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Lors de la Soirée des hôpitaux 2026 organisée par Le Point, **Dominique Pon** (directeur général de La Poste Santé et Autonomie, DGA de Docaposte) livre un diagnostic sans langue de bois sur la révolution de l'intelligence artificielle dans le monde médical.

Geek assumé et pionnier de la e-santé, il décrypte les promesses colossales d'un marché en pleine explosion, mais alerte sur les dérives qui guettent la société : destruction massive d'emplois, explosion de l'empreinte carbone du numérique, perte de sens et risque pour l'humanité.

Face au virtuel et aux puces de silicium, il appelle à un sursaut pour préserver la « garantie humaine » du soin et « rallumer les étoiles ».

§ #santé #sdh2026 #soiréedeshôpitaux #lpt #science #ia #inteligenceartificielle

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00:05Bonsoir à toutes, bonsoir à tous. On est très heureux de vous retrouver pour l'édition
00:092026 de la soirée des hôpitaux. Le thème qui nous rassemble ce soir a de quoi provoquer
00:15quelques sueurs froides ou au contraire susciter beaucoup d'espoir. Le prochain ministre de
00:20la Santé ou la prochaine ministre de la Santé sera-t-il, sera-t-elle une IA ? Face à
00:24la
00:24crise des urgences, au manque de moyens, à l'épuisement des soignants, l'algorithme
00:28promet monts et merveilles et si, paradoxalement, la machine était la clé pour remettre l'humain
00:33au cœur du soin. Pour ouvrir le bal, posons les fondations liées en santé, risques et
00:38ou opportunités. Il nous fallait un regard acéré, il nous fallait un regard singulier pour traiter
00:42du sujet et c'est pourquoi j'invite à me rejoindre sur scène Dominique Pont, directeur général
00:47de la Poste Santé et Autonomie, directeur général adjoint de Doca Poste, sous vos applaudissements
00:50Mesdames, Messieurs.
00:56Oui, bonsoir à toutes et tous. Petite précaution oratoire vu le nombre de gens qui tchatchent
01:02sur l'IA, les experts, tout ce qui se passe toutes les semaines. Je vais être super humble
01:07sur le sujet. Donc, même si je travaille sur ces sujets, il n'y a aucune velléité d'assainer
01:13des vérités. Je me contentais juste de vous partager ce qui me marque sur les sujets d'IA
01:17et d'IA en santé. Ça fait à peu près 30 ans que je travaille dans le numérique en
01:21santé et pour la première fois depuis 30 ans, c'est la première fois que je suis troublé
01:25par une technologie. Je trouve ça fantastique, je suis un geek, donc j'adore, je trouve ça
01:30génial, j'hallucine de tout ce qu'on peut faire. Mais en vrai, ça me fait flipper aussi.
01:35Donc, en gros, par rapport à cette soirée, mon idée, c'est de vous partager de façon
01:41totalement subjective, on va dire un peu fausse aussi, probablement partielle
01:46et partielle, ce qui me marque en tant que, si vous voulez, boomer de l'AI santé.
01:53Donc, ensuite, ça servira à ouvrir les débats. Je veux bien les slides.
02:07Le premier truc, c'est de comprendre, en fait, que quand on parle d'intelligence artificielle,
02:12beaucoup de gens le savent, mais en fait, on ne parle que d'une toute petite partie d'un
02:15grand mouvement. On ne sait pas du tout ce qui va apparaître ensuite comme nouvelle
02:18révolution. On parle aujourd'hui du boom de l'IA générative. Et en fait, l'IA générative,
02:23elle se basait sur la production de textes, de contenus, de vidéos, etc., sur la base
02:27d'ingestion de données. Or, il se trouve qu'un des secteurs dans lequel il y a le plus
02:31de production de données numériques dans le monde, c'est le secteur de la santé avec
02:35un ratio. Je ne sais pas si vous l'avez en tête. C'est que ça double tous les 73
02:40jours
02:40le nombre de données de santé produites dans le monde. Donc, forcément, ça crée une
02:45croissance du marché assez impressionnante, autour de 30%. Et puis, avec des promesses
02:49de résultats, diagnostics, etc., on sait tous que l'IA passe au la main les concours
02:55de médecine.
02:57Ce qui est marquant aussi dans notre époque et qui a fait qu'il y a cette espèce de
03:00boom, moi, j'ai commencé il y a 30 ans, je travaille sur les réseaux neurones, j'ai
03:03commencé ma carrière comme ça. Et puis, ça a végété pendant des dizaines d'années.
