et aujourd'hui, elle a ses papiers, elle travaille.
02:50Oui, je travaille.
02:51Je suis ex-soignante, déjà 4 ans.
02:54Et tu es arrivée en famille ici, Amel ?
02:57Oui.
02:58Je suis avec ma famille.
02:59J'ai trois enfants avec mon mari.
03:03Elle vient de Géorgie Ekaterina et son parcours force le respect.
03:07Personne ne peut imaginer ce qu'elle a vécu.
03:09Quatre ans en tant quête soyante sous Macron et toujours pas en burn-out.
03:13Alors avant, Melle était un endroit où on se croisait très peu d'étrangers.
03:16Catherine Meurisse, la dessinatrice qui a fait toute sa scolarité à Melle,
03:19elle se souvient de la première fois qu'elle a entendu une langue étrangère.
03:22Le mur de Berlin venait de s'ouvrir.
03:24Un groupe folklorique roumain était de passage dans la région.
03:26Les roumains, ils sont arrivés dans un bus, mais raccommodés vraiment avec du scotch.
03:30Et je sais que tous les voisins du coin ont été solidaires.
03:34On allait faire des quêtes à l'intermarché du coin pour aller chercher du dentifrice,
03:38des brosses à dents, des fringues, des trucs mon père a raccommodé,
03:41des godasses, des valises.
03:44Sauf qu'aujourd'hui en France, c'est raccommoder les tentes
03:46après les coups de canif de la police qu'il faut faire.
03:48Comme quoi Melle est un cas particulier.
03:49Et puis cette histoire ne s'arrête pas là.
03:51Écoutez Agnès qui dirige le cinéma.
03:53Le groupe Timichoule a laissé un roumain à chaque fois qu'ils sont venus.
03:56Donc Maria a épousé Petit-Pierre et Noël Paché a épousé Ovidiu Kitescu.
04:06Donc en fait, ça laisse des traces bien plus profondes que le souvenir.
04:12Et donc je suis la marraine d'une de leurs enfants.
04:15Mais au bout de dix ans de tournée, le groupe folklorique finit seul en scène.
04:19Vous voyez, cette ville mêle les gens.
04:22Là-bas, on est pour l'accueil inconditionnel des réfugiés.
04:25Alors que dans d'autres villes, on est plutôt sur de la liberté conditionnelle.
04:29C'est ça.
04:30Et ce que je trouve très joli, c'est que tous les réfugiés qui sont arrivés à Melle,
04:34ils ont fui des conflits que nos deux reporters de guerre ont couverts.
04:38On va en parler.
04:39Mais quand même, on va préciser que jeudi, Charline, vous serez à Beaufort, en Savoie.
04:43C'est où le rendez-vous ?
04:44Alors, le rendez-vous, c'est dans un bar parce que ça devient une cartographie de tous
04:47les bistrots de France, la chronique de Charline.
04:50La Léa, autour de l'écrivain Cédric Sapin-Dufour, ça sera jeudi midi, le rendez-vous.
04:55Venez rencontrer Charline Vanhoenacker.
04:58De Four.
04:58On ne dit pas ? De Four.
05:00C'est lui qui avait écrit « Le chien après la pluie ».
05:02Tout à fait.
05:03Allez, la discute.
05:049h34.
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