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  • il y a 7 semaines
Avec Laurence Tubiana, l'architecte de l’Accord de Paris adopté lors de la COP21 de 2015, présidente de la Fondation européenne pour le climat, doyenne de l’Ecole du climat de Sciences po. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-we-du-samedi-05-septembre-2026-9405225

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00:00A 7h46, Quentin Laffey, ce matin vous recevez une économiste, diplomate et présidente de la Fondation Européenne pour le Climat.
00:06L'architecte de l'accord de Paris adopté lors de la COP 21 en 2015, bonjour Laurence Tubana.
00:12Bonjour.
00:13C'est la première fois que vous prenez la parole dans les médias depuis les canicules de cet été.
00:17Des canicules qui se poursuivent d'ailleurs ce week-end encore avec 7 départements en vigilance orange.
00:23Dans ce contexte, l'Observatoire de l'éco-anxiété publiait ses nouvelles données.
00:27On compte désormais plus de 15 millions d'éco-anxieux en France.
00:32Laurence Tubana, vous qui menez des négociations internationales sur le climat depuis 30 ans, êtes-vous éco-anxieuse ?
00:40Alors oui, d'un certain côté, parce que la catastrophe est annoncée malheureusement depuis longtemps.
00:47Et il se trouve aussi qu'à chaque fois, les estimations scientifiques ont été plus pessimistes,
00:53parce que les modèles de physique du climat se sont améliorés.
00:57On a de données beaucoup plus précises.
00:59Et puis, malheureusement, pour des tas de facteurs, le changement climatique s'est accéléré.
01:04Je reviens sur cette éco-anxiété qui vous traverse.
01:08Comment se manifeste-t-elle concrètement ?
01:10Comment s'incarne-t-elle au quotidien ?
01:12Alors, je pense que pour l'anxiété, comme pour toujours,
01:16la seule réponse, en tout cas c'est la mienne et celle de beaucoup de Français,
01:20c'est d'agir.
01:20Parce que quoi faire devant un énorme problème qui est évidemment beaucoup plus gros que nous ?
01:26Mais quand même, comprendre d'abord ce qui se passe.
01:31Il n'y a rien de pire que de ne pas comprendre ce qui arrive.
01:33Donc l'intelligence du problème joue un rôle tout à fait considérable.
01:38En faire un élément de débat entre nous, dans les familles, dans l'espace public,
01:44dans l'espace politique aussi.
01:45Et puis agir.
01:47Agir et demander d'agir.
01:48Évidemment, demander d'agir à ceux qui ont des responsabilités
01:51et qui ont beaucoup hésité à vraiment comprendre ou accepter de dire
01:56que cette catastrophe, ces quatre canicules par exemple que nous avons vécues
02:01ou que nous allons finir par voir en septembre, de mai à septembre,
02:05c'était prévisible.
02:06Et dans le même temps, Laurence Tubana, l'un des facteurs premiers de l'éco-anxiété,
02:11c'est cet écart justement entre la volonté d'agir et l'incapacité peut-être collective
02:17de certains responsables politiques, la responsabilité que nous partageons tous aussi,
02:22cette impossibilité d'agir.
02:24Alors comment justement tenter de faire face à cela ?
02:26En fait, on peut agir.
02:29D'ailleurs la preuve, même depuis l'accord de Paris,
02:31et Dieu sait si je trouve que tout se va trop lentement,
02:34on a fait déjà beaucoup de transformations.
02:36On comprend mieux les problèmes d'adaptation.
02:39Le dernier rapport du Haut Conseil pour le Climat auquel je participe est très clair.
02:44Il y a des choses, on sait ce qu'on doit faire à condition d'accepter la réalité.
02:49C'est-à-dire que ça va arriver.
02:51Vous dites on sait mieux pour l'instant, on sait mieux,
02:53mais est-ce que savoir mieux c'est agir mieux ?
02:56Savoir mieux c'est la condition, et ça veut dire ne pas nier la science.
03:00Je vois aujourd'hui des gens qui disent au fond,
03:02c'est le catastrophisme des mouvements environnementaux qui nous a empêchés d'agir.
03:06Enfin, ça c'est pas sérieux, c'est l'inversion de responsabilité.
03:10On dirait Cassandre qui a l'oiseau de mauvaise augure et qu'on finit par tuer
03:14parce qu'il faut qu'elle arrête de parler.
03:16Et donc il faut arrêter ça, il faut reconnaître ce qui se passe,
03:19ce qui déjà diminue l'anxiété.
