- il y a 3 heures
Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? Le débat est désormais ouvert et il touche à une question essentielle : celle de la liberté. Liberté des adolescents, liberté éducative des parents, mais aussi liberté face à la puissance des plateformes et de leurs algorithmes. Le livre d’Arnaud Ducoin, "Dérives de TikTok : le combat d’un père", apporte une pièce bouleversante à ce dossier. Sa fille Pénélope avait 18 ans lorsqu’elle s’est donné la mort. Son téléphone, retrouvé dirigé vers elle, laissera à son père une question obsédante : quel rôle son univers numérique a-t-il pu jouer dans ce drame ?
Arnaud Ducoin a alors choisi d’enquêter pour comprendre ce que sa fille avait pu voir et subir sur les réseaux sociaux. Mais il ne réclame pas l’interdiction pure et simple de TikTok ou des réseaux sociaux. Il plaide d’abord pour davantage de contrôle, de transparence, de responsabilité des plateformes et de protection des plus jeunes. Car peut-on encore parler de liberté lorsque des algorithmes sont conçus pour capter toujours davantage notre attention ?
Le témoignage d’Arnaud Ducoin vient nourrir notre réflexion sur cette frontière difficile entre liberté, responsabilité et protection.
Arnaud Ducoin a alors choisi d’enquêter pour comprendre ce que sa fille avait pu voir et subir sur les réseaux sociaux. Mais il ne réclame pas l’interdiction pure et simple de TikTok ou des réseaux sociaux. Il plaide d’abord pour davantage de contrôle, de transparence, de responsabilité des plateformes et de protection des plus jeunes. Car peut-on encore parler de liberté lorsque des algorithmes sont conçus pour capter toujours davantage notre attention ?
Le témoignage d’Arnaud Ducoin vient nourrir notre réflexion sur cette frontière difficile entre liberté, responsabilité et protection.
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NewsTranscription
00:06Interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans, atteinte aux libertés, mais problèmes réels,
00:10et cet entretien va apporter une pièce au dossier et à notre réflexion commune.
00:15Arnaud Ducoy a perdu sa fille Pénélope à 18 ans, qui s'est donné la mort après avoir été confronté
00:20sur TikTok
00:21à des contenus liés au mal-être et au suicide.
00:23Dans Dérives de TikTok, le combat d'un père, il raconte son drame,
00:27mais surtout son enquête sur la mécanique des algorithmes et l'emprise des réseaux sociaux.
00:32Un témoignage bouleversant qui pose une question.
00:35TikTok met-il nos adolescents en danger ?
00:37Dérives de TikTok, le combat d'un père, c'est aux éditions Artej,
00:40et c'est en vente, vous le savez, sur le site tvl.fr, dans notre boutique TVL.
00:45Bonjour Arnaud Ducoy.
00:46Bonjour.
00:47TikTok responsable, complice ou simple facteur aggravant.
00:50Votre fille Pénélope avait 18 ans lorsqu'elle s'est donné la mort, je l'ai dit.
00:53Vous écrivez cette phrase extrêmement forte.
00:55TikTok n'a pas tué ma fille, mais il a facilité les conditions de sa mort.
00:59Jusqu'où va, selon vous, la responsabilité de TikTok ?
01:04Est-ce un accélérateur, un facilitateur, ou comme vous l'écrivez ensuite, un complice ?
01:10C'est un peu tout à la fois.
01:12Effectivement, TikTok n'est pas responsable juridiquement de la mort de ma fille,
01:16mais il a contribué réellement, puisque je pense que si ma fille était née 20 ans plus tôt,
01:22eh bien, elle aurait été à l'abri des réseaux sociaux et elle serait peut-être encore vivante aujourd'hui.
01:28On a découvert des vidéos sur son ordinateur qui traitaient pour la plupart de sujets de suicide,
01:36de scarification, des tutos comment faire un nœud coulant,
01:40des tutos de comment se pendre, au bout de combien de temps on perd conscience,
01:46ce qui se passe.
01:47Donc, un mode opératoire véritable pour pouvoir se suicider.
01:52Vous reconnaissez avoir été, comme beaucoup de parents, totalement ignorantes
01:55de ce que votre fille pouvait réellement voir sur son téléphone,
01:59puis vous plongez vous-même dans TikTok et vous écrivez
02:01« Alors, j'ai cherché à comprendre. »
02:02Qu'avez-vous découvert que vous n'auriez jamais imaginé d'ailleurs trouver sur cette plateforme,
02:06fréquentée massivement, on le sait, par les adolescents, par nos adolescents ?