03:07C'est en fait la conjonction de trois sujets. Le fait qu'on a beaucoup plus de puissance
03:11de calcul, vous savez ce qu'on appelle les GPU. Ce qu'on appelle aussi les tailles de
03:15modèles, la capacité à traiter avec beaucoup, beaucoup de paramètres. Voilà, des milliards
03:18ou peut-être des milliers de milliards de paramètres à l'avenir. Et puis, la taille des
03:23données, la taille de ce qu'on appelle les datasets et qu'on appelle en IA des tokens.
03:28En fait, cet alignement de ces trois facteurs a fait qu'il y a eu un boom exponentiel. Et
03:33je pense qu'on n'est qu'au début de cette révolution.
03:37Si on regarde l'IA en santé maintenant, pour se le dire de façon claire, même si on
03:41est romantique, c'est quand même avant tout un énorme business. Les ordres de grandeur,
03:47c'est 30% des données mondiales qui sont produites dans le domaine de la santé. C'est
03:51beaucoup de promesses qui commencent à être remplies pour les établissements de santé,
03:55les automatisations de tâches administratives, l'optimisation des allocations de ressources,
03:59des plannings, l'aide à la prise de décision diagnostique dans le soin, l'imagerie médicale
04:04assistée par l'IA, la personnalisation des traitements. Côté patients, on a de plus
04:08en plus d'assistants virtuels de chatbot pour l'empowerment de patients. Du côté des
04:12industries de santé, c'est de plus en plus intégré dans la fabrication de médicaments,
04:16dans les études cliniques, dans l'identification des patients, de plus en plus de travaux IA
04:21et jumeaux numériques pour les sujets de santé et de tests de technologie en santé. Et
04:25puis dans le domaine institutionnel, le repérage de cohorte, le repérage de population,
04:31l'évaluation de qualité des soins, etc.
04:34Aujourd'hui, l'ordre de grandeur, c'est à peu près, il y a à peu près 2-3 ans,
04:41c'est à peu près
04:4230 milliards qui avaient été élevés en 22-23. Aujourd'hui, on est sur un taux qui a triplé
04:48en l'espace de 3 ans en termes de levée de fonds dans le monde, sur les sujets de l
04:52'IA en santé.
04:54C'est la régie qui met la suite des slides.
05:05Ce qu'il faut voir aussi, souvent, on s'auto-flagelle. L'IA en santé en France, quand même, je
05:10pense qu'on peut dire qu'on a une tradition.
05:12On a travaillé sur ces sujets depuis les années 50. Vous avez une frise, je ne vais pas tout détailler.
05:17Mais il y a eu des jalons dans l'histoire de l'IA en santé en France qui montrent qu
05:22'on est un pays qui s'est intéressé à ces sujets.
05:24Alors, évidemment, on n'a pas OpenAI, on n'a pas Anthropik dans nos actifs, on a Mistral qui est
05:29beaucoup plus petit.
05:30Mais quand même, il y a une culture et il y a une appropriation scientifique d'abord et médicale ensuite
05:36de ces sujets d'IA en santé.
05:37En gros, les ordres de grandeur, 70% des médecins s'estiment, déclarent être à l'aise pour collaborer avec
05:42l'IA.
05:43Donc, ce n'est plus un sujet d'appropriation ou d'envie d'appropriation.
05:46Et 45% des Français qui déclarent avoir confiance dans l'IA.
05:51Globalement, il y a 3 ans, on avait 450 entreprises françaises dédiées ou en tout cas qui avaient du business
05:56ou une activité dédiée en santé.
05:58Aujourd'hui, on a à peu près cru de 30% par rapport à il y a 3 ans.
06:02Donc, on sent qu'on est dans une dynamique française.
06:04Ça ne veut pas dire qu'on a résolu tous les problèmes.
06:06Mais il faut aussi reconnaître que c'est quelque chose qui a été approprié en France, en tout cas dans
06:11les concepts, dans les idées, dans les envies et dans les cas d'usage.
06:15Dans les établissements de santé, petit à petit, ça progresse.
06:18Il y a eu des enquêtes.
06:19Là, vous avez des rapports FHF aussi.
06:22A peu près 2 tiers des établissements de santé disent qu'ils utilisent aujourd'hui des solutions d'IA.
06:26Et 90%, pratiquement 100%, disent que dans les 2-3 prochaines années, de toute façon, ils vont embarquer une stratégie
06:32d'établissement autour des sujets d'IA.
06:34Avec tout ce que vous connaissez de bénéfices tangibles et des promesses relativement court terme sur lesquelles on commence à
06:39avoir des éléments de preuve sur l'amélioration de l'efficience, de la qualité des soins, l'optimisation des coûts,
06:46etc.
06:48Côté patient, en fait, ça, c'est une étude qui a été faite il n'y a pas très longtemps.
06:53Évidemment, ce que ressentent les citoyens français, c'est une sorte de décalage entre la rapidité de l'innovation technologique,
06:59puis notre capacité juste à comprendre où on va et maîtriser les conséquences de tout ça.
