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Avec Eric Reboli : Médecin urgentiste et président du syndicat national des médecins remplaçants des hôpitaux, membre du haut conseil de la santé publique

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##LE_FAIT_DU_JOUR-2026-09-09##

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News
Transcription
00:01Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, le fait du jour.
00:06Merci d'être avec nous sur Sud Radio.
00:08Aujourd'hui des rassemblements et hier surtout ont eu lieu à travers le pays devant plusieurs établissements de santé
00:16pour dénoncer le manque de moyens de l'hôpital public, suppression de lits, services, intentions, urgences, engorgées.
00:23Qui est en train de tuer l'hôpital public pour en parler ?
00:26Nous recevons Éric Reboli, médecin urgentiste, président du syndicat national des médecins remplaçant des hôpitaux
00:32et membre du Haut Conseil de la Santé Publique. Bonjour Éric Reboli.
00:37Oui, bonjour à vous aussi.
00:38Bonjour Éric Reboli, merci d'être en direct avec nous sur Sud Radio.
00:41Une situation tragique, les institutions de la République vont mal, que ce soit à l'école avec le rapport PISA.
00:47On n'a pas encore de rapport PISA équivalent sur la santé, mais je pense qu'il y en avait
00:51un, ce serait catastrophique.
00:53Éric Reboli, vous êtes un homme de terrain, vous connaissez la réalité, vous êtes confronté à toutes ces tragédies.
00:58Est-ce que vraiment l'hôpital public français est quasiment en danger de mort ?
01:04Est-ce qu'il y a un risque létal pour utiliser un terme médical pour l'hôpital de la France
01:10?
01:11Alors en fait, ça fait des années qu'on le dit, qu'on le crie, chaque établissement est en difficulté,
01:16crise après crise.
01:18Et en fait, si vous voulez, le système, le modèle économique actuellement des hôpitaux repose essentiellement sur le dévouement des
01:24soignants qui n'en peuvent plus en fait.
01:27Bien sûr.
01:27Voilà le problème principal. C'est des fois effectivement des problèmes de moyens, c'est effectivement souvent des conditions de
01:34travail et des difficultés au quotidien qui fait qu'on n'en peut plus partout en France,
01:41mais que ce soit dans les hôpitaux, dans les cliniques, en libéral, je veux dire pour les médecins, mais aussi
01:47pour les infirmières, les aides-soignantes.
01:49Enfin bref, c'est tout le monde en fait, tous les maillons de la chaîne qui n'en peuvent plus.
01:53On a un ras-le-bol des rustines en fait, qui se succèdent depuis des années.
01:58Vous voyez, c'est ça le problème en fait. On a une crise Covid.
02:02Comment expliquez-vous, Éric Reboli, docteur, depuis le nombre d'années que le corps médical, que les personnels hospitaliers lancent
02:11des signals d'alarme sur les médias ?
02:13Nous sommes tous conscients aujourd'hui dans ce pays que l'hôpital va mal. Nous avons des gouvernants qui expliquent
02:19que pourtant ça ne va pas si mal.
02:20Je voudrais qu'on écoute d'ailleurs une déclaration du candidat Emmanuel Macron en 2017.
02:26On tient des objectifs de dépense publique. On les tient beaucoup mieux aujourd'hui qu'il y a 20 ans.
02:29Si on regarde les choses, c'est formidable le progrès qui a été fait de ce côté-là et qui
02:33est vraiment le fruit d'un travail collectif, d'une sédimentation de pratique et de ce qui a été fait.
02:39On est quand même dans la délégation. Docteur Reboli, quand on entend, c'est lui qui venait le président de
02:43la République, nous expliquer qu'on a fait des efforts formidables.
02:46Vu la situation dans laquelle se trouve l'hôpital, il n'a fait qu'aggraver la situation.
02:51En fait, il nous parle de finances, il ne nous parle pas de l'humain, il ne nous parle pas
02:54de patients.
02:55Là, en ce moment, vous savez, depuis quelques années, on ne gère plus les maladies, les pathologies, on n'anticipe
03:01rien.
03:02On soigne simplement des flux, des flux de patients dans les services d'urgence de France.
