00:00Tous, 5h, 7h, Européens bonjour.
00:04Soyez les bienvenus si vous nous rejoignez, il est 5h42 dans l'Européens bonjour.
00:09Votre invité Alexandre Lemaire, c'est Francis Pousse, président de la branche station service du réseau Mobiliance.
00:14Bonjour Francis Pousse.
00:16Bonjour.
00:16Jusqu'où va monter le prix du litre d'essence ?
00:19Les échanges de frappes, nous le voyons, reprennent de plus belle au Moyen-Orient entre les Etats-Unis et l
00:24'Iran.
00:24Le baril de Brent a franchi les 100 dollars.
00:27A la pompe, les automobilistes font face à des prix records.
00:31Je rappelle qu'au sein de l'organisation patronale Mobiliance, vous représentez, Francis Pousse, les entreprises de la distribution de
00:38carburant.
00:39Les prix sont donc au sommet. Est-ce qu'ils vont encore augmenter ?
00:42De manière générale, je me suis toujours refusé à faire des prévisions sur les prix.
00:46Et encore plus en ce moment, puisque vous l'avez vu, ce qu'on vit depuis le mois de mars.
00:50A force de sorties positives ou négatives de Donald Trump, la tendance peut s'inverser du jour au lendemain.
00:55Je regarde toujours les fondamentaux le jour où on parle.
00:58Or, effectivement, malheureusement, ce jour, les fondamentaux ne sont pas forcément terribles.
01:03Puisque le baril est autour de 100 dollars.
01:07La cotation gasoil, c'est surtout elle qu'il faut regarder à Rotterdam, est très élevée.
01:11Donc, effectivement, on atteint des pics.
01:14J'espère que c'est un plateau.
01:16Mais je ne vois pas dans les jours à venir une redescente brutale.
01:20Tout comme je ne vois pas spécialement une hausse.
01:22Mais encore une fois, c'est vraiment malheureusement du jour le jour.
01:26Bon, du jour le jour.
01:27Alors, regardons les prix moyens actuellement.
01:292,29 euros le litre de gazole en moyenne.
01:332,12 euros le litre de sans-plomb 95,10.
01:36Le sans-plomb, en particulier, n'a jamais été aussi cher en France depuis qu'a éclaté la guerre en
01:42Iran fin février.
01:43On se rapproche des records, Francis Pouss, là.
01:46Oui, effectivement.
01:47Alors, c'est dû à plusieurs choses qui jouent aussi, malheureusement, sur le prix du gasoil.
01:52Les Russes ont arrêté d'exporter du carburant fin juin.
01:56Puisqu'ils ont eu d'énormes dégâts sur leur raffinerie causée par les Ukrainiens.
02:00Donc, ils gardent le carburant qu'avant, ils exportaient.
02:02Ce qui fait que les gens à qui ils le vendaient, qui n'étaient déjà plus l'Europe depuis la
02:06guerre en Ukraine,
02:07se reportent quelque part sur notre marché.
02:10Ça crée donc des tensions d'approvisionnement.
02:12Je n'ai pas dit pénurie.
02:13Des tensions d'approvisionnement.
02:15Et comme toujours, c'est la loi de l'offre et la demande.
02:17Vous avez moins de produits sur le marché.
02:19Mais une demande, même si elle baisse en France, toujours un peu dynamique.
02:23Eh bien, les prix du carburant, produits finis, augmentent.
02:27De plus, aux Etats-Unis, c'est une période de révision des raffineries.
02:34Ils ont temporisé tant qu'ils pouvaient.
02:36Mais c'est comme les centrales nucléaires.
02:37C'est quelque chose d'obligatoire.
02:38Donc, il y a des raffineries qui ferment.
02:40Donc, ils ne produisent plus de produits finis.
02:43Ce qui crée, encore une fois, cet appel important sur le produit qui reste disponible sur le marché.
