00:00Europe 1 Soir, 18h-20h, Pierre De Villeneuve.
00:05Adrien Matou, bonsoir, directeur adjoint de Marianne.
00:09Bonsoir Agile Boutin, journaliste politique et économique au Figaro.
00:12Bonsoir Anne Jeunetet.
00:13Bonsoir M. De Villeneuve.
00:14Merci d'être avec nous ancienne ministre de l'Éducation nationale et députée Ensemble pour la République.
00:19J'ai une question naïve à vous poser, pourquoi est-ce que dans la grande famille d'Ensemble pour la
00:24République,
00:24vous avez choisi de soutenir Gabrielle Attal ?
00:27Alors par loyauté au parti auquel j'appartiens, dans lequel je suis rentrée en 2017,
00:33et la loyauté pour moi n'a pas de prix, et donc je soutiens le parti.
00:36Donc c'est lui le président, donc je le soutiens lui.
00:38Donc c'est lui absolument, par ailleurs je travaille avec lui depuis plusieurs années sur différents sujets,
00:42et j'ai toujours apprécié la manière dont il voit les choses, la manière dont il les analyse, la vision
00:46qu'il porte,
00:48la pertinence de sa réflexion, il est toujours très rapide, il est toujours très très vif.
00:51Très rapide, il est très rapide pour critiquer le président aussi.
00:54Ça c'est possible, il n'y a pas quoi...
00:55Est-ce que vous partagez cette critique du coup ?
00:57Vous savez, par rapport au président de la République, je n'oublierai jamais qui m'a permis d'être devant
01:01vous aujourd'hui,
01:01et je considère qu'aujourd'hui je dois évidemment m'en affranchir,
01:04parce que ce n'est pas lui qui va faire la suite de ma vie politique.
01:06Ah donc c'est un vieux kleenex ?
01:08Mais sans le renier, je ne renie pas ce qu'il a porté comme vision pour le pays,
01:12le premier mandat dans lequel il y a beaucoup de choses que je pense étaient très bonnes pour le pays,
01:17ensuite un deuxième mandat qui est évidemment plus qu'en demi-teinte,
01:20mais voilà, je n'oublie pas d'où je viens, c'est important de savoir d'où on vient.
01:22C'est un vrai mutatis, mutandis pour ne pas dire un en même temps ce que vous venez de nous
01:26faire.
01:26C'est-à-dire que le bilan, qu'est-ce que...
01:28Alors justement c'est intéressant, bilan en demi-teinte, qu'est-ce que vous retenez vous, Anne Jeunetay ?
01:33Vous voulez dire du 10 ans d'Emmanuel Macron ?
01:36Alors cette vision pour le pays profondément européenne,
01:39cet souci d'autonomie stratégique, de volonté,
01:42et d'ailleurs même si dans le premier mandat il a cherché un peu ses marques,
01:44dans le deuxième mandat, dans les relations internationales,
01:46mais je peux vous dire que vu de l'étranger où je vais régulièrement,
01:48parce que c'est ma circonscription,
01:50aujourd'hui il y a une demande de président Macron,
01:53que va-t-il se passer après lui ?
01:54Une reconnaissance qu'en Europe c'est vraiment un leader,
01:56c'est quelqu'un qui a tiré sa tombe d'idées,
01:58n'oublions pas que l'emprunt commun de tous les pays au moment de la crise Covid,
02:02qui l'avait impulsé, c'était le président Macron,
02:04pour ne donner que cet exemple-là,
02:06donc oui c'est quelqu'un qui avait une vision européenne que je partage totalement.
02:09C'est intéressant ce que vous dites,
02:10parce qu'en fait on est au sommet des relations internationales,
02:14mais en fait on oublie les Français là-dedans,
02:16les Français qui tous les jours,
02:18et on la montre depuis les reportages de ce soir encore,
02:23on a du mal à faire le plein,
02:24on a du diesel à 2,97,
02:27encore on me montrait tout à l'heure Pierre Chasserey,
02:29c'est un président totalement déconnecté des Français,
02:33qui va donc au sommet européen et international ?
