00:04Dans un contexte où les métiers manuels attirent de plus en plus, la formation professionnelle devient un enjeu central pour
00:10répondre aux besoins des entreprises.
00:12Et depuis plus de 20 ans, l'atelier des chefs accompagne celles et ceux qui souhaitent se former ou se
00:17reconvertir dans ces métiers, notamment dans la restauration mais aussi bien d'autres secteurs.
00:22Pourquoi choisissent-ils les métiers de la main et quelles perspectives offrent-ils ? Nous allons voir tout de suite
00:27avec Nicolas Bergéraud.
00:29Bonjour, merci beaucoup d'être avec nous en plateau. Vous êtes cofondateur de l'atelier des chefs et vous avez
00:35été créé il y a plus de 20 ans, 2004.
00:3722 ans, juillet 2004.
00:39Voilà, à l'époque on parlait quand même beaucoup moins des métiers de la main. Déjà en termes de vision
00:44de ces métiers, ça a radicalement évolué, changé ?
00:48Ça a commencé à évoluer. Alors déjà, rien que la cuisine. La cuisine en 2004, c'était une corvée ménagère.
00:53Les gens disaient que c'était aussi embêtant à faire que le repassage ou le ménage.
00:57On a eu envie, avec François et Jean-Sébastien, mes deux associés, de remettre les Français au fourneau, de leur
01:02faire redécouvrir le plaisir de la cuisine.
01:03Donc là, à ce moment-là, on n'était vraiment que pour les amateurs, que pour les gens comme vous
01:06et moi. Puis petit à petit, on a évolué vers le professionnel, d'abord en présentiel, maintenant en distanciel.
01:11Et puis pas simplement sur la cuisine, sur tous les autres métiers qu'on appelle chez nous les métiers de
01:14la main et de l'humain, qui effectivement reprennent du poil de la bête.
01:18Justement, alors quelles sont les grandes étapes d'évolution de l'entreprise entre 2004 et aujourd'hui ? Est-ce
01:23qu'il y a eu des points charnières, on va dire, de consolisation ?
01:26Il y a eu des points très charnières. Quatre, en fait. On lance en juillet 2004, uniquement pour les amateurs.
01:31À partir de 2009, en 2009, il y a eu la crise des subprimes. Et donc, il y a eu
01:34un moment où notre business de cours de cuisine pour les amateurs était un peu difficile.
01:37Donc, on s'est mis à faire de la formation pro, mais en présentiel. On avait un atelier de formation
01:40professionnelle de cuisine uniquement en présentiel.
01:43À partir de 2011, on a commencé à lancer nos premiers cours de cuisine live en ligne. Donc là, c
01:48'était de nouveau pour les amateurs.
01:49C'était en direct et en ligne, tous les soirs, un cours à 19h30 pour qu'on cuisine tous ensemble
01:54et qu'on prépare un plat.
01:54Et donc, à partir de ce moment-là, on s'est rendu compte qu'on était capable de faire de
01:57la formation à distance.
01:58Et en 2017, on a lancé notre CAP, notre préparation au CAP de cuisine 100% digital.
02:05Et puis après, on a déroulé pour avoir maintenant 37 métiers sur lesquels on peut se former en digital.
02:10Oui, c'est ça, parce que vous n'êtes plus du tout seulement sur la restauration, même si vous appelez
02:14l'atelier des chefs, sur quels autres secteurs formés ?
02:16On est dans les secteurs du bâtiment, on est dans le secteur de la mécanique, on est dans le secteur...
02:20On vient de lancer un certain nombre encore de formations dans les métiers de bouche, la sommellerie, la cuisine végétale,
02:27le barista.
02:29Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, les formations qui se développent le plus, c'est celles du bâtiment.
02:34La plomberie, l'électricité, la maçonnerie, la climatisation, évidemment, avec les quatre mois qu'on vient de passer.
02:42Donc, aujourd'hui, on a pu prouver qu'on peut se former à n'importe quel métier d'artisanat en
02:46ligne pour obtenir un diplôme.
02:48Moi, je ne fais pas de formation sans diplôme.