02:49Rappelons que depuis le détroit d'Hormuz, il n'y a quasiment plus de produits finis.
02:54Gasoil, essence qui arrive prête à être utilisés, qui sortent du détroit d'Hormuz.
02:59Bon, donc, effectivement, il y a une conjonction de facteurs, là, très défavorable.
03:02Est-ce qu'imaginer un litre d'essence, je ne sais pas, à 3 euros, est-ce que c'est
03:06possible ?
03:06Non, alors, je sais que certains médias s'en sont fait.
03:10Non, oui, c'est possible.
03:13Vous dites les médias, mais les automobilistes qui font le plein se posent la question.
03:16Ça va jusqu'où, cette histoire ?
03:17J'ai dit certains médias.
03:20Oui, ça va jusqu'où.
03:21Mais il y a quand même une augmentation, il faudrait une augmentation très importante de ce fameux cours du gasoil
03:31pour arriver à 3 euros.
03:33C'est quand même 50 centimes, enfin 60 centimes de différence avec ce qui se passe aujourd'hui.
03:40Donc, pour l'instant, je ne le vois pas, mais oui, effectivement, ça pourrait arriver.
03:44Mais 5 euros, ça pourrait arriver aussi, si vous allez par là.
03:47Alors, vous vous êtes rendu hier matin, Francis Pousse, à une réunion des distributeurs à Bercy, autour du ministre de
03:52l'économie Roland Lescure, pour discuter des prix des carburants.
03:56Résultat, il y a des annonces qui vont être faites bientôt, ou pas du tout ?
03:59Il n'y a, à notre connaissance, aucune annonce à destination du consommateur final qui nous a été faite, parce
04:05que de toute façon, ce n'est pas le dieu.
04:07Ces réunions, ce n'est plus des réunions techniques où on réunit toute la finiaire pour connaître comment ça se
04:12passe dans le raffinage, dans la distribution, dans le transport, etc.
04:16Et ce n'est pas à nous qu'on aurait dit, demain, on va baisser le prix de l'essence.
04:20Néanmoins, pour notre partie à nous, ça a été l'occasion de rappeler encore une fois nos inquiétudes sur le
04:25réseau de stations-services,
04:27qui n'est pas Total Energy et qui mesure des baisses de l'ordre de 20 à 40% de
04:32ventes, en moins depuis le début du conflit,
04:34et de sensibiliser à la destinée des stations-services, en particulier rurales, qui sont particulièrement impactées par ces baisses de
04:41volume.
04:41Oui, vous mentionnez Total Energy, le réseau Total, parce qu'il continue à plafonner cet automne les carburants,
04:48donc 1,99€ le litre pour le sans-plomb, 2,25€ maximum pour le gazole.
04:53Est-ce que les autres distributeurs peuvent s'aligner ou c'est impossible ?
04:57C'est absolument impossible pour les autres distributeurs de s'aligner.
05:00Je rappelle que la marge de nette en stations-services est de 1 à 3 centimes.
05:03Le réseau Total Energy peut se permettre, parce qu'il maîtrise l'ensemble de la chaîne de l'exploration jusqu
05:09'à la distribution,
05:10tous les autres acteurs en France aujourd'hui, même des enseignes comme ESO, par exemple, ou Avia,
05:17ne sont plus que des distributeurs.
05:19Ils distribuent sous licence de marque des produits de la marque ESO, pour prendre l'exemple d'ESO,
05:24mais c'est un gros grossif qui lui achète auprès du marché international, qui est très fort aujourd'hui,
05:29donc aucun moyen de rivaliser.
05:31Bon, j'imagine que ça vous fait bondir.
05:32Quand vous entendez le patron des hypermarchés Leclerc, par exemple, Michel-Edouard Leclerc,
05:36dire que le plafonnement de la part de l'État des prix, c'est inéluctable.
05:39– Alors, le plafonnement de la part de l'État, ça veut dire quoi ?