03:21Si on sait ce qui va arriver, si on anticipe,
03:24d'abord, y compris regarder des exemples très concrets sur les inondations,
03:29qui arrivent maintenant chaque année de façon de plus en plus violente,
03:32qui s'ajoutent à ces canicules,
03:34eh bien il y a des communes qui ont vraiment pris le problème à bras-le-corps,
03:37qui ont réfléchi sur la direction des eaux,
03:40et qui s'en sortent, enfin il y a des choses à faire très concrètes.
03:43Sur les canicules, on sait que nos logements ne sont pas isolés pour la chaleur.
03:49Il n'y a pas de volée dans la moitié des bâtiments français.
03:52Donc on peut faire, mais il faut accepter de reconnaître que ça n'est pas exceptionnel.
03:57Ce qui m'a vraiment mis en colère, énervée pendant l'été,
04:03c'est comment on aurait pu prévoir ?
04:05Oui, bien sûr qu'on sait.
04:06Et ces canicules, elles vont être considérées dans quelques années
04:11comme finalement relativement modestes par rapport à ce qu'on va voir.
04:13Mercredi, l'ONU a reconnu pour la première fois
04:16que nous allions dépasser les plus 1,5 degrés.
04:20C'est la limite justement fixée par l'accord de Paris,
04:23dont vous êtes l'architecte, nous l'avons dit.
04:25Vous avez tout fait pour éviter ce que l'ONU vient d'acter.
04:30Est-ce que cet accord de 2015 est donc dans les faits un échec ?
04:33Alors non, parce qu'encore une fois, il y a beaucoup de choses qui ont changé.
04:37Regardez l'électrification du transport,
04:40l'amélioration de la technologie.
04:44On a maintenant la révolution industrielle
04:47qui permet de faire baisser les émissions.
04:50Elle est en route.
04:50D'ailleurs, les émissions ont beaucoup moins augmenté depuis 10 ans.
04:53On a manqué l'objectif quand même.
04:55Mais on a manqué l'objectif.
04:56Enfin, qui n'était pas l'objet contraignant,
04:58qu'on est en train de manquer quand même.
04:59C'est moins de 2 degrés.
05:02Le 1,5 degrés dont tout le monde savait que c'était vraiment une direction,
05:07on va effectivement le dépasser, il faudra y revenir.
05:10Mais il y a beaucoup de changements qui ont été opérés,
05:14souvent d'ailleurs avec des protestations,
05:16des retours en arrière.
05:18Ça va trop vite, il vaudrait mieux délayer.
05:20Regardez ce qui s'est passé à Bruxelles de nombreux moments.
05:23Alors qu'on perd de l'argent tous les jours
05:25à ne pas faire cette transition, y compris industrielle.
05:29Donc, cet aspect de je ne veux pas voir ce qui arrive
05:31parce qu'au fond, on aura le temps,
05:33elle est mortifère aujourd'hui
05:35parce qu'il y a eu beaucoup plus de morts
05:36pendant ces canicules, y compris qu'en 2025,
05:39où il y avait déjà eu un excès de mortalité.
05:41Donc, on n'a pas atteint l'objectif,
05:43mais ce n'est pas un échec pour autant ?
05:44De fait, on est dans cette révolution aujourd'hui.
05:47Les énergies renouvelables,
05:48c'est l'essentiel des investissements dans le monde,
05:51en électricité.
05:53Simplement, ça ne va pas assez vite.
05:54La ministre de la Transition écologique,
05:57Monique Barbu,
05:58qui avait failli, au cours de l'été,
06:00démissionner du gouvernement,
06:02a déclaré cette semaine, je la cite,
06:03que personne n'était mieux préparé que nous,
06:06parmi nos voisins européens,
06:08à cet été cataclysmique.
06:10Dans le même temps, 7300 morts ont été recensées,
06:15six fois plus de surface brûlée
06:16que la moyenne des 20 dernières années.
06:19Est-ce qu'on peut vraiment dire, selon vous,
06:20qu'on était mieux préparé que personne ?
06:23Bon, c'est normal qu'un responsable politique
06:25dise ça, ça fait partie du métier.
06:27Je ne sais pas.
06:31Personnellement, je ne pense pas
06:33que nous étions mieux préparés.
06:36Personne n'a été bien préparé sur ce terrain.
06:39Tout le monde travaille quand même,
06:40que ce soit aux Pays-Bas, en Grèce ou en Espagne.
06:43L'Espagne, évidemment, a été beaucoup plus touchée
06:45parce que la vague de chaleur a été beaucoup plus violente.
06:47Mais je pense que personne ne peut tirer gloire
06:51de ce qu'on a fait aujourd'hui.
