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  • il y a 12 minutes
Dans son édito du 15/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Oui, j'y reviens pour plusieurs raisons, parce que c'est un condensé de certains préjugés à l'endroit de
00:04la démocratie qui se sont exprimés à ce moment.
00:07Alors, je prends la peine de le dire sur cette chaîne.
00:09Et qui reviennent régulièrement.
00:10Mais voilà, évidemment, c'est pour ça qu'on y revient.
00:12C'est Apolline de Malherbe.
00:13Et pourquoi je la nomme?
00:14Parce qu'à mon avis, c'est une des meilleures intervieweuses qui existent en France,
00:17et qu'une femme de cette qualité bascule elle-même, donc cède elle-même à ce préjugé, m'a étonnée.
00:23Donc, globalement, l'argument est suivant.
00:25Sarah Klaffaut dit qu'on doit prendre au sérieux ce qui s'exprime avec l'AFD.
00:28Ils expriment des préoccupations d'une partie du peuple allemand.
00:31Et le mot peuple sonne très négativement chez Apolline de Malherbe, pour qui, je le redis, j'ai beaucoup d
00:37'estime,
00:37mais qui nous dit à ce moment, mais le peuple a conduit Hitler au pouvoir.
00:41Autrement dit, voyez ce dont cette grosse bête peut être capable, tenons-nous-en éloignée.
00:48Point de départ, en quelque sorte, préjugé négatif contre le peuple.
00:52Patrick Buisson aurait parlé de démophobie.
00:55Deuxième élément, c'est faux.
00:56Vous l'avez mentionné dans votre présentation des événements.
01:00L'arrivée de Hitler au pouvoir, c'est infiniment plus complexe qu'une élection plébiscitaire qui l'y aurait conduit.
01:06Ils ont joué le jeu des élections pour les retourner ensuite à leur avantage.
01:10Ils ont historié ensuite, sur le mode de la terreur, il ne faut pas l'oublier non plus, la logique
01:14de la milice.
01:15Un régime absolument troce, mais réduire l'arrivée au pouvoir d'Hitler à une forme de pathologie de la démocratie
01:23consiste à réécrire de très étranges manières l'histoire allemande.
01:27Mais on comprend l'idée, c'est qu'on nous dit, voilà ce dont la démocratie est coupable, voilà ce
01:31dont le peuple est capable.
01:33Dès lors, méfions-nous du peuple.
01:36C'est un argument semblable utilisé lorsqu'on nous dit, on parle de référendum, lorsqu'on parle de la figure
01:41du peuple.
01:42C'est normalement l'argument du petit rusé qui dit, ah oui, mais le peuple, si on lui donnait la
01:46chance, il n'aurait jamais aboli la peine de mort.
01:48Et peut-être même la restaurerait-il.
01:50Soit à quoi on peut répondre qu'on me dise qui sont les responsables de nous dire les questions qu
01:54'on peut ou non poser au peuple.
01:56Je serais curieux de savoir.
01:58Autre élément, et là on bascule à l'essentiel, on oublie qu'au XXe siècle, ce n'est pas toujours
02:03le peuple terrifiant qui a engendré les dictatures les plus atroces,
02:06mais souvent des élites qui croyaient savoir mieux que le commun et les mortels ce qui était bon pour le
02:11peuple.
02:11Des élites révolutionnaires animées par une révélation fanatique qui se permettait de rééduquer une population ou de la détruire
02:18parce qu'elle n'était pas conforme à la vision idéale de la société proposée.
02:22Ça, je pense qu'on doit le garder à l'esprit.
02:25Mais notre époque est une époque amnésique.
02:27Moi, c'est une chose sur laquelle je reviens.
02:29C'est une époque, c'est-à-dire qu'on ne connaît qu'une référence historique.
02:31La seule référence qu'on a en tête, c'est la Deuxième Guerre mondiale.
02:341933-1945, donc les nazis au pouvoir.
02:371945, la fin du Troisième Reich.
02:391939-1945, la guerre.
02:40Et c'est le seul moment historique vers lequel on se projette pour chercher à se comprendre nous-mêmes.
02:45Ce qui fait, par exemple, que rappelez-vous, dans les années 80-90, en France,
02:48quand le FN à l'époque émerge,
02:50quel est l'argument utilisé, le slogan contre lui?
02:52F comme fasciste et N comme nazi.
02:55Bon, on connaît ça.
02:56Donc, qu'est-ce qu'il y avait si il y avait cette idée?
02:58Vous n'êtes que le retour de la bête.
03:00C'est cette idée que, finalement, il n'y a pas rien de neuf dans notre histoire.
03:04Il n'y a rien d'inattendu.
03:05Et par ailleurs, il n'y a aucune autre période historique vers laquelle on peut se tourner
03:08pour expliquer notre présent.
03:11Le diable l'a entrée.
03:12Le diable aurait le visage du nazisme.
