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Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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00:005h, 7h, Europe 1 bonjour.
00:03Soyez les bienvenus, très bon réveil ce mardi matin, 5h43.
00:07Votre invité, Alexandre Lemaire, Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale.
00:12Bonjour Loïc Travers.
00:13Bonjour.
00:14En pleine préparation du budget 2027 et dont on sait qu'il ne va pas faire de cadeau à personne,
00:19de nombreuses professions sont appelées à manifester aujourd'hui.
00:22Les pompiers, les infirmiers, les salariés du secteur de l'énergie ainsi que vous, les policiers.
00:28La colère monte effectivement dans vos rangs de la police.
00:31Vous appelez à la mobilisation ce matin, 11h30 sur les Champs-Elysées, Loïc Travers.
00:36Première question, que demandez-vous ? Des moyens ?
00:38Alors, notre demande, elle est très très claire.
00:42Il y a déjà eu un rendez-vous raté du ministère de l'Intérieur et de notre ministre, M. Nunez,
00:47juste après la manifestation qu'on a réalisée le 30 juin et notamment suite à l'audience que l'on
00:52a eue récemment.
00:53C'est-à-dire qu'on a considéré qu'il n'était pas à la hauteur.
00:55C'est la raison pour laquelle on retourne dans la rue.
00:58Ça fait déjà plusieurs fois effectivement que nous nous mobilisons de cette façon,
01:02à chaque fois pour maintenir le budget.
01:04Et en étant plus précis, le but c'est d'augmenter le pouvoir d'achat.
01:08On demande une augmentation des salaires de 6 à 7% tout de suite, sans délai.
01:14Mais aussi l'augmentation de notre prime de risque.
01:17C'est ce qu'on appelle dans le jargon la prime ISSP.
01:20C'est celle qui compte quand on est en actif et qui compte aussi pour la retraite.
01:24Nous, on considère aujourd'hui qu'avec 2 000 euros par mois, quand on travaille jour, nuit, week-end, jour
01:30férié et nonobstant le risque létal qui est permanent pour nos professions,
01:35voilà, la preuve de considération, il n'y en a plus.
01:38Et on va dire que ça, c'est véritablement pour la partie salaire et pour la partie pouvoir d'achat.
01:43Et bien évidemment, on réclame des moyens aussi.
01:46Alors en effet, Loïc Travers, vous avez rencontré votre ministre Laurent Nunez, c'était la dernière fois, je crois, il
01:51y a 10 jours.
01:52Il vous a dit pas d'argent.
01:54Ben oui, on connaît le contexte, bien sûr, c'est l'actualité.
01:56On sait que les indicateurs de notre économie, ils sont au rouge, qu'il faut trouver des milliards d'économies
02:01pour le budget 2027.
02:03Ben c'est vrai que c'est dans ce contexte que vous venez réclamer des hausses de salaires et plus
02:06de moyens.
02:07C'est compliqué, bien sûr.
02:08Alors, c'est compliqué, mais la sécurité de notre pays, elle ne peut pas se brader.
02:12Et elle ne peut pas se brader, elle ne peut pas se brader pour nous, elle ne peut pas se
02:14brader par les pompiers,
02:15elle ne peut pas se brader pour la sécurité d'une façon générale.
02:17On ne peut pas dire que, et tenter de satisfaire les citoyens, dont le premier problème dans tous les sondages,
02:24le deuxième, ou en tout cas, je ne parle pas de problème, je parle de préoccupation,
02:28c'est la sécurité avec l'économie.
02:30Un coup c'est l'économie, un coup c'est le pouvoir d'achat, un coup c'est la sécurité.
02:33Mais en tout cas, la sécurité, elle est toujours en tête des préoccupations des Français.
02:37On ne peut pas dire qu'on va satisfaire ça et faire en sorte d'avoir des économies sur le
02:41dos des policiers.
02:41Ce n'est pas possible.
02:42Vous savez, il y a eu l'affaire Liana qui a révélé un certain nombre de dysfonctionnements
02:45entre la police et la justice.
02:47On a été les dix émissaires de ce système politique entre une petite joute,
02:52entre d'un coup le ministre de la Justice, l'autre côté le ministre de l'Intérieur.
02:56Voilà, nous on est entre les deux, on est au milieu du guet.
02:58Et en toujours est-il qu'il y a un certain nombre de choses qui ne fonctionnent pas,
03:01notamment en termes de moyens, de moyens numériques, de moyens aussi législatifs.
03:05Et donc on ne peut pas rester là-dessus.
03:07Ce n'est pas possible.
03:08Et c'est pour ça qu'on est dans la rue et qu'on essaie d'aller au rapport de
03:11force avec ce gouvernement,
03:12et en particulier avec notre ministre.
03:14Loïc Travers vous rappelait à juste titre que vous risquez votre vie dans l'exercice de vos missions de police.