03:06En fait, on essaie de soulager, de désengorger les urgences, comme disait Macron il y a quelques mois.
03:15Mais je veux dire, on ne trouve pas de solution parce qu'en fait, on n'anticipe rien.
03:19Je veux dire, vous savez, cet été, au mois de juillet, on a eu un problème de canicule.
03:24Qu'est-ce qu'il y a eu comme solution ? Je dirais, on a eu quelques ventilateurs, un peu
03:27d'argent, voilà.
03:28Mais on fait quoi l'année prochaine ? On fait quoi dans 5 ans, dans 10 ans ? Qu'est
03:32-ce qui a été programmé, anticipé pour les futures crises ?
03:35Mais qu'on connaît, qu'on attend, qui sont écrites, je veux dire.
03:40Et pour les épidémies, comme l'antavirus, l'ébola, je veux dire, ou la canicule, ou les broncholites l'hiver,
03:46je veux dire.
03:47Mais c'est répétitif tout le temps. On sait que ça va arriver. Et qu'est-ce qu'on fait
03:50?
03:50Vous savez, ça fait 30 ans qu'on a des mesurettes, des rustines, pour boucher, je dirais, une route crevée.
03:56Mais en fait, on n'a aucune route.
03:57Vous voulez dire qu'il n'y a aucune planification ? Aucune planification de la part du gouvernement ?
04:01Il y a bien une responsabilité précise. Vous, vous avez tiré la sonnette d'alarme en désignant de façon très
04:06précise les carences, les faillances, les manques.
04:09Qu'est-ce que répond le pouvoir politique dans ces cas-là ? Qui fait ce qu'il peut ?
04:13C'est un manque de moyens financiers ? C'est un manque de moyens humains ?
04:16Ou c'est une incompétence politique à prendre le taureau par les cornes ?
04:21C'est disons, comment dirais-je, manque de moyens financiers, il y a de l'argent. Il y a quand
04:26même un budget de 2 milliards pour les hôpitaux.
04:28Ce qui n'est pas rien.
04:28Après, l'organisme, ce qui n'est pas rien quand même en France. Par contre, ce qu'on manque, c
04:32'est d'humains, ça c'est clair.
04:34Je veux dire, on parle de lits souvent, mais un lit, ce n'est pas un saumier, un matelas. Un
04:37lit, c'est une infirmière autour, c'est un médecin, c'est la femme de ménage.
04:40C'est tout ça, c'est ça en fait. On ferme des lits parce qu'on n'a plus de
04:43médecins autour et de soignants.
04:45En fait, par défaut et par économie, on soigne des tableaux excellents en ce moment. C'est ça le problème
04:51de base qui énerve un peu tous les soignants.
04:53On n'en peut plus parce qu'on a l'impression d'être un coup tout le temps, un coup,
04:56un coup, un coup.
04:57Mais en fait, ce qu'il faut regarder, je dirais, c'est le patient derrière, c'est les vies sauvées,
05:02c'est les pathologies chroniques, c'est le vieillissement de la population.
05:05Tout ça, c'est prévisible. Et qu'est-ce qu'on fait à moyen terme ? Rien.
05:09Ça fait 30 ans, je dirais, qu'à chaque fois qu'il y a un petit souci, un problème, petit,
05:13grand, voilà, un Covid, demain, peut-être un antivirus ou un Ebola ou quoi que ce soit,
05:18je veux dire, on n'anticipe rien du tout. Il n'y a plus de politique, il n'y a
05:21pas d'ambition, il y a juste, je dirais, des rustines, au coup par coup.
05:26Et ça, je dirais, ce n'est pas acceptable. Vous savez, ceux qui ont souffert cet été, par exemple, de
05:30la canicule, j'y reviens.
05:31Je veux dire, l'année prochaine, à nouveau la canicule. Ils font quoi ? À nouveau des ventilateurs.
05:36Et dans 5 ans, ça fait 30 ans. Il y a 20-30 ans, on savait très bien que, comment
05:43dirais-je, la démographie médicale allait envoyer tous les baby-boomers, je dirais, à la retraite dans les années 2020.
