00:00Comment réagir en général? Je n'en sais rien. Quant à moi, j'ai sursauté.
00:02J'ai sursauté, pourquoi? Parce que j'essaie de comprendre.
00:05Je crois qu'on a tous eu à peu près la même réaction.
00:08On s'est dit, bon, mais globalement, les femmes sont réduites au rôle de pondeuse nationale.
00:13Plus largement, la famille, c'est comme l'incubateur biologique des nouveaux membres de la société.
00:19Mais l'enfant sort du ventre de sa mère.
00:21La famille s'en occupe un temps, le temps de dire bonjour, au revoir.
00:25Et ensuite, l'État s'en empare.
00:27L'État s'en empare. Donc, d'une certaine manière, la famille est congédiée, et j'y reviendrai,
00:33comme structure de socialisation et d'éducation périmée.
00:36Alors, je précise que le vieux fantasme du communisme familial et scolaire ne date pas d'hier.
00:42C'est un fantasme qui remonte à l'Antiquité.
00:44Il revient nous hanter de temps en temps, j'y reviendrai.
00:47Évidemment, Bruno Le Maire ne présente pas son propos sous le mode du communisme familial et scolaire.
00:51Il emprunte le vocabulaire de la rationalité technocratique.
00:54Donc, évidemment, il utilise l'argument classique qui justifie toutes les politiques publiques.
01:00L'égalité, l'égalité, l'égalité.
01:02Je cite,
01:11Donc, pour créer de l'égalité, on comprend qu'il est nécessaire d'extraire les enfants le plus rapidement possible
01:18de leur famille pour les confier à une maternelle qui aurait pour responsabilité de produire de l'égalité dès le
01:26berceau et à l'âge, des couches.
01:27Donc, c'est dès la couche qu'on produit l'égalité française.
01:32Alors, on me dira, est-ce que ça existe d'ailleurs dans le monde?
01:34Un peu, mais sur un autre registre.
01:36Par exemple, dans les pays scandinaves.
01:38Les pays scandinaves qui ont une conception par ailleurs très holiste, très homogène, très écrasante peut-être de la société,
01:45où l'individu a moins de place et où on voit la nation comme une collection de familles, en quelque
01:50sorte,
01:51très rapidement, on mise sur le passage de l'enfant en crèche, des crèches éducatives, des crèches, des maternelles, en
01:57quelque sorte.
01:57Donc, ce modèle existe ailleurs.
01:59Je ne dis pas le contraire.
02:01Mais dans les circonstances, on comprend qu'il y a autre chose.
02:05On comprend l'idée, encore une fois, que la famille est peut-être de trop, parce que la famille laissait
02:08elle-même des productrices d'inégalités.
02:11Autre argument, il nous le dit, autrement, mais la question de l'immigration s'invite dans tout, je le cite.
02:16Ça me paraît un bon moyen pour l'égalité des chances.
02:18On est dans un grand pays développé où on a des parents qui se battent pour avoir des places en
02:21crèche, blabla.
02:22Dans un pays de première zone, les parents ne devraient pas avoir de la difficulté à faire garder leurs enfants
02:26et devraient avoir l'assurance qu'ils vont apprendre la langue du pays où ils se trouvent, le français.
02:30Je traduis. Dans plusieurs familles, le français est tout simplement absent.
02:34Donc, pour être capable d'avoir des enfants qui parlent français,
02:37il faut arracher tous les enfants français potentiellement à leur famille
02:40pour les confier à la maternelle le plus tôt possible,
02:43pour s'assurer que les enfants d'immigrés parlent français,
02:45parce que de l'autre côté, les enfants de non-immigrés qui évoluent dans cette cellule naturelle qui est la
02:49famille,
02:50quand eux, ils n'auraient peut-être pas besoin d'être arrachés à leur famille aussi rapidement,
02:53mais pour produire de l'égalité, et dans le cas présent, pour transmettre la langue,
02:58apparemment, il serait nécessaire de passer à la maternelle à un an.
03:01Et je me permets de dire, est-ce qu'on trouve en ce moment que la maternelle, le périscolaire, l
03:05'école, tout ça,
03:06va tellement bien qu'on a envie de leur confier nos enfants encore plus tôt ?
03:10Est-ce qu'on se dit que cette institution qui tombe en ruine de partout,
03:13pourquoi ne pas lui confier ce qu'on a de plus précieux ?
03:16Ce débat n'ouvre-t-il pas sur une autre question ?
03:20Quel est le rôle des parents dans l'éducation ?
03:23Le rôle des parents dans l'éducation et le rôle de la famille dans la société.
03:27Alors, il faut comprendre, ça ne date pas d'hier, la gauche globalement.