07:04Et le sujet d'éthique, quand même, qui est dans nos traditions de pensée, de se questionner sur les sujets
07:08d'éthique.
07:09Ce qui est intéressant, quand même, c'est de regarder les premières préoccupations.
07:12Ce n'est pas tellement pour les gens l'impact environnemental, ce n'est même pas le degré d'incertitude.
07:17Il y a une sorte d'acceptation que l'IA se trompe. En santé, c'est étrange.
07:20En revanche, la sécurité des données et l'éthique qu'il y a derrière, c'est une préoccupation majoritaire, en
07:25fait, dans les sondages auprès des citoyens français.
07:30Autre truc, quand même, qui est notable, je pense qu'il faut aussi qu'on puisse se dire que ce
07:35n'est pas si mal, même si on râle la France et l'Europe,
07:38c'est qu'on est quand même aussi à l'initiative d'une inspiration européenne sur les sujets d'éthique
07:43dans le domaine de l'IA.
07:44Notamment, il y a eu beaucoup de travaux en France qui ont donné naissance, ou en tout cas qui ont
07:49inspiré le règlement de l'IA acte européen,
07:54notamment autour de cette classification des IA. Vous savez que la santé, c'est classé dans les IA à haut
08:00risque.
08:00Et donc, tout ce qui va apparaître en termes de démarche qualité, obligatoire à la fois pour les utilisateurs d
08:05'IA et les concepteurs en Europe de solutions d'IA,
08:09avec toute une gestion qualité classique que vous connaissez, de la documentation technique, etc.
08:14Mais avec un concept intéressant, qui est quand même un petit peu une inspiration française, autour de la garantie humaine
08:19de l'IA,
08:20c'est-à-dire la capacité d'être humain à régulièrement vérifier, contrôler, en fait, qu'il n'y ait
08:25pas de dérive dans la façon dont travaille l'IA.
08:27Et ça, je pense qu'il faut aussi se le dire, on a participé en France à cette promotion de
08:32la garantie humaine de l'IA.
08:34Là, vous avez tout ce qui s'est passé ces dernières années. Vous voyez qu'en fait, la synchronisation et
08:40l'adoption par les différents pays, même la FDA,
08:43en fait, de ces sujets d'éthique en IA sous une impulsion européenne, elle-même issue d'une impulsion française.
08:48On a la chance d'avoir dans la salle David Gruson, qui est une sorte de pionnier de l'éthique
08:52de l'IA,
08:52et qui a participé largement à cette construction. Donc, évidemment, on râle souvent, on s'autoflagelle, mais il faut aussi
08:59s'enorgueillir de ça, je pense.
09:02Mais quand même, il y a plein de trucs qui font flipper. La courbe que vous avez à l'écran,
09:07c'est la courbe de ce qui se passe depuis l'arrivée de Tchad-GPT aux Etats-Unis.
09:10Il n'y a plus de jeunes embauchés. La cassure des jeunes dans le domaine du numérique aux Etats-Unis,
09:17elle est drastique et c'est en train de se développer
09:19parce que ça a déjà deux ans, cette statistique, c'est en train de gagner les 26-30 ans. Globalement,
09:26beaucoup d'entreprises aux Etats-Unis disent,
09:28pas que dans la santé, finalement, ça ne sert à rien les jeunes. Une fois qu'on a les seniors
09:32qui connaissent le métier, je n'ai plus besoin d'embaucher de jeunes.
09:35Ce mouvement-là, probablement, en fait, que ça sera un mouvement de fond. On en entend parler, mais c'est
09:40déjà une réalité aux Etats-Unis.
09:42Et je pense que ça commence en France. Il y a de grandes entreprises françaises qui sont obligées de poser
09:46des règles d'éthique pour embaucher des juniors dans le numérique
09:48parce que sinon, spontanément, ils n'embaucheraient plus de gens à la sortie des diplômes.
09:53Vous le savez, il y a des études, McKinsey de 2024, qui dit qu'il y aura 30% des
09:56heures de travail dans le monde d'ici 2030 qui seront détruites.
09:59Les gens, maintenant, ça y est, les grandes entreprises annoncent qu'ils ont supprimé comme emploi grâce à l'IA.
10:04Amazon, qui a annoncé avoir supprimé 14 000 emplois.
10:07Depuis un an, c'est à peu près chiffré. Aujourd'hui, pratiquement, j'ai revu les stats récemment, 75 000
10:12emplois détruits d'ores et déjà avec l'arrivée de l'IA en France.