02:11Au moment de son décès, je n'imaginais pas une seconde ce que j'allais découvrir
02:17et je n'imaginais pas dans quel univers numérique mortifère elle évoluait.
02:23Alors, tout simplement, j'ai créé mon propre compte TikTok
02:27et j'encourage les parents à le faire aussi.
02:30et j'ai découvert un algorithme.
02:34D'ailleurs, algorithme, pour la petite histoire, le suffixe « algo » en grec veut dire « douleur ».
02:40Donc, l'algorithme, c'est quand même le rythme de la douleur.
02:43Ça, ça doit nous laisser aussi réfléchir à cet algorithme-là.
02:48Et l'algorithme, alors, plus précisément, j'ai créé ce compte TikTok
02:54et j'ai tapé le mot « suicide ».
02:57Et là, j'ai eu un message de prévention de la part de TikTok me disant
03:00« Tu n'es pas tout seul, voici le numéro de SOS suicide ».
03:05Donc là, je me suis dit, leur travail, c'est très bien.
03:09Mais c'était une hypocrisie puisqu'il existait,
03:12et il existe toujours aujourd'hui, en septembre 2026,
03:16un lexique caché qui permet de déjouer ce contrôle.
03:21Il suffisait à l'époque, parce qu'ils ont un peu bougé les choses,
03:24mais on m'a dit que pas tant que ça, puisque j'ai eu un témoignage.
03:29À l'époque, il s'agissait de mettre le drapeau de la Suisse
03:33à la place du mot « suicide » pour déjouer, contourner ce message de prévention.
03:38Pour la scarification, c'était zèbre.
03:40Pour les problèmes d'anorexie, c'était skinny talk.
03:43Donc, il y a tout un jargon que nos jeunes connaissent,
03:46que nous, on ignore, et qui permet d'être mis en relation
03:51avec des vidéos qui n'ont rien à faire ici,
03:54et qui traitent de ces sujets-là,
03:55et qui sont plus noires, plus morbides les unes que les autres.
04:00Vous parlez d'emprise silencieuse,
04:01et ça m'amène à une question que les téléspectateurs vont se poser,
04:04bien sûr, Arnaud Ducoin.
04:05Est-ce que vous n'avez pas vu venir tout cela ?
04:07Vous l'expliquez dans l'ouvrage.
04:08Pénélope, au moment où elle va se suicider,
04:10pour vous, elle va bien, elle va mieux.
04:12Alors, elle va mieux.
04:13On ne l'a pas vue venir.
04:14C'est-à-dire que notre fille avait des problèmes de dépression
04:19qui étaient traités par les médecins.
04:22À ce moment-là, elle allait beaucoup mieux.
04:24Elle était en études supérieures.
04:26Il n'y avait aucun signe qui nous alertait qu'elle allait passer à l'acte.
04:29Par contre, ce que j'ignorais,
04:31c'est qu'elle était enfermée elle-même dans une bulle de filtre.
04:36Ça s'appelle comme ça.
04:39qui est provoquée par l'algorithme de TikTok
04:42et qui a le même mécanisme sur d'autres plateformes
04:47comme Snapchat ou même Facebook, si vous voulez.
04:52Sauf que TikTok, c'est certainement l'algorithme le plus dangereux,
04:57le plus puissant et le plus dangereux.
04:58Et surtout, le plus utilisé par nos enfants.
05:01Vous décrivez TikTok comme une lessiveuse,
05:02une essoreuse du morbide qui propulse l'utilisateur
05:05dans une spirale infernale.
05:07Vous parlez véritablement d'un enfermement de l'enfant, de l'adolescent ?
05:10– Non.
05:12– TikTok.
05:13– C'est exactement ça.
05:14C'est ce qu'on appelle la bulle de filtre.
05:17C'est-à-dire que TikTok,
05:19l'algorithme de recommandation de TikTok,
05:22c'est le cerveau du réseau social.
05:25C'est lui qui va vous observer,
05:28qui va vous étudier
05:29et qui va, lui, vous amener vers les vidéos de son choix.