03:30Alors, j'y arriverai, le maire n'est pas de gauche.
03:33C'est un homme de droite, c'est-à-dire d'une gauche comme une autre.
03:36La gauche n'aime pas la famille pour une raison simple.
03:38La gauche déteste les lieux de socialisation qui crient du particulier.
03:43Le fait que je préfère mon enfant à l'enfant d'un autre,
03:46le fait que je préfère ma mère à la mère d'un autre,
03:48la gauche n'aime pas ce qui est particulier.
03:50Elle se méfie de la famille.
03:52Elle se méfie de la famille, pourquoi ?
03:53Parce qu'on risque d'y transmettre des valeurs,
03:57un mode de vie, une manière de penser la vie,
03:59qui n'est pas celle de la société dans son ensemble.
04:01C'est dans les familles, par exemple,
04:03qu'on va voir la transmission de valeurs conservatrices
04:06qui seraient apparemment condamnables.
04:09Et dès lors, il faut réduire l'emprise de la famille sur l'enfant
04:13pour le confier le plus rapidement possible
04:15aux grands éducateurs nationaux
04:17qui, eux, sauraient quoi faire avec cette patte que sont les enfants.
04:21Soit dit en passant, il y a une logique derrière ça.
04:24Si vous considérez que père et mère sont devenus secondaires
04:27pour devenir parent 1, parent 2,
04:29qu'est-ce qui vous empêche, après coup,
04:30de remplacer parent 1, parent 2
04:32par éducateur 1, éducateur 2, éducateur 3, éducateur 4, éducateur 5 ?
04:36On est rendu là quand même.
04:38Il faut toujours comprendre que les mauvaises idées
04:40courent plus vite que nous.
04:41Ensuite, je le dis, ce n'est pas une idée si récente.
04:44Dans les années 20 et un peu les années 30, en URSS,
04:47il y avait cette idée qu'il fallait remplacer, encore une fois,
04:49la famille par l'État,
04:50parce que l'État était progressiste, révolutionnaire
04:54et la famille était réactionnaire.
04:57Et là, on pourrait monter encore plus loin.
04:58Platon. Alors, Platon apparaît soudainement en face à l'info.
05:00Pourquoi ?
05:01Parce que dans la République, Platon, que dit-il ?
05:03Il dit, pour la classe d'élite de la cité,
05:05il faut tout faire pour briser l'instinct maternel,
05:08le lien maternel et le lien paternel.
05:10Il faut que les parents ne sachent pas
05:12à qui appartient tel enfant.
05:14Il faut collectiviser les enfants,
05:16c'est le communisme familial,
05:18pour éviter que, je préfère,
05:19je pense qu'il y a une tension entre l'intérêt de mon enfant
05:22et l'intérêt de la cité,
05:23je risque de choisir mon enfant.
05:25Eh bien là, il ne faut pas que ce soit possible,
05:26donc il faut briser, disait Platon à l'époque,
05:29le lien entre un enfant et ses parents
05:32pour que les enfants appartiennent à tous
05:34et que les parents voient tous les enfants comme les leurs.
05:37Autrement dit,
05:38la destruction de la famille qui est vue comme un lieu inquiétant
05:41n'est pas idée nouvelle.
05:43Allons plus loin, l'école à la maison.
05:45On parlait ces derniers jours de l'AFD,
05:47c'était un peu le sujet de la semaine.
05:48On dirait qu'une des preuves du néo-nazisme apparemment de l'AFD,
05:51c'est qu'ils sont favorables à l'école à la maison.
05:53Donc là, le régime dit,
05:55c'est la déscolarisation des enfants.
05:57La réponse n'est pas exactement ça.
05:59C'est si vous considérez que l'école,
06:01trop souvent,
06:02en doctrine,
06:02et il est légitime de croire que l'école,
06:04aujourd'hui,
06:05instruit moins qu'elle en doctrine,
06:07certains disent,
06:07on préfère assurer l'école à la maison.
06:09Et l'école à la maison,
06:10c'est finalement le lieu pour assurer
06:12la transmission d'une éducation traditionnelle
06:14qui a peut-être fait ses preuves.
06:16Et ça nous conduit, soit dit en passant,
06:17à un autre débat,
06:18mais d'actualité française, celui-là,
06:20la question de l'école libre
06:21ou même du hors-contrat.
06:23Fondamentalement,
06:24qu'est-ce que le régime
06:24ou qu'est-ce que le ministère de l'Éducation nationale
06:28déteste du hors-contrat ou du privé ?
06:30C'est que c'est un lieu,
06:31ce sont des écoles,
06:32fondées par des parents la plupart du temps,
06:34où sont transmises des valeurs,
06:36des codes culturels,
06:37des références
06:38qui ne sont pas nécessairement
06:39les références de l'idéologie dominante.