05:49Et on le savait. Je veux dire, mais qu'est-ce qu'on a fait ? Rien. On n'a
05:52pas ouvert le niveau.
05:54Et on voit la situation s'aggraver. Anissa, enfin oui, l'hôpital public serait-il victime d'un étranglement organisé
06:00?
06:00Oui, organisé parce que depuis des années, les décisions s'accumulent. Moins de lits, des budgets qui ne couvrent plus
06:06les dépenses et des soignants sommés de faire toujours davantage.
06:10Entre 2013 et 2023, 43 000 lits d'hospitalisation complètes ont disparu en France.
06:15Tous établissements confondus ont note une baisse de 11%.
06:18Et dans le même temps, les urgences sont accueillies.
06:2013% de patients supplémentaires lors de la journée témoin étudiée par la Dresse.
06:25La conséquence, c'est belle, elle est très concrète.
06:27La moitié des patients passent désormais plus de 3 heures aux urgences.
06:3115% y restent plus de 8 heures.
06:33Chez les plus de 75 ans, cette proportion grimpe même à 36%.
06:37Et l'hôpital public doit absorber cette pression avec un déficit estimé à 2,8 milliards d'euros pour 2024.
06:43Alors aujourd'hui, les soignants, et comme hier, se rassemblent pour réclamer des moyens.
06:48On les applaudit, on les laisse aujourd'hui maintenir quand même seul un système que les choix successifs ont méthodiquement
06:55asphyxié.
06:56Docteur Reboli, ça risque de définir comment si on ne fait rien de courageux et de douloureux ?
07:03Justement, je veux dire, on est à l'époque, il paraît qu'il y a une présidentielle, les prochaines, sauf
07:07erreur.
07:08Je n'ai pas encore entendu un seul candidat parler de programmes de santé.
07:12Comment ils voient la santé, le système de santé en France, dans 5 ans, dans 10 ans, dans 20 ans
07:19?
07:19On nous parle de choses, mais ça énerve les extrêmes des deux côtés.
07:24Ils sont gentils, ils s'excitent l'un l'autre.
07:27Mais je veux dire, quelle vision, quelle ambition pour la France au niveau du système de santé ?
07:31Comment on va soigner la population dans 20 ans ?
07:34Je veux dire, vous savez, les médecins, c'est 10 ans pour être formés.
07:36Les infirmières, c'est plusieurs années.
07:38Construire un hôpital, c'est en années aussi.
07:40Et qu'est-ce qu'on nous fait tous les ans ?
07:42On nous sort un PFLSS, je veux dire, avec un nom d'âme, et on corrige quelques petits 0%,
07:48en disant, voilà, on va faire des économies là, des économies là, ou si par là.
07:52Je veux dire, vous voyez ce que je veux dire ?
07:54Si on voit par le petit bout de la lornière que la santé en France.
07:56Et donc, dans 5 ans, qu'est-ce qu'on aura ?
07:58On aura encore peut-être des économies par-ci, par-là.
08:01Mais je veux dire, rien d'organisé.
08:03Je veux dire, là, par exemple, pour la canicule, je reviens toujours parce que c'est récent.
08:06Je veux dire, mais est-ce qu'on a décidé de mettre de la cligne dans les nouveaux hôpitaux,
08:09les nouveaux CHU qui seront construits demain ?
08:11Mais même pas.
08:13Je veux dire, c'est adhérent.
08:14Les crises Covid nous ont appris quelque chose, j'en sais rien.
08:17Est-ce qu'on en a tiré de leçons demain avec l'antavirus ?
08:20Ça y est, on commençait à paniquer toute la population.
08:23L'Ebola en Afrique en ce moment, s'il déboule en France, on fait quoi ?
08:27On nous parle, par exemple aussi, de préparer à la guerre les hôpitaux de France.
08:31Mais ils sont incapables déjà de supporter une simple canicule.
08:36Et on nous dit qu'on est en train d'organiser pour un conflit majeur.
08:39Ok, on peut l'organiser.
08:41Mais je veux dire, concrètement, ça donne quoi sur le terrain ?
08:44Vous voulez dire qu'aujourd'hui, on peut prendre le risque de mourir en rentrant dans un hôpital français ?