05:34Il faut comprendre que le modèle économique de TikTok comme d'autres,
05:38c'est l'économie de l'attention.
05:41Donc l'idée des ingénieurs qui ont fabriqué cette machine,
05:46c'est de maximiser au mieux votre attention
05:49et à tout prix, y compris au prix de la vie de vos enfants.
05:54Pour ça, que vous alliez bien ou que vous ayez des soucis,
06:01mais quand on dit des soucis, vous savez, les jeunes aujourd'hui,
06:03quand on est en pleine adolescence,
06:07on peut avoir des questionnements,
06:08on peut avoir des moments où ça va un peu moins bien.
06:11Et si, à ce moment-là, vous en faites part à votre TikTok,
06:15par des recherches en disant,
06:17tiens, je ne me sens pas bien,
06:20eh bien, l'algorithme détecte derrière ça des pressions.
06:25Donc il va vous emmener sur des vidéos
06:27qui créent de l'émotion pour vous.
06:30Et c'est ça, la particularité.
06:33Et les vidéos qui créent de l'émotion
06:35sont les vidéos qui traitent des choses les plus sombres,
06:39comme la mort, la violence, par exemple.
06:41Et ça, c'est un outil pour capter votre attention
06:44et vous faire glisser doucement dans cette addiction.
06:48Pourquoi ?
06:49Parce que, techniquement, dans votre cerveau,
06:51sans rentrer trop dans les détails,
06:53Dans votre cerveau, vous avez le système limbique
06:57qui est le lieu, justement, où on traite ces émotions.
06:59La peur, la joie, le plaisir,
07:03on traite à cet endroit-là.
07:05Quand vous envoyez une vidéo qui crée de l'émotion,
07:09elle crée, à l'intérieur de votre cerveau,
07:13une substance qui est un dérivé d'un...
07:16Enfin, c'est un opiacé endogène
07:17qui est produite par notre cerveau
07:19pour vous apporter une sensation de bien-être,
07:25si vous voulez,
07:26ou d'excitation, même.
07:28Et plus vous allez regarder de vidéos,
07:30plus vous allez avoir ce shot de vitamines
07:34qui va arriver à votre cerveau
07:35et un phénomène de récompense.
07:37Votre cerveau est content d'avoir ça.
07:39Donc, c'est une chaîne sans fin
07:41puisque vous allez redemander une autre vidéo
07:43et c'est comme ça que vous basculez sur l'addiction.
07:46Et c'est comme ça que même nous, en tant qu'adultes,
07:49vous voyez bien, quand je parle avec tout le monde,
07:51on se surprend, nous, en tant qu'adultes,
07:54à scroller, à faire défiler sur notre smartphone,
07:58sur notre réseau,
07:59qui n'est peut-être pas TikTok,
08:00mais c'est le même mécanisme.
08:02Et puis à un moment, on se dit,
08:03ça fait une demi-heure que je suis en train de faire ça,
08:05qu'est-ce que je fais ?
08:06Qu'est-ce qui se passe, vous, en tant qu'adultes ?
08:08C'est que dans votre cerveau,
08:10dans la partie du cortex préfrontal,
08:13c'est là où on gère le système limbique.
08:18Chez un adulte, il est mature, ce cortex préfrontal.
08:23Chez un jeune, il sera mature qu'à l'âge de 22-25 ans.
08:26Et c'est cet endroit-là qui tempère le système limbique.
08:32Il n'est pas prêt à pouvoir freiner l'autre partie.
08:36Et c'est pour ça que les enfants tombent dans cette addiction.
08:38Et c'est pour ça que les parents n'y peuvent rien.
08:42Les parents ne sont pas responsables
08:43que leurs enfants soient mis en contact
08:46avec des produits addictifs,
08:48avec des vidéos addictives.
08:49Il faut que ça soit bien clair.
08:50On parle de vulnérabilité particulière des adolescents,
08:53c'est parfaitement clair.
08:54Ce que vous dites, c'est que TikTok,
08:56c'est quand un adolescent va mal.
08:59Oui.
08:59Qu'il le pousse vers ce mal.
09:03Oui.
09:04On est d'accord sur ce constat.
09:07TikTok, l'algorithme, est en veille permanente.
09:11Il n'y a pas de volonté de contredire, de contrebattre.
09:14Et jamais.
