00:00Moi j'ai perdu mon grand frère déjà, et je sais en fait, chacun vit sa peine différemment, mais en
00:11tout cas je sais ce que c'est.
00:12Tu sais ce que c'est que de perdre un frère ou une sœur ?
00:14J'ai pas envie en fait, tu vois, lui infliger ses râles.
00:18À 28 ans, Manon est atteinte d'un cancer incurable.
00:21Se sachant condamnée, la jeune femme a souhaité écrire des lettres à l'ensemble de ses proches.
00:25Pour l'aider dans cette démarche, elle est accompagnée de Marilyn, qui exerce le métier de biographe hospitalier.
00:30Je suis ce qu'on appelle passeur de mots.
00:32J'aide ces patients à mettre des mots en écrit, en retraçant soit l'histoire de leur vie,
00:39soit en les aidant à écrire des lettres qui seront transmises à leurs enfants, leurs parents, leurs conjoints, à leurs
00:50proches.
00:50Ça me met hors de moi de me dire que la situation va le plonger dans des émotions que j
01:01'aurais aimé lui épargner.
01:08Avoir la possibilité d'être accompagnée pour dire quelque chose à ses proches, c'est incroyable finalement.
01:17Parce que c'est quelque chose que moi je voulais faire déjà.
01:20J'en avais parlé avec mes amis, j'avais commencé des brouillons.
01:23Alors, ils sont marrants, mais brouillons, il y a trois mots.
01:26Parce qu'en fait, c'est hyper difficile d'aller chercher en soi ces choses-là.
01:31Et puis, c'est quand même une sorte de, je vais dire d'au revoir, parce que c'est moins
01:38violent qu'adieu.
01:40En 2024, un diplôme universitaire a été créé pour former des futurs biographes hospitaliers.
01:45Aujourd'hui, cette profession est considérée comme un véritable soin de support pour les patients.
01:50J'ai beaucoup de chance dans mon métier d'être accompagnée par une équipe formidable qui est là.
01:54et qui peut m'écouter si j'en ai besoin.
01:59En faisant la moyenne d'âge un petit peu des patients qu'on a pu accompagner en trois ans,
02:03donc ça représente une quarantaine de patients,
02:05on se rend compte qu'en fait, on a énormément de jeunes patients,
02:08c'est-à-dire de patients qui ont moins de 50 ans.
02:10Et en fait, on se rend compte que c'est des patients qui se saisissent de cet accompagnement,
02:14notamment pour laisser une trace auprès de leurs enfants.
02:16Comme j'expliquais à Marilyn, mon plus petit a quatre ans.
02:20Si je pars demain, il va se rappeler de certaines choses, mais pas de tout.
02:24Donc là, il aura juste à prendre son petit bouquin et à relire.
02:27Et c'est de leur laisser aussi des conseils de vie.
02:29C'est ça.
02:30De leur dire ça, c'est pas bien.
02:32C'est écrit noir sur blanc, mais moi, ils ne voulaient pas que tu fasses ça.
02:36Une fois les entretiens terminés et la rédaction effectuée,
02:39il est temps pour Marilyn de rendre son travail.
02:42La remise des ouvrages est effectivement un moment très délicat.
02:45Je dis souvent que pour moi, c'est le moment, je ne sais pas si je peux dire difficile,
02:50mais celui qui demande le plus d'investissement de ma part pour faire face à l'émotion.
02:56Par contre, il y a vraiment deux cas de figure.
02:57Quand je le remets au patient, c'est un moment de joie, de joie pour le patient,
03:03de voir le travail terminé et de voir le bel ouvrage qui a été confectionné.
03:10Et le plus souvent, je remets les livres ou les lettres à la famille.
03:21C'est une des personnes qui, dans la projection,
03:26qui est la plus difficile à imaginer de quitter.
03:29Oui, c'est ça. J'entends bien.
03:32Parce qu'il est tout jeune en plus.
03:35Il a 17 ans, il va vivre encore tellement de choses.
03:42Je suis en colère et je suis profonde et motrice
03:45de ne pas pouvoir être là dans tous ces moments-là
03:50qu'on s'imagine de la vie.
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