06:52La ministre de l'Écologie, toujours,
06:55parle d'électrochoc,
06:57en parlant des canicules de cet été,
06:59et promet un plan chiffré, financé,
07:02sur cinq ans d'ici fin septembre,
07:04pour accélérer la mise en œuvre
07:05d'un troisième plan national
07:07d'adaptation au changement climatique.
07:09Qu'en attendez-vous ?
07:11Qu'attendre d'un tel plan, justement ?
07:12C'est-à-dire qu'on est en pleine contradiction.
07:15Je crois que le gouvernement avait proposé
07:18un certain chiffre pour la rénovation des écoles.
07:20Il vient d'être réduit.
07:22L'entretien des forêts,
07:24ça demande de l'argent et des moyens.
07:26On a réduit énormément,
07:28beaucoup de forces de travail,
07:30y compris dans l'administration,
07:32sur ces questions d'adaptation.
07:34Et puis, il faut se rendre compte,
07:36en France, en Europe,
07:37et en France en particulier,
07:39on n'est pas sur un réchauffement,
07:40on ne va pas vers un réchauffement
07:41de la moyenne,
07:43qui dépasse les 1,5 degré dans les prochaines années.
07:47C'est beaucoup plus chaud.
07:48Et qu'est-ce que c'est, une France à 4 degrés ?
07:51Je crois qu'on n'en a pas eu
07:52la transparence du débat public aujourd'hui.
07:55Qu'est-ce que c'est alors, une France à 4 degrés ?
07:56C'est peut-être une France,
07:57si on n'est pas vraiment très actifs maintenant,
08:00c'est peut-être une France
08:00qui ne peut pas s'adapter,
08:01notamment dans le cas de l'agriculture,
08:03dans le cas de l'eau,
08:05dans le cas, justement, de la santé publique.
08:07C'est des coûts considérables,
08:09si on ne se dit pas,
08:10il va falloir changer beaucoup de choses.
08:11Alors, c'est un plan à avoir,
08:13j'espère qu'il va être positif et financé.
08:15Et il faut surtout dire la vérité aux Français,
08:18et en faire un débat majeur
08:19de la campagne présidentielle.
08:21Je poursuis Laurence Tubiana
08:23avec les propos de Monique Barbu encore.
08:25Elle déclarait dans un entretien
08:26à libération au mois d'août.
08:28Je dois reconnaître que Jean-Luc Mélenchon,
08:30qui n'est pourtant pas ma tasse de thé,
08:32est celui qui intègre le plus
08:33la question du climat
08:35dans ses propositions économiques et sociales.
08:38Est-ce que vous la rejoignez sur ce point ?
08:40Bon, écoutez, ce n'est pas mon rôle,
08:41puisque à la présidence de cette fondation,
08:45on est absolument, de façon vigilante,
08:48non-partisan.
08:50Je vois, en tout cas,
08:51que du côté des activités que je mène,
08:54c'est à la fois les scientifiques d'un côté
08:56et la société civile de l'autre
08:59qui ont les idées les plus claires.
09:02Et pour l'instant, on ne les suit pas.
09:04Alors que tel ou tel candidat
09:05mette en avant des politiques très ambitieuses,
09:08c'est nécessaire.
09:08J'espère que ce sera au centre
09:10de la campagne présidentielle.
09:12Ça ne l'a pas été jusque-là.
09:13J'espère effectivement
09:14que le mode d'électrochoc va résonner.
09:17Mais je crois absolument
09:19qu'on ne peut pas faire ça
09:20du point de vue des partis politiques seulement.
09:23Il faut que les citoyens soient consultés.
09:25Il faut que la société civile organisée,
09:29les gens localement,
09:31l'adaptation en particulier,
09:33l'éco-anxiété en particulier,
09:34ce n'est pas théorique, c'est incarné.
09:36C'est des gens qui ont vu les incendies.
09:39C'est des gens qui ont souffert
09:41d'une pollution de l'air,
09:42y compris lorsqu'ils n'étaient pas
09:43à côté de ces incendies.
09:44Mais pourquoi on ne les suit pas,
09:45comme vous dites ?
09:46Pourquoi cette société civile,
09:48plus lucide que les responsables politiques,
09:50c'est vous qui le dites ?
09:51Pourquoi les scientifiques
09:52qui nous alertent depuis des années,
09:54pourquoi ne sont-ils pas écoutés
09:56par les responsables politiques ?
09:57Pourquoi ce dialogue ne se fait-il pas
09:59entre ces différentes sphères ?
10:00Je pense que parce que les transformations
10:04à mener demandent une cohérence de long terme,
10:07une conviction qui...
10:08Il y a beaucoup de courts termes
10:09qui empêchent ça.