03:21Il y a en effet cette prime que vous avez mentionnée, l'ISPP, indemnité, suggestion, spéciale, police.
03:26C'est votre prime de risque.
03:26Elle n'a pas été revalorisée depuis 2019, je crois, depuis l'avant-Covid ?
03:30Oui, c'est ça, depuis l'avant-Covid, effectivement, où on avait péniblement obtenu un point à l'époque de
03:35M. Castaner.
03:36Et d'ailleurs, M. Nunez était déjà le secrétaire d'État.
03:39Juste pour vous donner un petit peu l'exemple symbolique de ce ministre aujourd'hui,
03:44à l'époque, il avait pris un engagement pour nos collègues qui sont PTS,
03:50qui sont les laborantins, les collègues qui vont sur le territoire faire les différentes relevées,
03:55sur les scènes de crise.
03:56Voilà, tous nos collègues affectés à la police technique et scientifique.
03:59Eh bien, ces collègues-là, aujourd'hui, à l'époque, on leur a promis un statut.
04:03Eh bien, ce même statut qu'il avait promis, pour lequel il y a eu des avancées,
04:06pour lequel il y a eu des négociations très sérieuses et extrêmement bien élaborées,
04:10eh bien, il l'a enterré lui-même.
04:12Eh bien, ça, c'est tout le paradoxe de notre ministre.
04:14Je vous soutiens, mais je vous laisse tomber.
04:16Et donc, à un moment, on ne sait plus sur quel pied danser.
04:18Bon, on vous écoute, Loïc Travers.
04:20Il y a un problème de confiance, je ne sais pas, rompu,
04:24mais en tout cas, un problème de manque de reconnaissance que vous ressentez d'un beau rang.
04:29Le manque de reconnaissance, il est clair, il n'est plus latent,
04:32il est véritablement un problème de considération.
04:36Et aujourd'hui, toutes les annonces qui nous ont été faites,
04:38finalement, ce sont des annonces qui étaient prévues dans le cadre de la Loup-Mille,
04:42la loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur de 2022,
04:45qui avait été enquillée par M. Darmanin.
04:47Or là, eh bien, ces annonces, ce sont uniquement des annonces,
04:51quand on a été entrevus avec le ministre, qui étaient déjà prévues.
04:54Mais ce qu'il oublie de nous dire, c'est qu'on n'est sûr de rien.
04:57Déjà, il faut le vote des parlementaires, ce n'est pas gagné.
05:00On n'est pas à l'abri de coupes sèches,
05:01parce qu'il y a d'autres professions ou d'autres corps au sein même de notre ministère,
05:08dont les pompiers qui ont un grand besoin d'argent et de budget.
05:12On n'est pas à l'abri d'arbitrage du Premier ministre.
05:15Mais pire, on a des dispositions qui nous ont été présentées
05:18et qui nécessitent des dispositions législatives nouvelles,
05:22c'est-à-dire des lois nouvelles.
05:24Donc en fait, on est face à un truc qui est quasiment impossible,
05:26avec le bordel qu'il y a aujourd'hui à l'Assemblée nationale.
05:29On n'est pas prêts de les voir nos lois.
05:30Et on n'est pas prêts donc de voir notre budget
05:32ou certaines des choses qui auraient pu être validées.
05:34Je reprends ce que disent vos collègues du département du Doubs,
05:36qui vont également manifester aujourd'hui,
05:39Loïc Travers, ils ont lu ces mots.
05:40Ils disent, on est préparé à la violence externe,
05:42mais pas à la violence institutionnelle.
05:45Qu'est-ce que ça veut dire ça ?
05:46Vous estimez qu'il y a une violence de l'État envers les policiers ?
05:49Oui, c'est une violence qui peut se traduire par ce genre de coups budgétaires
05:55qui sont très très mal ressentis par les collègues,
05:57parce qu'on leur demande de toujours faire plus.
05:59Il faut lutter contre les violences faites aux femmes,
06:02les violences faites aux enfants,
06:03les violences sexuelles, les violences sexistes,
06:05la lutte contre l'immigration, la lutte contre les stupéfiants.
06:08En fait, il y a toujours effectivement une mission prioritaire par rapport à une autre,
06:11mais avec des moyens qui sont soit les mêmes, soit moins,
06:14ou en tout cas qui n'évoluent pas au même temps que la délinquance
06:18ou que les délinquants, notamment d'un point de vue numérique.
06:21Donc je comprends que ça peut être senti comme une violence,
06:23mais je prends aussi la violence parfois du management.
06:26Et je prends notamment le cas des préfectures,
06:28qui dépendent du ministère de l'Intérieur,
06:29où on n'en parle pas souvent,
06:31parce que c'est très flutré une préfecture,
06:32souvent derrière de très jolies façades de façon haussemanienne
06:35et de très beaux bâtiments qui sont des bâtiments historiques,
06:38et bien derrière se cachent parfois la misère
06:39et les situations d'agents en souffrance.