03:14Il faudrait dès lors toujours guetter le retour du nazisme.
03:17Si on veut s'intéresser au temps présent, en passant par le chemin de l'histoire,
03:21je propose d'autres pistes historiques qui peuvent être intéressantes.
03:24On peut s'intéresser, par exemple, à la chute de l'Empire romain et aux causes qui l'ont engendrée.
03:28On peut s'intéresser à une figure comme Charles Martel.
03:31Pourquoi l'avons-nous vu si longtemps comme un héros?
03:33On peut s'intéresser aux croisades.
03:35On peut s'intéresser à la Reconquista.
03:37C'est un moment important, ça, dans l'histoire.
03:38On peut penser à la Terreur de 1793.
03:41On peut penser à la Première Guerre mondiale.
03:43Une espèce de dynamique d'engendrement de conflits
03:45où un conflit localisé devient un conflit mondial
03:47qui sera le début du suicide de la civilisation européenne.
03:50Si ça ne dit rien à personne pour les temps présents.
03:52On peut penser à l'URSS comme système idéocratique et totalitaire.
03:56On peut penser aussi à l'expérience de la dissidence dans les pays communistes.
04:00Que veut dire être dissident contre une idéologie obligatoire?
04:02Donc, il y a plein de comparaisons historiques fécondes qui sont possibles.
04:06Mais si vous n'avez à l'esprit que la Seconde Guerre mondiale,
04:09et plus particulièrement Hitler, et plus largement le nazisme,
04:13vous vous condamnez, croyant éclairer le présent,
04:15vous écrasez le présent,
04:17et vous vous condamnez à ne rien comprendre à ce qui se passe.
04:19Alors, à vous entendre, nous aurions tort de nous méfier du peuple aujourd'hui.
04:23C'est l'enjeu central.
04:24Le peuple, ce mot si négatif aujourd'hui.
04:27Alors, évidemment, le peuple peut toujours...
04:29Comme toute chose en politique, le peuple peut déraper.
04:31Depuis la Grèce antique, on s'inquiétait du démagogue.
04:34Avec raison.
04:35Mais la thèse que je défendrai devant vous,
04:37c'est que le peuple, en fait, est le grand sacrifié des 40-50 dernières années.
04:40On a considéré globalement, même des 80 dernières années,
04:43soyons-là, si on regarde ça plus largement,
04:45que le peuple est fondamentalement l'élément toxique
04:48d'une société juste et bien ordonnée.
04:50Pensons à ce qu'on appelle la société managériale,
04:53technocratique, bureaucratique,
04:54qui se met en place à partir des années 30.
04:55On nous dit que le sens commun n'est plus valable.
05:01Ce qui est valable, c'est le bureaucrate.
05:02Le bureaucrate qui remplace la mère de famille,
05:04le bureaucrate qui remplace le père de famille,
05:06le bureaucrate qui remplace les parents,
05:08qui disent « je sais mieux que vous ce qui est bon pour vous »
05:10et qui veut administrer tout dans la société.
05:12Le commun des mortels n'est plus invité.
05:14C'est une société, par ailleurs,
05:17administrée sous le signe de ce que j'appelle
05:18le collectivisme bureaucratique.
05:20Donc, on considère que tout ce qui n'est pas régi par une agence
05:23relève du domaine sauvage à civilisé
05:26par le génie de la norme et du règlement.
05:28Pensez au gouvernement des juges.
05:30On s'est dit fondamentalement,
05:31si on laisse des questions fondamentales
05:33sur l'avenir de nos sociétés,
05:35au peuple, au commun des mortels,
05:36qui pourraient voter,
05:38eh bien, ils vont mal voter,
05:39ils vont tyranniser les minorités.
05:41Les juges doivent surplomber
05:43et à partir d'une interprétation très créative du droit,
05:46encadrer le peuple grosse, bête, inquiétante
05:49qui laissait elle-même, encore une fois,
05:50piétinerait les droits de tout le monde.
05:52Pensez au fiscalisme,
05:53je me permets de le dire aussi,
05:54la confiscation des avoirs du commun des mortels
05:57en disant, non, non,
05:58ne gérez pas votre argent par vous-même,
05:59c'est mieux que le bon état fiscaliste socialisant
06:02gère ça pour vous,
06:03on vous laissera des grenailles,
06:04on vous laissera des piécettes,
06:05mais globalement,
06:06vous n'êtes pas assez mature pour gérer votre argent.
06:09Pensons au pouvoir des médias immenses aujourd'hui
06:11qui racontent une réalité
06:12qui trop souvent est une réalité de rééducation.
06:15Le réel est balayé,
06:16le commun des mortels doit regarder les médias
06:18pour se faire dire quoi penser.
06:19Son quotidien lui dit quelque chose
06:21et là, les experts patentés disent,
06:23non, ce que vous vivez au quotidien,
06:24vous ne le vivez pas,
06:25basculez dans notre fiction idéologique,
06:27s'il vous plaît.