02:36Alors je ne suis pas tout à fait,
02:36alors il y a deux choses,
02:37d'abord dans l'ensemble,
02:38quand vous travaillez sur des sujets européens,
02:40n'oublions pas que l'Europe elle est là pour protéger ses citoyens,
02:42quand vous empruntez,
02:44quand vous préparez...
02:44Vous vous adressez aux éditeurs d'Europe 1 qui vous écoutent,
02:47Anne-Jean-Tel ?
02:47Non mais je sais,
02:48mais je veux vraiment le dire,
02:49et qui ont du mal à faire leur plein.
02:50Quand il y a le quotidien,
02:52aujourd'hui ce qui se passe,
02:52c'est qui est très grave,
02:53et pour lequel,
02:54n'oublions pas que la situation du prix du carburant aujourd'hui,
02:57nous n'avons pas la main dessus.
02:58N'oublions pas que c'est un...
03:00Alors ça ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire.
03:01On peut baisser les taxes,
03:03on peut baisser les C2...
03:04Le prix concrètement,
03:05le fait qu'il y ait une augmentation en flèche,
03:08du prix du carburant,
03:09du prix de l'edécence aujourd'hui,
03:10c'est la situation internationale,
03:11il ne faut pas l'oublier.
03:12Ce n'est pas d'un seul coup une décision du Premier ministre,
03:15ou du gouvernement...
03:15En attendant,
03:16Non, je ne sais pas si M. Macron a réussi à ouvrir le détroit d'Hormuz.
03:19Maintenant,
03:20ce n'est certainement pas lui tout seul,
03:21ça se saurait.
03:21Non, non, mais vous voyez ce que je veux dire.
03:23Non, mais ce n'est donc pas lui qui va résoudre cette crise-là,
03:25tout seul,
03:26ça va être internationalement,
03:28et ce n'est pas forcément à la main non plus des Européens,
03:30on voit que le sujet,
03:31c'est un sujet de conflit entre l'Iran d'un côté,
03:33Israël,
03:34les Etats-Unis de l'autre.
03:35Donc les Européens ne sont pas forcément sur la carte.
03:37Il y a une main pour éventuellement baisser le prix de l'essence.
03:40Alors, ensuite,
03:41sur le prix du carburant,
03:43pour baisser le prix de l'essence,
03:44alors, moi je peux vous dire qu'aujourd'hui,
03:45je suis co-signataire d'une proposition de loi
03:47qui a été déposée,
03:48ou qui va être déposée dans les heures qui viennent,
03:50par mon collègue,
03:51François Cormier-Boulijon,
03:52qui propose de revenir sur ce qui avait été fait à l'époque de Lionel Jospin.
03:55Vous savez, cette partie de taxes,
03:58on a beaucoup de taxes sur le carburant.
04:01On a même 60%,
04:04on a même une taxe sur la taxe.
04:05Il y a une partie,
04:06et lui, ce qu'il propose,
04:07c'est de revenir à cette fameuse,
04:08ce qu'on appelait à l'époque,
04:10TIPP flottante.
04:10Alors, on va être simple,
04:11en gros, c'est de dire,
04:12quand le prix du carburant augmente,
04:13il y a une partie de la taxe qu'on va faire baisser.
04:15En gros, on ne change pas les revenus pour l'État.
04:17L'État ne s'enrichira pas sur la hausse du carburant.
04:20Mais en revanche,
04:20ça permet d'alléger le prix à la pompe
04:23pour le consommateur et le rouleur.
04:25Celui qui consomme cette essence.
04:26Donc ça, ça peut être une position intéressante.
04:28C'est pour ça que j'ai co-signé sa proposition de loi.
04:30On verra si elle peut aboutir.
04:31Mais voilà une proposition que je trouve intéressante.
04:32Gilles Boutin.
04:33Admettez-vous quand même
04:34qu'il y a eu un refus d'obstacle
04:35tout au long de ces dix années,
04:36puisqu'on n'est pas en capacité aujourd'hui
04:39d'encaisser ce choc ?
04:40Bien sûr.
04:41Ben oui, je le reconnais.