06:41Et on s'inquiète beaucoup
06:42de cette société
06:44qui se reproduit
06:45en cachette
06:46à l'abri de l'autorisation de l'État
06:47qui transmet des valeurs culturelles
06:49qui ne sont plus à la mode,
06:50trop conservatrices.
06:51En plus, c'est le modèle des Yvelines.
06:52On y voit une forme
06:53de contre-France cachée
06:54avec une bourgeoisie catholique affreuse
06:56qui réussit à faire en sorte
06:58que ses enfants
06:58performent bien à l'école.
07:00Ce sont des salauds,
07:01de ce point de vue.
07:01Leurs enfants réussissent bien à l'école,
07:03mais ils ont des valeurs conservatrices
07:05et n'embrassent pas peut-être
07:06la conception officielle
07:07de ce qu'on appelle aujourd'hui
07:08les valeurs de la République.
07:09Alors ça, pour reprendre le débat de tantôt.
07:11Donc, quoi qu'il en soit,
07:12c'est intéressant de voir
07:13comment l'État ne tolère pas
07:15des modes de socialisation,
07:17d'éducation, de formation
07:19qui se délivrent de son emprise.
07:22Et de ce point de vue,
07:23de ce point de vue,
07:24il n'aime pas l'instinct maternel,
07:25il n'aime pas l'instinct paternel,
07:27il n'aime pas les liens vitaux,
07:28les liens organiques,
07:30il aime l'administratif,
07:31le droit, le juridique,
07:33le pédagogique organisé.
07:34On a des raisons de ne pas applaudir.
07:36Mais Bruno Le Maire,
07:37quoi qu'on en pense,
07:37Mathieu Bocoté,
07:38n'est pas de gauche,
07:39pourquoi se rallie-t-il alors
07:41à un tel projet?
07:42Encore une fois, je le disais
07:43parce qu'effectivement,
07:43la droite est trop souvent
07:44une gauche comme une autre.
07:45Mais ce n'était pas son cas.
07:47Peut-être Bruno Le Maire
07:47est dans une forme
07:48de renaissance intellectuelle
07:49et qu'il devient finalement
07:50un véritable homme de droite.
07:52L'enjeu pour moi,
07:52c'est la société technocratique.
07:54La société technocratique
07:55n'aime pas les individus,
07:56n'aime pas les familles,
07:57n'aime pas les individus singularisés,
07:59n'aime pas les personnalités fortes.
08:01La société technocratique
08:02aime fabriquer
08:03des individus interchangeables,
08:05des morceaux de robots
08:05pour la société
08:07en fonction de des besoins économiques
08:09ici, répéter le catéchisme idéologique là.
08:12Donc, on est dans une société
08:13qui produit, en fait,
08:15des individus interchangeables
08:17sans personnalité propre.
08:18Et de ce point de vue,
08:20plus vous arrachez rapidement
08:21l'enfant à ses parents,
08:22plus vous avez la chance
08:22de fabriquer le parfait petit robot
08:24que vous souhaitez.
08:25Et de ce point de vue,
08:26Bruno Le Maire,
08:27sans s'en rendre compte,
08:28je crois, reprend les préjugés
08:29propres à la société technocratique.
08:30Et je me permettrai
08:31de vous conduire
08:32vers un remarquable film
08:33qui est encore en ce moment
08:35en salle
08:35et qui exprime un peu tout ça.
08:37C'est le film Fjord.
08:38Donc, ça raconte l'histoire
08:39d'une famille de Roumains
08:40en Norvège,
08:41des Roumains traditionnels,
08:43des chrétiens traditionnels.
08:45Et là, l'État se rend compte,
08:46dans des circonstances particulières,
08:48que cette famille
08:48a des codes culturels traditionnels.
08:51C'est une famille chrétienne.
08:52Elle n'est peut-être pas progressiste.
08:53L'État décide
08:54de s'immiscer dans la famille,
08:55de retirer les enfants
08:57à la famille
08:58pour chercher à tout rééduquer,
08:59pour soigner les enfants
09:00qui seraient contaminés
09:01et blessés
09:02par une éducation culturelle
09:04conservatrice
09:05dans leur maison.
09:06De ce point de vue,
09:06je terminerai en citant Nietzsche.
09:08On cite tout le monde aujourd'hui.
09:09L'État est le plus froid
09:10des monstres froids.
09:11Il ne faut pas lui confier
09:12les responsabilités de la famille
09:14ou alors nous périrons tous.
09:15Sous-titrage Société Radio-Canada
09:18Sous-titrage Société Radio-Canada