06:27Les lois de censure qui se multiplient
06:29pour empêcher le commun des mortels
06:31de s'exprimer parce qu'ils pourraient dire
06:33ce qui n'est pas permis.
06:34L'immigration massive qui fondamentalement
06:36noie le peuple historique
06:37parce que laissé à lui-même,
06:38il suffoquerait dans une identité réactionnaire.
06:41Alors, même la possibilité de le consulter,
06:44soit dit en passant,
06:44le consulter par référendum,
06:46on fait tout pour limiter la possibilité
06:48du référendum.
06:48Et quand on a des élections,
06:50les partis qui dérangent le système,
06:52on les dit anti-républicains
06:53et anti-démocratiques.
06:54Donc, on resserre la démocratie
06:55sur un petit club fermé,
06:57délite fière d'elle-même,
06:58qui regarde ensuite les ploucs
07:00en leur disant,
07:00ces cendants sont malodorants,
07:02je préférais ne pas les écouter.
07:04Donc, globalement,
07:04on est passé de la démocratie
07:05contre elle-même,
07:06pour reprendre une formule
07:07que vous appréciez,
07:08à la démocratie sans le peuple
07:09et aujourd'hui,
07:09à la démocratie contre le peuple.
07:11La mémoire de la Seconde Guerre mondiale
07:13n'est-elle pas néanmoins utile ?
07:15N'est-elle pas à jamais gravée
07:18dans nos mémoires ?
07:19Mais bien évidemment.
07:20Et qui voudrait l'oublier ?
07:21C'est atroce.
07:22C'est un moment de suicide métaphysique
07:23à certains égards
07:24d'une partie du monde occidental.
07:26Le Holocauste est une trace
07:27à jamais inscrite dans nos mémoires.
07:29Une trace atroce.
07:29Mais il n'y a pas que ça
07:30dans la Deuxième Guerre mondiale.
07:31Si on veut en parler à tout prix,
07:33il y a d'autres références
07:34qui peuvent nous venir à l'esprit.
07:35Churchill,
07:36qui décide de résister à tout prix
07:38à un empire
07:39qui veut écraser le monde libre
07:41et qui réussit à insuffler le courage
07:42d'un peuple qui autrement
07:43pourrait être démissionnaire.
07:44De Gaulle, seul,
07:45qui décide à Londres
07:46d'incarner sa patrie
07:47qui jamais ne sacrifiera
07:48son indépendance et sa souveraineté.
07:51Stoffenberg,
07:52celui qui est au cœur du complot
07:53contre Hitler,
07:55Stoffenberg qui veut faire tomber Hitler
07:56parce qu'il dit
07:57« L'honneur de l'Allemagne
07:58exige la mort du tyran ».
07:59Stoffenberg était globalement
08:00un réactionnaire de droite.
08:02C'était le contraire
08:03d'un progressiste en culotte courte.
08:05La Finlande,
08:06un petit peuple
08:07qui résiste à son invasion
08:08par les Russes
08:09et qui réussit à tenir
08:10à ce moment-là
08:10de manière exemplaire
08:11la valeur d'un peuple
08:12qui se bat
08:13pour chaque centimètre
08:14de son territoire
08:15à ce moment-là.
08:16Et Staline,
08:17Dieu sait que je n'aime pas Staline,
08:18mais quand Staline constate
08:19que le communisme
08:20ne suffit pas
08:20pour mobiliser les siens,
08:21il mobilise l'orthodoxie,
08:23la religion,
08:23et le patriotisme.
08:24C'est intéressant comme leçon.
08:26Alors, je reviendrai sur cela.
08:27Le nazisme est évidemment
08:28une part atroce
08:29de l'histoire du monde
08:30et du 20e siècle,
08:31mais ce n'est pas
08:32la seule grille de lecture
08:33pour comprendre
08:34ce qui nous est arrivé
08:34depuis un siècle.
08:35Et nazifier les peuples
08:37qui veulent aujourd'hui
08:37retrouver leur souveraineté,
08:38réaffirmer leur identité,
08:40redevenir maîtres chez eux,
08:42se délivrer
08:42des tutelles impériales
08:43bureaucratiques,
08:44nazifier les peuples,
08:45c'est la meilleure manière
08:46non seulement
08:47de piétiner la démocratie,
08:48mais de ne pas comprendre
08:49ce qui se passe aujourd'hui.
08:51Le mot « nazi »
08:52aujourd'hui
08:52est un mot
08:53qui nous empêche
08:54de comprendre
08:54notre présent.
08:55Il nous donne l'impression
08:56d'être tout à fait lucide
08:57et parfaitement vigilant.
08:59Dans l'été,
08:59il nous enferme
09:00dans un univers parallèle
09:01qui nous coupe du réel.
09:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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