05:44Ça veut dire que l'État décrète un prix, ok, donc imaginons, exemple, on est à 2,35, 2,40,
05:52on voit déjà des supermarchés à 2,30, 2,32, on décide quoi ? 2,25, qui paye la différence
05:58?
05:58Ça ne sera pas l'État, puisque l'État, elle l'a dit, n'a pas de sous.
06:01Ça ne sera pas les fournisseurs, on vient de vous expliquer que ce n'était pas possible.
06:04D'ailleurs, Michel-Edouard Leclerc, qui est un gros importateur de carburant,
06:07aurait pu déjà négocier avec ses fournisseurs.
06:10Mais il sait que ce n'est pas possible, parce que dans ce cas,
06:12ses fournisseurs lui diront, moi, M. Leclerc, je ne vais pas vous vendre un prix-là,
06:16parce que je ne peux pas, donc je vais aller vendre à l'étranger.
06:19Et le risque qui arriverait, ce serait, du coup, une pénurie
06:23liée à la fermeture de stations-services, qui ne pourrait pas vendre à perte.
06:28Donc, ce serait mon cas, par exemple, je serais obligé de fermer
06:30pour ne pas vendre à perte et perdre de l'argent à chaque titre vendu.
06:35Donc, ce n'est absolument pas la solution,
06:38sauf à ce que ce soit l'État qui paye, mais l'État n'a pas de sous.
06:40Mais oui, il n'a pas de sous, alors il n'agira pas sur les taxes, visiblement,
06:43qui représentent quand même une majorité du prix du litre payé à la pompe Francis Pousse.
06:49Finalement...
06:49Sur un litre de gasoil, par exemple, vous avez 60 centimes de taxe fixe,
06:54qui ne bouge pas, quel que soit le prix.
06:55Et quand vous avez un litre de gasoil à 2,40 euros, vous avez 40 centimes de TVA.
07:00Donc, 60 plus 40, ça fait 1 euro sur un litre de taxation, sur un litre à 2,40.
07:05Je n'oublie pas les C2E qui sont dans plus, ces certificats d'économie d'énergie, à 15 centimes.
07:09Donc, vous voyez, ce n'est pas la majorité.
07:11Néanmoins, pour l'État, quand vous vendez un carburant de 1,70 à 2,40,
07:17c'est un surplus de TVA de 12 centimes, grosso modo, pour l'État.
07:21Par contre, quand l'État ne vend plus, puisqu'on est en baisse de 5 à 10% selon les
07:26mois,
07:26c'est 1 euro perdu dans les caisses de l'État.
07:28Tout ça pour vous expliquer que je ne suis pas sûr qu'il y ait une cagnotte.
07:32Et dans la mesure où il n'y a pas de cagnotte, c'est encore moins possible de redistribuer.
07:35Est-ce qu'on n'est pas face à un nouveau coup qui plaide pour une électrification du marché automobile
07:39?
07:40C'est aussi ce que dit Michel Hébert Leclerc, Francis Pousse.
07:42Les consommateurs l'ont remarqué, 40% de ventes récemment de véhicules neufs électriques.
07:50Cette augmentation du prix du carburant, c'est la meilleure pub qu'on a pu faire via l'électrique.
07:54Le problème, c'est que tout le monde n'est pas à la même échelle, tout le monde n'a
07:57pas les mêmes moyens.
07:58Même si le prix des véhicules électriques baisse,
08:02ce n'est pas demain qu'on aura 100% de véhicules électriques.
08:06D'ailleurs, à partir du moment où on aura 100% de véhicules électriques,
08:09il faudra se poser la question de comment on récupère les 42 milliards de TVA et d'accès sur les
08:15carburants fossiles
08:16si demain on ne vend plus de carburants fossiles.
08:18Francis Pousse, président de la branche station-service du réseau Mobiliance,
08:22merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
08:24Merci.