02:50Formation avec un diplôme, soit un CAP de l'éducation nationale, soit un titre pro du ministère du Travail.
02:55Et après, surtout trouver un job, parce que c'est des jobs qui recrutent, qui recrutent, qui recrutent.
02:59Alors, vous avez parlé de formation digitale pour des métiers de la main. Comment ça se passe concrètement ?
03:03C'est vrai que comme ça...
03:04Alors, c'est vrai que ça interpelle un peu.
03:06Ça fait neuf ans qu'on a lancé ça et neuf ans qu'on essaye d'expliquer qu'une formation,
03:10c'est 200 heures de théorie, une formation chez nous.
03:12C'est 200 heures de théorie, 200 heures de pratique.
03:14Je vais prendre l'exemple de la cuisine, parce que je connais bien le CAP.
03:17Je l'ai passé en 2018 pour le plaisir de tester ma plateforme.
03:22Dans les poissons, il y a deux types de poissons.
03:24Il y a les poissons gronds, les poissons plats, et puis il y a les poissons à deux filets, poissons
03:27à quatre filets.
03:27Donc, il faut plein de théories pour comprendre la différence entre les différents poissons,
03:31comment ils sont, quelle est leur architecture.
03:34Et après, simplement, on apprend à lever le filet de poisson avec des vidéos.
03:37Bon, donc ça, c'est 200 heures de théorie pour tout apprendre sur toutes les règles et toutes les techniques
03:42de la cuisine,
03:43mais ça vaut aussi pour la plomberie, la maçonnerie, la couverture, etc.
03:46Et puis après, il y a 200 heures de pratique.
03:47Là, les gens doivent faire des exercices pratiques, soit chez eux, s'ils sont en reconversion professionnelle,
03:51soit en apprentissage chez le patron, et nous envoyer des photos ou des vidéos de ce qu'ils font
03:56pour qu'on puisse valider la qualité des productions.
03:59À la fin, on les présente aux examens de l'éducation nationale ou aux examens du ministère du Travail,
04:04et on a 97-98% selon les métiers de réussite aux examens.
04:08Donc, ça fonctionne techniquement.
04:10Après, comme le dit Jean-Sébastien, notre chef et associé,
04:13quand on a le CAP, on commence en restauration.
04:16Il faut cinq ans pour devenir vraiment cuisinier, puis encore cinq ans pour devenir chef.
04:20C'est des métiers qui s'apprennent évidemment sur le terrain,
04:22mais au moins, on a les codes, on a les postures de base.
04:25C'est ça, parce que vous avez parlé de diplômes, c'est des formations qui sont diplômantes,
04:31mais l'objectif derrière, c'est le poste, encore plus.
04:34Est-ce qu'à chaque fois, dans ces métiers-là, vous avez déjà en vision des offres de postes,
04:40des zones, des régions, des endroits où ils peuvent aller ?
04:43On ne lance jamais une formation si on n'est pas 100% sûr qu'il y a du boulot
04:46partout.
04:47Alors, quand je dis partout, évidemment, on va me dire qu'à cet endroit-là,
04:50je ne sais pas quoi, il n'y a pas besoin de boulanger ou de charcutier,
04:52mais objectivement, tous les métiers qu'on a lancés depuis cinq, six ans maintenant,
04:56ce n'est que des métiers qui sont en tension, donc des métiers qui cherchent de la main-d'œuvre.
05:00Et je le disais tout à l'heure qu'on reprit du poil de la bête.
05:02Pendant le Covid, les gens avaient envie de donner du sens à leur vie,
05:06donc d'être un peu moins derrière leurs écrans et faire un métier qui avait un peu plus de production.
05:12Et puis là, il y a un nouveau truc qui se passe, c'est depuis la fin de 2023,
05:14c'est l'avènement de l'intelligence artificielle,
05:16avec plein de gens qui disent, je suis derrière mon ordi,
05:18mais probablement que l'IA, dans les deux, trois, cinq ans à venir, va prendre mon job.
05:23Ou bien même des jeunes étudiants qui sont dans les grandes écoles aujourd'hui,
05:26qui disent, waouh, il va falloir que je revoie un peu mon plan de carrière.