08:52Malheureusement, on est devenu des hôpitaux quand même du tiers-monde,
08:55avec des délais d'attente sur les brancards, des délais d'attente en service d'urgence.
09:01Il n'y a plus de lits.
09:02En aval, l'organisation de l'aval, vous savez c'est quoi l'organisation de l'aval actuellement ?
09:06On a fermé effectivement beaucoup de lits.
09:08Quand on attend plusieurs jours aux urgences, il y a une perte de chance, forcément.
09:12Quand on refoule à l'entrée des urgences, des hôpitaux publics, des patients sous prétexte que ce n'est pas
09:17grave.
09:18Mais c'est un diagnostic fait par l'infirmière à l'accueil qui prend un risque médico-légal,
09:23qui est couvert par l'hôpital.
09:25Et donc, tous les jours, il y a des erreurs médicales qui sont faites à l'entrée sans voir un
09:31patient.
09:31Docteur Réboli, vous nous indiquiez hier, en préparant l'émission,
09:34qu'il y a des hôpitaux publics qui évacuent leurs patients vers le privé
09:39parce qu'ils ne peuvent pas assumer le surnombre.
09:41C'est comme ça qu'ils gèrent les flux, je vous dis.
09:44Effectivement, on gère les flux dans l'hôpital public français actuellement.
09:46On renvoie vers le médecin traitant qui est débordé.
09:49On renvoie vers le médecin de garde.
09:50On renvoie vers, je veux dire, vers la clinique, par exemple, un infarctus
09:55alors qu'il n'y a pas de cardiologue dans la clinique d'à côté.
09:57Je veux dire, c'est une perte de chance pour les patients.
09:59On envoie un AVC ou une suspicion d'AVC dans une clinique
10:02où il n'y a pas un neurologue, il n'y a pas un système, je dirais,
10:04pour faire la thrombolise en urgence.
10:06Donc, effectivement, il y a des pertes de chance.
10:08On gère les flux et après, les ARS vont dire, ah bah ça va,
10:10c'est mieux, là, il y a moins d'attente, il y a moins de machin.
10:14Je veux dire, c'est plus sympathique d'aller dans cette clinique-là.
10:17Vous pensez qu'un gouvernement décidé peut trouver des moyens concrets
10:21pour inverser, alors ne pas tout résoudre tout de suite,
10:23mais au moins inverser cette tendance de désagrégation de l'hôpital ?
10:27Ah bah, il faudrait déjà tenir compte de tous, effectivement,
10:31les rapports qui existent.
10:32Le rapport sur la canicule, il existait, il n'y a pas besoin de...
10:35Voilà, le rapport sur le vieillissement de la population,
10:40les pathologies cancéreuses qui explosent.
10:42Je veux dire, tout ça, on le sait...
10:43Mais ça, c'est les rapports, mais les moyens.
10:44Est-ce qu'il y a des moyens concrets ?
10:45Justement, derrière, je veux dire...
10:47Oui, bien sûr.
10:48Ah bah, vous savez, on est à l'époque où on a l'apport
10:50de l'intelligence artificielle, de la télémédecine.
10:53Je veux dire, il y a plein de choses nouvelles actuellement,
10:55mais qui ne sont même pas prises en compte par les soignants
10:58ou même par les formations des soignants actuellement.
11:01Merci, merci, Eric Réboli, pour ce témoignage.
11:04Nous aurons certainement l'occasion de vous re-solliciter
11:08pour suivre l'évolution, parce que pendant la campagne électorale,
11:10je pense qu'il y aura quelques promesses qui vont être faites.
11:12Évidemment, ils vont se rendre compte de leur silence
11:14et tout à l'fonte insupportable pour l'opinion publique.
11:16Et on aura évidemment besoin de vous entendre à nouveau sur Sud Radio.
11:19Merci d'avoir été en direct dans cette émission.
11:23A bientôt.
11:24La défiance des Français envers l'Europe,
11:26les restrictions visant les produits issus des colonies israéliennes
11:29et encore un méga incinérateur qui inquiète Vitry sur scène.
11:32C'est dans quelques instants sur Sud Radio.
11:34Sud Radio.
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