09:15Et il va tout le temps vous envoyer vers des vidéos
09:17qui sont plutôt négatives et pas positives.
09:19Parce que la vidéo positive,
09:20elle ne crée pas l'émotion du vidéo négative.
09:23Et l'idée, c'est de conserver au maximum l'enfant
09:26sur le réseau social pour gagner des parts de marché,
09:29pour vendre de la publicité plus chère.
09:31C'est clair.
09:32Là, vous touchez à quelque chose,
09:33c'est que le vrai patron de TikTok,
09:34c'est son modèle économique.
09:35Alors, est-ce qu'on peut sérieusement demander
09:37à une entreprise,
09:38à une entreprise dont les revenus augmentent
09:41sur le temps passé sur l'application,
09:42de protéger ses utilisateurs
09:44contre l'addiction du temps passé sur l'application ?
09:46Bien sûr qu'on peut leur demander.
09:48Ils nous délivrent un produit
09:49qui n'est pas conforme, qui est dangereux.
09:52Si vous achetez des jouets qui proviennent de Chine,
09:55qu'ils arrivent sur le territoire européen
09:56et qu'ils ne répondent pas aux normes,
09:58c'est qu'est-ce qui se passe ?
10:00Ils sont renvoyés immédiatement.
10:01Là, on nous envoie un produit qui est ultra addictif,
10:04qui est ultra dangereux
10:06et qui met en péril la santé physique
10:09et mentale de nos enfants.
10:11Mais ce n'est pas simplement réservé aux enfants
10:14qui vont mal.
10:15C'est réservé à tout le monde.
10:16Même si vous, demain,
10:18vous avez des connaissances de jeunes
10:21qui vont sur le réseau social,
10:24l'algorithme va quand même leur envoyer
10:26des vidéos qui n'ont rien à faire ici.
10:28et c'est aussi, je vous rappelle,
10:31le lieu où les pédophiles
10:34peuvent être mis en contact avec nos enfants.
10:36Vous trouvez normal qu'un pédophile
10:39puisse contacter un enfant de 12 ans
10:40sur un réseau et qu'on ne fasse rien ?
10:42Vous trouvez normal qu'on puisse avoir des vidéos
10:45qui soient attentatoires à la santé physique
10:48et mentale de nos enfants
10:49et on ne dise rien ?
10:50Quand on a mis en place les lois
10:52contre l'alcool, contre la cigarette,
10:55on a bien protégé nos mineurs,
10:57on a interdit la vente de ces produits aux mineurs.
11:00Là, je demande qu'on interdise aussi
11:01la vente d'un produit qui est dangereux
11:03à nos mineurs.
11:04On va revenir sur cet aspect-là
11:05d'interdiction.
11:06Avant, il y a une question
11:07que vous évoquez
11:10et qui est quand même assez troublante,
11:11c'est qu'après le décès de Pénélope,
11:13son téléphone devient pour vous
11:14la clé de l'enquête, bien évidemment.
11:16Et pourtant, vous ne pouvez pas y accéder.
11:18Et la gendarmerie échoue.
11:20Les spécialistes échouent.
11:21Et Apple ne peut pas le déverrouiller.
11:24Et je me suis dit,
11:25mais est-ce que c'est acceptable
11:25qu'après la mort d'un enfant,
11:27ses parents ne puissent pas avoir
11:28une prise de connaissance
11:29des données susceptibles
11:30de leur permettre de comprendre
11:31son parcours vers le suicide ?
11:34Et mon autre question incidente,
11:35c'est à quel moment
11:39on ne doit pas demander à l'adolescent
11:41d'avoir les codes ?
11:43Bien sûr.
11:45C'est compliqué, bien sûr.
11:46C'est très compliqué,
11:48mais c'est toute la difficulté
11:49du contrôle parental.
11:50Parce que moi, quand j'entends,
11:53c'est vous, les parents,
11:54c'est de votre responsabilité.
11:55Mais moi, je ne suis pas derrière
11:56le dos de mes enfants 24 heures sur 24.
11:58Et mes enfants, ils sont mis en relation
12:01sur des écrans partout dans la journée.
12:03Même à l'école,
12:04on leur a fourni des tablettes.
12:06Ils sont en contact en permanence.
12:08Ce n'est pas les parents,
12:10et c'est là où c'est très important,
12:12ce n'est pas aux parents de…
12:13Alors, les parents doivent accompagner,
12:15on est d'accord,
12:15mais la responsabilité de la dangerosité
12:18du système n'est pas liée aux parents.