04:42Mais Gabriel Attal,
04:43à l'heure de lui dire,
04:45que vous soutenez,
04:45à l'heure de dire que,
04:46non, de son temps,
04:47la croissance, elle était meilleure,
04:48que les taux ne s'étaient pas encore emballés.
04:51Il se lave les mains de ce qui a précédé,
04:52alors qu'il est passé à Bercy et à Matinou.
04:53Moi, je vais revenir sur 40 ans d'histoire,
04:58notamment de la dette sociale de la France.
04:59Prenons le livre de Nicolas Dufour,
05:01qui l'explique extrêmement bien.
05:02Je crois qu'il faut arrêter de cibler tel ou tel.
05:04Nous avons tous une part de responsabilité collective.
05:07Et là, ces dernières années,
05:08la responsabilité...
05:09N'oublions pas que jusqu'à la crise Covid,
05:13les chiffres économiques de l'économie
05:15étaient bien meilleurs.
05:15Le chômage s'améliorait,
05:17était en temps recul.
05:17La croissance était là.
05:19La création d'emplois était là.
05:20Donc, il y avait des indicateurs
05:21qui étaient extrêmement porteurs.
05:23Ensuite, crise Covid.
05:24Et là, le quoi qu'il en coûte,
05:26qui est allé clairement...
05:27Je le dis et je le reconnais.
05:28Il est allé beaucoup trop loin.
05:29Sur les 1000 milliards de dettes de M. Macron,
05:32le Covid, c'est 300 milliards.
05:33Donc, il y a 700 milliards
05:34où c'est des augmentations
05:35par des fonctionnaires supplémentaires,
05:38par une augmentation de l'administration
05:40et des budgets de l'État.
05:41Donc, on ne peut pas tout mettre sur le Covid.
05:43Et vous le savez.
05:44Non, non.
05:45Je ne mets pas tout sur le Covid.
05:46Je dis que ça a été un élément,
05:47et je le donne en exemple,
05:47parce qu'au cours des 40 dernières années,
05:50encore une fois,
05:50quelles que soient les tendances politiques
05:52qui sont en gouvernement...
05:52Après, ça a été mondial, le Covid.
05:53Donc, il y a des pays qui s'en sont sortis.
05:55Il y a des pays qui s'en sont sortis.
05:56Parfois, avec une...
05:56Rappelons-nous les mesures anti-inflationnistes
05:58que nous avons prises à ce moment-là.
05:59Certains pays européens...
06:01Européens.
06:01Européens étaient à 20% d'inflation,
06:03notamment dans les pays baltes.
06:04Là où nous, on a réussi
06:05à contenir beaucoup plus notre inflation,
06:06mais à un prix,
06:07avec un coût social derrière
06:09et un coût budgétaire pour l'État,
06:10très important.
06:11Adrien Matou.
06:12Moi, j'ai une question plus idéologique,
06:14parce que vous nous avez parlé
06:15de votre foi européenne.
06:17Et c'est vrai qu'il y a 10 ans,
06:18Emmanuel Macron est arrivé
06:19comme président de la République
06:21en réunissant le centre-gauche
06:23et le centre-droits
06:24autour de l'idéal européen,
06:26autour de la foi en la mondialisation,
06:28le libéralisme.
06:29Et aujourd'hui, on a l'impression
06:30que ces valeurs sont complètement minoritaires.
06:33J'entends même des macronistes
06:34parler toute la journée de souveraineté,
06:35ce qui aurait été inimaginable il y a 10 ans.
06:39On vous parlait de réindustrialiser la France,
06:43de restaurer la souveraineté,
06:45de défendre notre indépendance.
06:46Vous avez un peu adopté les mots
06:48de ceux qui étaient vos adversaires idéologiques
06:50il y a 10 ans.
06:51Est-ce que vous ne trouvez pas
06:51que la vision macroniste d'il y a 10 ans
06:53est aujourd'hui complètement dépassée ?
06:54Alors, moi, je vais vous donner
06:57mon point de vue très personnel
06:58et j'assume complètement
06:59de pouvoir peut-être un peu différente
07:00de tous mes collègues.