10:11Et du coup...
10:13Le court terme, c'est quoi ?
10:14C'est les enjeux électoraux ?
10:15Les enjeux électoraux,
10:17les problèmes de la dépendance
10:18du modèle économique,
10:20les différentes pressions,
10:22regardez les combats sur l'eau,
10:23l'utilisation de l'eau.
10:24On va voir des conflits majeurs
10:27entre l'agriculture
10:29qui veut irriguer davantage
10:30parce qu'il y a besoin de plus d'eau
10:31et la consommation de l'eau
10:33de beaucoup d'autres acteurs,
10:35y compris tout simplement l'eau pour boire.
10:37Je crois que là,
10:38le problème est que
10:39ceux qui annoncent les risques
10:41et les mauvaises nouvelles,
10:43ils sont considérés
10:44comme des catastrophistes
10:45qu'on ne veut pas écouter.
10:46Le déni, il est cognitif
10:48d'une certaine façon.
10:50Et il ne faut pas...
10:51Il y a dans cette idée de
10:53si on n'y pense pas,
10:53ça ne va pas arriver,
10:54qui est un mécanisme psychologique
10:57qui n'est pas extraordinaire,
10:59qui arrive tout le temps.
11:00Mais là où c'est grave,
11:02c'est quand c'est collectif.
11:03Donc je crois qu'il faut que
11:05cette société civile,
11:06on arrête en plus de la culpabiliser,
11:09je me souviens du terme
11:10éco-terroriste il n'y a pas si longtemps,
11:12de dire non,
11:13en fait ils disent la vérité,
11:14il faut juste les écouter
11:15et ça ira mieux.
11:16Sans la culpabiliser,
11:17Laurence Tubiana,
11:18est-ce qu'il n'y a pas aussi
11:18une forme de responsabilité
11:21individuelle et collective
11:22lorsque l'on sait que
11:23la mémoire des sensations,
11:25je parle là de la mémoire
11:27du chaud, du froid
11:28et donc de la mémoire
11:29de ces canicules
11:31qui nous ont frappés cet été,
11:34cette mémoire-là
11:34s'oublie particulièrement vite.
11:37Au mois d'octobre,
11:37on a oublié ce qu'on vivait
11:38très souvent l'été
11:40et donc au mois de février,
11:41on oublie peut-être
11:42que le réchauffement climatique
11:43a lieu.
11:44Là encore,
11:44comment faire pour porter
11:46le sujet de la transformation
11:47écologique
11:48tout au long de l'année
11:49et pas seulement du mois de juin
11:51au mois de septembre ?
11:52Alors,
11:52l'information,
11:53vous,
11:54votre rôle est considérable.
11:57Je salue d'ailleurs
11:58sur la télévision publique
12:00le fait qu'à côté
12:01de la météo,
12:02on a maintenant
12:02un point sur le climat
12:03et donc on fait
12:04de la relation
12:04entre le très court terme
12:06et puis les vagues
12:07de transformation
12:08auxquelles on est assisté.
12:10En plus,
12:10il y a des acteurs,
12:11il faut aussi faire parler
12:12les gens.
12:13Les agriculteurs
12:14qui sont en plus
12:15sur-endettés,
12:16qui voient leur production
12:17agricole
12:18devenir de plus en plus
12:19difficile,
12:19notamment dans l'élevage
12:21où il n'y a plus de fourrage
12:21disponible cet été,
12:23ils vont s'en souvenir
12:24l'année prochaine
12:25parce qu'ils ne vivent pas
12:26sur juste l'été.
12:28Ceux qui ont perdu
12:29leur maison,
12:31ceux dont les personnes
12:34sont mortes
12:34dans leur famille,
12:35ils ne vont pas oublier ça.
12:36Donc,
12:37il faut vraiment
12:38se fonder
12:38sur ces témoignages,
12:40cette vision
12:40et ne pas dire
12:41« Oh,
12:41l'éco-anxiété,
12:42c'est terrible,
12:44ça donne une impression
12:45vraiment déprimante
12:46de la société française.
12:47Il faut la traiter
12:48par l'action.
12:49Et l'action,
12:50elle va du local
12:51au national
12:52et aussi plus globalement
12:53parce que la France
12:54a un rôle diplomatique
12:55à faire pression
12:56et à être très actif
12:58pour que tout le monde
13:00y aille,
13:00notamment évidemment
13:01les grands émetteurs
13:02comme la Chine
13:02ou d'autres.
13:03Merci beaucoup
13:03Laurence Tubana
13:04au micro de France Inter
13:05ce matin.
13:05– Sous-titrage Société Radio-Canada

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