12:20Elle est bien liée à celui qui…
12:22À TikTok, aux plateformes.
12:24C'est bien elles qui n'ont pas…
12:26qui ne respectent pas la santé de nos enfants.
12:28Donc, c'est bien à ces plateformes-là
12:30qu'il faut demander de changer les choses.
12:32Et c'est pour ça qu'il faut qu'on écrive des lois
12:36pour protéger nos enfants,
12:37avec un cahier des charges qui soit très précis,
12:40qui impose aux plateformes
12:42de respecter ce cahier des charges
12:44dans l'intérêt de nos enfants.
12:44Quand votre fille s'enferme dans TikTok pendant des heures,
12:49quelle est votre réaction à vous, parents ?
12:51Réposez-vous, évidemment,
12:52et des deux autres enfants,
12:53puisque vous avez trois enfants.
12:55Alors, je vous rappelle qu'à ce moment-là,
12:57je n'ai pas connaissance de ce qu'elle regarde.
12:59Je sais qu'elle est sur TikTok,
13:01mais je suis comme beaucoup de parents aujourd'hui,
13:04j'étais comme beaucoup de parents encore aujourd'hui,
13:07dans l'ignorance.
13:09Moi, mon combat aujourd'hui,
13:10c'est de rendre visible ce qui est invisible.
13:14Est-ce que vous vous dites que TikTok,
13:15ça peut aider sa dépression à ce moment-là,
13:17et vous ne pensez pas que ça peut accélérer cette dépression ?
13:19Ça ne l'aide pas, ça c'est certain.
13:21Est-ce que vous pensez, vous, à ce moment-là,
13:23que TikTok, ça peut être un dérivatif ?
13:26À l'époque, je pensais que TikTok était un réseau social
13:29qui n'était pas très très intelligent,
13:31où on avait des vidéos plutôt rigolotes,
13:34où les enfants étaient divertis,
13:36et j'étais loin d'imaginer que c'était ça.
13:38C'est ça.
13:39Loin, je ne pouvais pas me dire ça.
13:41Et que je savais que ma fille était sur TikTok,
13:44comme bon nombre de parents aujourd'hui
13:46savent que leurs enfants sont sur ce TikTok.
13:48Moi, je leur crie à ces parents-là,
13:50attention, c'est un produit qui est ultra dangereux.
13:54Et aujourd'hui, tant qu'on n'arrive pas
13:57à rendre les réseaux sociaux éthiques,
13:59il faut protéger nos enfants,
14:01il faut éviter qu'ils soient en contact avec les écrans.
14:05– Vous avez participé au combat qui aboutit
14:08à une commission d'enquête parlementaire,
14:1095 heures d'audition, 170 personnes entendues,
14:1343 propositions,
14:14et vous racontez aussi que les dirigeants de TikTok
14:17renvoient les responsabilités ailleurs,
14:19vous parlez de leur part de mutisme,
14:21de déni, de défausse de responsabilité.
14:24Face à cela, est-ce que l'État a enfin compris
14:27ou est-ce qu'il arrive trop tard ?
14:29– L'État, à la sortie de cette commission,
14:36il y a eu une prise de conscience
14:39des membres de la commission, des députés,
14:42et je dirais même de l'État, de la dangerosité.
14:45Parce qu'effectivement, ils ont audité des familles comme nous,
14:48mais ils ont audité tous les professionnels
14:53qui gravitent autour de tout ça.
14:54Et dans ces professionnels-là, il y a les psychiatres,
14:57il y a les spécialistes, il y a les neurologues.
14:59Et aujourd'hui, on a déterminé la relation,
15:04la cause à effet entre la dangerosité des réseaux sociaux
15:09et la dégradation de la santé mentale de nos enfants.
15:12Donc l'État s'est emparé du sujet,
15:15a déposé plainte eux-mêmes à Paris
15:17contre les plateformes, contre TikTok notamment,
15:21parce qu'il y a une prise de conscience.
15:22Maintenant, on voit bien qu'il y a une difficulté politique
15:28à mettre en place, cette loi,
15:31pour des intérêts qui me dépassent.
15:33Je ne veux pas politiser le débat, je suis apolitique.