07:01Je ne suis pas forcément quelqu'un
07:02qui suit une doxa idéologique.
07:04Sur le sujet européen,
07:05je suis une profonde européenne.
07:08Mais ça veut dire quoi ?
07:08Ça veut dire fédéralisme européen ?
07:10Attention, justement.
07:11On est tous européens, de fait.
07:13Absolument.
07:14Un européanisme, je dirais, responsable.
07:16On n'est pas aveugle.
07:17C'est-à-dire qu'il faut savoir
07:18ce que ça emporte derrière.
07:19Et quant à la notion de souveraineté
07:21dont vous avez parlé,
07:22attention, il faut être quand même
07:23un peu lucide.
07:24C'est un très joli mot.
07:25On peut mettre beaucoup de choses dedans,
07:26mais on ne peut pas tout mettre.
07:27On ne peut pas tout mettre.
07:28Il faut être réaliste.
07:29Il y a des choses sur lesquelles
07:29la France ne sera jamais souveraine.
07:32Jamais.
07:32La France ne sera jamais souveraine
07:33sur certaines choses ?
07:34Évidemment.
07:35Vous prenez les téléphones mobiles
07:36que vous avez là,
07:37vous pensez que demain,
07:37on va le fabriquer nous-mêmes en France ?
07:38Alors, c'est autre chose
07:39que la souveraineté.
07:40Non, mais être contrôlé
07:41une chaîne de valeur.
07:42Pour être souverain
07:43sur une chaîne de valeur,
07:44il y a des chaînes
07:45sur lesquelles on ne le saura jamais.
07:47En revanche,
07:47on peut peut-être améliorer
07:49ou limiter nos dépendances
07:50en européen.
07:51Ça, oui.
07:51Et là, c'est pour ça
07:52que je rejoins le projet européen
07:55et en disant à mes concitoyens,
07:56c'est une manière
07:56de mieux nous protéger.
07:58Quand vous dites en européen,
07:59par exemple,
08:00si une usine de fabrication
08:02de je ne sais quoi
08:03passe du Vietnam à la Pologne,
08:05ce sera en européen ?
08:07Mais pour les Français,
08:08qu'est-ce que ça change ?
08:08Je vais vous donner
08:09un exemple très précis
08:10qui est la société
08:11qui produit des microprocesseurs
08:13aux Pays-Bas,
08:14à SML,
08:15qui est fondamentale
08:16sur la chaîne de valeur
08:17de ce qu'on peut faire
08:18aujourd'hui en IA.
08:20Elle est aujourd'hui aux Pays-Bas.
08:22Là, c'est là que je dis en européen.
08:23Nous avons, nous,
08:24Européens,
08:24accès aussi à cette usine de production.
08:27On peut en européen aussi
08:28décider d'avoir un impact,
08:30ça je le souhaiterais d'ailleurs,
08:31beaucoup plus fort,
08:32sur ce que sont les producteurs
08:35aujourd'hui d'IA chinois
08:36d'un côté,
08:36américains de l'autre.
08:37En plus, on a une énergie,
08:39je pense à l'électricité,
08:40à un prix qui permet
08:42d'utiliser...
08:43Malgré l'Europe.
08:44Exactement.
08:45Donc, on a quand même
08:45accès à une énergie
08:46qui est un problème
08:47pour les Américains,
08:48moins pour les Chinois,
08:49évidemment.
08:49Donc, là,
08:50sur ce sujet-là,
08:51voilà un exemple
08:51sur lequel on ne va pas avoir
08:53des usines à SML
08:54dans chacun des 27 pays européens.
08:55Ça n'a pas de sens.
08:56En revanche,
08:57c'est là qu'il faut prendre
08:57des décisions collectives
08:58et moi,
08:59c'est tout l'effort
09:00qu'on doit faire.
09:01Je me pose parfois
09:02la question de savoir
09:02si Mme Ursula von der Leyen
09:03porte vraiment complètement
09:04ce projet européen à 27.
09:07Vous avez dit les choses.
09:09En le disant ça,
09:10vous avez dit les choses.
09:11En tout cas,
09:11je suis persuadée
09:12que c'est possible.
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