05:29Et donc ces gens-là se disent, il faut que j'apprenne à faire un métier manuel,
05:32parce que c'est un métier d'avenir.
05:33Et je dois dire qu'un métier d'avenir manuel, on ne l'avait pas entendu depuis longtemps.
05:37Donc c'est vraiment un changement de paradigme sur l'éducation et la formation qui est hyper important.
05:42Et l'idée, c'est qu'à la fois les jeunes, leurs parents,
05:44que les parents arrêtent de dire, je veux absolument que passe ton bac d'abord,
05:48et que les proviseurs, en fin de troisième, arrêtent de dire,
05:50bon ben les bons, vous allez passer le bac, et puis les mauvais, vous allez faire un CAP.
05:53Non, ce n'est plus ça du tout.
05:54Maintenant, les métiers d'avenir, c'est les métiers de la main.
05:56Et ce Covid, justement, il a quand même vachement modifié la trajectoire de ces métiers
06:01dont on parle maintenant, comme des métiers en tension.
06:03Oui, les métiers essentiels, vous vous souvenez, du président qui parlait des métiers essentiels.
06:07Ça, ça a eu beaucoup d'impact pour vous ?
06:10Il y a eu cette première vague, effectivement, de ces métiers essentiels,
06:14de se dire, voilà un métier essentiel et qui a du sens.
06:19C'était les deux mots qui étaient importants.
06:21Et puis là, maintenant, on sent cette menace de l'IA qui fait qu'il y a des vagues entières
06:25de gens
06:25qui se disent, je veux faire ce métier-là parce que je sais que j'aurai toujours un boulot.
06:30Donc grâce à ça, on fait redécouvrir l'attrait de ces métiers de la main
06:34qui n'auraient jamais dû disparaître, objectif.
06:36Mais du côté des professionnels et des employeurs, du coup, est-ce que ça a valorisé aussi,
06:40même financièrement ? Est-ce que ça a permis d'apporter de meilleures rémunérations
06:45à ces métiers-là, par exemple ?
06:47Pas partout, évidemment.
06:48Il y avait plein de gens l'autre jour dans un débat qui disaient
06:51qu'on gagnait toujours mal sa vie en étant artisan.
06:53C'est vrai sur certains métiers, c'est peut-être vrai dans certaines régions.
06:57Maintenant, à Paris, faites venir un plombier chez vous, vous verrez que ça coûte un bras.
07:00Bon, et donc j'imagine que quelqu'un, en tout cas, gagne bien sa vie.
07:04Donc il y a un moment où, en effet, le rapport de force, je n'aime pas tellement ce mot
07:08-là,
07:08mais va changer entre salarié et patron.
07:10Il y a une telle carence aujourd'hui de professionnels de ces métiers-là
07:14que je pense que c'est le moment de se mettre sur le marché
07:17parce qu'il va y avoir du boulot et du boulot bien rémunéré.
07:19Il nous reste quelques secondes, mais comme vous avez franchi vos 20 ans,
07:22là, justement, les ambitions pour l'avenir, ça passerait pour quoi ?
07:25On continuait à développer plus de formations pour plus de types de personnes.
07:29Avant, on ne faisait que de la formation en reconversion.
07:30Maintenant, on fait de la formation en apprentissage.
07:33Moi, ma vision, c'est que je veux vraiment que, dans un avenir proche,
07:38les jeunes, les parents, les proviseurs, tout le monde se dit qu'un métier de la main,
07:42ce n'est pas la voie de garage, c'est au contraire une voie d'avenir.
07:45Et ma grande... Alors, ce que j'essaye de faire passer aujourd'hui,
07:48c'est que l'intelligence de la main, elle, elle n'est pas artificielle.
07:51Et que, vraiment, tous ceux qui vont choisir cette filière-là,
07:54ils ont encore du boulot pour un paquet de temps.
07:56Nicolas Bergerot, vous restez avec nous.
07:58On va tout de suite passer au débat éco pour comprendre vraiment les défis
08:01de ces métiers de la main et aussi de ces voies de professionnalisation
08:04qui sont souvent liées à ces métiers-là.
08:06C'est parti.
08:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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