15:38Par contre, je vois bien que ça patauge.
15:41Moi, ce que j'aimerais, c'est que nos amis politiciens
15:45soient unanimes, parce que ce produit-là,
15:47ce n'est pas un produit politique,
15:49ce n'est pas un produit partisan,
15:52c'est un problème sociétal,
15:54c'est un problème de tout le monde.
15:56Et tous ces gens, ces hommes politiques,
15:58ont des enfants ou des petits-enfants,
16:00ou dans leur entourage, des ados,
16:02qui sont eux-mêmes pris dans les mailles,
16:05dans les filets de ces réseaux sociaux.
16:09Donc moi, je demande à ce que tout le monde
16:12remette vraiment du bon sens,
16:14et qu'on protège nos enfants.
16:16Et pour ça, il faut du courage politique.
16:19Le courage, c'est votre conclusion,
16:21c'est que les réseaux sociaux devraient être interdits aux mineurs.
16:25Vous comprenez que derrière cela,
16:27il y a une décision politique,
16:29mais même si vous êtes apolitique,
16:30vous savez bien aussi qu'il y a des arrières-pensées politiques.
16:34Et que certains vous disent,
16:35interdire les réseaux aux mineurs,
16:37c'est demain interdire les réseaux à tous,
16:39c'est le contrôle général.
16:41Vous entendez cette phrase-là,
16:43qui n'est pas non plus irrecevable.
16:45– Au-delà du drame que vous avez vécu.
16:48– Bien sûr, mais moi, attention,
16:49je ne suis pas contre interdire les réseaux sociaux.
16:52Moi, je ne suis pas contre interdire les écrans aux jeunes.
16:56Bien au contraire.
16:58Moi, ce que je demande simplement,
16:59c'est que ces réseaux sociaux ne soient pas un danger,
17:01qu'ils deviennent éthiques.
17:03Et tant qu'on n'arrive pas à faire le ménage,
17:05eh bien, il vaut mieux protéger nos enfants,
17:07leur empêcher d'être en contact avec ça,
17:08plutôt que laisser faire les choses.
17:09Et on voit aujourd'hui la dégradation.
17:13Regardez, le classement PISA vient de sortir.
17:16On est en train de dégringoler en France.
17:18Mais ça, c'est une contribution aussi
17:20de l'exposition aux écrans de nos enfants.
17:24Et à un moment, il va falloir réagir.
17:25À un moment, il faut dire stop.
17:27Donc, moi, je ne suis pas contre le fait
17:30de pouvoir aller sur Internet.
17:32Je dis simplement qu'il faut encadrer
17:34ce que les enfants peuvent voir sur Internet.
17:36On encadre bien les vidéos qui traitent du racisme,
17:40de l'homophobie ou autre.
17:42On les encadre, ces vidéos-là.
17:43Pourquoi on n'encadrerait pas ces vidéos
17:46qui traitent de ces sujets qui sont tout aussi nocifs ?
17:49– Vous avez proposé une loi,
17:50qui s'appellerait la loi Pénélope,
17:52que vous appelez de tous vos voeux.
17:54Que devrait-elle contenir très précisément ?
17:56– Un cahier des charges.
17:59Et en fin de compte, il faut que ce soit l'Europe.
18:01On a une arme qui s'appelle le DSA,
18:04le Digital Service Act,
18:06qui est une loi qui a été écrite,
18:09malheureusement, il y a quelques années,
18:10mais qui va être dépoussiérée l'année prochaine,
18:14parce qu'elle a été écrite il y a 4-5 ans.
18:16À cette époque-là, on n'avait aucune connaissance
18:18de la dangerosité des réseaux.
18:20Cette loi, elle n'est pas tout à fait adaptée
18:23aujourd'hui au problème d'aujourd'hui.
18:25Moi, ce que je demande, c'est qu'on fasse très clairement
18:29un cahier des charges éthique en 10 ans.
18:32Ça, ce n'est pas possible.
18:33Les vidéos qui traitent de ça, ce n'est pas possible.
18:35Qu'un adulte puisse être en relation avec un mineur de 10-12 ans,
18:42ce n'est pas possible.
18:43À moins qu'il soit dans son réseau privé,
18:46mais qu'on ne puisse pas avoir un réseau public pour un mineur.