06:41Bon, mais le ministère de l'Intérieur vous fait une réponse
06:44sur les moyens, il vous dit, regardez, l'année prochaine,
06:45il y a quand même 970 emplois qui sont prévus
06:47nouveaux dans la police nationale,
06:49dont 700 consacrés au renforcement de la filière investigation.
06:52Ce n'est pas zéro non plus.
06:53Ce n'est pas zéro, mais c'est le strict minimum qu'ils peuvent faire.
06:56Moi, je vais vous donner un exemple,
06:57et ce n'est pas quelque chose qu'on a travaillé,
07:01qui est carré, etc.
07:02Il y a aujourd'hui des dizaines d'emplois en doublon,
07:05soit dans toute la France,
07:07ou soit parce qu'il y a des services particuliers
07:08au sein de la préfecture de police,
07:10qui existent aussi au sein de la direction générale de la police nationale.
07:12Et nous, on a fait une étude,
07:14et il y a quasiment 8 à 10 000 emplois
07:17qui pourraient être préservés,
07:19ou qu'on pourrait redistribuer,
07:21s'il n'y avait pas ces doublons.
07:24Ah, il y a un problème d'optimisation, ça c'est intéressant.
07:26C'est bien évidemment qu'il y a un problème d'optimisation.
07:28Oui, mais ça en fait partie.
07:29C'est-à-dire que si on ne revoit pas à court terme
07:31ce qu'on appelle les moyens émissions,
07:33alors on va courir après les effectifs pendant des années.
07:36Bien évidemment que les 900 qui vont arriver,
07:39et que ceux qui vont être à l'investigation sont importants.
07:41Mais nous, notre chiffrage à nous,
07:43c'est que si on voulait sortir les collègues
07:44de l'investigation de l'ordinaire,
07:45il en faut 2 000 officiers de police judiciaire,
07:47là tout de suite, maintenant.
07:48Et il nous faudrait un effectif, au bas mot,
07:51d'un minima 7 000 collègues sur l'ensemble du territoire.
07:54Alors vous voyez bien que quand on nous dit
07:55qu'il y en a un peu moins de 1 000,
07:56on est aux fraises.
07:57C'est ça que je veux vous dire,
07:58surtout avec des départs massifs à la retraite
08:01comme on est en train de vivre en ce moment.
08:03Bon, cette manifestation des policiers,
08:04je le rappelle tout à l'heure,
08:06et notamment à l'appel de l'Alliance Police Nationale
08:08sur les Champs-Elysées,
08:09Loïc Travers, elle intervient dans un contexte bien précis.
08:12Nous avons l'élection présidentielle qui approche,
08:16et sur le plan de la sécurité du maintien de l'ordre,
08:19des échéances très importantes,
08:20tout près de nous, la visite du pape.
08:22Cette manifestation, vous allez faire quoi ?
08:24Engager un rapport de force avec le gouvernement ?
08:26Le principe, vous voyez, vous l'avez souligné,
08:30c'est qu'en fait, on est face à des sur-sollicitations permanentes.
08:33C'est-à-dire qu'avant, vous aviez des moments où c'était compliqué,
08:36puis vous aviez des temps morts
08:37où il y avait moyen de se régénérer.
08:39Là, il n'y en a plus.
08:40Et d'ailleurs, vous l'avez cité,
08:41on a les gilets jaunes qui sont de retour,
08:43on a la mission du pape qui va être énergivore en termes d'effectifs,
08:46on a des concerts de très grands sans-verdure,
08:48on a des événements sportifs qui vont aussi être présents
08:52et il faudra que les collègues soient présents.
08:54Nous, ce qu'on veut, c'est que les collègues,
08:56demain, enfin aujourd'hui, le 15 septembre,
08:59soient nombreux à notre manifestation
09:01parce que pour nous, c'est une façon d'engager le rapport de force.
09:05Et c'est pour ça qu'on appelle tous les collègues qui sont en repos,
09:08qui tout simplement doivent venir grossir les rangs
09:12de notre manifestation pour dire le ras-le-bol qu'il y a.
09:14Et là, effectivement, on est à un point de non-retour
09:17sur lequel on se dit qu'on ne peut plus lâcher
09:19et que le gouvernement n'a plus le choix,
09:21que notre ministre n'a plus le choix
09:22et qu'il est obligé de venir à la table des négociations,
09:24non pas avec des mesurettes,
09:25mais avec un vrai budget
09:27et avec quelque chose qui défend l'honneur
09:29et la considération des policiers.
09:30Loïc Travers, secrétaire général adjoint d'Alliance Police Nationale,
09:34merci d'avoir été avec nous ce matin.
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