10:15Et puis, vous avez, pourtant, ce n'est quand même pas des romantiques, les grands capitalistes américains, les grands fonds
10:23américains,
10:24les inspirateurs de la Silicon Valley qui vous disent que, comme quand même, globalement, ça va prendre 80% du
10:29travail dans 80% des métiers,
10:32si on ne veut pas que ça explose avec de la violence, il faut inventer un revenu universel.
10:35Donc, c'est quand même assez marrant de voir les grands capitalistes américains qui font du Benoît Hamon.
10:42L'augmentation des émissions à effet de serre, vous le savez aussi, on est sur 40% des émissions du
10:46CO2 maintenant qui sont créées par les géants du numérique.
10:49Tout le monde en parle, mais finalement, il y a assez peu de régulation sur le sujet, évidemment.
10:52Donc, les géants du numérique, ils continuent, ils achètent leur centrale nucléaire.
10:56Google a annoncé ça il n'y a encore pas très longtemps.
10:59On le sait tous, l'IA maintenant, c'est un moteur de propagande, de deepfake, etc., de manipulation.
11:04C'est à peu près la moitié des postes LinkedIn. Aujourd'hui, c'est fait par de l'IA et
11:08ça ne fait qu'augmenter.
11:11Pour avoir discuté aussi avec des gens dans ces secteurs-là, dans le militaire, dans le nucléaire, dans l'énergie,
11:16ils commencent à m'expliquer qu'eux-mêmes, les ingénieurs, ils commencent à stresser parce qu'en fait,
11:20le pilotage de ces infrastructures à risque, elles sont confiées avec des IA.
11:23Alors, ça a l'air de marcher aujourd'hui, mais on ne sait pas du tout ce que ça va
11:25donner demain.
11:26Je ne parle même pas en fait de l'IA en tant que psy, que coach de vie, que confident,
11:31etc.
11:32Et puis, ce dont on a entendu parler la semaine dernière, les ingénieurs qui démissionnent de chez Anthropique,
11:37parce qu'ils disent que l'étape d'après, c'est-à-dire créer une IA générale,
11:42eux, ils y voient comme un risque carrément d'extinction de l'humanité.
11:45Alors, est-ce que c'est du fantasme ? Est-ce qu'il n'y a quand même pas des
11:47risques autour de ça ?
11:48C'est quand même réitéré, en fait, cette inquiétude autour d'une IA générale
11:53qui mettra en danger l'humanité par des gens quand même assez haut placés sur ces sujets.
11:58Vous avez Benjo, là, qui était le prix Turing 2018, qui parle réellement de ça.
12:04Même un ex-dopone EIA qui est bien connu dans le secteur, qui est un expert souvent cité,
12:08qui est Jan Polsky, qui, lui, considère que c'est quasiment 100% de chance
12:11qu'il y ait des dégâts irréversibles, en fait, sur l'humanité.
12:14Vous avez des chercheurs qui commencent à chiffrer, on rentre dans cette espèce de délire,
12:18est-ce que c'est 5 ou 10% de risque d'extinction de l'humanité ?
12:21Enfin, il y a quand même un truc derrière, même si j'adore.
12:26En fait, moi, je me suis dit, en regardant tout ça, je bosse beaucoup sur ces sujets,
12:30j'ai la chance d'avoir dans mes équipes des experts autour de ces sujets,
12:32d'être à la fois fasciné, je suis un geek, donc j'adore, moi, je suis fasciné par les puces
12:37de silicium,
12:38mais je me suis dit, au fond, je préfère quand même les cellules biologiques.
12:41Je suis fasciné par la loi de Moore qui fait qu'on développe la technologie à grande vitesse,
12:45même si c'est un petit peu cette loi de Moore,
12:46mais je suis quand même beaucoup plus fasciné par les 4 milliards et demi d'années
12:50qu'il a fallu pour qu'on devienne des êtres humains juste à partir de poussières d'étoiles.
12:53Et ce truc-là, je pense qu'il faut le raviver.
12:56Je pense que même si on a envie de s'embarquer sur ces sujets qui ont plein de progrès,
13:01je pense que notre rôle, notamment en France et dans la santé en France,
13:04c'est de raviver cette dimension humaine,
13:06ce que Guillaume Apollinaire disait par une formule,
13:10il est grand temps de rallumer les étoiles.
13:12Et donc je m'étais dit un truc,
13:14tu pouvais terminer par cette conclusion romantique,
13:16mais quand même par acquis de conscience,
13:17j'ai filé ma presse à Tchadjipiti et je lui ai dit,
13:19est-ce que tu pourrais en faire un résumé en une image ?
13:23Et voilà ce que ça donne,
13:24une infirmière cyborg au chevet d'une humanité en soins palliatifs.
13:28Je vous avais dit que c'était flippant quand même.
13:30Merci.
13:31Merci et bravo Dominique Pont.
13:33Merci.
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