18:51Ça ne peut être que du réseau privé,
18:52qu'il n'y ait pas de notification qui tombe toute la nuit,
18:54que le défilement infini, le fait de pouvoir scroller
18:58de façon infinie, soit supprimé.
19:00Que l'algorithme de recommandation, vous avez bien compris,
19:04algorithme, c'est lui qu'il décide de ce que vous allez regarder.
19:09Et je vous mets en garde aujourd'hui, je le crie très fort,
19:13il y a l'IA qui arrive et qui va bouleverser les réseaux sociaux
19:17fois mille.
19:18Et il va y avoir de la désinformation, de la fake news.
19:21Il va y avoir que des choses qui sont abominables
19:24et qui seront d'une vérité pour les enfants
19:26parce que la technologie va pouvoir faire parler n'importe qui
19:32et dire n'importe quoi.
19:34Et aujourd'hui, on est en train de partir dans cette voie-là.
19:38Et moi, je crie, je tire la sonnette d'alarme
19:43et je demande à ce qu'on puisse protéger nos enfants.
19:46C'est pour ça que je disais que c'est une pièce au dossier
19:48et que ça doit bien évidemment entretenir notre propre réflexion
19:52sur ce sujet qui est complexe.
19:54Arnaud Ducoin, père d'un enfant, vous l'écrivez,
19:57c'est une phrase que j'ai retenue et qui est à l'image de l'ouvrage.
20:04C'est père d'un enfant, c'est un chaos total.
20:06Vous dites 18 ans, c'est votre aîné.
20:10Comment continue-t-on à vivre ?
20:11J'ai vu que vous êtes venu ici avec votre épouse
20:14et c'était la phrase que j'aurais souhaité lui dire.
20:16Je ne l'ai pas fait par bien évidemment extrême courtoisie.
20:20Mais comment continue-t-on à vivre ou à survivre en couple, en famille ?
20:25C'est l'amour des siens, c'est quoi ?
20:26C'est l'espérance, c'est la foi, c'est quoi Arnaud Ducoin ?
20:29Dites-nous.
20:30– Écoutez, c'est un peu tout ça.
20:32J'ai deux autres enfants, on ne peut pas s'arrêter de vivre.
20:38J'ai, si vous voulez, quand vous perdez un enfant, c'est…
20:42– Violemment.
20:42– Violemment, de cette façon où, peu importe même,
20:47il y a une certaine forme d'injustice, de culpabilité.
20:49Et puis votre douleur, elle est sur l'échelle de 1 à 10, elle est à 10.
20:54L'idée, c'est…
20:55– C'est une disparition récente, je le dis, c'était les spectateurs.
20:57Très récente, très fraîche encore.
20:59– Qui a presque deux ans et demi.
21:01L'idée, c'est de redescendre cette douleur
21:03à une douleur qui devienne acceptable pour continuer à avancer.
21:07Moi, j'ai un sac à dos qui était rempli de plein de pierres.
21:10Et l'idée, c'est d'essayer de…
21:13Alors, par la foi, par l'amour de la famille, de ma femme,
21:20de mes deux autres enfants,
21:23eh bien, c'est de continuer à avancer
21:24et de vivre avec cette espérance aussi.
21:29Je le dis souvent, je n'ai pas perdu ma fille, je l'ai perdue de vue.
21:34Mais elle est toujours présente dans notre cœur et elle est toujours là.
21:37– Est-ce que vos enfants, les deux autres enfants,
21:39ont pris la mesure de tout cela, de votre combat,
21:42de ce qui est arrivé à leur sœur ?
21:44– Oui, mais c'est un peu compliqué pour eux.
21:47Clovis a 19 ans, donc lui, il a bien saisi les choses.
21:51Mais Violette, qui a 16 ans, à la fois,
21:55ils ont bien compris mon combat, notre combat,
21:59mais en même temps, c'est à chaque fois remuer quelque chose de compliqué pour eux.
22:04Donc, par exemple, ils n'ont pas lu le livre
22:07et se sentent pas prêts encore de le lire.
22:10– Dérives de TikTok, le combat de la paire, c'est aux éditions Artej.
22:13Je vous invite bien évidemment à en prendre connaissance
22:15pour notre réflexion commune sur ces sujets qui sont essentiels
22:18et qui sont devant nous.
22:19Merci à vous.
22:20– Merci beaucoup.
22:20– Sous-titrage Société Radio-Canada